Place Jean-Jaurès (Marseille)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Place Jean-Jaurès
Image illustrative de l’article Place Jean-Jaurès (Marseille)
Place Jean-Jaurès
« La Plaine »
Situation
Coordonnées 43° 17′ 42″ nord, 5° 23′ 11″ est
Arrondissement 1er, 5e et 6e
Quartier Thiers
Le Camas
Notre-Dame-du-Mont
Morphologie
Type Place
Longueur 224,5 m
Largeur 106,5 m
Superficie 24 670 m2
Transport
Métro Ligne 2 du métro de Marseille Notre-Dame du Mont
Tramway Ligne 1 du tramway de Marseille Eugène Pierre
Bus Ligne 74 Place Jean Jaurès
Histoire
Anciens noms Place Saint Michel
Plaine Saint Michel
Plaine Saint Michel ou Ancien Champ de Mars
Plaine de Saint Michel [1]
Géolocalisation sur la carte : Marseille
(Voir situation sur carte : Marseille)
Place Jean-Jaurès

La place Jean-Jaurès, parfois plus connue sous le nom de La Plaine, est une des plus grandes places de Marseille.

Situation[modifier | modifier le code]

Le place est située à la limite des 1er, 5e et 6e arrondissements, entre les quartiers de Thiers, du Camas et de Notre-Dame-du-Mont, dans le centre ville de Marseille.

Origine des noms[modifier | modifier le code]

Anciennement appelée Plaine de Saint Michel, Plaine Saint Michel, ou ancien Champ de Mars, puis place Saint Michel, celle-ci est rebaptisée place Jean-Jaurès le , pour honorer la mémoire de Jean Jaurès assassiné cinq ans plus tôt au début de la Première Guerre mondiale. La place est débaptisée place Saint Michel sous le Régime de Vichy, avant de retrouver son nom actuel à la fin de la Seconde Guerre mondiale[1],[2].

Le nom de La Plaine provient d'une francisation de l'appellation ancienne du lieu, « Plan Saint-Michel » (en provençal : Plan Sant-Miquèu), plan signifiant plateau en provençal[3].

La Plaine n'étant pas un véritable quartier de Marseille, le terme peut désigner à la fois de manière non officielle la place Jean Jaurès et les proches alentours de la place.

Historique[modifier | modifier le code]

Sous l'Ancien régime[modifier | modifier le code]

Au XIIIe siècle, la Plaine de Saint Michel n'était pas encore urbanisée, il s'y trouvait le camp des croisés qui s’embarquaient à Marseille à destination de la terre sainte[4]. Malgré un certain éloignement du centre ville de l'époque, elle servait à diverses manifestations comme l'accueil des monarques avant leur réception à l’hôtel de ville.

Ainsi le roi Robert Ier de Naples, comte de Provence, accompagné de sa femme Sancia de Majorque, y est accueilli le par les notables de la ville avant de pénétrer dans la ville pour se recueillir devant les reliques de son frère Saint Louis d'Anjou[5].

De même que François Ier à son retour triomphant après la bataille de Marignan, accompagné de la reine Claude, reçu par un cortège composé des consuls, du viguier Louis de Vento et de l’évêque Claude de Seyssel[6].

Le c’est le roi Charles IX qui est accueilli avec sa mère Catherine de Médicis, son frère le duc d’Anjou et son cousin Henri de Bourbon, futur Henri IV[7].

Enfin, le le roi Louis XIII y est reçu par le premier consul Boniface de Cabannes[8].

Au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Marseille s'urbanise rapidement au XVIIIe siècle. Au début de celui-ci, la Place se situe à la limite de la ville urbanisée, encore entourée de champs et de quelques domaines et propriétés. Des immeubles commencent ensuite à border la place sur ses bords sud et ouest, faisant naître le quartier. La place s'ordonne au milieu d'édifices typiquement provençaux, dont bon nombre de « trois fenêtres marseillais »[9] ; elle est sociologiquement, essentiellement bourgeoise.

En 1770, la Plaine accueille la toute première corrida qui ait lieu en France[10].

Au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

La construction en 1843 du clocher de la Basilique Notre-Dame-de-la-Garde permettait d'installer un bourdon qui fut commandé à un fondeur lyonnais Gédéon Morel ; l'énorme cloche de 8 234 kg fut transportée par chariot le long du Rhône puis exposée à la place Jean-Jaurès pour y être bénie le par Mgr Eugène de Mazenod et baptisé « Marie Joséphine » avant d'être transportée au sommet de la colline Notre-dame-de-la-Garde[11].

