Playback

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Le playback (faux-anglicisme[1], aussi appelé présonorisation[2]) est une technique de synchronisation labiale, utilisée par les chanteurs, qui consiste pour eux à chanter ou jouer d'un instrument de musique sans que leur voix ou l'instrument soit enregistré, en suivant à l'oreille un enregistrement de qualité, préalablement effectué par eux, fournissant aux auditeurs le son qui devrait normalement être produit sur place et à l'instant même.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Historiquement[modifier | modifier le code]

Les premières utilisations industrielles de ce procédé sont les phonoscènes produites par Léon Gaumont, de 1902 à 1917. Il s'agissait de films dont les sujets étaient des chansons ou des sketches préenregistrés sur cylindre ou sur disque, que leurs interprètes pouvaient entendre diffusés par un phonographe disposé hors-champ et dont ils suivaient au plus près les paroles devant une caméra (cinéma muet). À la projection, le même procédé était utilisé : un phonographe et son cylindre ou son disque diffusait le son, et l'appareil de projection montrait l'image que l'opérateur activait à la manivelle en essayant de synchroniser le mieux possible le son et l'image séparés en accélérant ou en diminuant la cadence de projection de l'image. Ces phonoscènes ont immortalisé l'image et la voix de nombreux chanteurs, fantaisistes ou grands comédiens.

Actuellement[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, il s'agit d'une technique surtout utilisée par les chanteurs, lors des concerts, pour éviter les imprévus, permettre d'effectuer des mouvements irréalisables en chantant (chorégraphies notamment), ou pour dissimuler un problème vocal temporaire ou même le stress.

Le playback peut aussi être utilisé pour faire chanter un autre interprète à la place de celui qui est présenté au public (ce qui s'appelle la doublure) : l'hypothèse fut évoquée pour certains groupes ou chanteurs, qui firent alors figure d'imposteurs. C’est par exemple le cas du groupe Milli Vanilli, dont le déclin survint lorsqu’il fut révélé que les voix n’étaient pas celles des artistes qui se produisaient sur scène. C'est également couramment le cas lorsque des chansons sont interprétées dans des fictions (films, séries, téléfilms) et que les acteurs n'ont pas le talent nécessaire pour chanter.

Dans les émissions de télévision, les variétés (c’est-à-dire les séquences musicales, quel qu'en soit le genre) sont presque toujours exécutées en playback (PBC ou PBO, voir plus bas), principalement pour des raisons techniques. Le son d'un enregistrement est toujours retravaillé en studio et ne peut être obtenu avec la même qualité sur un plateau de télévision. Les guitares électriques, le clavier, ne sont donc pas reliées à un amplificateur, il n'y a pas de micros devant les instruments à cordes, violons, accordéon etc... Quand ce n'est pas le cas, on parle de live.

Au début des années 1970, le playback avait très mauvaise réputation au niveau de certains téléspectateurs qui n'en comprenaient pas la nécessité technique et se sentaient frustrés de ne pas voir les artistes chanter réellement.

Ainsi, lors de l'arrivée à la télévision des microphones émetteurs sans fil, pourvus d’une antenne ayant la forme d'un morceau de fil de quelques dizaines de centimètres, pour remplacer les micros câblés et leurs longs mètres de fil qui jonchaient les plateaux d’enregistrement, plusieurs téléspectateurs ont cru que les micros n’étaient plus branchés et qu’il s’agissait d’office de playback. Le magazine Télé 7 jours publie par exemple un courrier d’un téléspectateur rédigé comme suit :

« De qui se moque t'on ? Non seulement ils chantent en playback, mais ils n'ont même pas branché le micro, il y avait un bout de fil qui pendait, je suis vraiment déçu. »

Actuellement, avec internet, des internautes « jouent aux chanteurs » sur le même principe : ils font semblant de chanter sur un enregistrement. Il s'agit juste de s'amuser et ils n'essaient pas de faire croire qu'ils ont chanté vraiment. On lit alors souvent le terme paradoxal de « faux playback » (puisque le principe initial d'un playback est déjà de faire semblant).

Exemple d'artistes ayant refusé le playback[modifier | modifier le code]

Le playback n'est pas apprécié de la part de tous les artistes.

Certains, se voyant contraints de l'utiliser, ont usé de cette façon de faire pour tourner en dérision le playback lui-même, ou pour prendre au piège des personnes le leur imposant.

