Pierre Ménard, auteur du Quichotte

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Pierre Ménard, auteur du « Quichotte » (Pierre Menard, autor del Quijote) est une nouvelle écrite par Jorge Luis Borges, publiée dans le recueil Fictions.

Résumé[modifier | modifier le code]

Cette courte nouvelle de Fictions décrit brièvement la vie et l'œuvre publiée de l'écrivain imaginaire Pierre Ménard (français, écrivant dans les années 1930), avant de détailler son invraisemblable projet secret : la réécriture du premier livre de Don Quichotte, à l'identique (et donc dans l'espagnol archaïque de Cervantes).

La nouvelle se propose (avec un humour pince-sans-rire permanent), non seulement de justifier ce travail, mais de montrer en quoi le résultat s'avère même supérieur à l'original, expliquant par exemple que Cervantes écrit banalement dans l'espagnol de son temps, là où Ménard se livre à une recréation linguistique analogue à celle des romans historiques du XIXe siècle, ou citant deux passages identiques avant de montrer comment le contexte de leur écriture les oppose en fait totalement.

Écriture du « Quichotte »[modifier | modifier le code]

Le protagoniste Pierre Ménard n'écrit que partiellement sa version de Don Quichotte. Il a réécrit les chapitres 9 et 38 de l’œuvre homonyme de Cervantes. Le narrateur ajoute également que Ménard a rédigé une partie du chapitre 22. Toutefois, cette réécriture du Quichotte, pourtant identique en tout point à la première, a une portée différente. Contrairement à Cervantes, Ménard est un écrivain du XXe siècle, il apporte donc à son écriture un héritage culturel, littéraire et philosophique que n'avait pas l’œuvre au XVIe siècle. Le narrateur évoque notamment l'influence de Bertrand Russell, ou Friedrich Nietzsche pour l'écriture du chapitre 38[1].

Le narrateur présente la ressemblance entre le Don Quichotte de Cervantes et la version de Pierre Ménard en relevant un extrait de leurs écrits respectifs. On peut lire ainsi à deux reprises dans la nouvelle l'extrait « ... la vérité, dont la mère est l'histoire, émule du temps, dépôt des actions, témoin du passé, exemple et connaissance du présent, avertissement de l'avenir », écrit tantôt par Cervantes, tantôt par Pierre Ménard[2]. Le narrateur se permet tout de même un jugement, qualifiant Cervantes de « génie ignorant » tandis que Pierre Ménard apporterait selon lui une idée « stupéfiante »[2] dans sa version. L'auteur fictif serait de ce fait influencé par William James, alors que l'écrivain du XVIIe siècle ne dispose pas de ces apports culturels.

Références dans d'autres œuvres littéraires[modifier | modifier le code]

  • Les auteurs de l'Oulipo ont souvent fait référence à Pierre Ménard, notamment Marcel Bénabou (auteur de textes proches, tels que Pourquoi je n'ai écrit aucun de mes livres), ou Hervé Le Tellier, dans son court roman-correspondance Moi et François Mitterrand (2016).
  • Une citation en espagnol de Pierre Ménard apparaît dans La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski (2000).
  • L'écrivain français Philippe Diaz a choisi le pseudonyme de Pierre Ménard en hommage à la nouvelle de Borges.
  • En novembre 2008 est sortie Une vie de Pierre Ménard (Gallimard), biographie fictive écrite par Michel Lafon.
  • Pierre Ménard est également le nom de deux personnages des romans Les Éclaireurs et Les Producteurs, d'Antoine Bello : le fondateur du « Comité de falsification du réel » (CFR), et son descendant à l'époque où se déroulent les événements (2001 et après), membre du comité exécutif du CFR.
  • En janvier 2009, René Ventura (éd. Lucie) publie La Vraie Vie de Pierre Ménard, imaginant que Pierre Ménard, médecin psy, connu de Freud, adepte de la thérapie par l'écriture, aurait pu inspirer à Borges la rédaction de la nouvelle Pierre Ménard, auteur du « Quichotte ».
  • Sous le titre « Cervantès, Ménard, Borges », le professeur Roger Chartier consacre l'épilogue de son livre La Main de l'auteur et l'esprit de l'imprimeur (2015, (ISBN 9782070462827)) à la nouvelle de Borges.
  • Gilles Deleuze cite Pierre Ménard dans l'avant-propos de son livre Différence et répétition (2013 (12e éd.), (ISBN 9782130585299), p. 5).

Autres références[modifier | modifier le code]

Références à des personnages
  • Pierre Ménard : personnage inventé par l'auteur.
  • Silvina Ocampo : écrivaine argentine
  • Madame Henri Bachelier : personnage inventé par Jorge Luis Borges.
  • La baronne de Bacourt : personnage inventé par Jorge Luis Borges.
  • La comtesse de Bagnoregio: personnage inventé par Jorge Luis Borges.
  • Simon Kautzch : personnage inventé par Jorge Luis Borges.
  • Descartes : mathématicien, philosophe et physicien français.
  • Leibniz : mathématicien, philosophe et physicien allemand.
  • John Wilkins : ecclésiastique et philosophe anglais.
Référence à des lieux
Autres références
  • Revue Luxe : magazine de presse.
  • La Conque : revue de poésie publiée en 1891 et 1892. Borges imagine une suite à cette revue.
  • Nîmes : journal dirigé (de 1901 à 1904) par Jean Flore et Louis Lafare.
  • Characteristica universalis de Leibniz.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jorge Luis Borges, Fictions, Folio, , (p. 49)
  2. a et b Jorge Luis Borges, Fictions, Folio, , (p.50)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Serge Velay (dir.), Michel Boissard et Catherine Bernié-Boissard, Petit dictionnaire des écrivains du Gard, Nîmes, Alcide, , 255 p. (présentation en ligne), p. 164-165-166-167