Placemaking

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Le placemaking (litt. « fabrique de l'espace » en anglais) est une démarche d'aménagement des espaces urbains qui promeut la réappropriation de l'espace public par le citoyen.

Définition[modifier | modifier le code]

Le terme de « placemaking », d'origine anglosaxone, peut se traduire par « fabrique des espaces publics » comme démarche d'« appropriation citoyenne des espaces publics par la communauté depuis leur conception jusqu’à leur gestion »[1]. Il s'écrit en un seul mot, avec un tiret « place-making » ou, parfois, en deux mots « place making »[2]. C'est au milieu des années 1970, que l'urbaniste Fred Kent (en), fondateur en 1975, à New York, de l'association à but non lucratif Project for Public Spaces, forge ce néologisme afin de conceptualiser une « approche holistique du design urbain »[3],[4].

Selon la direction générale des entreprises, une direction du ministère français de l'Économie et des Finances : « le place-making, ou management de l'espace, désigne une conception renouvelée de l'aménagement de l'espace public, comme une place ou une rue. Cette démarche, portée par les élus en associant les représentants des acteurs économiques, les riverains, etc., vise la réappropriation de l'espace par les habitants. Elle permet également de le faire découvrir à de nouveaux passants, et de générer du flux pour les commerces aux alentours[2]. » Selon les acteurs du projet européen Lively Cities, co-financé par le programme Interreg : « Le place making est une conception des espaces publics... À la place d’un aménagement urbain conçu pour être beau avant tout et imposé aux citoyens[, il s'agit de] repenser les espaces publics en partant du vécu des usagers, des usages en cours, des attentes pour proposer des solutions d’aménagement[5],[6]. » Selon le Project for Public Spaces, le placemaking est une démarche collaborative enracinée dans un milieu, qui se donne pour but de resserrer les liens entre les gens. Il ne s'agit pas de l'aménagement d'un espace de socialisation, mais d'un processus créatif et collectif d'aménagement d'un espace commun[7],[8]. « Le moteur d'un processus de placemaking c'est le désir de matérialiser les identités sociales, culturelles et physiques d'un milieu par les gens qui l'habitent[8]. »

Le terme est aussi utilisé dans le marketing d'entreprise. Les équipes de l'entreprise Walt Disney Imagineering, par exemple, s'en servent pour décrire la rénovation thématique entière d'une zone d'un parc à thème, qui s'accompagne en général d'un ajout de nouvelles attractions (ex. : Toon Studio, au parc Walt Disney Studios, un parc à thème de Disneyland Paris)[9].

Histoire[modifier | modifier le code]

Vers le milieu des années 1950, la philosophe de l'architecture et de l'urbanisme Jane Jacobs, les architectes britanniques Gordon Cullen (en) et Ian Narin, et le sociologue et urbaniste William H. Whyte publient dans le magazine américain Fortune des articles critiques sur l'architecture moderne. En 1957, Whyte rassemble les écrits de ces auteurs dans un livre The exploding metropolis, une sorte de manifeste prônant l'implication des citoyens dans l'aménagement de l'espace urbain. L'ouvrage Déclin et survie des grandes villes américaines[10] de Jacobs, paru en 1961, plaide en faveur d'une planification urbaine et d'un renouvellement urbain orientés vers la construction de quartiers à taille humaine, conçus davantage pour les personnes que pour la circulation des voitures[11]. Whyte et Jacobs préconisent de bâtir des espaces publics propices au déploiement d'une vie sociale[12]. À partir des bases qu'ils ont posées, des chercheurs, comme l'urbaniste Fred Kent, disciple de Whyte, les architectes Christopher Alexander et Jan Gehl, auteur de l'ouvrage Cities for People en 2010, le philosophe français Henri Lefebvre, les sociologues Ray Oldenburg (en) et Richard Sennett ont, par la suite, développé des théories relatives au placemaking[12].

Le placemaking des deux premières décennies du XXIe siècle se concentre sur la façon dont les gens vivent l'espace publique, et leur développement d'un « sens du lieu ». Il intègre des préoccupations écologiques, met l'accent sur le développement communautaire (en) et la revitalisation économique des territoires[12].

Exemples d'applications[modifier | modifier le code]

Europe[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

À Tarbes, durant l'été 2016, l'office municipal du commerce, de l’artisanat et des services lance une opération expérimentale de place making dans la rue Brauhauban, artère commerciale du centre-ville. Près des jeux dèjà accessibles aux enfants et adolescents, un espace détente, comprenant des tables, des chaises, des transats, des parasols et des coussins, est créé[13]. « Afin de connaître les préoccupations et les attentes des usagers, la Ville a privilégié une phase d’écoute active et de consultation. Un point d’accueil a été mis en place dans la rue piétonne afin de recueillir leurs suggestions[14]. »

Belgique[modifier | modifier le code]

Depuis 2013, sous le label « Places 2 cœurs », la place Saint-Étienne et la place Saint-Denis du centre-ville de Liège sont aménagées selon les principes du placemaking. Des tables, des chaises, des parasols, des jeux pour enfants, et des livres sont mis à la disposition des familles[6].

