Pignon à redents

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Pignon à redents d'une maison de Brégnier-Cordon, dans le Bugey (Ain).

Un pignon à redents ou à redan ou en gradins ou à pas de moineaux est un pignon saillant dont l'extrémité est découpée en redents ou gradins. C'est une variante des pignons à échelons, caractéristiques par exemple des « pignons flamands ». Ses origines remontent au Moyen Âge. Il est un élément esthétique et décoratif d'architecture urbaine bourgeoise autant que de constructions rurales plus modestes.

Utilité[modifier | modifier le code]

La saillie du pignon aurait comme principaux avantages d'empêcher le toit de chaume traditionnel d'être « déplumé » lors de vents violents[1], de permettre l'accès à la toiture[réf. nécessaire] et de servir de coupe-feu[réf. nécessaire]. En architecture traditionnelle, les redents sont généralement couverts de pierres plates qui les protègent de la pluie, empêchent les infiltrations d'eau dans le mur porteur et permettent au couvreur ou au cheministe d'y poser ses outils[réf. nécessaire][réf. à confirmer][2]. Ces pierres sont souvent (mais pas toujours) inclinées vers le bas, de manière à laisser s'écouler l'eau de pluie. Dans l'évolution de l'architecture vers le monumental, les redents augmentent de taille et ne jouent pas de rôle particulier, sinon décoratif.

Distribution géographique[modifier | modifier le code]

Les pignons à redents sont typiques de l'architecture traditionnelle de nombreuses régions, comme la vallée de l'Aisne.

Rhône-Alpes[modifier | modifier le code]

En région Rhône-Alpes, ils sont typiques de l'architecture de l'est du Nord-Isère (cantons de Morestel et de Crémieu) ainsi que dans le Bugey méridional voisin (villages d'Izieu, de Prémeyzel, de Lhuis, de Brégnier-Cordon, d'Arbignieu, etc.). Ils sont également répandus dans l'habitat traditionnel du Vercors nord (Quatre Montagnes). La pierre au sommet s'appelle "la couve" ou "le cocu". Curieusement, dans le sud Bugey, on l'appelle "le doigt d'Allah", sans doute en souvenir de l'implantation des sarrasins défaits par Charles Martel en 732 et qui s'établirent dans cette région. (d'après le témoignage d'un homme d'environ 65 ans, né et grandi dans le bugey).

En Haute-Savoie, à Frangy, non loin du Bugey, on trouve un témoignage rare de ces pignons à redents à la métairie de la ferme de Bel-Air[3], inscrite au titre des monuments historiques.

Pignons flamands[modifier | modifier le code]

Article connexe : pignon à échelons.

En Flandre belge et Flandre française, les pignons à redents se sont généralisés à partir du Moyen Âge. Ils sont vraisemblablement issus d'une adaptation des créneaux des murs fortifiés sur des pignons pentus. C'est un symbole de l'habitat seigneurial qui fut repris par la puissante bourgeoisie des villes libres marchandes, pour démontrer les pouvoirs qu'elle avait acquis. Les redents se sont ensuite rapidement généralisés et sont devenus un simple motif décoratif, ornant même des bâtiments modestes. Les redents sont d'ailleurs parfois dotés de merlons. Ce type de pignon, aussi appelé « pignon à échelons » ou « pignon à gradins », est caractéristique de nombreuses parties de l'Europe du Nord. On en rencontre, avec diverses variantes locales, dans les Flandres (sens large) et les Pays-Bas, mais aussi dans toute l'Allemagne du Nord, en Pologne, dans les pays Baltes, ainsi qu'en Scandinavie, particulièrement dans les anciennes villes hanséatiques allemandes, pour lesquelles ce type de pignon constitue un symbole architectural marquant, et où ils se sont répandus en même temps que le style backsteingotik ("gothique de brique"). Ils se sont aussi répandus dans les régions germaniques plus méridionales, on en rencontre ainsi en Bavière, en Alsace ou encore en Suisse. En Flandre et aux Pays-Bas leur style est quelque peu différencié (les gradins sont plus petits et tendent à être plus nombreux sur chaque pan comparé aux échelons souvent de grande taille d'Allemagne du Nord). Ils étaient un élément caractéristique de la construction urbaine où, en vertu des taxes sur la largeur des maisons, on en est venu à construire en hauteur et à privilégier cet aspect de la façade. Les divisions horizontales correspondant à la hauteur des étages tendent souvent à se réduire en hauteur, provoquant par effet d'optique une « fausse perspective » qui accentue l'effet de hauteur. À partir de la Renaissance on voit apparaître les courbes et les volutes qui feront progressivement disparaître l'aspect en « gradins », encore que beaucoup aient été conservés[4]. Depuis le début du XIXe siècle et jusqu'à nos jours, l'architecture néorégionaliste a remis à l'honneur les pignons à redents, aussi bien en Flandre belge que française : Grand-Place de Tournai, reconstruction d'Ypres et de Bailleul après la Première guerre mondiale, immeubles à Lille, etc.

Pyrénées centrales[modifier | modifier le code]

Dans les Pyrénées centrales, les pignons à redents sont courants dans l'architecture des granges et des bergeries[5]. Les redents y sont appelés penaus. En Ariège, les dalles supérieures des redents étaient appelées peyrous et les pignons sont à pas d'oiseau.

Département du Jura[modifier | modifier le code]

Dans les villages du vignoble du Jura et de Franche-Comté, quelques habitations traditionnelles du Jura sont construites avec des pignons à redents.

Architecture moderne[modifier | modifier le code]

Les redents ont aussi été un élément de l'architecture en béton débutant dans la première moitié du XXe siècle. La possibilité de disposer un entablement en couronnement esthétique facilitant le banchage (souvent du béton de mâchefer) des dosserets a été fréquemment exploitée.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

A. Durafour, Les Maisons à penaus des vallées pyrénéennes[réf. à confirmer]

Références[modifier | modifier le code]

  1. CPIE Vercors, Découvrir... chemin du patrimoine : Autrans glisse dans le temps d'hier à aujourd'hui, Lans-en-Vercors, Centre Permanent d'Initiative pour l'Environnement du Vercors,
  2. Stéphane Thebaut, « Destination : Gand », émission La Maison France 5 sur France 5, 20 février 2013
  3. l'Association Historique de Frangy pour la Sauvegarde de Bel-Air (fr) fermedebelairfrangy.blogspot.com
  4. Oda van de Castyne, L'Architecture privée en Belgique dans les centres urbains aux XVIe et XVIIe siècles, 1934, Bruxelles, Palais des Académies
  5. La grange de Cominac en Ariège (explications et photos).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]