Plateforme de glace

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Schéma montrant l'alimentation d'une plateforme de glace (en anglais ice shelf) par un courant glaciaire.
Principales plateformes de glace de l'Antarctique et leur superficie

Une plateforme de glace, ice-shelf ou barrière de glace est une structure glaciaire qui constitue le prolongement d'un ou plusieurs glaciers ou d'un inlandsis en flottant sur la mer. Contrairement à la banquise qui se forme par le gel de l'eau de mer, une plateforme de glace est alimentée par l'écoulement d'un glacier en amont, et généralement par l'accumulation de précipitations. Les plateformes font plusieurs dizaines à plusieurs centaines de mètres d'épaisseur et sont donc généralement beaucoup plus épaisses que la banquise[1]. Les plateformes produisent des icebergs par vêlage et fondent à leur base dans l'océan[2].

Nomenclature[modifier | modifier le code]

Alors qu'ils cherchaient à s'approcher du Pôle Sud par la mer en janvier 1841, les équipages des vaisseaux Erebus et Terror commandés par James Clark Ross, firent face à une grande falaise de glace qui les empêcha d'aller plus au Sud. Cette formation glaciaire prit ensuite de nom de Grande Barrière de glace, puis de Barrière de Ross, et ce nom fut étendu à d'autres formations similaires en Antarctique[3].

Le nom de plateforme de glace (ice shelf en anglais) est issu d'une proposition du Suédois Otto Nordenskjöld au début du XXe siècle[4], et fut peu à peu adopté jusqu'à devenir l'appellation officielle de la plupart des plateformes d'Antarctique dans les années 1950[5]. Le mot "ice-shelf" figure dans le dictionnaire de langue française Larousse[6], et est parfois utilisé à la place de "plateforme de glace".

Un certain nombre de plateformes sont également appelées « langues de glace », généralement dans le cas d'une plateforme issue d'un seul glacier et s'étendant vers l'océan sans contrainte topographique, telle un promontoire. La langue de glace Drygalski constitue un exemple caractéristique. Cette terminologie peut aussi s'employer pour une partie de la plateforme, comme dans le cas de la langue de glace de Thwaites, c'est-à-dire la partie ouest de la terminaison flottante du glacier Thwaites[7] qui a par le passé formé d'immenses icebergs tabulaires.

Répartition[modifier | modifier le code]

La majeure partie des plateformes de glace se trouve actuellement en Antarctique où elles occupent 75% de la côte[2]. On trouve également des plateformes de taille plus modeste au Nord du Groenland[8], dans l'Arctique Russe[9] et dans l'archipel Arctique canadien[10]. Les plus grandes au monde sont celles de Ross et celle de Filchner-Ronne, toutes les deux associées à l'inlandsis de l'Antarctique.

Glaciologie[modifier | modifier le code]

Les plateformes de glace s'avancent continuellement sur le dessus de l'océan par un fait de poussée gravitationnelle de la glace posée en amont sur le socle rocheux. La ligne d'échouage, ou ligne d'ancrage, sépare la partie posée sur le socle de la partie flottant dans le mer. En moyenne pour les plateformes d'Antarctique, et dans le climat actuel, la masse que les plateformes gagnent par l'écoulement de glace au-dessus de la ligne d'échouage et par les précipitations est compensée de moitié environ par la perte de masse par vêlage d'iceberg, l'autre moitié étant perdue par la fonte provoquée par l'océan[2]. Typiquement, le front d'une plateforme de glace s'étend pendant des années voire des décennies puis se retire très rapidement lors d'épisodes majeurs de vêlage d'icebergs. En été, des mares de fonte peuvent se former à leur surface et favoriser leur fracturation.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Mathieu Morlighem, Eric Rignot, Tobia s Binder et Donald Blankenship, « Deep glacial troughs and stabilizing ridges unveiled beneath the margins of the Antarctic ice sheet », Nature Geoscience, vol. 13, no 2,‎ , p. 132–137 (ISSN 1752-0908, DOI 10.1038/s41561-019-0510-8, lire en ligne, consulté le ).
  2. a b et c (en) E. Rignot, S. Jacobs, J. Mouginot et B. Scheuchl, « Ice-Shelf Melting Around Antarctica », Science, vol. 341, no 6143,‎ , p. 266–270 (ISSN 0036-8075 et 1095-9203, DOI 10.1126/science.1235798, lire en ligne, consulté le ).
  3. (en) J. M. Wordie, « ‘Barrier’ versus ‘Shelf’ », Journal of Glaciology, vol. 1, no 8,‎ 1950/ed, p. 416–420 (ISSN 0022-1430 et 1727-5652, DOI 10.3189/S0022143000012739, lire en ligne, consulté le ).
  4. Raymond E. Priestley, « Antarctic Ice », The Geographical Teacher, vol. 7, no 6,‎ , p. 359–368 (ISSN 2044-1541, lire en ligne, consulté le ).
  5. (en) M. F. Burrill, K. J. Bertrand et F. G. Alberts, « Geographic names of Antarctica, Gazetteer 14, U.S. Board on Geographic Names, Department of the Interior » Accès libre [PDF], (consulté le ).
  6. « Définition de ice-shelf, ice-shelfs dans le dictionnaire de langue française Larousse ».
  7. (en) B. W. J. Miles, C. R. Stokes, A. Jenkins et J. R. Jordan, « Intermittent structural weakening and acceleration of the Thwaites Glacier Tongue between 2000 and 2018 », Journal of Glaciology, vol. 66, no 257,‎ , p. 485–495 (ISSN 0022-1430 et 1727-5652, DOI 10.1017/jog.2020.20, lire en ligne, consulté le ).
  8. (en) Niels Reeh, « Greenland Ice Shelves and Ice Tongues », dans Arctic Ice Shelves and Ice Islands, Springer Netherlands, (ISBN 978-94-024-1101-0, DOI 10.1007/978-94-024-1101-0_4, lire en ligne), p. 75–106.
  9. (en) Michael J. Willis, Andrew K. Melkonian et Matthew E. Pritchard, « Outlet glacier response to the 2012 collapse of the Matusevich Ice Shelf, Severnaya Zemlya, Russian Arctic », Journal of Geophysical Research: Earth Surface, vol. 120, no 10,‎ , p. 2040–2055 (ISSN 2169-9003 et 2169-9011, DOI 10.1002/2015JF003544, lire en ligne, consulté le ).
  10. Environment and Climate Change Canada, « Ice shelves overview », sur www.canada.ca, (consulté le ).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]