Pierre Ier du Brésil

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Pierre IV de Portugal

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Pierre de Portugal et Pierre du Brésil.
Pierre Ier / Pierre IV
(pt) Pedro I / Pedro IV
Tableau de Simplício Rodrigues de Sá, vers 1830.
Tableau de Simplício Rodrigues de Sá, vers 1830.
Titre
Régent du Brésil

(&&&&&&&&&&&&05341 an, 5 mois et 16 jours)
Prédécesseur Jean de Portugal
Successeur Marie-Léopoldine d’Autriche
Empereur du Brésil
Pierre Ier

(&&&&&&&&&&&031348 ans, 7 mois et 0 jour)
Couronnement
Prédécesseur Jean VI de Portugal,
roi puis empereur titulaire du Brésil
Successeur Pierre II du Brésil
Roi de Portugal et des Algarves
Pierre IV

(&&&&&&&&&&&&&0531 mois et 22 jours)
Prédécesseur Jean VI de Portugal
Successeur Marie II de Portugal
Régent de Portugal

(&&&&&&&&&&&&09352 ans, 6 mois et 21 jours)
Prédécesseur Michel de Portugal
Successeur Marie II de Portugal,
reine de Portugal
Biographie
Titre complet Empereur constitutionnel et perpétuel défenseur du Brésil ;
Roi de Portugal et des Algarves, de chaque côté de la mer en Afrique, duc de Guinée et de la Conquête, de la Navigation et du Commerce d’Éthiopie, d’Arabie, de Perse et d’Inde par la grâce de Dieu et l’acclamation unanime du peuple ;
Duc de Bragance
Dynastie Maison de Bragance
Nom de naissance Pedro de Alcântara Francisco António João Carlos Xavier de Paula Miguel Rafael Joaquim José Gonzaga Pascoal Cipriano Serafim de Borbón e Bragança
Date de naissance
Lieu de naissance Palais de Queluz (Lisbonne)
Date de décès (à 35 ans)
Lieu de décès Palais de Queluz (Lisbonne)
Père Jean VI de Portugal
Mère Charlotte-Joachime d’Espagne
Conjoint Marie-Léopoldine d’Autriche
Amélie de Leuchtenberg
Enfant(s) Marie II de Portugal Reine de Portugal
Michel, prince de Beira
Jean-Charles, prince de Beira
Janvière, princesse impériale du Brésil
Paule, princesse du Brésil
Françoise, princesse du Brésil
Pierre II du Brésil Empereur du Brésil
Marie-Amélie, princesse du Brésil

Pierre Ier du Brésil
Monarques du Portugal
Monarques du Brésil

Pierre Ier du Brésil (en portugais : Pedro I do Brasil), également connu sous le nom de Pierre IV de Portugal (portugais : Pedro IV de Portugal), est né le au palais de Queluz, à Lisbonne, au Portugal, et mort le au même endroit. Surnommé « le Libérateur »[1] ou « le Roi soldat »[2], il règne sur le Brésil du au et sur le Portugal entre le et le .

Membre de la maison de Bragance, Pierre Ier est le quatrième enfant du régent Jean de Portugal et de son épouse l’infante Charlotte-Joachime d’Espagne. Né à Lisbonne en 1798, il quitte le Portugal avec sa famille au moment de l’invasion du pays par les forces françaises, en 1807, et grandit à Rio de Janeiro, au Brésil.

Malgré la libération du Portugal en 1811 et la chute de Napoléon Ier en 1815, les Bragance prennent la décision de rester vivre au Nouveau Monde et la colonie du Brésil est promue au rang de royaume en 1815 avec la création du Royaume uni de Portugal, du Brésil et des Algarves. L’éclatement d’une révolution libérale à Porto en 1820 oblige cependant la majorité des membres de la famille royale à rentrer en Europe en avril 1821. Avant de partir, le père de Pierre, désormais roi sous le nom de Jean VI, lui confie la régence du Brésil.

Arrivé au pouvoir, le prince doit affronter à la fois la menace des révolutionnaires brésiliens et l’insubordination des troupes coloniales portugaises, qui ambitionnent de faire de lui un chef d’État fantoche. Les Cortes portugaises désirant mettre un terme à l’autonomie du Brésil, Pierre est bientôt contraint à choisir entre sa loyauté vis-à-vis de son père et les intérêts de son pays d’adoption. Il finit ainsi par proclamer l’indépendance du Brésil le et se fait couronner empereur le 12 octobre suivant. Après deux ans de combats sporadiques contre les forces portugaises, le Brésil obtient officiellement son indépendance le . Dans les mêmes moments, Pierre Ier met un terme à la révolte qui tente de faire des provinces du Nordeste un État indépendant (mars 1824).

Le mouvement sécessionniste qui se développe dans la province de Cisplatine (actuel Uruguay) début 1825 parvient par contre à mettre à mal le pouvoir de Pierre Ier. Soutenus par les Provinces-Unies du Rio de la Plata (actuelle Argentine), les révolutionnaires du sud contraignent le souverain à déclencher la guerre de Cisplatine puis à reconnaître l’indépendance du pays en 1828.

Pour aggraver les choses, Pierre devient brièvement roi de Portugal à la mort de son père, en mars 1826. Conscient de l’impossibilité de réunir à nouveau les couronnes portugaise et brésilienne, le souverain renonce finalement au trône portugais en faveur de sa fille aînée, la jeune Marie II, début mai. Cependant, à Lisbonne, son frère, le prince Michel, usurpe la couronne et se fait acclamer roi. Focalisé sur les affaires portugaises, l’empereur est alors accusé par les libéraux de ne pas s’impliquer assez dans le gouvernement du Brésil et de mener une politique conservatrice. À ces difficultés, s’ajoute un scandale provoqué par la liaison du souverain avec une courtisane du nom de Domitila de Castro et par la mort de sa première épouse, l’archiduchesse Marie-Léopoldine d’Autriche, que la rumeur l’accuse d’avoir tuée.

Après plusieurs années de tensions avec les libéraux, Pierre abdique finalement la couronne brésilienne au profit de son fils de cinq ans, le jeune Pierre II, le . Il quitte alors le pays avec sa seconde épouse, la princesse Amélie de Leuchtenberg, afin de restaurer les droits de Marie II sur le trône portugais. De retour en Europe, Pierre, qui arbore désormais le titre de duc de Bragance, envahit le Portugal depuis les Açores avec une armée de partisans (juillet 1832). Commence alors une longue période de guerre civile qui embrase bientôt toute la péninsule ibérique. Pierre meurt finalement de tuberculose le , quelques mois à peine après la victoire des partisans de Marie II sur les miguelistes.

Famille[modifier | modifier le code]

Le roi Jean VI de Portugal et son épouse l’infante Charlotte-Joachime. Tableau de Manuel Dias de Oliveira, vers 1815.

Membre de la maison de Bragance, Pierre Ier est l’aîné des fils survivants du roi Jean VI de Portugal (1767-1826) et de son épouse l’infante Charlotte-Joachime d’Espagne (1775-1830).

Par son père, il est donc le petit-fils de la reine Marie Ire de Portugal (1734-1816) et de son époux le roi-consort Pierre III de Portugal (1717-1786) tandis que, par sa mère, il a pour grands-parents le roi Charles IV d’Espagne (1748-1819) et la reine Marie-Louise de Parme (1751-1819).

Le , Pierre épouse, à Rio de Janeiro, au Brésil, l’archiduchesse Marie-Léopoldine d’Autriche (1797-1826), fille de l’empereur François Ier d’Autriche (1768-1835) et de l'impératrice Marie-Thérèse de Naples (1772-1807).

De ce mariage naissent sept enfants, parmi lesquels quatre atteignent l’âge adulte :

L’archiduchesse Marie-Léopoldine d’Autriche et ses enfants.

Devenu veuf en 1826, Pierre Ier se remarie à la princesse Amélie de Leuchtenberg (1812-1873), fille du prince Eugène de Beauharnais (1781-1824) et de la princesse Augusta-Amélie de Bavière (1788-1851).

De ce mariage naît une fille :

Par sa maîtresse Domitila de Castro (1797-1867), vicomtesse puis marquise de Santos, Pierre Ier est le père de quatre enfants illégitimes :

Par une sœur de Domitila, Maria Benedita de Castro (1792–1857), baronne de Sorocaba, Pierre Ier est le père d’un autre fils illégitime :

  • Rodrigo Delfim Pereira (1823-1891), seigneur de la Quinta das Murtas, reconnu de façon posthume en 1834, qui épouse Carolina Maria Bregaro (1836-1915). Ce sont les arrière grands-parents du Premier ministre portugais Francisco Pinto Balsemão (1937).

Enfin, par une dernière maîtresse, Clémence Saisset (dates de vie inconnues), Pierre Ier est le père d’un dernier fils illégitime :

  • Pierre-d’Alcantara Brasileiro (1829-?), reconnu de façon posthume en 1834.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Petite enfance[modifier | modifier le code]

Le prince Pierre, vers l’âge de deux ans. Tableau d’Augustin Esteve, v. 1800.

Le futur Pierre Ier naît le , à 8 h 00[3], au palais de Queluz, près de Lisbonne, dans le royaume de Portugal[4],[5],[6]. Il reçoit alors les noms de « Pierre d’Alcantara François Antoine Jean Charles Xavier de Paule Michel Raphaël Joachim Joseph Gonzague Pascal Cyprien Séraphin »[7]. Devenu l’aîné des fils du prince du Brésil[N 1] après la mort de son frère François-Antoine, en 1801, l’enfant reçoit le titre de prince de Beira et prend, du même coup, la deuxième place dans l’ordre de succession au trône portugais[6].

Issus d’un mariage malheureux, le prince Pierre et sa fratrie grandissent auprès de leur grand-mère, la reine Marie Ire, au palais de Queluz, tandis que leur père, le prince du Brésil, réside au palais national de Mafra et que leur mère, l’infante Charlotte-Joachime, habite au palais de Ramalhão. Pierre ne rencontre ainsi ses parents qu’en de rares occasions, lors des cérémonies officielles organisées dans la résidence de la souveraine[8],[9].

Les dissensions qui existent entre les parents de Pierre, et qui aboutissent à leur séparation de fait en 1802[8], sont dues à des divergences politiques. Depuis 1792 et la proclamation de la folie de Marie Ire, le prince du Brésil assume les fonctions de régent du royaume[10],[11]. Or, son épouse est une femme ambitieuse, qui soutient fermement les intérêts de l’Espagne et des Bourbons, même lorsqu’elle agit ainsi au détriment de son pays d’adoption et de son mari. Réputée infidèle, elle va jusqu’à tenter de renverser son époux avec le soutien d’aristocrates portugais, ce qui lui vaut d’être éloignée de la famille royale[12],[13].