Le , le conseil municipal délibère d'établir sur la place une fontaine avec un grand jet d'eau, ainsi que des grands bassins à eau. Ces trois bassins concentriques de 20 mètres de diamètre sont installés au centre de la place ; plus de 103 jets s'en échappent[12].

À partir de 1860 la place accueille la foire de Saint-Lazare qui se tenait auparavant aux Allées, partie haute de la Canebière[13]. Cette foire se maintiendra avec plus ou moins de succès jusqu'aux années 1960 avec auto-tamponneuses et grande roue[14].

La Plaine est au centre du mouvement de contestation de la Commune en 1871. Entre le et le , des militants marseillais se rassemblent sur la place pour apporter leur soutien aux révolutionnaires dans la capitale. L'année précédente, en août, des militants avaient déjà tenté une insurrection à Marseille, et les chefs du groupe avaient été envoyés au cachot du Fort Saint-Jean, dont parmi eux Gaston Crémieux[15].

En 1883, le sous-sol de la place est percé d'un tunnel de 700 mètres de long pour donner passage au premier tramway (un train à vapeur), encore emprunté aujourd'hui par l'actuel Tramway de Marseille. Le tunel avait été construit pour permettre de relier le cimetière Saint-Pierre au Marché des Capucins situé près de la Canebière[16], en passant par le boulevard Chave.

Le , Louis Capazza et Alphonse Fondère partent de cette place en ballon et arrivent en Corse. Un monument inauguré le par les aviateurs Dieudonné Costes et Maurice Bellonte et situé à l’angle de la rue Sibié et sculpté par Louis Botinelly rappelle cet événement[17].

À partir de 1892 est installé le plus grand marché de la ville, dont l'existence se perpétue jusqu'au début des travaux de rénovation en 2018.

Au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 1936 on y trouvait les bassins construits en 1852 où les enfants marseillais pouvaient faire un tour en barque[18]. L'écrivain Jean Giono dans son roman Noé parle ainsi de la Plaine :

« C'est une vaste place encadrée de chaque côté par deux allées d'arbres. Au printemps il y a dessus une foire. Du temps de ma jeunesse, il y avait au centre de cette place un bassin dans lequel évoluait un bateau à rames à forme de petit paquebot et pouvant contenir une dizaine d'enfants. Un feignant costumé en matelot faisait faire pour deux sous trois fois le tour du bassin, lentement, avec de longues pauses. Cela s'appelait le tour du monde. Chaque fois que je descendais à Marseille avec mon père, il me payait ça. Je montais dans la barque et j'étais navré de le quitter, car il restait à terre. Il restait à terre et il faisait lentement le tour du bassin en même temps que moi, car il était navré de me quitter. Mais, dès que nous arrivions à Marseille, lui et moi il me disait : Viens, Jean, je vais te payer le tour du monde[19] ».

Par la suite cette retenue d'eau a été comblée, car l'eau s'infiltrait dans la terre et gouttait sur le tramway en dessous.

Pendant la seconde Guerre Mondiale, sous le Régime de Vichy la place est débaptisée place Saint Michel, le message politique de Jean Jaurès étant en opposition avec la doctrine du régime, avant d'être rebaptisée place Jean Jaurès à la fin de la Seconde Guerre mondiale[2].

À une date inconnue, la Plaine est à nouveau creusée pour accueillir dans son sous-sol un parc de stationnement souterrain.

Il était possible entre les années 1930 à 1983 de faire un tour en carriole tractée par un âne[20] autour du marché. Il y avait aussi un théâtre Guignol qui faisait la joie des enfants. Dans les années 1930, un square avec bacs de sable pour les enfants est construit au centre de la place (square dénommé ultérieurement Yves Montand).

Le maire Gaston Defferre y inaugure le premier feu de signalisation tricolore de la ville en 1953[21].

Au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Sur la Plaine se déroule le mardi, jeudi et samedi un marché, ainsi que, le mercredi, un marché aux fleurs. On trouve bon nombre de cafés autour de la place, ainsi que de nombreux restaurants dans les petites rues entre la Plaine et le cours Julien.

