Pierre Jourde

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Pierre Jourde
Naissance (60 ans)
Créteil
Activité principale
Romancier, critique littéraire, professeur d'université
Distinctions
Prix de la critique de l'Académie française (2002)
Prix Renaudot des lycéens (2005)
Auteur
Langue d’écriture français

Œuvres principales

Pierre Jourde est un écrivain et critique français né à Créteil le [1]. Il enseigne la littérature à Valence (université Grenoble III).

Connu pour ses pamphlets (La littérature sans estomac, le Jourde et Naulleau) contre ce que les médias, et notamment les pages littéraires du journal Le Monde, présentent comme la littérature contemporaine, il est surtout l'auteur d'essais sur la littérature moderne (Géographies imaginaires, Littérature monstre) et d'une œuvre littéraire se partageant entre poésie (Haïkus tout foutus), récits (Dans mon chien, Le Tibet sans peine) et romans (Festins secrets, L'heure et l'ombre, Paradis noirs). Il tient depuis janvier 2009 le blog « Confitures de culture » sur le site littéraire de L'Obs où il publie régulièrement ses prises de position sur des sujets de société[2].

Géographies imaginaires et Visages du double[modifier | modifier le code]

Ces deux ouvrages critiques, parus au début des années 1990, annoncent les thèmes et enjeux qui seront abordés plus tard par Jourde dans ses romans et sont à considérer comme des textes fondateurs d'une esthétique qui sera mise en œuvre dans ses fictions. Dans Géographies imaginaires, de quelques inventeurs de mondes au XXe siècle, Pierre Jourde analyse les mondes imaginés par quatre écrivains du XXe siècle : La Bibliothèque de Babel de Jorge Luis Borges, Le Seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien, Ailleurs d'Henri Michaux, le Rivage des Syrtes de Julien Gracq. S'appuyant dans un premier temps sur une métapoétique proche de celle de Gaston Bachelard pour rendre compte des espaces imaginés, Jourde analyse ensuite les fonctions des différents éléments géographiques, historiques et linguistiques dans la configuration générale des espaces imaginaires pour finalement voir dans ces œuvres une interrogation sur « le pouvoir créateur et la quête du centre dérobé autour duquel gravite l'écriture moderne »[3], récits qui intègreraient donc une réflexion métacritique et seraient caractéristiques d'une littérature moderne qui « livre à nos investigations le territoire des questions, seul domaine où nous nous reconnaissons »[4]. Cette conception ne sera pas sans influence sur l'œuvre future de Pierre Jourde dont la réflexivité et la mise en abîme débouchent sur un fantastique qui remet en cause la figure du narrateur et l'ensemble du récit.

Le double, autre figure de la réflexivité et du spéculaire, étudié tout d'abord théoriquement dans Visages du Double, se retrouvera dans l'ensemble de l'œuvre de Jourde : que ce soit dans Festins secrets, dans L'heure et l'ombre ou Paradis noirs, les narrateurs se retrouvent confrontés à un double négatif, qu'il soit vieillissant comme dans Festins secrets ou fascisant dans Paradis noirs. Cette figure du double semble être le produit de l'imagination schizophrénique du narrateur.

Polémique à la suite de la parution de Pays perdu[modifier | modifier le code]

Pays perdu retrace la vie des habitants d'un village du Cantal décrite comme très rude et marquée par l'alcoolisme, la solitude, le suicide... Ce roman est inspiré du village de Lussaud dont est originaire la famille Jourde et a suscité une vive émotion parmi ses habitants, d'autant que plusieurs se sont reconnus ou ont reconnu des proches décédés dans les personnages du roman. Lorsqu'il y est revenu, Pierre Jourde et ses enfants ont alors été agressés physiquement et chassés du village à coups de pierres. Les agresseurs ont été condamnés le 5 juillet 2007 par le tribunal d'Aurillac à des amendes et de la prison avec sursis[5].