L’invasion du Portugal et le départ au Brésil[modifier | modifier le code]

Le départ de la cour portugaise au Brésil. Tableau anonyme, début du XIXe siècle.

Le , les troupes de Napoléon Ier envahissent le Portugal, qui refuse d’adhérer au blocus continental dirigé contre le Royaume-Uni[14]. Incapables de résister aux forces françaises, qui prennent rapidement la direction de Lisbonne, les Bragance décident de fuir au Brésil, la plus riche et la plus développée des colonies portugaises. Le 29 novembre, la cour embarque donc pour le Nouveau Monde et Pierre, qui a alors neuf ans, part pour un voyage de quatre mois à travers l’Atlantique[15],[16],[17].

Pendant ce périple, le prince se lance dans la lecture de l’Énéide de Virgile et passe de longs moments à discuter avec l’équipage de son navire. Ce faisant, il ne tarde pas à acquérir des connaissances en navigation[18],[19].

Arrivés à Rio de Janeiro en mars 1808[15],[16],[17], Pierre et sa famille s’installent d’abord dans le palais auparavant occupé par les vice-rois du Brésil. Puis, le prince de Beira et son frère Michel accompagnent leur père au palais de Saint-Christophe[20].

Formation intellectuelle[modifier | modifier le code]

Le prince Pierre vers l’âge de 11 ans. Tableau de Francesco Bartolozzi, vers 1809.

Bien qu’il n’ait jamais été très proche de son père, Pierre ressent de l’affection pour lui et en veut profondément à sa mère pour les constantes humiliations qu’elle lui a fait subir depuis leur mariage[8],[21]. Une fois devenu adulte, le prince traite d’ailleurs ouvertement Charlotte-Joachime de « putain » et ne lui montre plus que du mépris[22].

Le contact précoce de Pierre avec la trahison, la froideur et la négligence ont un impact important sur la formation de son caractère[8]. Tout au long de son enfance, une certaine stabilité lui est toutefois fournie par la présence de sa gouvernante (aia), Dona Maria Genoveva do Rêgo e Matos, qu’il considère comme sa propre mère[23],[24], et par son précepteur (aio), le frère António de Arrábida, qui devient son mentor[19]. Chargés de l’éducation du prince, ces deux personnages cherchent à lui donner le meilleur enseignement possible. L’enfant étudie ainsi les mathématiques, l’économie politique, la logique, l’histoire et la géographie[25]. Il apprend par ailleurs à lire et à écrire le portugais, le latin et le français[26],[27],[28]. Il acquiert en outre assez d’anglais pour pouvoir le traduire et assez d’allemand pour le comprendre. Studieux, le prince continue toute sa vie à consacrer au moins deux heures de son quotidien à la lecture et au travail intellectuel[29],[30], ce qui ne l’empêche pas, parfois, de congédier ses professeurs pour se consacrer à des activités plus futiles[25].

Malgré ses qualités, l’éducation que reçoit Pierre n’est pas sans lacune. Pour l’historien Otávio Tarquínio de Sousa, le prince « était sans l’ombre d’un doute intelligent, vif d’esprit [et] perspicace »[31]. Cependant, l’historien Roderick J. Barman explique aussi qu’il était, par nature, « trop bouillonnant, trop erratique, et trop émotif ». Tout au long de sa vie, il est resté impulsif et n’a jamais appris à se contrôler ou à évaluer les conséquences de ses décisions pour les adapter en fonction des changements de situation[32]. De fait, son père n'a jamais autorisé personne à le corriger lorsqu’il était enfant[25].

Du célibat au premier mariage[modifier | modifier le code]

Article connexe : Marie-Léopoldine d’Autriche.

Au quotidien, Pierre préfère souvent les activités physiques à celles de la salle d’étude. Au domaine de Santa Cruz, qui appartient à son père, il passe ainsi de longs moments à dompter des chevaux sauvages. Il devient par ailleurs un excellent cavalier et une excellent maréchal-ferrant[33],[34]. Sur leurs montures, Pierre et son frère Michel font preuve de beaucoup d’endurance et d’audace. Ils apprécient particulièrement la chasse à courre en terrain inconnu, à travers la forêt, et cela même de nuit ou par mauvais temps[33]. Pierre possède également un talent particulier pour le dessin et le travail du bois. Il se dote ainsi d’un atelier personnel, où il pratique la sculpture sur bois et la menuiserie[35]. Le prince nourrit également un goût certain pour la musique et devient, sous la direction de Marcos Portugal, un compositeur talentueux. Doté d’une belle voix et doué pour la flûte, le trombone, le clavecin, le basson, le violon et la guitare, il n’hésite pas à utiliser ses connaissances musicales pour jouer des chansons populaires ou accompagner des danses comme le lundu, la modinha ou le fado[36].

L’archiduchesse Marie-Léopoldine, première épouse de Pierre. Tableau de Joseph Kreutzinger, 1815.

Énergique, le caractère du Pierre confine parfois à l’hyperactivité. Le prince de Beira fait ainsi preuve d’impétuosité et montre une tendance dominatrice et colérique. Facilement ennuyé ou distrait, il remplit sa vie personnelle en courtisant les jeunes femmes, quand il ne chasse pas ou ne monte pas à cheval[37]. Son esprit agité le pousse aussi à rechercher l’aventure[38]. Déguisé en voyageur, il fréquente les tavernes des quartiers malfamés de Rio de Janeiro[39], où il boit rarement de l’alcool[40] mais se révèle un infatigable coureur de jupons[41]. Sa première relation amoureuse connue lie le prince à une danseuse française du nom de Noémie Thierry. Avec elle, il a un premier enfant illégitime, mort-né. Craignant de voir son fils compromettre ses chances de contracter une union dynastique à cause de cette liaison scandaleuse, le roi Jean VI (monté sur le trône en 1816) décide cependant de bannir la danseuse loin de la capitale brésilienne[42],[43].

Le , l’héritier du trône épouse par procuration l’archiduchesse Marie-Léopoldine, fille de l’empereur François Ier d’Autriche[44],[45]. Arrivée à Rio de Janeiro le 5 novembre suivant, la jeune fille tombe immédiatement amoureuse de Pierre, qui se révèle beaucoup plus charmant et séduisant que ce qu’elle avait espéré. Après « des années passées sous un soleil tropical, sa peau [est] encore claire [et] ses joues [sont] roses ». Le prince de 19 ans est un beau jeune homme, de taille un peu au-dessus de la moyenne, avec des yeux sombres et brillants et des cheveux châtains foncés. « Sa belle apparence », nous dit l’historien Neill Macaulay, « tenait beaucoup à son allure, fière et droite même à un âge ingrat, ainsi qu’à sa toilette qui était impeccable. Généralement propre et bien mis, il avait pris l’habitude brésilienne de prendre souvent des bains »[33].

La messe nuptiale et la ratification des vœux formulés par les époux à l’occasion de leur mariage par procuration sont célébrées le lendemain de l’arrivée de l’archiduchesse au Brésil[46]. Une fois leur union officialisée, le couple s’installe à la Quinta da Boa Vista, située dans le domaine du Palais de Saint-Christophe[47]. Dans les années qui suivent, Pierre et Marie-Léopoldine donnent naissance à sept enfants (voir la section « Famille »)[48].

Du royaume luso-brésilien à la déclaration d’indépendance[modifier | modifier le code]

La Révolution libérale portugaise de 1820 et ses conséquences[modifier | modifier le code]

En 1811, les troupes françaises sont définitivement chassées du Portugal mais le pays est loin de retrouver son indépendance pleine et entière. Réduit au rang de simple province du royaume luso-brésilien[N 2] et soumis à une sorte de protectorat britannique, le Portugal connaît une grave crise politique, économique et sociale, aggravée par le refus des Bragance de rentrer à Lisbonne[49]. Dans ce contexte difficile, une révolution libérale éclate à Porto le et se propage rapidement à tout le pays[50].

Au Portugal, l’armée forme un gouvernement provisoire et convoque une assemblée constituante élue démocratiquement, mais ce n’est que le que la nouvelle du soulèvement arrive au Brésil[51]. Pris de court par les événements, le roi Jean VI demande alors, pour la première fois, conseil à son fils aîné. Il envisage, par ailleurs, d’envoyer celui-ci au Portugal afin d’y exercer une régence en son nom et d’écraser les révolutionnaires[52].

Le 26 février 1821, le prince Pierre jure, au nom de son père, le roi Jean VI, de respecter la future constitution portugaise. Œuvre de Félix Taunay, vers 1821.

Avant cet épisode, Pierre n’a jamais été autorisé à participer aux affaires du royaume et aucun effort n’a été fait par son père pour lui enseigner à gouverner. De fait, Jean VI a toujours eu davantage confiance en sa fille aînée, l'infante Marie-Thérèse, et c’est elle, plutôt que son héritier, qu’il a choisi de faire entrer au sein du Conseil d’État pour le conseiller[53]. Fidèles partisans des principes absolutistes, le monarque et son entourage considèrent d’ailleurs le prince avec méfiance à cause de ses idées libérales et de son attachement au parlementarisme. Connaisseur des œuvres de Voltaire, de Benjamin Constant, de Gaetano Filangieri et d’Edmund Burke[54],[29],[28], Pierre est en effet un amoureux des « idées nouvelles », au grand dam de son épouse qui s’en offusque[55],[56].

Craignant de voir son fils proclamé roi par les révolutionnaires portugais, Jean VI repousse pendant plusieurs mois son départ en Europe[52]. Mais, alors que la situation s’enlise à Lisbonne, la garnison portugaise stationnée à Rio de Janeiro se soulève à son tour le . Pris au dépourvu par les événements, ni Jean VI, ni son gouvernement (pourtant en sécurité au palais de Saint-Christophe) ne réagissent face à la rébellion. Pierre prend alors l’initiative de rencontrer les unités mutinées et de négocier avec elles. Il convainc ensuite son père d’accepter leurs demandes, de nommer un nouveau cabinet et même de prêter serment d’obéissance à la constitution portugaise en gestation[57],[58],[59],[60].

Le 21 avril, les électeurs de la ville de Rio se réunissent à la Bourse de commerce pour y élire leurs représentants aux Cortes portugaises. Un petit groupe d’agitateurs profite alors du rassemblement pour prendre en otage les personnes présentes et former un gouvernement révolutionnaire. Une fois encore, Jean VI et ses ministres se révèlent incapables de réagir et le roi envisage d’accéder aux exigences des rebelles quand l’héritier du trône prend l’initiative d’envoyer l’armée rétablir l’ordre à la Bourse du commerce[61],[62],[63],[64].

