Place des femmes dans la création musicale

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La place des femmes dans la création musicale décrit les faits historiques ou sociologiques concernant la place des femmes dans la composition musicale, ou dans la théorie de la musique.

De l’intimité à l’espace public[modifier | modifier le code]

Si la pratique musicale dans l’espace privé était vue comme une distraction ou une lubie ajoutant du charme à la femme au foyer, une sorte d'ornement[1], la pratique publique de cet art signifiait en revanche, depuis l’Antiquité, l’assimilation à la pratique de la prostitution[réf. souhaitée].

Hildegarde de Bingen.

La légende voit en Sappho (VIIe siècle av. J.-C.) la première compositrice.

Au Moyen Âge, la non-intégration de femmes dans les ensembles pratiquant la musique connaissait cependant une exception notable : les moniales pouvaient en effet produire des pièces pour leur communauté ; Hildegarde de Bingen (1098-1179) en est à ce titre un exemple célèbre, cependant elle prétendait écrire sa musique sous la dictée de Dieu[Quoi ?]. Avant elle à Byzance, Kassia (IXe siècle), elle aussi abbesse, fut une des premières compositrices, tout genre confondus, dont les partitions ont été conservées et qui peuvent être interprétées par des musiciens modernes[réf. souhaitée]. Néanmoins, ces pratiques ne restent qu’une enclave au sein des institutions religieuses, les femmes étant exclues de la production musicale au sein des églises et des cathédrales (chœurs[2], composition). Cependant, les femmes appartenant à la musique de Louis XIV, roi de France, ou à la musique du duc d'Orléans Philippe II, régent du royaume, pourront parfaitement chanter dans les offices célébrés à la chapelle. Cette quasi-exclusion de la place publique explique alors la méconnaissance historique des pièces musicales écrites par des femmes. Les compositions féminines de cette époque n’ont retrouvé une relative reconnaissance que par le développement des études sur la place des femmes dans les arts[3] et par l’enregistrement tout récent de ces pièces par des ensembles médiévaux.

Trobairitz[modifier | modifier le code]

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A chantar m'er de so qu'eu no volria, interprétation d’une composition de la trobairitz Beatritz de Dia
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Néanmoins, dans l’Occident des XIIe et XIIIe siècles, c’est en dehors du cadre des communautés religieuses qu’on trouve les premières compositrices de musique profane ou sacrée. Les trobairitz ou troubadouresses, poétesses du sud de la France issues de la noblesse, appartiennent en effet à la société courtoise.

Diverses thèses tentent d’expliquer la situation particulière de ces femmes dans la pratique de la composition musicale : la composition serait devenue un accompagnement logique des talents musicaux indispensables à la vie de cour dans la France occitane[4] (chant, instruments), ou encore le pouvoir particulier que tenaient les femmes dans le sud de la France aux XIIe et XIIIe siècles leur aurait permis d’accéder à ces pratiques artistiques[5].

La seule composition d’une trobairitz dont la musique soit aujourd’hui connue est un canso de la comtesse Beatritz de Dia (vers 1140-après 1175), intitulé A chantar m'er de so qu'eu no volria[6].

Au Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Hildegarde de Bingen (1098-1179) composa plus de soixante-dix chants, hymnes et séquences, dont certains ont fait l'objet d'enregistrements récents (Ave generosa, Columba aspexit, O presul vere civitatis...). Elle composa aussi un drame liturgique intitulé Ordo virtutum, qui comporte quatre-vingt-deux mélodies et qui met en scène les tiraillements de l'âme entre le démon et les vertus.

Beatritz de Dia, Beatritz de Romans, Azalaïs de Porcairagues, ou Na de Casteldoza sont des poétesses et compositrices (Trobairitz) d'expression occitane ayant vécu dans le sud de la France au XIIe siècle.

Au XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Maddalena Casulana est la première compositrice dont les œuvres sont publiées et imprimées. Elle dédie à Isabelle de Médicis son premier livre de madrigaux avec cette profession de foi :

« [Je] veux montrer au monde, autant que je le peux dans cette profession de musicienne, l’erreur que commettent les hommes en pensant qu’eux seuls possèdent les dons d’intelligence et que de tels dons ne sont jamais donnés aux femmes. »

Au XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Le XVIIe siècle voit fleurir de nombreux compositeurs, dont quelques femmes : Antonia Bembo, Élisabeth-Sophie de Mecklembourg-Güstrow, Francesca Caccini, Leonora Duarte, Élisabeth Jacquet de La Guerre, Isabella Leonarda, Barbara Strozzi, Caterina Assandra etc.

