Plan de dérivation des sources du Jourdain

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Les chutes du Banias sur le plateau du Golan.
Eaux de crue sortant du réservoir du Yarmouk vers la rivière Yarmouk en 1933.
Tracé de l'aqueduc national d'Israël depuis le lac de Tibériade vers le sud du pays.

Le plan de dérivation des sources du Jourdain est un projet élaboré par la Ligue arabe visant à dériver le Hasbani et le Banias, deux affluents du Jourdain, afin qu'ils ne se déversent pas dans le lac de Tibériade. L'objectif de ce plan d’ingénierie hydraulique est de réduire le potentiel de développement d'Israël, dans le contexte du conflit israélo-arabe. En effet, depuis 1953, Israël a initié un vaste projet d'irrigation, l'aqueduc national d'Israël, visant à transférer les ressources hydriques du nord du pays vers le sud, beaucoup plus aride. Le plan de dérivation est approuvé par la Ligue arabe en 1964 mais des bombardements menés par l'aviation israélienne sur la Syrie en portent un coup d'arrêt au projet.

Contexte[modifier | modifier le code]

En 1955, le Plan unifié pour la vallée du Jourdain, dit aussi plan Johnston, voit le jour. Il s'agit d'un plan d'envergure régionale visant à fixer les droits d'usage des différents pays riverains du Jourdain. Ce projet est accepté par les comités techniques d'Israël et de la Ligue arabe. La présentation du plan à la Knesset en n'aboutit pas à un vote. Le comité arabe approuve le plan en et le transmet au conseil de la Ligue arabe pour approbation finale. Cette institution choisit de ne pas la ratifier le en raison de son opposition à la reconnaissance d'Israël[1]. Après la crise du canal de Suez en 1956, les pays arabes, à l'exception de la Jordanie, durcissent considérablement leur position à l'égard d'Israël[2] et s'opposent désormais frontalement au plan, mettant en avant le fait qu'il amplifiera la menace représentée par ce pays en lui permettant de renforcer son économie[3]. Ils assurent aussi que l'accroissement des ressources hydriques d'Israël ne peut qu'augmenter le mouvement de migration des Juifs vers l’État hébreu et ainsi réduire les possibilités de retour des réfugiés palestiniens de la guerre de 1948. Cependant, le président égyptien Nasser assure aux Américains que les pays arabes riverains respecteront leur quota des eaux déterminé par le plan Johnston[4].

Israël et la Jordanie poursuivent de leur côté leurs travaux d’ingénierie civile sur le bassin versant du Jourdain. Deux importants chantiers sont achevés. Israël dérive une partie des eaux du lac de Tibériade vers le sud du pays via l'aqueduc national d'Israël construit entre 1955 et 1964 tandis que la Jordanie creuse entre 1955 et 1964 le canal du Ghor oriental qui débute à la confluence entre le Yarmouk et le Jourdain et suit un cours parallèle à cette rivière jusqu'à la mer Morte[1].

Plan de dérivation[modifier | modifier le code]

En 1964, alors que l'aqueduc national israélien est en passe d'être achevé, les pays arabes réunis à l'occasion du sommet de la Ligue arabe votent pour la mise en œuvre d'un plan visant à mettre en échec le projet d'irrigation israélien[1]. Plutôt que de choisir l'option militaire, ils font le choix de dériver les sources du Jourdain de manière à réduire le débit des eaux s'écoulant vers le lac de Tibériade, réservoir à partir duquel l'aqueduc israélien achemine l'eau vers le sud du pays. Deux plans sont étudiés. L'un prévoit la dérivation du Hasbani vers le Litani combinée avec le détournement du Banias vers le Yarmouk. Le second prévoit la dérivation du Hasbani et du Banias vers le Yarmouk.

C'est cette seconde option qui est choisie. Ce projet est cependant ardu, techniquement difficile et onéreux. Les considérations politiques sont mises en avant pour le justifier[5],[6]. La Syrie initie les travaux par la construction d'un canal du Banias vers le Yarmouk en 1965 grâce à des financements saoudiens et égyptiens. Une fois achevés, ces travaux auraient permis de transférer l'eau de cette rivière dans un réservoir à Mukhaiba afin d'en réserver l'usage à la Syrie et au Jourdain et empêcher ainsi ce flux d'eau de parvenir jusqu'au lac de Tibériade. Le Liban, où se situe la source du Hasbani, entame aussi des travaux pour diriger ces eaux vers le Banias. L'ensemble de ces travaux, une fois complétés auraient pu réduire la capacité de l'aqueduc national israélien de 35% et réduire les ressources hydriques du pays de 11%. Cela aurait aussi eu pour effet d'augmenter la salinité du lac de Tibériade de 60 ppm[7].

Israël, indiquant que ce projet de dérivation constituait une atteinte à ses droits souverains met à profit des incidents frontaliers le long de la zone démilitarisée pour bombarder le projet de dérivation[8]. cette campagne culmine en , des frappes aériennes en profondeur à l'intérieur des frontières syriennes sont menées[1].

Conséquences[modifier | modifier le code]

La recrudescence des conflits liés au contrôle des eaux entre les pays arabes et Israël est l'un des facteurs déclencheurs de la guerre des six-jours en 1967[7].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Murakami 1995, p. 295-297
  2. Shlaim 2015, p. 186–187
  3. Shlaim 2015, p. 228–230
  4. (en) Moshe Gat, Britain and the Conflict in the Middle East, 1964-1967 : The Coming of the Six-Day War, Greenwood Publishing Group, , 261 p. (ISBN 978-0-275-97514-2, lire en ligne), p. 101
  5. Murakami 1995, p. 296
  6. Shemesh 2008, p. 67
  7. a et b Kobori et Glantz 1998, p. 129–130
  8. (en) Michael B. Oren, Six Days of War : June 1967 and the Making of the Modern Middle East, Oxford University Press, , 446 p. (ISBN 978-0-19-515174-9, lire en ligne), p. 23

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Avi Shlaim, The Iron Wall : Israel and the Arab World, Penguin UK, , 720 p. (ISBN 978-0-14-197678-5, lire en ligne)
  • (en) Moshe Shemesh, Arab politics, Palestinian nationalism and the Six Day War : the crystallization of Arab strategy and Nasir's descent to war, 1957-1967, Brighton (GB)/Portland (Or.), Sussex Academic Press, , 345 p. (ISBN 978-1-84519-188-7, lire en ligne)
  • (en) Iwao Kobori et Michael H. Glantz, Central Eurasian Water Crisis : Caspian, Aral, and Dead Seas, United Nations University Press, , 203 p. (ISBN 978-92-808-0925-1, lire en ligne)
  • (en) John Anthony Allan et Tony Allan, The Middle East Water Question : Hydropolitics and the Global Economy, Londres, I.B.Tauris, (ISBN 978-1-86064-813-7, lire en ligne)
  • (en) Masahiro Murakami, Managing Water for Peace in the Middle East : Alternative Strategies, United Nations University Press, , 309 p. (ISBN 978-92-808-0858-2, lire en ligne)