Régent du Brésil[modifier | modifier le code]

Sous la pression des Cortes portugaises, Jean VI et la majorité des membres de la famille royale repartent finalement pour l’Europe, le . Conscient des bouleversements qui traversent son empire, le souverain demande cependant à Pierre de rester au Brésil avec Marie-Léopoldine et leurs enfants afin d’y assurer la régence. Il conseille par ailleurs à son héritier de prendre la tête du mouvement national brésilien si la révolution se développe dans le pays[61],[65],[66],[67].

Pierre à l’âge de 23 ans, en août 1822. Derrière le prince, apparaît la ville de São Paulo. Tableau de Simplício Rodrigues de Sá, 1822.

Homme simple dans ses habitudes comme dans son rapport avec les autres, Pierre se montre facilement accessible avec ses concitoyens. À l’exception des occasions solennelles où il arbore la tenue de cour, il porte généralement des vêtements sans prétention (pantalon de coton blanc, veste en coton rayé et chapeau de paille à larges bords)[68],[69] et se contente d’une redingote et d’un chapeau haut de forme lors des occasions plus formelles[70],[71]. En outre, il n’hésite pas, lorsqu’il se promène dans la rue, à engager la conversation avec les passants, afin de prendre connaissance de leurs préoccupations[72].

Dès le début de sa régence, Pierre promulgue des décrets qui garantissent les libertés fondamentales des citoyens. Il réduit par ailleurs les dépenses du gouvernement et les taxes[56],[73]. Les propriétaires ne peuvent plus voir leurs biens confisqués et aucune arrestation arbitraire n’est plus permise. Les simples suspects ne peuvent plus être gardés à vue au-delà de 48 heures et ils acquièrent le droit à une représentation. La torture, les procès secrets et les traitements inhumains sont par ailleurs abolis[74],[75]. Même les révolutionnaires arrêtés à la Bourse de commerce le 21 avril sont libérés[74].

Cependant, les réformes du prince ne parviennent pas à calmer toutes les oppositions. Le , les troupes portugaises placées sous l’autorité du lieutenant-général Jorge Avilez se soulèvent et exigent que Pierre prête serment d’obéissance à la future constitution portugaise. Comme il l’a fait en février, le prince se rend alors personnellement auprès des mutins pour discuter et négocier avec eux. Ce faisant, il se gagne le respect des soldats et parvient à réduire la portée de leurs demandes les plus inacceptables[76],[77]. De fait, le soulèvement est une tentative de coup d’État à peine voilée, organisée par Avilez dans le but de prendre le pouvoir et de réduire Pierre au rang de simple figurant[76],[78],[79]. Finalement, Pierre parvient à un accord avec les rebelles, mais il prévient que c’est la dernière fois qu’il cède sous la pression[77],[80].

Du « Fico » au « cri d’Ipiranga »[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Dia do Fico et Cri d’Ipiranga.

La crise que traverse le Brésil s’amplifie encore lorsque les Cortes portugaises prennent la décision de dissoudre le gouvernement central établi à Rio de Janeiro et ordonnent au prince-régent de rentrer à Lisbonne[81],[82]. La population brésilienne perçoit en effet cette décision comme une tentative de réduire à nouveau son pays au rang de colonie et d’abolir le Royaume uni de Portugal, du Brésil et des Algarves créé en 1815[83],[84]. Le , Pierre reçoit ainsi une pétition contenant pas moins de 8 000 signatures le priant de ne pas repartir en Europe[85],[86]. Au grand déplaisir des Portugais, le prince répond alors : « Puisque c’est pour le bien de tous et pour le bonheur général de la Nation, je suis prêt. Dîtes au peuple que je reste »[87],[86],[88].

L’indépendance ou la mort ! Tableau de Pedro Américo représentant le « cri d’Ipiranga », 1888.

Profitant de la tournure des événements, le lieutenant-général Jorge Avilez organise une nouvelle mutinerie et tente de forcer Pierre à repartir à Lisbonne. Mais, cette fois, le prince-régent réagit avec force et appelle à lui les forces armées brésiliennes (qui n’ont jamais participé aux précédents soulèvements militaires)[89] ainsi que la milice urbaine et la population civile[87],[90]. Confrontés à des adversaires beaucoup plus nombreux qu’eux, Avilez et ses hommes finissent par se rendre et sont expulsés du Brésil[91],[92].

Pendant les mois qui suivent, Pierre cherche à maintenir un semblant d’unité avec le royaume de Portugal mais la rupture apparaît bientôt comme inéluctable. Secondé par un habile ministre, José Bonifácio de Andrada, le prince cherche à se gagner le soutien de l’ensemble des Brésiliens. En avril 1822, il visite ainsi la province de Minas Gerais et se rend, en août suivant, dans celle de São Paulo. À chaque fois, il est reçu avec enthousiasme et ses visites contribuent à renforcer son autorité[93],[94].

Pendant son voyage de retour à Rio de Janeiro, Pierre reçoit, le , une lettre de son épouse, l’archiduchesse Marie-Léopoldine[N 3], et une autre du ministre José Bonifácio de Andrada qui l’avertissent de la nouvelle tournure des événements. Les Cortes portugaises viennent en effet d’annuler toutes les réformes prises par le cabinet Andrada et de retirer à Pierre les derniers pouvoirs qu’elles lui reconnaissaient encore. Scandalisé par ce qu’il vient de lire, le prince se tourne vers ses compagnons de voyage, parmi lesquels se trouve sa garde d’honneur, et déclare : « Mes amis, les Cortes portugaises veulent nous réduire en esclavage et nous juger. À partir de ce jour, nos relations sont brisées. Plus aucun lien ne nous unit désormais ». Après avoir jeté son brassard bleu et blanc rappelant sa soumission à la couronne portugaise, Pierre ajoute : « Retirez vos brassards, soldats. Saluons l’indépendance, la liberté et la sécession du Brésil ». Il dégaine ensuite son épée et ajoute : « Sur mon sang, sur mon honneur et sur Dieu, je jure de donner au Brésil sa liberté ». Le discours du prince se termine par un cri, connu aujourd’hui sous le nom de cri d’Ipiranga : « L’indépendance ou la mort ! »[95],[96],[97],[98].

De la proclamation de l’Empire à l’indépendance formelle[modifier | modifier le code]

Entre couronnement et guerre d’indépendance[modifier | modifier le code]

Le couronnement de Pierre Ier. Tableau de Jean-Baptiste Debret, 1822.

Durant le mois qui suit la déclaration d’indépendance, Jean VI de Portugal continue à être reconnu comme le souverain légitime du royaume du Brésil[99]. De fait, le mouvement émancipateur n’est pas dirigé contre le monarque, qui est plutôt considéré comme une victime des Cortes portugaises[100]. Ce n’est qu’après plusieurs semaines que Pierre accepte, à l’occasion de son 24e anniversaire, d’être proclamé empereur du Brésil (et non pas roi) à la place de son père (). Couronné le 1er décembre suivant, il fait toutefois savoir que si Jean VI revenait à Rio de Janeiro, il lui abandonnerait le trône[101],[102],[103].

Dans un premier temps, l’élévation de Pierre au rang d’empereur n’est pas reconnue par tous les territoires composant l’ancienne vice-royauté du Brésil et certaines régions du pays restent occupées par des unités portugaises jusqu’au début de l’année 1824. Le nouveau souverain et son gouvernement doivent donc soumettre par les armes plusieurs provinces du nord, du nord-est et du sud pour asseoir leur pouvoir[102],[103].

La rupture avec Andrada[modifier | modifier le code]

Le ministre José Bonifácio de Andrada. Gravure de S. A. Sisson, vers 1860.

Dans le même temps, les relations du monarque avec José Bonifácio de Andrada se détériorent. Alors qu’il a longtemps considéré celui-ci comme son mentor[104],[105], Pierre supporte de plus en plus mal la tendance de son ministre à agir avec lui comme un maître d’école avec son élève[106]. L’empereur finit ainsi par démettre José Bonifácio de Andrada et son frère, Martim Francisco de Andrada, de leurs porte-feuilles ministériels, en les accusant d’abus de pouvoir. De plus en plus autoritaires, les deux hommes ont en effet profité de leur position gouvernementale pour harceler, poursuivre, arrêter et même exiler leurs ennemis politiques[107],[108],[109].

La disgrâce d’Andrada est le fruit de plusieurs mois de complot organisé par ses ennemis pour se gagner la cause de l’empereur. Alors que Pierre n’est encore que prince-régent, ceux-ci lui décernent ainsi le titre de « Défenseur perpétuel du Brésil » ()[110]. Ils l’initient par ailleurs à la franc-maçonnerie ()[111],[112] et l’élèvent même au rang de grand-maître, poste auparavant occupé par Andrada ()[113],[114],[115]

La rupture entre le monarque et son ancien ministre a des conséquences immédiates sur le processus constitutionnel que connaît alors le pays[116]. Membre de l’assemblée constituante élue en 1823, Andrada attaque en effet directement l’empereur, en alléguant l’existence d’un complot portugais contre le Brésil et en insinuant que, puisqu’il est lui-même né en Europe, Pierre Ier est forcément impliqué dans celui-ci[117],[118]. Indigné par les invectives adressées à ses concitoyens d’origine portugaise et blessé par la mise en doute de sa propre loyauté[119], l’empereur décide de dissoudre l’Assemblée constituante, le , et de convoquer de nouvelles élections[120],[121],[122]. Mais, le jour suivant, il nomme un nouveau cabinet qu’il charge de rédiger un texte constitutionnel. Une fois terminé, ce document est transmis à tous les conseils municipaux du pays, et la majorité d’entre eux adoptent immédiatement le texte[123],[124],[125],[126],[127]. La nouvelle constitution de l’Empire est promulguée le [127],[128],[129],[123],[130].

Le soulèvement du nord-est et les négociations avec le Portugal[modifier | modifier le code]

L’armée brésilienne combattant les troupes de la Confédération de l’Équateur à Recife, en 1824. Tableau anonyme, vers 1820.