La place fait l'objet d'une rénovation intégrale à partir de 2019, dans le cadre du plan « Ambition Centre-Ville ». Cette rénovation augmente la surface d'espace verts, agrandit les chaussées et les zones piétonnes, réduit les voies et les places de parking, qui sont transférées dans le parking du sous-sol. Deux aires de jeux, d'environ 660 m2, deux arrêts de bus, une piste cyclable et 186 arbres sont aménagés[22]. L'investissement est estimé à 13 millions d'euros par la SOLEAM (société d'aménagement s'occupant de la réalisation des travaux)[23], mais le coût réel du chantier tournerait autour de 20 millions d'euros selon certains médias[24]. Une partie de la population locale ou non manifeste contre ce projet, accusé d'être "un plan de gentrification"[25]. La Plaine et ses alentours attiraient en effet déjà avant le début des travaux plus de "néo-marseillais" qu'ailleurs dans la ville, une population plus diplômée et plus aisée que la moyenne[26].

Avec le début du chantier doit cesser le célèbre marché de la Plaine, une fois la nouvelle place livrée, le retour des forains se fait attendre. D'abord prévu pour la rentrée scolaire 2021, le marché a finalement repris le 3 mai 2022[27].

Situation et accès[modifier | modifier le code]

La place Jean-Jaurès est située entre le boulevard Chave et le quartier de Noailles, à la jonction des 1er, 5e et 6e arrondissements.

Ce tunnel sera ensuite parcouru par des tramways électriques, les lignes 12 (vers les Camoins), 40 (vers Aubagne) et 68 (limitée à Saint-Pierre). Seule cette dernière survivra à la substitution par des autobus, jusqu'en 2004. Le tunnel est actuellement emprunté par la ligne 1 du tramway de Marseille.

Aujourd'hui la place est accessible via la ligne 2 du Métro Ligne 2 du métro de Marseille par la station Notre-Dame du Mont et la ligne 1 du Tramway Ligne 1 du tramway de Marseille par la station Eugène Pierre. La place est également desservie par la ligne 74 du réseau de bus  Ligne 74.

Monuments remarquables[modifier | modifier le code]

Carnaval[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

Anciens aménagements[modifier | modifier le code]

La place avant la rénovation de 2018-2021[modifier | modifier le code]

La place pendant la rénovation de 2018-2021[modifier | modifier le code]