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

En 2011, un groupe de cabinets d’architectes et les habitants du quartier de Hofplein, situé à Rotterdam, se mobilisent pour obtenir la création d'un pont reliant leur lieu de vie, traversé par une voie rapide et une ligne de chemin de fer, au centre-ville. Répondant au refus d'investir des autorités municipales, le projet est réalisé à l'aide d'un financement participatif[15],[8]. Le Luchtsingel, « pont aérien » en néerlandais, a pour but de redynamiser le quartier en attirant de nouveaux acteurs économiques[15]. Inauguré en juin 2015, le pont circulaire piétonnier en bois, d'une longueur totale de 390 m, connecte trois districts du Nord de la ville portuaire néerlandaise[16],[17].

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Amérique du Nord[modifier | modifier le code]

Canada[modifier | modifier le code]

En 2015, dans le quartier Ahuntsic de l'arrondissement Ahuntsic-Cartierville, à Montréal, au Canada, les autorités locales décident de mettre en place quelques éléments d'animation estivale le long de la Promenade Fleury : trois pianos publics et des boîtes à livres[18]. Un an plus tard, le bureau du design de Montréal et la société de développement commercial Promenade Fleury organisent conjointement un concours d'aménagement extérieur visant à « conférer une signature visuelle distinctive à la Promenade Fleury »[8],[19]. Parmi 29 projets, celui d'un collectif, comprenant une résidente du quartier et une personne y travaillant, est retenu par le jury de ce concours de design urbain, composé d'habitants du quartier et de commerçants de la Promenade Fleury[20]. À partir de l'automne 2017, le projet Courtepointe[21], qui a pour ambition de « valoriser le domaine public de la Promenade Fleury par le design », est mis en œuvre par l'installation de panneaux interactifs présentant chacun un fragment de l'histoire de la rue Fleury et de ses environs, et formant des fonds de scène devant lesquels des passants peuvent se prendre en photo pour marquer leur passage sur l’artère commerciale[22],[8].

Asie[modifier | modifier le code]

Inde[modifier | modifier le code]