Conséquence du haut degré de centralisation mis en place par la constitution impériale, un mouvement sécessionniste se développe dans les provinces de Ceará, de Paraíba et surtout de Pernambouc : c’est la Confédération de l’Équateur[131],[132]. Face au soulèvement de ces provinces, Pierre Ier cherche d’abord à éviter le bain de sang en tentant d’apaiser les rebelles[131],[133]. Mais, devant l’échec de ses démarches, il s’exclame : « Que méritent les insultes du Pernambouc ? Assûrément un châtiment, mais un châtiment suffisamment grand pour servir d’exemple pour le futur »[131]. La rébellion, qui n’est d’ailleurs jamais parvenue à s’imposer à l’ensemble des régions officiellement soulevées, est donc totalement écrasée à la fin de l’année 1824[132],[134]. Seize rebelles sont alors jugés et exécutés[134],[135] mais tous les autres sont toutefois graciés par l’empereur[136].

Dans le même temps, de longues négociations sont menées avec le Portugal afin que celui-ci reconnaisse officiellement l’indépendance du Brésil. Après des mois de pourparlers, un traité est finalement conclu en ce sens le [137],[138],[139]. Victoire diplomatique, le document a toutefois des conséquences très lourdes pour le Brésil, qui doit supporter seul le poids de l’indépendance. Le gouvernement de Pierre Ier s’engage en effet à payer une forte indemnité à son ancienne métropole et à dédommager tous les citoyens portugais qui ont perdu des biens durant la guerre d’indépendance. Plus humiliantes sont les clauses du traité qui autorisent le roi Jean VI de Portugal à arborer le titre d’empereur du Brésil[140],[141],[142] et qui présentent l’indépendance du pays comme une décision du monarque portugais plutôt que comme la conséquence d’une guerre de trois ans[143],[144].

Une fois l’indépendance obtenue, l’Empire du Brésil doit également récompenser le Royaume-Uni pour son rôle de médiateur durant les négociations diplomatiques qui se sont tenues avec le Portugal. Un traité commercial très favorable à la Grande-Bretagne est donc signé ainsi qu’une convention par laquelle Rio de Janeiro s’engage à mettre fin à la traite négrière dans les quatre ans. Il s’agit là de deux accords très durs pour les intérêts économiques brésiliens[145],[146].

Crises intérieures et extérieures[modifier | modifier le code]

La crise de succession portugaise[modifier | modifier le code]

Le roi usurpateur Michel Ier de Portugal, vers 1828.

Quelques mois après la signature du traité de Rio de Janeiro, Pierre Ier apprend le décès de son père, survenu le , et par là même son élévation au titre de nouveau roi de Pourtugal, sous le nom de Pierre IV[147]. Conscient que le retour à une union des couronnes luso-brésiliennes est désormais inenvisageable pour la population des deux pays, l’empereur choisit, le 2 mai, d’abdiquer la couronne portugaise[N 4],[148],[149] en faveur de sa fille aînée, qui devient dès lors la reine Marie II[N 5]. L’abdication du souverain est toutefois conditionnelle. Il exige en effet que le Portugal adopte la constitution qu’il a rédigée pour lui. Il demande par ailleurs que la jeune Marie puisse épouser son oncle, le prince Michel[147]. Conscient des divisions qui existent à l’intérieur de la famille royale, l’empereur envisage l’union de sa fille et de son frère depuis 1822. Il essaie, par ailleurs, de convaincre Michel de revenir au Brésil et de l'empêcher ainsi de se positionner en candidat au trône de Portugal[150].

Exilé à Vienne depuis le soulèvement de l’Abrilada (1824)[151], Michel finit par accepter la proposition de son frère et rentre à Lisbonne en 1828. Mais, une fois déclaré régent du Portugal, il abroge la constitution accordée par Pierre et se fait proclamer roi avec le soutien de sa mère, la reine Charlotte-Joachime, et des partisans de l’absolutisme[152]. Déjà blessé par la trahison de son frère, l’empereur du Brésil voit alors la quasi-totalité des membres de sa famille se retourner contre lui. Ennemies du libéralisme, ses sœurs Marie-Thérèse, Françoise, Isabelle-Marie et Assomption finissent ainsi par rallier l’usurpateur. Seule l’infante Anne de Jésus reste fidèle à Pierre[153] et se résout même à le rejoindre à Rio de Janeiro pour se rapprocher de lui[70].

Dévoré par la haine, Pierre finit par prêter foi aux rumeurs qui présentent son frère comme l’assassin du roi Jean VI[154]. Surtout, l’empereur concentre son attention sur la politique intérieure et extérieure du Portugal. Malgré son abdication, il intervient à plusieurs reprises dans les affaires de son ancien royaume. Désireux de protéger les intérêts dynastiques de sa fille, il part également en quête de soutiens pour elle à l’étranger[155].

Entre guerre de Cisplatine et déboires conjugaux[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre de Cisplatine.

En avril 1825, un petit groupe de révolutionnaires proclame l’indépendance de la province brésilienne de Cisplatine (actuel Uruguay) avec le soutien des Provinces-Unies du Río de la Plata (actuelle Argentine)[156]. Dans un premier temps, le gouvernement impérial s’abstient de toute réaction, considérant la tentative de sécession comme une révolte sans conséquence. Plusieurs mois passent donc avant que Rio de Janeiro ne s’inquiète des visées des Provinces-Unies, qui espèrent de leur côté annexer la Cisplatine. En décembre, le Brésil finit toutefois par déclarer la guerre à sa voisine, déclenchant ainsi la guerre de Cisplatine[137]. Désireux de s’assurer le soutien de la population[157], Pierre Ier se rend alors en voyage dans la province de Bahia avec Marie-Léopoldine et leur fille Marie. L’expédition est un succès et la famille impériale est reçue chaleureusement par la population[158].

Portrait de Domitila de Castro par Francisco Pedro do Amaral. Date inconnue.

Pendant ce voyage dans le nord-est, le couple impérial est accompagné par Domitila de Castro, comtesse et ensuite marquise de Santos, qui est la maîtresse de l’empereur depuis leur première rencontre en 1822. Depuis son mariage avec l’archiduchesse Marie-Léopoldine, le souverain ne s’est jamais montré un mari fidèle ; il a cependant toujours pris garde de cacher à son épouse ses escapades avec d’autres femmes[159]. Or, l’engouement du souverain pour sa nouvelle maîtresse est tel qu’il en perd toute limite. Dans ces conditions, l’impératrice doit à la fois endurer les affronts de son époux et les commérages de la cour et de la population[160].

Sa relation avec Domitila gagnant en intensité, Pierre Ier se montre de plus en plus dur avec son épouse. Il interdit ainsi à Marie-Léopoldine de quitter le palais impérial, la prive de tout revenu et l’oblige même à prendre Domitila comme dame de compagnie[161],[162]. Dans le même temps, Domitila profite de sa nouvelle situation pour avancer ses intérêts ainsi que ceux de sa famille et de son entourage. À la cour, toute personne à la recherche d’une faveur ou désireuse de soumettre un projet au monarque doit désormais passer par sa favorite plutôt que par des canaux plus légaux[163].

Le , Pierre Ier quitte Rio et embarque pour la ville de São José, dans la province de Santa Catarina. De là, il prend la route pour Porto Alegre, capitale du Rio Grande do Sul, où le gros des troupes brésiliennes est alors stationné[164]. Arrivé à destination le 7 décembre, l’empereur découvre une situation militaire beaucoup plus précaire que celle que lui avaient présentée les premiers rapports. Il réagit alors avec son énergie habituelle, donne une avalanche d’ordres, limoge les officiers les plus incompétents, fraternise avec ses soldats, et bouleverse l’administration civile et militaire[165]. Après quelques jours toutefois, l’empereur repart pour Rio de Janeiro[166] ; il est encore sur la route lorsqu’il apprend le décès de Marie-Léopoldine après une fausse-couche[165],[167]. Au même moment, une rumeur se développe à Rio accusant le souverain d’avoir précipité la mort de son épouse en la malmenant physiquement durant une dispute[N 6].

Dans le sud, la guerre se poursuit sans qu’aucun espoir de paix ne semble se profiler. Le conflit s’enlisant, des unités de mercenaires irlandais et allemands se mutinent dans la capitale en juin 1828[168],[169]. Soumis à des conditions de vie très dures, ces soldats étrangers ont fini par accepter de l’argent des Provinces-Unies en échange de leur soulèvement et de la capture de l’empereur[170],[171]. La mutinerie est écrasée dans le sang par les Brésiliens mais Pierre Ier se résout à mettre fin à la guerre peu de temps après. Le , le Brésil reconnaît donc l’indépendance de la Cisplatine, qui devient alors la « République orientale de l’Uruguay »[172],[173].

Rupture avec Domitila et remariage[modifier | modifier le code]

Article connexe : Amélie de Leuchtenberg.

Après le décès de Marie-Léopoldine, Pierre Ier prend conscience des mauvais traitements qu’il lui a fait subir et son affection pour Domitila commence à décliner. Contrairement à sa maîtresse, l’impératrice était une femme populaire, honnête et aimante qui n’attendait jamais aucune faveur de son époux. Pris de remords et nostalgique de sa femme, le souverain ressent alors un grand vide, que même sa passion pour Domitila ne parvient pas à remplir[174]. C’est ainsi que la marquise de Santos trouve un jour l’empereur à terre, en train de pleurer, avec un portrait de Marie-Léopoldine entre ses bras et persuadé d’avoir vu le fantôme de l’impératrice un moment auparavant[175],[176],[177],[178]. À une autre occasion, Pierre quitte brusquement le lit de Domitila en criant : « Laisse-moi tranquille ! Je sais que je mène une vie indigne d’un souverain. La pensée de l’impératrice ne me quitte pas »[177],[179]. Habité par le chagrin, le monarque n’en oublie pas pour autant ses enfants, désormais orphelins de mère. Plus d’une fois, il est vu embrassant son fils, le futur Pierre II, et lui disant : « Pauvre garçon, tu es le prince le plus malheureux du monde ! »[176].

Le mariage de Pierre Ier et d’Amélie de Leuchtenberg. Tableau de Jean-Baptiste Debret, vers 1829.

Le , Domitila de Castro est finalement bannie par l’empereur et quitte Rio de Janeiro[180]. Résolu à se remarier et à devenir une personne meilleure, Pierre entend ainsi donner des gages de sa sincérité. Dans une lettre à son beau-père, l’empereur François Ier d’Autriche, il déclare : « toutes mes faiblesses ont disparu [et] je ne retomberai pas dans les mêmes erreurs, que je regrette et pour lesquelles je demande pardon à Dieu »[181]. Cependant, le souverain autrichien se montre moins que convaincu par l’argumentaire de son gendre. Profondément offensé par l’attitude de Pierre vis-à-vis de sa fille, François Ier contrecarre tous ses projets matrimoniaux et s’oppose même aux intérêts de Pierre dans les affaires portugaises[182].