La place après la rénovation de 2019-2021[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Augustin Fabre, Les rues de Marseille, vol. 5, Marseille, E. Camoin, , 505 p., 23,5 × 15 cm, « Place Saint Michel », p. 238-264 ;
  • André Bouyala d'Arnaud, Évocation du vieux Marseille, Paris, Les éditions de minuit, , 440 p., 22. × 14 cm, chap. XVII (« Le quartier de la Plaine »), p. 343-348 ;
  • Adrien Blès, Dictionnaire historique des rues de Marseille : Mémoire de Marseille, Marseille, Jeanne laffitte, , 441 p., 31 × 23 cm (ISBN 2-86276-195-8), p. 195 ;
  • Pierre Gallocher, Marseille, zigzags dans le passé, t. I, Marseille, Tacussel, , 218 p., 21,5 × 19 cm (ISBN 2-903963-11-8), « Marseille à la conquête de l'air », p. 163-167 ;
  • Pierre Gallocher, Marseille, zigzags dans le passé, t. II, Marseille, Tacussel, , 268 p., 21,5 × 19 cm (ISBN 2-903963-41-X), « Une colline surnommée "La Plaine" », p. 173-191.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b https://ia601500.us.archive.org/0/items/sources-des-differentes-appellations-de-la-place-jean-jaures-marseille/Sources_Des_Differentes_Appellations_de_la_Place_Jean_Jaures_%28Marseille%29.pdf
  2. a et b « Musée de la résistance en ligne », sur web.archive.org, (consulté le )
  3. Pierre Gallocher, Marseille, zigzags dans le passé, t. II, Marseille, Tacussel, , 268 p., 21,5 × 19 cm (ISBN 2-903963-41-X), « Une colline surnommée "La Plaine" », p. 173
  4. André Bouyala d'Arnaud, Évocation du vieux Marseille, Paris, Les Éditions de minuit, , 440 p., 22. × 14 cm, chap. XVII (« Le quartier de la Plaine »), p. 343
  5. Augustin Fabre, Les rues de Marseille, vol. 5, Marseille, E. Camoin, , 505 p., 23,5 × 15 cm, « Place Saint Michel », p. 242
  6. Augustin Fabre, Les rues de Marseille, vol. 5, Marseille, E. Camoin, , 505 p., 23,5 × 15 cm, « Place Saint Michel », p. 244-245
  7. Augustin Fabre, Les rues de Marseille, vol. 5, Marseille, E. Camoin, , 505 p., 23,5 × 15 cm, « Place Saint Michel », p. 248
  8. André Bouyala d'Arnaud, Évocation du vieux Marseille, Paris, Les éditions de minuit, , 440 p., 22. × 14 cm, chap. XVII (« Le quartier de la Plaine »), p. 346
  9. « D’où viennent les 3 fenêtres ? – Confiture marseillaise », sur web.archive.org, (consulté le )
  10. « Marseille : comment la Plaine s'est métamorphosée du 13e siècle à... 2019 », sur LaProvence.com, (consulté le )
  11. Robert Levet (préf. Général de division Jean-Charles Mouscardès et Cardinal Roger Etchegaray), La Vierge de la Garde au milieu des bastions : Quatre siècles de cohabitation entre l'Église et l'Armée sur une colline de Marseille (1525-1941), Marseille, Paul Tacussel, , 228 p., 22 × 18 cm (ISBN 2-903963-75-4), chap. 6 (« Un sanctuaire qui renaît et se développe avec de multiples autorisations du ministre de la Guerre »), p. 109-110
  12. Marcel de REGIS DE LA COLOMBIÈRE, Les Fontaines de Marseille, Vve M. Olive, (lire en ligne)
  13. Pierre Gallocher, Marseille, zigzags dans le passé, t. II, Marseille, Tacussel, , 268 p., 21,5 × 19 cm (ISBN 2-903963-41-X), « Une colline surnommée "La Plaine" », p. 181
  14. Pierre Gallocher, Marseille, zigzags dans le passé, t. II, Marseille, Tacussel, , 268 p., 21,5 × 19 cm (ISBN 2-903963-41-X), « Une colline surnommée "La Plaine" », p. 182
  15. « Quand Marseille brade la mémoire de ses communards pour gentrifier », sur France Culture, (consulté le )
  16. André Bouyala d'Arnaud, Évocation du vieux Marseille, Paris, Les éditions de minuit, , 440 p., 22. × 14 cm, chap. XVII (« Le quartier de la Plaine »), p. 348
  17. Pierre Gallocher, Marseille, zigzags dans le passé, t. I, Marseille, Tacussel, , 218 p., 21,5 × 19 cm (ISBN 2-903963-11-8), « Marseille à la conquête de l'air », p. 163-167
  18. Pierre Gallocher, Marseille, zigzags dans le passé, t. II, Marseille, Tacussel, , 268 p., 21,5 × 19 cm (ISBN 2-903963-41-X), « Une colline surnommée "La Plaine" », p. 190
  19. Jean Giono, Noé, éd. Gallimard, coll. bibliothèque de la pléiade, Paris, 1974, Tome 3, p. 805
  20. Pierre Gallocher, Marseille, zigzags dans le passé, t. II, Marseille, Tacussel, , 268 p., 21,5 × 19 cm (ISBN 2-903963-41-X), « Une colline surnommée "La Plaine" », p. 191
  21. « Quartier de la Plaine », sur Tarpin bien (consulté le )
  22. « Place Jean Jaurès Marseille - Soleam », sur Place jean Jaures Marseille (consulté le )
  23. « Place Jean Jaurès », sur Soleam (consulté le )
  24. Fabien Leboucq, « Combien coûte la rénovation de la place Jean-Jaurès à Marseille ? Et le mur pour protéger les travaux ? », sur Libération (consulté le )
  25. Hendrik Davi, « Rénovation de la Place Jean Jaurès à Marseille : les raisons de la colère ! », Le Club de Mediapart, (consulté le )
  26. « Transformation de La Plaine : menace ou opportunité pour le quartier ? », sur Made in Marseille, (consulté le )
  27. « Après plus de trois ans d'absence, les forains du marché de La Plaine à Marseille de retour place Jean-Jaurès », sur France Bleu, (consulté le )
  28. « Quand Marseille brade la mémoire de ses communards pour gentrifier », sur France Culture, (consulté le )
  29. Chardon (M Joseph), Tableau historique et politique de Marseille, ancienne et moderne, ou, Guide fidele du voyageur et des négocians dans cette ville : avec une description des monumens, établissemens publics, etc., etc.; une notice sur le climat, la population, les mœurs et usages des habitans ..., Chardon, (lire en ligne)
  30. Maurice Gontard, Histoire des lycées de Marseille, Marseille, Édisud,
  31. a et b Adrien Blès, Dictionnaire historique des rues de Marseille : Mémoire de Marseille, Marseille, Jeanne laffitte, , 441 p., 31 × 23 cm (ISBN 2-86276-195-8), p. 195