Festins secrets[modifier | modifier le code]

Dans ce roman, Jourde aborde la déliquescence du système scolaire français à travers le récit d'un jeune enseignant de français progressiste, Gilles Saurat, nommé pour son premier poste dans un sombre et violent collège de province et qui perdra progressivement ses illusions face à des élèves qui ne s'avèrent être que de petites crapules ignorantes. Ce roman à la fois réaliste, avec une dénonciation du tout pédagogique qui a sévi dans les collèges et lycées français ces dernières années et de la complaisance des enseignants face à une violence injustifiable, est aussi une virulente charge contre les hypocrisies de la bourgeoisie provinciale ainsi que la violence de la société française contemporaine qui n'hésite pas à sacrifier ses enfants. Ce récit fortement ancré dans le réel s'accompagne de scènes fantastiques pour finalement s'avérer être le produit de l'imagination délirante d'un narrateur ayant sombré dans la folie et le meurtre. Jourde aborde dans ce livre certains thèmes que l'on retrouvera par la suite :

  • la tentation de l'extrémisme politique à travers le discours d'un collègue enseignant, Zablanski, au « cynisme désespéré »[6], et qui n'est pas sans rappeler le personnage de François dans Paradis noirs.
  • le sado-masochisme, vu comme une forme ultime et dérisoire des sexualités postmodernes, avec les relations qu'entretiennent Gilles Saurat et Mme Van Reeth, veuve adepte du dolorisme, qui lui loue une chambre et lui fait rencontrer « une bourgeoisie locale adonnée au ragot, à l'extrémisme politique et aux sciences occultes »[7]. Ces relations de maître/esclave se retrouveront dans une perspective becketienne et comique dans la relation entre Bada et Bolo, les personnages principaux de la Cantatrice avariée et dans une perspective réaliste et sombre dans Paradis noirs avec la mise en scène des relations entre de jeunes adolescents et leur souffre douleur.

Ce récit à la stratégie narrative complexe avec tutoiement au lecteur, remise en cause du pacte auteur/lecteur par un narrateur peu fiable, réalisme qui sombre dans le fantastique fut remarqué à sa sortie et obtint de nombreux prix.

L'heure et l'ombre[modifier | modifier le code]

Roman d'amour sur une très longue durée, multipliant les relais métadiégétiques, passant d'un registre sentimental à un registre réaliste ou comique, L'heure et l'ombre est le récit d'une quête amoureuse par un narrateur hanté par un amour d'enfance vécu dans une petite ville balnéaire. À la manière de Sylvie de Nerval ce récit mêle fantasmes et réalité mais possède aussi une perspective critique avec des passages d'un comique irrésistible sur l'enfant roi, des analyses sans concession sur les chanteurs de rap ou encore sur le sort réservé aux personnes âgées. Dans cet ouvrage apparaît pour la première fois le personnage de l'aïeule, ultime représentante enchantée d'une France rurale désormais disparue et que l'on retrouvera dans Paradis noirs. Un procédé consistant à couvrir la durée d'une vie dans un roman et par une ellipse à donner à voir le narrateur dans sa vieillesse se retrouve à la fois dans l'Heure et l'ombre et dans Paradis noirs.

La cantatrice avariée[modifier | modifier le code]

Roman absurde, mettant en scène deux ex petits voyous, Bada et Bolo, qui assurent le service d'ordre d'une secte en voie de disparition qui s'est installée dans un château gothique. Dans ce roman se retrouve une scène récurrente des œuvres de Jourde, le sacrifice d'une jeune fille[8] (cf Festins secrets, L'heure et l'ombre), qui, martyre des sociétés contemporaines, atteint au statut de sainteté par le calvaire enduré. Le château, fait de tunnels, de passages secrets et de sombres cachots, lieu emblématique des romans gothiques et décadents (étudiés notamment dans Littérature monstre) se retrouvera aussi dans Paradis noirs, à travers la description du collège religieux.

Paradis noirs[modifier | modifier le code]

Présenté comme un récit d'enfance, Paradis noirs raconte un souvenir traumatique d'enfance mais ne se limite pas à cette thématique.