Du fait de sa réputation de mauvais mari, l’empereur voit les cours européennes décliner ses demandes en mariage les unes après les autres[152]. Blessé par ces refus humiliants, il finit par demander à Domitila de revenir à la Cour, ce qu’elle fait le , après presque un an d’absence[181],[183]. Pierre Ier met toutefois définitivement fin à sa liaison après qu’une princesse a finalement accepté sa demande en mariage. Domitila quitte alors une nouvelles fois la capitale, le , et retourne vivre dans la région de São Paulo, où elle reste jusqu’à sa mort[184].

Le 2 août, l’empereur épouse par procuration la princesse Amélie de Leuchtenberg[185],[186]. Malgré la modestie de ses origines[N 7],[187],[188], la jeune fille parvient à éblouir son époux par sa beauté lorsqu’il la rencontre pour la première fois en personne, le [189],[190]. Une cérémonie de mariage est organisée deux jours plus tard et le couple réitère alors les vœux qu’il a formulés l’été précédent[191],[192].

Une fois Domitila bannie de la Cour, la volonté du souverain de devenir une meilleure personne se révèle sincère. Il devient ainsi un mari fidèle et ne noue plus aucune relation extraconjugale[193],[194],[185]. Il fait par ailleurs la paix avec José Bonifácio de Andrada, son ancien Premier ministre et mentor[195],[196]. De son côté, Amélie se montre une épouse attentionnée et une belle-mère aimante avec ses beaux-enfants. Appréciée par la Cour comme par l’opinion publique, elle contribue à redonner une image de normalité à la famille impériale[197].

Un monarque de plus en plus critiqué[modifier | modifier le code]

Conflit avec les libéraux[modifier | modifier le code]

Dès les premiers jours de l’Assemblée constituante de 1823, et avec une ardeur accrue après l’ouverture du parlement en 1826, une lutte de pouvoir éclate entre l’empereur et le pouvoir législatif. D’un côté, le souverain et ses partisans veulent imposer un pouvoir exécutif fort, où l’empereur nommerait lui-même ses ministres et dirigerait la politique nationale et le gouvernement. Face à eux, l’opposition, organisée dans le Parti libéral, exige que le cabinet soit composé uniquement de députés issus de la majorité parlementaire et dirige la politique nationale tout en étant responsable devant l’Assemblée[198],[199],[200]. Malgré tout, les différences entre les deux camps ne sont pas si claires : tous deux se revendiquent en effet du libéralisme et soutiennent donc la monarchie parlementaire[201],[202],[203].

Pierre à l’âge de 32 ans. Lithographie de Lourenço Luis Lacombe, 1830.

En dépit de ses erreurs politiques, jamais Pierre ne passe outre la constitution durant son règne. À aucun moment, il n’a ainsi recours à la fraude électorale ou à un quelconque subterfuge pour influer sur le résultat des élections[204]. Il refuse également de ratifier des actes qui n’ont pas été contresignés par le gouvernement[205] ou d’imposer des restrictions à la liberté d’expression[206],[207]. Il refuse par ailleurs de profiter de ses prérogatives en dissolvant l’Assemblée nationale et en convoquant de nouvelles élections à chaque fois qu’il est en désaccord avec le pouvoir législatif[208].

Faute d’autres angles d’attaque, les journaux et les pamphlets libéraux s’en prennent aux origines européennes de l’empereur. Ils pointent, non sans raison, la propension du souverain à s’occuper des affaires portugaises plutôt que de celles du Brésil[201]. Mais ils l’accusent aussi, sans aucun fondement, de comploter pour restaurer le royaume luso-brésilien et abolir la constitution[209]. Les amis portugais de l’empereur, parmi lesquels Francisco Gomes da Silva (surnommé le « bouffon » par l’opposition), sont également touchés par ces critiques et suspectés de former un « cabinet noir » autour du monarque[210],[211]. Pourtant, aucun des proches de Pierre Ier ne montre de l’intérêt pour ce type d’activité et jamais aucune cabale n’est mise en place dans le pays pour abolir la constitution ou refaire du Brésil une colonie portugaise[212].

Une autre critique adressée à Pierre Ier par l’opposition libérale est liée à ses opinions abolitionnistes[213]. L’empereur souhaite en effet éliminer graduellement l’esclavage du pays. Or, le pouvoir législatif, seul apte à voter la fin de la servitude, est dominé par des propriétaires d’esclaves qui sont opposés à toute évolution dans ce domaine[214],[215]. Dans ces conditions, l’empereur cherche à persuader les autres propriétaires d'esclaves en leur montrant l’exemple : il fait ainsi de son domaine de Santa Cruz un modèle en y octroyant des terres à ses esclaves affranchis[216],[217].

Tout au long de sa vie, l’empereur professe également d’autres idées avancées. Ainsi, lorsqu’il déclare son intention de rester au Brésil, le , il refuse que la population lui accorde l’honneur de dételer ses chevaux pour tirer elle-même son chariot. Prenant la parole, il dénonce alors simultanément le droit divin des rois, la soi-disant supériorité de la noblesse et le racisme et déclare : « je suis affligé de voir mes frères humains rendre à un homme l’hommage réservé à une divinité ; je sais que mon sang est de la même couleur que celui des nègres »[218],[219].

L’Abdication[modifier | modifier le code]

Les efforts faits par l’empereur pour contenter le parti libéral aboutissent à des changements importants dans la vie politique du Brésil. En 1827, Pierre Ier donne ainsi son soutien à une loi qui établit la responsabilité ministérielle[220]. Puis, le , il nomme un cabinet composé de personnalités issues de l’opposition[221], ce qui donne un rôle plus important au parlement au moment de la formation du gouvernement. Finalement, l’empereur octroie à plusieurs de ses amis portugais (dont Francisco Gomes da Silva) des charges qui les conduisent en Europe : il met ainsi fin aux rumeurs de complot royal et de « cabinet noir » sans pour autant désavouer son entourage[197],[222].

L’abdication de Pierre Ier le 7 avril 1831. Tableau d’Aurélio de Figueiredo, 1911.

Malgré tout, ces mesures n’empêchent pas les libéraux brésiliens de continuer à s’en prendre au gouvernement et à l’entourage portugais de l’empereur. Frustré par l’intransigeance de ses adversaires, Pierre Ier fait preuve de lassitude face à un contexte politique qui se détériore[197]. Dans le même temps, les libéraux portugais exilés au Brésil tentent par tous les moyens de convaincre le souverain de quitter le Nouveau Monde pour se consacrer à la restauration de la jeune Marie II[223]. Selon Roderick J. Barman, « [Dans] les situations difficiles, les capacités de l’empereur resplendissent : il garde son sang froid et se montre débrouillard et inébranlable dans l’action. La vie de monarque constitutionnel, pleine d’ennui, de prudence et de conciliation, se heurte à l’essence de son caractère »[224]. Dans le même temps, l’historien remarque que le souverain « trouve dans la succession de sa fille tout ce qui fait le plus appel à son caractère. En se rendant au Portugal, il pourrait protéger les opprimés, faire preuve de chevalerie et d’abnégation, défendre l’ordre constitutionnel et profiter de la liberté d’action qu’il convoitait »[223].

L’idée d’abdiquer et de retourner au Portugal prend donc peu à peu racine dans l’esprit de l’empereur et, à partir de 1829, il en parle de plus en plus fréquemment[225],[226],[227]. Une occasion se présente bientôt quand le Parti libéral montre son soutien à des bandes qui harcèlent la communauté portugaise à Rio de Janeiro. Le , les Portugais ripostent lors de ce qui est connu sous le nom de Noite das Garrafadas (« Nuit des Bouteilles brisées ») et l’agitation saisit les rues de la capitale[228],[229]. Le 5 avril, Pierre renvoie le cabinet libéral, qui n’est au pouvoir que depuis le 19 mars, en réaction contre son incapacité à restaurer l’ordre. Une foule immense, poussée par les radicaux, se réunit alors dans le centre-ville de Rio dans l’après-midi du 6 avril pour exiger le rétablissement immédiat du cabinet disgracié. À cela, le souverain répond : « Je ferai tout pour le peuple mais rien [obligé] par le peuple »[230],[221],[231]. Mais, peu après la tombée de la nuit, des troupes armées, parmi lesquelles la propre garde de l’empereur, font désertion et rejoignent les protestataires. Pierre Ier réalise alors combien il est isolé et coupé des affaires brésiliennes. À la surprise générale, il prend donc la décision d’abdiquer vers trois heures du matin, le 7 avril[221],[232],[233].

Lorsqu’il délivre à un messager le document par lequel il renonce au trône, il déclare : « Vous avez ici mon acte d’abdication, je retourne en Europe et je laisse un pays que j’ai beaucoup aimé et que j’aime toujours »[233],[234].

Retour en Europe[modifier | modifier le code]

Un père absent mais attentionné[modifier | modifier le code]

Tôt dans la matinée du , Pierre, son épouse Amélie, sa sœur l’infante Anne de Jésus et sa fille Marie II embarquent sur le navire de guerre britannique HMS Warspite. Cependant, le vaisseau reste ancré dans la baie de Rio de Janeiro et, le 13 avril, les Bragance sont transférés sur le HMS Volage, qui les conduit finalement en Europe[235],[236].

La jeune Marie II de Portugal, à l’âge de dix ans. Tableau de Thomas Lawrence, 1829.

Arrivé à Cherbourg-Octeville le 10 juin[237],[238], l’empereur déchu passe les mois suivant entre la France et le Royaume-Uni. Il est alors reçu chaleureusement par Louis-Philippe Ier et Guillaume IV mais ne reçoit aucun soutien concret de leurs gouvernements[239]. Désormais sans fonction officielle et sans véritable lien avec les cours brésilienne et portugaise, Pierre reprend le titre de duc de Bragance qui était le sien lorsqu’il n’était qu’héritier du trône de Portugal (). En temps normal, ce titre aurait dû être porté par l’héritier de Marie II mais le choix du souverain déchu est toutefois reconnu sans difficulté par ses interlocuteurs européens[240],[241].

Le 1er décembre naît à Paris la princesse Marie-Amélie, seule fille de Pierre et de sa deuxième épouse[242]. Ravi d’être à nouveau père, le duc de Bragance n’en oublie pas pour autant ses enfants restés au Brésil sous la garde de José Bonifácio de Andrada. Il leur écrit des lettres poignantes dans lesquelles il leur explique combien ils lui manquent et leur demande de faire preuve de sérieux dans leurs études. De fait, peu de temps avant son abdication, Pierre a déclaré à son fils et successeur : « Je veux que mon frère Michel et moi-même soyons les derniers Bragance à avoir reçu une mauvaise éducation »[243],[244]. Charles Napier, un officier de marine britannique qui combat sous la bannière de l’ancien souverain dans les années 1830, remarque quant à lui que les « qualités [de Pierre] étaient les siennes [mais] sa raison défaillante lui venait de son éducation ; et personne n’était plus sensible à ce défaut que lui-même »[245],[246].

