Pilier des Nautes

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Gravure des éléments trouvés lors de la fouille, Histoire de Paris, tome 1, Michel Félibien.

Le pilier des Nautes est une colonne monumentale gallo-romaine érigée en l'honneur de Jupiter par les Nautes de Lutèce au Ier siècle, sous le règne de l'empereur Tibère. C'est le plus vieux monument de Paris et le plus ancien ensemble sculpté découvert en France et daté par une inscription impériale. Le pilier des Nautes est exposé dans la salle du frigidarium des thermes de Cluny.

Découverte[modifier | modifier le code]

Maquette de reconstitution du Pilier des Nautes au Musée de Cluny.
Fragments d'autels gaulois trouvés dans le sol de Notre-Dame, par Adolphe Potémont, 1862-63.
Pilier des Nautes au Musée de Cluny : Ésus et le taureau Tarvos trigaranus.
Pilier des Nautes : les dieux Tarvos trigaranus et Vulcain.

Il s'agit de l'empilement de quatre blocs ou autels qui ont été mis au jour dans les fondations de l'autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris le 16 mars 1711[1] lors des fouilles entreprises pour la réalisation du Vœu de Louis XIII. « Tout Paris a été les voir » a rapporté Baudelot[2], membre de l'Académie des médailles et auteur d'une Description des bas-reliefs anciens trouvez depuis peu dans l'église cathédrale de Paris[3]. Les plus brillants esprits du temps s'interrogèrent sur les inscriptions révélées ; ainsi le philosophe Gottfried Wilhelm Leibniz, échangea avec Sophie, princesse-électrice de Hanovre une correspondance sur la portée philologique de cette découverte[4].

Description[modifier | modifier le code]

Le pilier des Nautes comporte une dédicace. Il est constitué de quatre blocs de pierre de l'Oise, sculptée de forme cubique ornés de bas-reliefs représentant diverses scènes, ainsi que des divinités gauloises et romaines. Rien ne permet de penser qu'ils étaient empilés, il pourrait aussi s'agir de deux paires d'autels isolés. C'est à ce jour le plus ancien monument de Paris.

Inscription[modifier | modifier le code]

Le pilier porte une dédicace à l'empereur Tibère, fils adoptif d'Auguste[4] :

« À Tibère César Auguste, à Jupiter très bon, très grand, les Nautes du territoire des Parisii, aux frais de leur caisse commune ont érigé [ce monument]. »

en latin :

« TIB CAESARE

AVG IOVI OPTVMO
MAXSVMO
NAVTAE PARISIACI

PVBLICE POSIERVNT »

Les Nautes sont une confrérie d'armateurs mariniers naviguant sur les fleuves et rivières de la Gaule. Il devait s'agir d'armateurs ou de commerçants assez aisés, puisque c'est dans leurs rangs que les autres confréries navigantes (dendrophores, utriculaires) choisissaient habituellement leurs patrons.

L'inscription latine montre que les Nautes avaient une caisse commune et donc une personnalité morale, ce qui en fait la première société dont on ait trace à Paris.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Un indice de la puissance des Nautes est donné par une des sculptures du pilier : on les voit défiler en armes avec boucliers et lances, privilège octroyé par les Romains, ce qui est exceptionnel moins d'un demi-siècle après la conquête de la Gaule[5].

Le pilier, haut de cinq mètres, était constitué de quatre dés ou autels de pierre, disposés sur un socle et ornés de bas-reliefs sculptés sur les quatre faces. Ces bas-reliefs représentent des dieux des panthéons latin et gaulois.

Sont représentés pour le panthéon latin :

  • Jupiter, portant le foudre, accompagné de l'aigle,
  • Mars, le guerrier, cuirassé et armé, son manteau de général, la paludamentum, replié sur le bras,
  • le forgeron Vulcain,
  • Mercure, protecteur du commerce,
  • Fortuna, qui donne chance,
  • Vénus, qui favorise la fécondité,
  • les Dioscures Castor et Pollux, patrons de la cavalerie.

Sont représentés pour le panthéon gaulois :

Interprétation[modifier | modifier le code]

Selon l'historienne Anne Lombard-Jourdan, les Nautes cherchaient en édifiant le pilier à montrer aux peuples de la Gaule la voie de la coopération, qu'il était désormais raisonnable de suivre. En dédiant le pilier à Jupiter, ils montraient qu'ils agréaient à la religion des Romains tout en affirmant leur fidélité aux cultes indigènes par la mention de dieux gaulois[6]. La construction du pilier est contemporaine de l'interdiction des assemblées de druides. En donnant une figure humaine aux dieux gaulois, les Nautes contribuaient à ruiner la position d'intermédiaires des druides entre les dieux et les hommes[7]. Pour Anne Lombard-Jourdan, le pilier aurait été situé au Lendit à proximité où se seraient réunis selon elle les druides des Gaules[8],[9].

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fiche du pilier des Nautes, sur le site internet du Musée national du Moyen Âge.
  2. Alexis Charniguet et Anne Lombard-Jourdan, Cernunnos, dieu Cerf des Gaulois, Paris, Larousse, coll. « Dieux, mythes & héros », , 238 p. (ISBN 978-2-03-584620-4), p. 14.
  3. Charles César Baudelot de Dairval, Description des bas-reliefs anciens, trouvez depuis peu dans l'église cathédrale de Paris, Pierre Cot, (lire en ligne).
  4. a et b Charniguet et Lombard-Jourdan, op. cit., p. 14.
  5. Charniguet et Lombard-Jourdan, op. cit., p. 15.
  6. Anne Lombard-Jourdan, Montjoie et Saint-Denis ! Le centre de la Gaule aux origines de Paris et de Saint-Denis, Paris, Presses du CNRS, , 392 p. (ISBN 2-87682-029-3), p. 107.
  7. Lombard-Jourdan, op. cit., p. 108.
  8. Lombard-Jourdan, op. cit., p. 105.
  9. D'après les plans les plus anciens, dont celui de Charles Inselin (1708), il aurait existé un lieu-dit "le Pilier", à proximité d'une rue du Pilier.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul-Marie Duval, Paris antique des origines au milieu du IIIe siècle, Paris, Herrmann, 1961.
  • Paul-Marie Duval, Les inscriptions antiques de Paris, Paris, Coll. de l'histoire générale de Paris, 1961.
  • Bernard Jacomin, Le pilier des Nautes de Lutèce : Astronomie, mythologie et fêtes celtiques, éd. Yvelinédition, mars 2006 (ISBN 2-84668-096-5).
  • Didier Busson, Paris 75 : Carte Archéologique de la Gaule : 75, Paris. Inscriptions de DES de Paris, éd. Académie des Inscriptions et Belles-Lettrest, 1998 (ISBN 2-87754-056-1).
  • Philippe de Carbonnières, Lutèce : Paris ville romaine, Paris, éd. Gallimard, 1997 (ISBN 2-07-053389-1).
  • Henri d'Arbois de Jubainville, « Ésus, Tarvos Trigaranuss : La légende de Cûchulainn en Gaule et en Grande-Bretagne », Revue celtique, vol. XIX,‎ , p. 245–251 (lire en ligne).
  • Patrice Jaloye, « Le pilier des Nautes de Paris », Histoire antique, no 10 (hors-série) « Paris antique »,‎ juillet-septembre 2006, p. 34–39 (lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]