Dans une pension religieuse Saint-Barthélemy de Clermont-Ferrand, dans les années 1950-1960, se constitue un petit groupe d'amis collégiens : François, Boris, Serge, et le narrateur anonyme, accessoirement de Chloé. Le groupe s'est dispersé dès le lycée. Le narrateur, devenu écrivain, esseulé (car privé de la présence de Laure), fréquente Boris (à Bédarieux, avec son épouse Elvire et son fils Raphaël).

D'une fenêtre de train, il croit revoir Laure, puis François, réputé mort. Puis, cinquante ans plus tard, en résidence d'écrivain à Royat, il le rencontre, ou croit le rencontrer. Et ils approfondissent chacun leur passé, particulièrement celui de François, de sa relation avec sa mère (absente), sa grand-mère et ses grand-tantes. Tout tourne autour vite autour du traumatisme qui a provoqué la séparation du groupe, la mise à l'épreuve de Serge.

"On ne peut pas critiquer le fascisme, disait François. On ne peut pas discuter avec un fasciste, cela n'a aucun sens. Cela l'amuse, et lui donne d'autant plus envie d'écraser l'autre. Le raisonnement, l'argumentation font précisément partie de ces faiblesses humaines qu'il aime à démolir pour s'assurer qu'il est au-delà d'elles, et au-delà du doute et du relatif. on ne peut s'attaquer au négatif, il se nourrit de tout ce qu'on lui oppose." (p. 254)

Les paradis noirs sont d'abord les caves obscures de la maison désolée de sa grand-mère et de son enfance, puis celles du fascisme et de la cruauté, qui l'ont mené à devenir mercenaire dans les années 1970-1980. "Et je me disais en l'écoutant que c'est par excès de bonté qu'il était devenu un salaud." (p 257)

"La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse" est un refrain.

Positionnement politique[modifier | modifier le code]

Qualifié de réactionnaire par ses opposants[réf. nécessaire], Pierre Jourde n'hésite pas à aller à l'encontre de la doxa commune et mène, à la manière d'un Philippe Muray, un combat contre « L'empire du bien ». Dans Carnets d'un voyageur zoulou dans les banlieues en feu, il s'attaque au discours des journalistes et la représentation médiatique des banlieues françaises et de ses jeunes, considérées comme une entreprise de déréalisation qui ne fait que refuser d'aborder les causes réelles des problèmes. La parution sur son blog et sur le site de la revue Causeur, d'un article sur l'antisémitisme dans les banlieues françaises, Il ne faut pas désespérer Montfermeil[9] dans lequel il s'attaquait à cette attitude qui consiste à faire d'Israël « la commode figure du Croquemitaine responsable de toute la misère du monde » a entrainé une polémique[réf. nécessaire].

Tout en explorant les côtés sombre de l'humain, la tentation du mal et la dualité de l'humain, la pensée de Jourde est avant tout une philosophie pragmatique et humaniste profondément attachée à la liberté de pensée, à la défense des plus faibles face à la violence sauvage, à l'opposition aux obscurantismes de toutes sortes et au populisme anti-intellectuel, au règne des médias et aux hypocrisies de la société française. Pierre Jourde s'est aussi profondément impliqué dans la défense de l'Université française et lors du mouvement de grève de 2009, a multiplié articles et interventions pour défendre les enseignants-chercheurs[10]. Enfin, il est partisan d'une liberté d'expression totale et de l'abrogation de toutes les lois l'ayant limitée en France, comme l'indique sa signature de la pétition lancée par le site Enquête & Débat[11].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Essais & Critiques[modifier | modifier le code]