Les lettres du duc de Bragance à Pierre II sont souvent écrites dans un registre de langue bien supérieur à celui intelligible par un simple garçonnet et les historiens considèrent aujourd’hui qu’elles renferment en réalité des conseils que Pierre II pourrait consulter une fois devenu adulte[237]. L’une de ces lettres nous renseigne sur la philosophie politique du duc de Bragance. Il y écrit : « L’époque où les princes étaient respectées uniquement parce qu’ils sont des princes a pris fin ; au siècle où nous vivons, où les peuples sont assez bien informés de leurs droits, il est nécessaire que les princes sachent et se tiennent au fait qu’ils sont des hommes et non des divinités, que pour eux la connaissance et le bon sens sont indispensables afin d’être rapidement aimés plutôt que respectés. » Puis, le duc de Bragance conclut : « Le respect d’un peuple libre pour son souverain doit naître de la conviction que le monarque est capable de lui faire atteindre ce niveau de bonheur auquel il aspire, et si tel n’est pas le cas, à souverain malheureux, malheureux peuple »[247],[248],[249].

La guerre de restauration[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre civile portugaise.

Dans la capitale française, Pierre devient l’ami du marquis de La Fayette, qui lui apporte son soutien dans la lutte pour la reconquête du Portugal [241],[250]. Après près d’un an entre la France et l’Angleterre, le duc de Bragance quitte finalement Paris le . Il fait alors ses adieux à sa famille, à La Fayette et à près de deux cents sympathisants. Avant son départ, il s’agenouille devant la jeune Marie II et déclare solennellement : « Madame, voici un général portugais qui fera respecter vos droits et restaurer votre couronne », ce qui lui vaut d’être embrassé par sa fille, en larmes[251],[252],[253]. Puis, il embarque pour l’archipel des Açores, seul territoire portugais à être resté fidèle à Marie II, et s’y fait proclamer régent[254]. Après quelques mois de préparation, le duc de Bragance et ses troupes prennent pied sur le continent et débarquent sans coup férir à Porto le 9 juillet[255],[256],[257]. L’ex-empereur prend alors la tête d’une petite armée composée de libéraux portugais, comme Almeida Garrett et Alexandre Herculano, de mercenaires étrangers et de volontaires comme le petit-fils de La Fayette, Jules de Lasteyrie[258],[259],[260].

Le duc de Bragance, âgé de 35 ans. Lui et ses partisans ont juré de ne pas raser leur barbe avant la restauration de Marie II[261]. Œuvre de Maurício José do Carmo Sendim, 1833.

Beaucoup moins nombreuses que les forces de Michel, les troupes libérales sont assiégées à Porto durant plus d’un an. C’est d’ailleurs dans cette ville que Pierre reçoit la nouvelle de la mort de sa fille Paule, restée au Brésil sous la garde de José Bonifácio de Andrada. Face à ce nouveau drame, l’ex-empereur fait deux requêtes au tuteur de ses enfants : la première est de lui garder une mèche des cheveux de la princesse ; la seconde consiste à placer la dépouille de la princesse dans le couvent de Notre-Dame-du-Bon-Secours, aux côtés de celle de l’impératrice Marie-Léopoldine[262].

Plusieurs mois plus tard, en septembre, Pierre retrouve Antônio Carlos de Andrada, l’un des frères de José Bonifácio venu du Brésil pour lui parler. Membre du parti restaurateur, l’homme politique cherche à obtenir le retour du duc de Bragance au Brésil et sa restauration en tant que régent du jeune Pierre II. Cependant, l’ex-empereur comprend vite que le parti restaurationniste cherche à l’utiliser pour arriver au pouvoir. Il demande alors à Antônio Carlos une série de garanties visant à prouver que son retour est bien désiré par une majorité de Brésiliens et non par une simple faction. Il insiste pour qu’une Assemblée générale soit convoquée et que ce soit elle qui lui adresse une demande officielle de retour, par le biais d’une délégation de députés[263],[264].

Tout au long de la guerre civile, le duc de Bragance charge des canons, creuse des tranchées, secourt des blessés, partage le quotidien de ses troupes et côtoie la mort au combat[265],[266],[267],[268]. La cause libérale étant sur le point d’échouer face aux miguelistes, l’ancien souverain prend le risque de diviser ses forces et d’envoyer une partie de ses troupes envahir par la mer le sud du Portugal (débarquement de Mindelo). L’Algarve tombe alors sous domination libérale et les forces de Pierre prennent la direction de Lisbonne, qui capitule le 24 juillet[269]. Pierre organise ensuite la reconquête du reste du pays mais, au moment où le conflit semble sur le point de prendre fin, éclate en Espagne la Première Guerre carliste. Opposé à sa nièce Isabelle II, l’infant Charles se proclame roi d’Espagne sous le nom de « Charles V » et fait alliance avec son beau-frère Michel Ier contre les forces libérales coalisées de toute la péninsule Ibérique. La guerre se poursuit donc jusqu’au , date à laquelle sont signés les Accords d’Evora-Monte qui chassent Michel Ier et ses descendants du Portugal[270],[271].

Décès et inhumations[modifier | modifier le code]

Pierre sur son lit mortuaire. Lithographie de José Joaquim Rodrigues Primavera, 1834.

En dehors des crises d’épilepsie dont il souffre épisodiquement, Pierre jouit tout au long de sa vie d’une excellente santé[35],[272]. Cependant, la guerre civile mine sa robuste constitution et il contracte la tuberculose au Portugal. En 1834, son état de santé est déjà fort préoccupant[273] et il est confiné au lit au palais de Queluz à partir du 10 septembre[274],[275].

Avant de mourir, il écrit une lettre aux Brésiliens pour leur demander d’abolir graduellement l’esclavage. Dans ce document, il avertit son peuple : « L’esclavage est un mal et une attaque contre les droits et la dignité de l’espèce humaine, mais ses conséquences sont moins nuisibles à ceux qui souffrent en captivité qu’à la Nation dont les lois permettent l’esclavage. C’est un cancer qui dévore sa moralité »[276].

Après une longue et pénible maladie, il meurt le à 14 h 30. À sa demande, son cœur est placé dans l’église de Lapa à Porto tandis que son corps est placé dans le Panthéon royal des Bragance du monastère de Saint-Vincent de Fora à Lisbonne[277],[278],[279].

L’annonce de la mort de l’ex-empereur arrive à Rio de Janeiro le 20 novembre, mais ses enfants n’en sont pas informés avant le 2 décembre[280]. Andrada, qui n’est plus tuteur des enfants impériaux à cette date, écrit alors à Pierre II et à ses sœurs Janvière et Françoise : « Dom Pierre n’est pas mort. Seuls les hommes ordinaires meurent, pas les héros »[281],[282].

En 1972, lors du 150e anniversaire de l’indépendance brésilienne, la dépouille mortelle de Pierre (son cœur excepté) est transférée au Brésil comme il l’avait demandé dans son testament. Une cérémonie officielle est alors organisée à São Paulo et les restes de l’empereur sont placés dans le monument de l’Ipiranga, où ils reposent aujourd’hui aux côtés de ceux des impératrices Marie-Léopoldine et Amélie[278],[283].

Pierre Ier et le Brésil[modifier | modifier le code]

Perception historiographique[modifier | modifier le code]

Le monument de l’Ipiranga, où sont inhumés Pierre Ier et ses deux épouses successives.

Pierre Ier disparu, un regard objectif sur son règne devient possible. Le leader libéral Evaristo da Veiga, l’un des pires détracteurs de l’ancien souverain, fait ainsi une déclaration qui, selon l’historien Otávio Tarquinio Sousa, est devenue le point de vue dominant le concernant : « l’ancien empereur du Brésil n’était pas un prince de taille ordinaire... et la Providence a fait de lui un puissant instrument de libération, aussi bien au Brésil qu’au Portugal. Si nous [les Brésiliens] nous existons en tant que corps dans une nation libre, si notre terre n’a pas éclaté en petites république ennemies, où seuls l’anarchie et l’esprit militaire prédominent, nous le devons beaucoup à la résolution qu’il a prise de rester parmi nous, en poussant le premier le cri de l’indépendance. [...] Si le [Portugal] a été libéré de la plus sombre et avilissante tyrannie... s’il bénéficie des avantages apportés par un gouvernement représentatif des gens éduqués, il le doit à Dom Pierre d’Alcantara, dont la fatigue, les souffrances et les sacrifices pour la cause portugaise lui ont gagné dans un haut degré le tribut de la gratitude nationale »[284],[285].

Pourtant, la proclamation de la république à Rio de Janeiro en 1889 contribue à ternir pour longtemps l’image du souverain auprès de la population brésilienne. Le nouveau régime et ses représentants dépeignent en effet le monarque comme un despote arbitraire, davantage préoccupé par ses nombreuses liaisons que par le sort de son pays. Il faut ainsi attendre 1952 et la publication de A vida de D. Pedro I par l’historien Otávio Tarqüínio de Souza pour que ce portrait soit à nouveau nuancé[286].

Bilan du règne au Brésil[modifier | modifier le code]

Le Brésil et les provinces brésiliennes en 1824.

Lorsque Pierre Ier quitte le Brésil en 1831, le pays est devenu la première puissance d'Amérique latine. Son armée, forte de près de 24 000 hommes, est aussi bien équipée et préparée que ses équivalentes européennes, bien que très inférieure en nombre[287]. La marine brésilienne possède quant à elle plus de 80 navires de guerre[288]. Alors que les nations hispano-américaines connaissent les guerres civiles, les pronunciamiento, les dictatures et les implosions, le Brésil commence à financer son développement industriel en 1826[289].

Sous le régime impérial, le Brésil bénéficie de la liberté de la presse et du respect des libertés fondamentales. Des élections y ont lieu périodiquement. La constitution adoptée par Pierre Ier en 1824 ne connaît qu'une grande évolution en 1834 et reste ensuite en vigueur jusqu'à la chute de la monarchie ; elle est alors la troisième plus ancienne loi fondamentale de la planète[290].