En mai 1986, lors d'une émission télévisée, Indochine joue en playback, technique très utilisée dans les années 80. Pour montrer qu'ils étaitent obligés de jouer comme ça, Nicola décide de placer la fleur présent sur le CD (3) sur la scène, et, pendant que 3ème sexe passe, Nicola baisse son micro pendant près de 3 secondes. Cependant, Indochine sera critiqué après ce playback, et seront presque obligés d'appeller leur tournée Indochine Joue. Lors du NRJ Music Awards de 2009, Indochine refuse de jouer en playback, donc en direct, et enregistre leur prestation la veille.

En septembre 2009, dans une émission télévisée en Italie sur la Rai 2, l'équipe technique de l'émission impose le playback au groupe Muse. Les trois membres du groupe décident alors d'inverser leurs places (le chanteur prend la place du batteur, le bassiste prend le rôle de guitariste et le batteur se retrouve à la basse et au chant). L'animatrice du l'émission ne le remarque pas et va même jusqu'à interviewer le chanteur en l’appelant Matthew, alors qu'il s'agit en vérité de Dominic Howard (le batteur jouant le jeu du début à la fin).

Le groupe Pixies a su aussi montrer son animosité envers le playback. Dans le clip de Here Comes Your Man, le chanteur et la bassiste ouvrent grand leurs bouches lorsqu'ils sont censés chanter.

Le groupe Nirvana a également « gâché » son playback lors de l'émission Top of the Pops, où le bassiste jetait sa basse en l'air et où le chanteur et guitariste effectuait de grands mouvements de bras en chantant de façon très grave durant un PBO imposé.

En France, le chanteur Gilbert Bécaud refusait le playback, de telle sorte, qu'en février 1980, il imposa, lors d'une émission Numéro 1 lui étant consacré, à tous les artistes qui y participaient, de ne pas chanter en playback. Au début de l'émission, Gilbert Bécaud lui-même déclara que l'émission ne serait pas en playback, par respect du public, fustigeant les chanteurs qui travaillaient en playback. Une démarche qui le rendit encore plus populaire.

Dans un sens différent, le chanteur Gérard Manset refuse de passer à la télévision depuis 1983, car il pense que la télévision, matériel moderne, détourne le caractère artistique des chansons.

En France, la chanteuse Sheila, qui faisait souvent des chorégraphies lorsqu'elle chantait à la télévision, fut souvent contrainte d'utiliser ce procédé dans les années 1960 et 1970, à tel point qu'elle a longtemps été surnommée "La reine du playback" car cela lui fut reproché. Néanmoins, le 14 mai 1980, lors de l'émission Top Club présentée par Guy Lux, elle est témoin, alors qu'elle doit donner une représentation de sa chanson King of the world avec le groupe SB Devotion, d'un incident du direct. Au début de sa chanson, la bande s'arrête, tandis qu'elle continue à chanter et danser, puis s'arrête, visiblement agacée mais se retenant, que ce sont "les aléas du direct". Après cette prestation télévisée, elle décida de réduire considérablement ses apparitions télévisées en direct, et aussi, privée de scène depuis 1964, décida de se produire sur scène au Zénith en 1985, pour prouver qu'elle pouvait chanter en direct et faire atténuer cette image.

Bollywood[modifier | modifier le code]

Le playback est très largement utilisé dans le cadre du cinéma indien de Bollywood où chaque film comporte des scènes dansées et chantées par les comédiens qui sont doublées en playback par des chanteurs professionnels.

PBC et PBO[modifier | modifier le code]

Il existe deux formes de playback :

  • la piste bande orchestre (PBO) ou playback orchestre : l'orchestre est enregistré, mais le chanteur chante réellement (principe du karaoké) ;
  • les pistes bandes complètes (PBC) ou playback complet : l'orchestre et le chanteur sont enregistrés.

Les enregistrements professionnels peuvent avoir plusieurs pistes, au moins une pour la voix et au moins deux (stéréo) pour la musique, ce qui justifie le terme de Piste Bande Orchestre : on ne diffuse que les pistes de l'orchestre. L'intérêt de ces enregistrements multi-pistes étant de pouvoir passer de PBC à PBO en direct, à l'improviste. Par exemple en cas de problème de voix pendant un direct ou en cas de problème technique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En anglais, « playback » décrit le fait général de relire un enregistrement sonore, pas spécifiquement dans le but de faire semblant de chanter ; la traduction du terme tel qu’utilisé en français est lip-sync, terme par ailleurs utilisé tel quel au Québec, et qui désigne la synchronisation labiale au sens large.
  2. « Aguichage, bloc-note et présonorisation... les nouveaux mots de l'audiovisuel », sur lemonde.fr (consulté le 14 mars 2012)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]