Plan Wahlen

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Monument à Regensberg en l'honneur du Plan Wahlen

Le Plan Wahlen est un programme d'autosuffisance alimentaire mis en place en 1940 par la Suisse pour pallier la pénurie de ressources et de matières premières vitales [1]. Il est parfois mentionné sous le nom de « bataille des champs ».

Contexte[modifier | modifier le code]

Avant la Seconde Guerre mondiale, la moitié des denrées alimentaires étaient importées. En raison des risques d'embargo et de la situation géographique de la Suisse, Friedrich Traugott Wahlen, un agronome et politicien, mit au point à partir de 1935[1] un plan visant à rendre l'agriculture suisse indépendante. Il s'inspira entre autres du plan de l'Italie fasciste, la « bataille du blé » (dès 1925) qui consistait à assécher les marais pour en faire des terres agricoles et à privilégier la culture de blé[2].

Lancement[modifier | modifier le code]

Le 15 novembre 1940, son plan se concrétise alors qu'il est chef de la production agricole et de l'économie domestique à l'Office fédéral de guerre pour l'alimentation[3] : réduction de l'élevage, augmentation de la production agricole avec l'utilisation de terrains vacants visant à éviter la pénurie, meilleure gestion des réserves et des ressources humaines. Les surfaces agricoles doivent idéalement passer de 180 000 à 500 000 hectares. Les terrains sont exclusivement réservés à des cultures qui peuvent être utilisées comme aliments. Les parcs publics, les terrains en jachère, les terrains de sport sont convertis en zone cultivable. Les entreprises de plus de 20 salariés devaient cultiver deux ares par employé[4].

Résultats[modifier | modifier le code]

Entre 1940 et 1945, les zones cultivables passent de 183 000 à 352 000 hectares[1]. Grâce à cette unification de l'agriculture [réf. nécessaire], la Suisse fut le seul pays d'Europe à ne pas souffrir d'un rationnement des fruits et des légumes, même si la ration quotidienne passa de 3200 à 2200 calories par personne[1]. La production de pommes de terre doubla entre 1940, à 91 000 wagons de 10 tonnes, et 1944, à 182 000 wagons. En 1943, plus de 150 000 hectares de prairies naturelles avaient été labourées. En 1943, 4 500 entreprises participaient au plan et 8 000 hectares de terrain industriel furent cultivés. Un demi-million de particuliers et les salariés de 12 000 entreprises cultivèrent 20 000 hectares supplémentaires[4].

Impact[modifier | modifier le code]

coupon de rationnement du 9 octobre 1940 au 24 juin 1948

Le plan ne fut pas entièrement un succès car il reposait sur des hypothèses qui ne se concrétisèrent pas. Les importations continuaient et le chômage était inexistant (pas de ressources humaines « gaspillées »). Le plan fut revu à la baisse en 1942 avec environ 150 000 hectares en moins. L'autosuffisance du pays ne dépassa pas les 59 % [5]. D'autres sources indiquent un taux d'autosuffisance alimentaire avant la guerre de 52 % et après la guerre de 73 %[6].

Malgré ses limites, il renforça la détermination du peuple à garantir son indépendance et permit de rassurer la population avec la perspective de réserves suffisantes. L'intérêt porté pour le plan Wahlen ne fut en revanche pas le même dans les sphères politiques, militaires et industrielles : chaque secteur revendiquait sa propre importance dans la défense nationale avec des besoins en main d'œuvre parfois incompatibles. Des critiques s'élevèrent au sein du milieu agricole qui voyait ses terres s'épuiser et parmi les éleveurs qui ne pouvaient plus poursuivre leurs activités.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Film documentaire Friedrich Traugott Wahlen et la bataille des champs (1940-1945), éditeur Landwirtschaftliche Lehrmittelzentrale, Zollikofen.
  • Film documentaire Friedrich Traugott Wahlen et le développement de notre agriculture, éditeur Landwirtschaftliche Lehrmittelzentrale, Zollikofen.
  • Film documentaire Friedrich Traugott Wahlen, le politicien, le chrétien, l'homme, éditeur Landwirtschaftliche Lehrmittelzentrale, Zollikofen.
  • (it) Pietro Bazzero, Politica agricola durante la Seconda Guerra mondiale : il piano Wahlen tra Berna e Bellinzona (Mémoire de licence), Université de Lausanne,
  • Samuel Gendre, Aux champs : Fribourg face au Plan Wahlen 1941-1945, Fribourg, Société d'histoire du canton de Fribourg, coll. « Archives de la Société d'histoire du canton de Fribourg / nouvelle série » (no 13), (ISBN 978-2-9700777-5-6)
Cet ouvrage est tiré du travail de master suivant: Samuel Gendre, L’agriculture fribourgeoise au défi de la Deuxième Guerre mondiale : Les effets économiques et sociaux du Plan Wahlen dans le canton de Fribourg (Mémoire de master), Université de Fribourg, .
  • (de) Benjamin Hitz, Der Plan Wahlen im Kanton Uri (Mémoire de licence), Université de Lausanne,
  • (de) Maurer Peter, Anbauschlacht : Landwirtschaftspolitik, Plan Wahlen, Anbauwerk 1937-1945, Zurich, Chronos,
  • (de) Christian Sidler, « Wir haben es einfach gemacht. Wir wussten ja nichts anderes » : Die Situation der Schweizer Bäuerinnen und Bauern zur Zeit des Zweitens Weltkriegs zwischen Mehranbau und Unabhängigkeit (Mémoire de licence), Université de Zurich,
  • Matteo Trüeb, Examen des possibilités d’application d’un nouveau « Plan Wahlen » en Suisse en cas de crise ou de guerre, Cousset, Delval,

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Albert Tanner, « Plan Wahlen » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du .
  2. (fr) L'Italie fasciste
  3. (fr) L'application du plan Wahlen à Genève.
  4. a et b Horizons et débats, N°43, 27 octobre 2008, Maîtriser la crise de façon équitable et solidaire, par Amedea Raff, p.4
  5. (fr) Textes sur la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale
  6. Peter Maurer, Anbauschlacht, Landwirtschaftspolitik, Plan Wahlen, Anbauwerk 1937–1945, Zurich

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]