Il reste que la plus grande réussite de Pierre Ier consiste à avoir préservé l'intégrité territoriale d'un empire de taille continentale, au moment où les forces centrifuges de l'Amérique hispanique faisaient éclater les plus grandes nations. Grâce à Pierre Ier, les habitants des actuels États du Roraima (au nord), du Rio Grande do Sul (au sud), du Paraiba (à l'est) ou de l'Acre (à l'ouest) sont tous membres d'une même nation : le Brésil[291].

Honneurs et décorations[modifier | modifier le code]

Signature de Pierre Ier dans les documents officiels.
Initiales de l’empereur sur des documents officiels.

Œuvres de l’empereur[modifier | modifier le code]

Pierre Ier composant l’Hymne de l’indépendance. Œuvre d’Augusto Braga, 1922.

L’empereur dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

En littérature, le personnage de Pierre Ier apparaît dans différentes œuvres brésiliennes :
En musique :
Pierre Ier apparaît dans l’opéra O Chalaça du compositeur brésilien Francisco Mignone (1973).
Au cinéma, le rôle de Pierre Ier est interprété par :
À la télévision, le rôle de Pierre Ier est interprété par :
Pièce brésilienne de 10 centimes de réaux à l’effigie de l’empereur.
En Numismatique, l’effigie de Pierre Ier apparaît à plusieurs reprises sur des pièces de monnaie et des billets de banque brésiliens :
  • Sur le billet de 200 cruzeiros émis en 1951 ;
  • Sur le billet de 5 cruzeiros émis en 1970 ;
  • Sur les pièces de 1 et 20 cruzeiros émises à l’occasion de la commémoration des 150 ans de l’indépendance du Brésil, en 1972 ;
  • Sur la pièce de 10 centimes de réaux en circulation depuis 1997.
En Phaléristique :
L’Ordre de Pierre Ier est un ordre de chevalerie créé par l’empereur le afin de commémorer la reconnaissance de l’indépendance brésilienne par les autres nations.
Fondation :
La Fondation Dom-Pedro-IV est une fondation portugaise spécialisée dans l’aide sociale à l’enfance. Créée par le duc de Bragance le , elle est toujours en activité aujourd’hui.
Lieux et monuments :
Dans la marine :
  • Le Pedro Primeiro est un navire de guerre brésilien de la guerre d’indépendance. Confisqué aux Portugais après la proclamation de l’indépendance, il est confié à Thomas Cochrane qui l’utilise pour reconquérir plusieurs villes du nord ;
  • Le Dom Pedro I est un navire de guerre acquis par la marine brésilienne en 1926. Construit en 1908, il avait auparavant appartenu à la flotte australienne, sous le nom de SS Wyreema.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Biographies de Pierre Ier[modifier | modifier le code]

  • (pt) Pedro Calmon, O Rei Cavaleiro, São Paulo, Edição Saraiva,‎ 1950
  • (en) Sérgio Corrêa da Costa, Every Inch a King : A Biography of Dom Pedro I First Emperor of Brazil, Londres, Robert Hale,‎ 1972 (ISBN 978-0-7091-2974-5)
  • (en) Sérgio Corrêa da Costa, As quatro coroas de D. Pedro I, Rio de Janeiro, Paz e Terra,‎ 1995 (ISBN 978-85-219-0129-7)
  • (pt) Isabel Lustosa, D. Pedro I : um herói sem nenhum caráter, São Paulo, Companhia das Letras,‎ 2006 (ISBN 978-85-359-0807-7)
  • (en) Neill Macaulay, Dom Pedro : The Struggle for Liberty in Brazil and Portugal, 1798–1834, Durham, Caroline-du-Nord, Duke University Press,‎ 1986 (ISBN 978-0-8223-0681-8)
  • (pt) Alberto Rangel, Dom Pedro Primeiro e a Marquesa de Santos, Tours, Arrault,‎ 1928
  • (pt) Palácio de Queluz, D. Pedro d'Alcântara de Bragança, 1798–1834, Lisbonne, Secretária de Estado,‎ 1986
  • (pt) Otávio Tarquínio de Sousa, A vida de D. Pedro I, vol. 1, Rio de Janeiro, José Olympio,‎ 1972
  • (pt) Otávio Tarquínio de Sousa, A vida de D. Pedro I, vol. 2, Rio de Janeiro, José Olympio,‎ 1972
  • (pt) Otávio Tarquínio de Sousa, A vida de D. Pedro I, vol. 3, Rio de Janeiro, José Olympio,‎ 1972

Sur Pierre Ier et sa famille[modifier | modifier le code]

  • (en) Roderick J. Barman, Citizen Emperor : Pedro II and the Making of Brazil, 1825–1891,, Stanford, Californie, Stanford University Press,‎ 1999 (ISBN 978-0-8047-3510-0)
  • (pt) João Carlos Feo Cardoso de Castello Branco, Resenha das familias titulares do reino de Portugal : Acompanhada das notícias biográphicas de alguns indivíduos da mesmas famílias, Lisbonne, Imprensa Nacional,‎ 1838
  • (pt) Pedro Calmon, História de D. Pedro II, vol. 1-5, Rio de Janeiro, J. Olympio,‎ 1975
  • (pt) Heitor Lyra, História de Dom Pedro II (1825–1891) : Ascenção (1825–1870), vol. 1, Belo Horizonte, Itatiaia,‎ 1977
  • (pt) Francisco de Aragão Morato, Memória sobre a soccessão da coroa de Portugal, no caso de não haver descendentes de Sua Magestade Fidelíssima a rainha D. Maria II, Lisbonne, Typographia de Firmin Didot,‎ 1835
  • (pt) Lígia Lemos Torres, Imperatriz Dona Amélia, São Paulo, Elvino Pocai,‎ 1947
  • (pt) Hélio Vianna, D. Pedro I e D. Pedro II. Acréscimos às suas biografias, São Paulo, Companhia Editora Nacional,‎ 1966
  • (pt) Claudia Thomé Witte, « A outra noiva do imperador: O casamento com D. Pedro I e toda a trajetória no Brasil da princesa bávara Amélia de Leuchtenberg », Revista de História,‎ 6 septembre 2010 (lire en ligne)

Histoire du Brésil[modifier | modifier le code]

  • (en) John Armitage, The History of Brazil, from the period of the arrival of the Braganza family in 1808, to the abdication of Don Pedro The First in 1831, vol. 2, Londres, Smith, Elder & Co,‎ 1836
  • (en) Roderick J. Barman, Brazil : The Forging of a Nation, 1798–1852, Stanford, Californie, Stanford University Press,‎ 1988 (ISBN 978-0-8047-1437-2)
  • (pt) Horácio Rodrigues da Costa, « Os Testemunhos do Grito do Ipiranga », Revista do Instituto Histórico e Geográfico Brasileiro, vol. 295,‎ 1972
  • (pt) Sérgio Buarque de Holanda, História Geral da Civilização Brasileira : Declínio e Queda do Império, São Paulo, Difusão Europeia do Livro,‎ 1974, 2e éd.
  • (pt) Fernando Jorge, Os 150 anos da nossa independendência, Rio de Janeiro, Mundo musical,‎ 1972
  • (pt) Manuel de Oliveira Lima, O movimento da Independência, Rio de Janeiro, Topbooks,‎ 1997
  • (pt) Prado Maia, A Marinha de Guerra do Brasil na Colônia e no Império, Rio de Janeiro, Cátedra,‎ 1975, 2e éd.
  • (en) Jeffrey D. Needell, The Party of Order : the Conservatives, the State, and Slavery in the Brazilian Monarchy, 1831–1871, Stanford, Californie, Stanford University Press,‎ 2006 (ISBN 978-0-8047-5369-2)
  • (pt) José Fernando Maya Pedrosa, A Catástrofe dos Erros : razões e emoções na guerra contra o Paraguai, Rio de Janeiro, Biblioteca do Exército,‎ 2004
  • (pt) José Carlos Rodrigues, A Constituição política do Império do Brasil, Rio de Janeiro,‎ 1863
  • (pt) José Honório Rodrigues, Independência : revolução e contra-revolução, vol. 4, Rio de Janeiro, Livraria Francisco Alves Editora,‎ 1975
  • (pt) Eugénio Francisco dos Santos, « Fruta fina em casca grossa », Revista de História da Biblioteca Nacional, vol. 74,‎ 2011 (ISSN 1808-4001)
  • (pt) Ronaldo Vainfas, Dicionário do Brasil Imperial, Rio de Janeiro, Objetiva,‎ 2002
  • (pt) Tamás Szmrecsany et José Roberto do Amaral Lapa, História Econômica da Independência e do Império, São Paulo, USP,‎ 2002
  • (pt) Hélio Vianna, Vultos do Império, São Paulo, Companhia Editora Nacional,‎ 1968
  • (pt) Hélio Vianna, História do Brasil : período colonial, monarquia e república, São Paulo, Melhoramentos,‎ 1994 (ISBN 978-85-06-01999-3)

Histoire du Portugal[modifier | modifier le code]

  • (en) David Birmingham, A Concise History of Portugal, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 2003 (ISBN 0-521-53686-3)
  • (fr) Christian Rudel, Les Açores : Un archipel au cœur de l'Atlantique, Paris, Khartala éditions,‎ 2002 (ISBN 978-2-84586-254-8)
  • (pt) José Hermano Saraiva, História Concisa de Portugal, Lisbonne, Publicações Europa-América,‎ 2007, 24e éd.
  • (en) António José Saraiva, The Marrano Factory : The Portuguese Inquisition and Its new Christians 1536–1765, Leiden, Pays-Bas, Brill,‎ 2001 (ISBN 90-04-12080-7)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Lien externe[modifier | modifier le code]

Généalogie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Pedro I of Brazil » (voir la liste des auteurs)