Au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Plusieurs clavecinistes laissent quelques recueils pour leur instrument, citons : Elisabetta de Gambarini, Genovieffa Ravissa et Anna Bon di Venezia. Wilhelmine de Bayreuth laisse, outre des pièces instrumentales, un opéra. Pour le piano, on peut citer Anne Louise Boyvin d'Hardancourt Brillon de Jouy ainsi qu'Hélène de Montgeroult, grandes concertistes et compositrices pré-romantique. Cette dernière laisse un cours complet pour l'enseignement du forte-piano ainsi que trois sonates pour forte-piano.

Au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Florence Launay, dans Les Compositrices en France au XIXe siècle dénombre un millier de compositrices pour ce seul pays - et étudie les mécanismes qui présidaient à leur effacement par la société masculine d'alors.

Clara Schumann, de son nom de naissance Clara Wieck, est une pianiste et compositrice allemande, née à Leipzig le 13 septembre 1819 et morte le 20 mai 1896 à Francfort-sur-le-Main. Première interprète des œuvres de son mari Robert Schumann, elle fait connaître et apprécier sa musique, dont selon ce dernier, elle est alors la seule à bien en comprendre les délicatesses[réf. souhaitée]. Clara est elle-même l'auteur d'une quarantaine d'œuvres, mais elle a en partie négligé la compositrice au profit de l'inspiratrice et de la pianiste.

Elle fait partie des femmes compositrices de renom au XIXe siècle, avec Fanny Mendelssohn, Louise Farrenc, Marie Jaëll, Cécile Chaminade, Maude Valerie White et Giselle Galos.

Au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Dans la musique dite classique[modifier | modifier le code]

Portrait de Lili Boulanger.

En 1901, lorsque Gustav Mahler fait sa demande en mariage à Alma qui était déjà compositrice, il lui écrit :

« Tu n’as désormais qu’une seule profession, me rendre heureux ! Mais les rôles dans ce spectacle doivent être bien distribués. Et celui du compositeur, de celui qui travaille, m’incombe. Le tien est celui du compagnon aimant, du camarade compréhensif[7]. »

En 1913, lorsque Lili Boulanger est la première femme à recevoir le Prix de Rome, la Villa Médicis n’est pas conçue pour recevoir de jeune femme : le Conservatoire national français, embarrassé, doit alors l’installer en ville. Cette anecdote atteste de la condition féminine dans la pratique de la composition musicale, durablement marquée par des barrières sociales et éducatives, que quelques femmes parvinrent cependant, au fil de l’histoire, à surmonter au gré d’occasions et de circonstances exceptionnelles.

Germaine Tailleferre participe au Groupe des Six sous l'égide de Jean Cocteau.

Claude Arrieu, après un premier prix de composition obtenu en 1932 au Conservatoire de Paris, s'est intéressée à l'évolution du langage musical et des divers moyens techniques disponibles, ce qui l'amena à collaborer à plusieurs reprises avec Pierre Schaeffer au début de l'aventure de la musique concrète.

Betsy Jolas est une compositrice franco-américaine qui effectua des remplacements d'Olivier Messiaen au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris de 1971 à 1974 avant d'y être nommée professeur d'analyse en 1975 et de composition en 1978.

Édith Canat de Chizy, qui a été professeur de composition au CRR de Paris jusqu'en 2017, a été reçue en 2005 à l'Académie des beaux-arts par François-Bernard Mâche au fauteuil de Daniel-Lesur devenant ainsi la première femme compositrice à être admise à l'Institut de France.

Suzanne Giraud lui a succédé en 2017 au poste de professeur de composition du CRR de Paris. De 1984 à 1986 elle a été pensionnaire de la Villa Médicis.

Les vingtième et vingt-et-unième siècles ont vu une forte augmentation du nombre de compositrices sans pour autant que leur visibilité en soit considérablement accrue. On peut citer Florence Baschet, Raphaèle Biston, Julia Blondeau, Unsuk Chin, Adrienne Clostre, Pascale Criton, Violetta Cruz, Coralie Fayolle, Graciane Finzi, Marie-Hélène Fournier, Sofia Goubaïdoulina, Clara Iannotta, Sophie Lacaze, Édith Lejet, Lin-Ni Liao, Lisa Lim, Clara Maïda, Misato Mochizuki, Lara Morciano, Florentine Mulsant, Olga Neuwirth, Younghi Pagh-paan, Camille Pépin, Claire Renard, Michèle Reverdy, Kaija Saariaho, Rebecca Saunders, Elżbieta Sikora, Claire-Mélanie Sinnhuber, Diana Soh, Leilei Tian, Francesca Verunelli, Xu Yi, Agata Zubel…