  • Géographies imaginaires, 1991
  • Huysmans : à rebours, 1991
  • L'alcool du silence : sur la décadence, 1994
  • Visages du double, avec Paolo Tortonese, 1996
  • L'Opérette métaphysique d'Alexandre Vialatte, 1996
  • Empailler le toréador : l'incongru dans la littérature française, 1999
  • La littérature sans estomac, 2002, Prix de la critique de l'Académie française 2002[12]
  • Petit déjeuner chez Tyrannie, avec Éric Naulleau, 2003
  • Le Jourde & Naulleau, avec Éric Naulleau, Mots et Cie, Paris, 2004
    • rééd. remaniée et augmentée, Mango, 2008.
    • rééd. remaniée et augmentée, Chiflet et Cie, 2015.
  • La voix de Valère Novarina (dir), actes du colloque de Valence, l'Écarlate/l'Harmattan, 2004
  • Littérature et authenticité, 2005
  • Portrait des mouches, 2005
  • Carnets d'un voyageur zoulou dans les banlieues en feu, 2007
  • La littérature monstre : essai sur la littérature moderne, 2008
  • 40 ans de rentrée littéraire, avec Ulf Andersen, 2010
  • C'est la culture qu'on assassine, Balland, 2011
  • Géographie intérieure, Grasset, 2015
  • La littérature est un sport de combat, Page centrale, 2015.

Récits et romans[modifier | modifier le code]

  • Carnage de clowns, 1999
  • Dans mon chien, 2002
  • Pays perdu, 2003, Prix Générations du roman 2003 (également paru en livre audio en 2010, dans une narration assurée par l'auteur)
  • Festins secrets, 2005, Grand Prix Thyde Monnier de la SGDL, Prix Renaudot des lycéens, Prix Valéry Larbaud
  • L'Œuvre du propriétaire, 2006
  • L’Heure et l’Ombre, 2006
  • Petits Chaperons dans le rouge, 2006
  • La Cantatrice avariée, 2008
  • Le Tibet sans peine, 2008
  • Paradis noirs, 2009
  • La Présence, 2011
  • Voyage en Auvergne, avec Pio Kalinski 2012
  • Le Maréchal absolu, 2012, Prix Virilo 2012 [13]
  • La Première Pierre, 2013, Grand prix Jean-Giono 2013[14]

Poésie et livres avec des artistes[modifier | modifier le code]

  • Territoire des confins, 1988, illustrations de Kristian Desailly
  • Histoires acéphales, 1988, illustrations de Kristian Desailly
  • Bouts du monde, Le Quai, 1995, illustrations de Barrie Hastings
  • Un tas d'amour, Le Quai, 1996, illustrations de Barrie Hastings
  • Entrée des créatures, Adana Venci, 2001, sur les dessins de Robert Vigneau
  • Haïkus tout foutus, Voix d'encre, 2004, illustrations de Kristian Desailly
  • Qui rira le dernier, Voix d'encre, 2006, avec Éric Chevillard, Jean-Pierre Gandebeuf et Alain Blanc
  • La quadrature du sexe, Voix d'encre, 2009, sur des photomontages de Henri Maccheroni
  • La vieille à sa fenêtre, Le Réalgar, 2012, illustrations de Francis-Olivier Brunet
  • Crucifixion Rumba, Le Réalgar, 2012, illustrations de Barrie Hastings

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice d'autorité personne sur le site du catalogue général de la BnF
  2. Confitures de culture sur BibliObs.com
  3. Pierre Jourde, Géographies imaginaires, José Corti, 1991, quatrième de couverture
  4. op cit, p 325
  5. Chroniques judiciaires du Monde.
  6. Pierre Jourde, Festins secrets, l'esprit des Péninsules, 2005, p 169
  7. op cit, 4e de couverture
  8. Pierre Jourde, la Cantatrice avariée, l'esprit des péninsules, 2008, p 63-64
  9. Il ne faut pas désespérer Montfermeil, Pierre Jourde, causeur.fr, 12 décembre 2008
  10. Université: les fainéants et les mauvais chercheurs, au travail! (archive Wikiwix)
  11. Enquête & Débat, Pierre Jourde : "L'essentiel de la censure, c'est celle qu'on ne voit pas", 22 mars 2011
  12. « Discours sur les prix littéraires prononcé par Jean-Marie Rouart », sur le site de l'Académie française (consulté le 28 novembre 2010)
  13. Salon Litteraire 2012
  14. Grégoire Leménager, « Le prix Giono 2013 pour Pierre Jourde », sur nouvelobs.com,‎ (consulté le 16 octobre 2013)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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