Chaque année à Bombay en Inde, l'intensification de la circulation automobile laisse de moins en moins de place aux piétons. Entre 2008 et 2014, le nombre de véhicules a augmenté de 55 % dans la deuxième ville la plus peuplée d'Inde après Delhi[23]. Afin de reprendre la rue aux voitures, Equal Streets[24], un mouvement de citoyens, a mis sur pied un projet d'espaces piétonniers. Le , avec le soutien de la municipalité indienne, de la police locale, et du quotidien national The Times of India, 6,5 km de rue sont interdits à la circurlation le long de Linking road (en), Juhu road et Swami Vivekanand road (en), dans le Sud-Ouest de la capitale commerciale de l'Inde. Depuis, chaque dimanche, de h à 11 h, des dizaines de milliers d'habitants de Bombay pratiquent le yoga, le vélo, la planche à roulettes, diverses sortes de dances et de musiques, jouent à la marelle, au football, aux échecs ou au carrom, en pleine rue, à l'abri du trafic automobile[23],[25],[26]. Des initiatives similaires ont été prises dans les villes de Delhi, Ahmedabad, Gurgaon, Bhopal et Pune[26],[23].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nicolas Douay et Maryvonne Prévot, « Circulation d’un modèle urbain « alternatif » ? : Le cas de l’urbanisme tactique et de sa réception à Paris », EchoGéo, Paris, EchoGéo, vol. 36,‎ (ISSN 1963-1197, DOI 10.4000/echogeo.14617, lire en ligne [PDF]).
  2. a et b Direction générale des entreprises, « Cadre de vie », (consulté le 25 octobre 2017).
  3. (en) Richard T. LeGates et Frederic Stout, The City Reader, New York, Routledge, , 6e éd. (1re éd. 1996), 735 p. (ISBN 9781138812918 et 1138812919), p. 553.
  4. (en) Meg Holden, Pragmatic justifications for the sustainable city : action in the common place, Londres, Routledge, coll. « Routledge equity, justice and the sustainable city series », , 176 p. (ISBN 9781315651255, OCLC 1004396792), p. 81.
  5. (en) Lively Cities, « Place making », sur www.lively-cities.eu, (consulté le 25 octobre 2017).
  6. a et b Liège centre, « Place making/place management », (consulté le 25 octobre 2017).
  7. (en) Project for Public Spaces, « What is Placemaking? » [« Qu'est-ce que le placemaking ? »], (consulté le 25 octobre 2017).
  8. a, b, c, d et e Marie-Claude Plourde, « Aménager l'espace public : le futur projet de la Promenade Fleury », HuffPost (édition québécoise), (consulté le 25 octobre 2017).
  9. (en) Lineu Castello (trad. du portugais par Nick Rands), Rethinking the meaning of place : conceiving place in architecture-urbanism [« Repenser la signification du lieu »], Farnham, Ashgate Publishing, coll. « Ethnoscapes », , 256 p. (ISBN 9780754678144, OCLC 702093189, notice BnF no FRBNF42191675), p. 149-150.
  10. Grégoire Allix, « Pour une ville intense : « Déclin et survie des grandes villes américaines », de Jane Jacobs », Le Monde, (consulté le 27 octobre 2017).
  11. (en) Tomasz Jeleński et Giuseppe Amoruso (dir.), « Inclusive placemaking : building future on local heritage », dans Giuseppe Amoruso, Franz Fischnaller (en), Tomasz Jeleński, Carla Mottola et al., Putting tradition into practice : Heritage, lieu et design [« Placemaking inclusif : construction du futur sur l'héritage local »], vol. 3, Cham, Springer International Publishing, coll. « Lecture notes in civil engineering », , 1595 p. (OCLC 995765471), p. 784.
  12. a, b et c (en) Nicholas S. Dalton (dir.), Holger Schnädelbach (dir.), Mikael Wiberg (dir.), Parag Deshpande, Kerstin Sailer et al., Architecture and interaction : human computer interaction in space and place [« Architecture et interaction : interaction homme-machine dans l'espace et le lieu »], Cham, Springer International Publishing, coll. « human-computer interaction series », , 343 p. (ISBN 9783319300283 et 3319300288, OCLC 958800431), p. 322-323.
  13. Mairie de Tarbes, « Dynamiser la rue Brauhauban », sur www.tarbes.fr, (consulté le 25 octobre 2017).
  14. Association Centre-Ville en Mouvement, « Tarbes et ses actions originales en faveur du renouveau de son cœur de ville », sur Centre-Ville en Mouvement - Association pour le renouveau du centre-ville, (consulté le 25 octobre 2017).
  15. a et b Amandine Cailhol, « À Rotterdam, le crowdfunding fait le pont », Libération, (consulté le 25 octobre 2017).
  16. (en) ArchDaily (en), « The Luchtsingel », sur www.archdaily.com, (consulté le 25 octobre 2017).
  17. (en) Luchtsingel Foundation, « About Luchtsingel », sur Luchtsingel, (consulté le 25 octobre 2017).
  18. Portail du quartier Ahuntsic, « Pianos, boîtes à livres et murale pour La Promenade Fleury ! », sur ahuntsic.com, (consulté le 27 octobre 2017).
  19. Mairie de Montréal, « Les faits saillants du conseil d'arrondissement du 13 février 2017 », (consulté le 27 octobre 2017).
  20. Amine Esseghir, « La Promenade Fleury racontera l'histoire d'Ahuntsic-Cartierville », Métro, (consulté le 27 octobre 2017).
  21. SDC Promenade Fleury, « La Promenade Fleury racontée de saillie en saillie », (consulté le 27 octobre 2017).
  22. SDC Promenade Fleury, « Projet Courtepointe : installation des structures sur la Promenade », (consulté le 27 octobre 2017).
  23. a, b et c (en) Aparna Joshi, « Reclaiming the streets : a vision of a happier, healthier Mumbai » [« Reprendre la rue : une vision d'un Bombay en meilleure santé et plus heureuse »], The Guardian, (consulté le 28 octobre 2017).
  24. (en) Equal Streets movement, « Equal Streets movement », sur EqualStreets.org, (consulté le 28 octobre 2017).
  25. (en) World Resources Institute, « Mumbai’s Equal Streets launch sees overwhelming community support » [« L'événement « Equal Streets » de Bombay a connu une forte adhésion de la par de la communauté »], (consulté le 28 octobre 2017).
  26. a et b (en) The Times of India, « It's a fun ride today at Equal Streets fiesta » [« Aujourd'hui, on s'amuse à la fête « Equal Streets » »], (consulté le 28 octobre 2017).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jane Jacobs (trad. de l'anglais par Claire Parin, postface Thierry Paquot), Déclin et survie des grandes villes américaines [« The death and life of great American cities »], Marseille, Éditions Parenthèses, coll. « Eupalinos, architecture et urbanisme », , 411 p. (ISBN 9782863646625, OCLC 812519402, notice BnF no FRBNF42728947).
  • (en) Lynda H. Schneekloth et Robert G. Shibley, Placemaking : the art and practice of building communities [« Placemaking : l'art et la pratique de construire des communautés »], New York, Wiley, , 263 p. (ISBN 9780471110262, OCLC 31046276).

Liens externes[modifier | modifier le code]