La musique électroacoustique, et plus particulièrement la musique acousmatique, semble plus propice à une émergence des compositrices dans les programmations de concert et de festivals parmi lesquelles : Elisabeth L. Anderson, Natasha Barrett, Françoise Barrière, Marie Hélène Bernard, Michèle Bokanowski, Thérèse Brenet, Martina Claussen, Marcelle Deschênes, Ingrid Drese, Chantal Dumas, Beatriz Ferreyra, Livia Giovaninetti, Christine Groult, Monique Jean, Elsa Justel, Elainie Lillios, Bérangère Maximin, Kazuko Narita, Pauline Oliveros, Agnès Poisson, Lucie Prod’homme, Éliane Radigue, Carole Rieussec, Georgia Spiropoulos, Roxanne Turcotte, Annette Vande Gorne, Hildegard Westerkamp

Dans le jazz[modifier | modifier le code]

Les femmes instrumentistes sont plutôt rares dans le jazz. La pianiste, compositrice et arrangeuse Mary Lou Williams est une des exceptions à une époque où le jazz est massivement masculin[8]. Active des années 1920 aux années 1980, être une femme dans le monde très masculin du jazz ne lui a jamais vraiment causé de problèmes, comme elle le dit en 1979 : « Personne se n'attendait à voir une femme assise sur scène avec 12 ou 18 hommes. Quand j'étais avec Andy Kirk, on ne me disait rien, parce tout le monde devenait fou quand je jouais. C'était l'époque où je commençais à jouer avec une main gauche puissante, comme Fats Waller, et on pensait que c'était incroyable qu'une femme fasse ça[9]. »

Les chanteuses sont par contre nombreuses : Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Anita O'Day, Carmen McRae, Sarah Vaughan, Dinah Washington, Abbey Lincoln, Nina Simone, Shirley Horn, Jeanne Lee, Helen Merrill, Nancy Wilson, Dee Dee Bridgewater

Dans la chanson[modifier | modifier le code]

Dans le rock[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La musique deviendra peut-être pour lui <Felix Mendelssohn> son métier, alors qu'elle doit pour toi seulement demeurer un agrément, mais jamais la base de ton existence et de tes actes. » Lettre d’Abraham Mendelssohn à sa fille Fanny, 16 juillet 1820.
  2. L’interdiction pour les femmes de chanter dans les églises durera au moins jusqu’à la fin du XIXe siècle.
  3. L’International encyclopedia of women composers d’Aaron Cohen recensait à la date de sa première publication, en 1981, environ 4 900 biographies de compositrices dont les œuvres avaient fait l’objet d’enregistrements. Six ans plus tard, à la date de sa seconde édition (1987), il recensait environ 1 300 biographies supplémentaires.
  4. Judith Tick, Women in music, 500-1500, Grove Music Online.
  5. Matilda Tomaryn Bruckner, Fictions of the Female Voice: The Women Troubadours. Speculum vol. 67 (no 4), octobre 1992 : pages 865 à 891. ISSN 0038-7134.
  6. Elizabeth Aubrey, Comtessa de Dia, Grove Music Online.
  7. Henry-Louis de la Grange, Gustav Mahler, Fayard, 2007
  8. (en) « Introduction aux archives Mary Lou Williams (2) », sur newarkwww.rutgers.edu (consulté le 2 février 2018).
  9. (en) Catherine O'Neill, « Swinger with a Mission », sur ratical.org, (consulté le 2 mars 2018).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Les belles et les bêtes : Anthologie du rock au féminin, de la soul au metal (Camion Blanc, 2012)
  • Aaron Cohen, International encyclopedia of women composers, New York, Books & Music, 2e édition, 1987
  • Florence Launay, Les Compositrices en France au XIXe siècle, Paris, Fayard, 2006.
  • Karin Pendle. Women and Music: A History. Indiana University Press, Bloomington IN. (2001) (ISBN 0-253-21422-X)
  • Danielle Roster, Les Femmes et la création musicale : les compositrices européennes du Moyen Âge au milieu du XXe siècle, L’Harmattan, Paris, 1998.
  • Éric Tissie, Être compositeur, être compositrice en France au XXIe siècle, L'Harmattan, Paris, 2009.

Liens externes[modifier | modifier le code]