(pt) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en portugais intitulé « Pedro I do Brasil » (voir la liste des auteurs)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Entre 1645 et 1815, les titres de prince du Brésil et de duc de Bragance désignent l’héritier du trône portugais.
  2. Depuis 1808 et l’arrivée de la famille royale dans la vice-royauté du Brésil, Rio de Janeiro est de facto la capitale de l’empire portugais. Surtout, la création du Royaume uni de Portugal, du Brésil et des Algarves en 1815 brise officiellement le lien colonial qui existait entre le Brésil et le Portugal, plaçant les deux pays à égalité face à la couronne.
  3. Pendant la tournée de Pierre en province, c’est son épouse qui assure la régence, à Rio de Janeiro.
  4. Outre les trônes portugais et brésilien, Pierre renonce à deux autres couronnes durant son existence. En avril 1822, alors qu’il est encore prince régent, il se voit ainsi proposer la couronne de Grèce par un groupe de révolutionnaires hellènes soutenus par les Cortes portugaises. Ces dernières espèrent ainsi détourner le prince du Brésil mais Pierre refuse de quitter le pays et c’est finalement le prince Othon de Bavière qui monte sur le trône de Grèce (Corrêa da Costa 1995, p. 171-173). Plus tard, en 1826 et 1829, l’empereur décline également l’offre des libéraux espagnols révoltés contre Ferdinand VII qui lui proposent la couronne espagnole. De la même façon, il refuse, en 1830, d’être proclamé « empereur d’Ibérie » par les libéraux espagnols et portugais coalisés (Corrêa da Costa 1995, p. 195-197). Pour les historiens Correa da Costa et Antônio Sardinha, ce serait toutefois pour ceindre cette couronne que Pierre Ier aurait finalement abandonné le Brésil (Corrêa da Costa 1995, p. 197 et 199).
  5. Marie II est alors envoyée en Europe en compagnie du marquis de Barbacena pour être confiée aux soins de son grand-père maternel, l’empereur François Ier d’Autriche. Du fait du coup d’État organisé par son oncle à Lisbonne, elle revient toutefois au Brésil en 1829. (Lustosa 2006, p. 284–286)
  6. Selon la rumeur, l’empereur aurait frappé son épouse au ventre au cours d’une discussion animée. Cet événement aurait été observé par Domitila de Castro et le baron von Mareschal, ambassadeur d’Autriche au Brésil. Ce dernier est le seul à avoir laissé un compte-rendu de la scène mais il n’y fait aucunement mention de violence physique, uniquement de propos amers échangés (Rangel 1928, p. 162-163 ; Calmon 1975, p. 14-15 et Corrêa da Costa 1995, p. 86). Les historiens Alberto Rangel (Rangel 1928, p. 163), Pedro Calmon (Calmon 1950, p. 137 et Calmon 1975, p. 14), Otávio Tarquinio de Sousa (Sousa 1972, p. 242), Sergio Corrêa da Costa (Corrêa da Costa 1995, p. 86) et Roderick J. Barman (Barman 1999, p. 17) refusent donc l’idée que Pierre Ier ait pu blesser physiquement sa femme et affirment tous que leur altercation n’a été que verbale. La rumeur a cependant continué à circuler longtemps après la disparition de l’impératrice, ce qui a pu faire dire à Roderick J. Barman que la mort de Marie-Léopoldine a dépouillé son époux de « tout restant d’aura de sainteté, que ce soit chez lui ou à l’étranger » (Barman 1988, p. 147).
  7. La princesse Amélie est la fille d’Eugène de Beauharnais et tous, en Europe, ne la considèrent pas comme un membre à part entière de la grande famille des monarchies européennes. (Torres 1947, p. 34)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Vianna 1994, p. 252
  2. Saraiva 2001, p. 378
  3. Lustosa 2006, p. 36
  4. Calmon 1950, p. 14
  5. Sousa 1972, p. 10–11
  6. a et b Macaulay 1986, p. 6
  7. a et b Branco 1838, p. XXXVI
  8. a, b, c et d Macaulay 1986, p. 7
  9. Sousa 1972, p. 12
  10. Macaulay 1986, p. 3
  11. Sousa 1972, p. 9
  12. Sousa 1972, p. 4, 8, 10, 28
  13. Calmon 1950, p. 12–13
  14. Saraiva 2007, p. 266
  15. a et b Costa 1972, p. 12–13
  16. a et b Lustosa 2006, p. 43
  17. a et b Sousa 1972, p. 34 et 47
  18. Sousa 1972, p. 39 et 41
  19. a et b Macaulay 1986, p. 22
  20. Macaulay 1986, p. 29
  21. Sousa 1972, p. 125 et 128
  22. Macaulay 1986, p. 189
  23. Macaulay 1986, p. 33
  24. Calmon 1950, p. 33
  25. a, b et c Macaulay 1986, p. 32
  26. Sousa 1972, p. 116
  27. Corrêa da Costa 1995, p. 99–101
  28. a et b Lustosa 2006, p. 70
  29. a et b Corrêa da Costa 1995, p. 101
  30. Sousa 1972, p. 121
  31. Sousa 1972, p. 101
  32. Barman 1999, p. 17
  33. a, b et c Macaulay 1986, p. 46
  34. Lustosa 2006, p. 58
  35. a et b Macaulay 1986, p. 36
  36. Macaulay 1986, p. 37
  37. Barman 1988, p. 134
  38. Sousa 1972, p. 252
  39. Macaulay 1986, p. 51
  40. Lustosa 2006, p. 71
  41. Sousa 1972, p. 76
  42. Sousa 1972, p. 78–80
  43. Macaulay 1986, p. 53
  44. Costa 1972, p. 42
  45. Calmon 1950, p. 44
  46. Sousa 1972, p. 96
  47. (en) Schloß Schönbrunn, « Dona Leopoldina: A Portuguese fairy-tale prince? » sur The World of the Habsburgs
  48. Calmon 1950, p. 49
  49. Birmingham 2003, p. 108-110
  50. Birmingham 2003, p. 111-113
  51. Barman 1988, p. 64
  52. a et b Barman 1988, p. 68
  53. Macaulay 1986, p. 47–48
  54. Sousa 1972, p. 121–122
  55. Sousa 1972, p. 123
  56. a et b Macaulay 1986, p. 93
  57. Barman 1988, p. 70
  58. Sousa 1972, p. 158–164
  59. Calmon 1950, p. 59–62
  60. Vianna 1994, p. 395
  61. a et b Barman 1988, p. 72
  62. Sousa 1972, p. 203–217
  63. Calmon 1950, p. 66–67
  64. Vianna 1994, p. 396
  65. Sousa 1972, p. 227
  66. Macaulay 1986, p. 86
  67. Costa 1972, p. 69
  68. Macaulay 1986, p. 175
  69. Sousa 1972, p. 185
  70. a et b Macaulay 1986, p. 255
  71. Sousa 1972, p. 121
  72. Macaulay 1986, p. 177
  73. Sousa 1972, p. 232–233
  74. a et b Macaulay 1986, p. 96
  75. Sousa 1972, p. 231–232
  76. a et b Barman 1988, p. 74
  77. a et b Lustosa 2006, p. 114
  78. Lustosa 2006, p. 113–114
  79. Calmon 1950, p. 75–76
  80. Sousa 1972, p. 242
  81. Sousa 1972, p. 264
  82. Barman 1988, p. 81
  83. Sousa 1972, p. 264–265
  84. Barman 1988, p. 82
  85. Barman 1988, p. 83
  86. a et b Macaulay 1986, p. 107
  87. a et b Barman 1988, p. 84
  88. Calmon 1950, p. 82
  89. Barman 1988, p. 78
  90. Macaulay 1986, p. 109–110
  91. Macaulay 1986, p. 116
  92. Calmon 1950, p. 85
  93. Barman 1988, p. 90–91, 96
  94. Macaulay 1986, p. 119, 122–123
  95. Lustosa 2006, p. 150–153
  96. Barman 1988, p. 96
  97. Sousa 1972, p. 31
  98. Macaulay 1986, p. 125
  99. Vianna 1966, p. 13–14
  100. Barman 1988, p. 95
  101. Lima 1997, p. 404
  102. a et b Vianna 1994, p. 420–422
  103. a et b Barman 1988, p. 104–106
  104. Sousa 1972, p. 307
  105. Lustosa 2006, p. 139
  106. Barman 1988, p. 110
  107. Macaulay 1986, p. 148
  108. Barman 1988, p. 101
  109. Sousa 1972, p. 71
  110. Barman 1988, p. 92
  111. Macaulay 1986, p. 121
  112. Barman 1988, p. 272
  113. Macaulay 1986, p. 129–130
  114. Barman 1988, p. 100
  115. Calmon 1950, p. 93
  116. Macaulay 1986, p. 120
  117. Macaulay 1986, p. 153–154
  118. Barman 1988, p. 116
  119. Barman 1988, p. 117
  120. Barman 1988, p. 118
  121. Macaulay 1986, p. 157
  122. Vianna 1994, p. 429
  123. a et b Macaulay 1986, p. 162
  124. Lustosa 2006, p. 174
  125. Sousa 1972, p. 166, 168
  126. Vianna 1994, p. 430
  127. a et b Barman 1988, p. 123
  128. Lustosa 2006, p. 175
  129. Sousa 1972, p. 168
  130. Vianna 1994, p. 431
  131. a, b et c Macaulay 1986, p. 165
  132. a et b Barman 1988, p. 122
  133. Barman 1988, p. 121
  134. a et b Macaulay 1986, p. 166
  135. Barman 1988, p. 278
  136. Vianna 1994, p. 435
  137. a et b Barman 1988, p. 128
  138. Sousa 1972, p. 193
  139. Macaulay 1986, p. 184
  140. Barman 1988, p. 140–141
  141. Sousa 1972, p. 195–197
  142. Macaulay 1986, p. 184–185
  143. Barman 1988, p. 140
  144. Sousa 1972, p. 195
  145. Barman 1988, p. 141
  146. Macaulay 1986, p. 186
  147. a et b Barman 1988, p. 142
  148. Morato 1835, p. 26
  149. a et b Branco 1838, p. XXXVII
  150. Macaulay 1986, p. 118
  151. Macaulay 1986, p. 117
  152. a et b Macaulay 1986, p. 226
  153. Macaulay 1986, p. 295
  154. Macaulay 1986, p. 239
  155. Barman 1988, p. 147–148
  156. Barman 1988, p. 125
  157. Macaulay 1986, p. 190
  158. Sousa 1972, p. 206
  159. Macaulay 1986, p. 168, 190
  160. Barman 1988, p. 146
  161. Lustosa 2006, p. 192, 231, 236
  162. Barman 1999, p. 16
  163. Barman 1988, p. 136
  164. Macaulay 1986, p. 201–202
  165. a et b Macaulay 1986, p. 202
  166. Rangel 1928, p. 178–179
  167. Costa 1972, p. 123–124
  168. Macaulay 1986, p. 207–210
  169. Corrêa da Costa 1995, p. 121–128
  170. Corrêa da Costa 1995, p. 126–138
  171. Calmon 1950, p. 173
  172. Macaulay 1986, p. 211
  173. Barman 1988, p. 151
  174. Barman 1999, p. 24
  175. Rangel 1928, p. 193
  176. a et b Lustosa 2006, p. 250
  177. a et b Corrêa da Costa 1995, p. 88
  178. Sousa 1972, p. 260
  179. Rangel 1928, p. 195
  180. Lustosa 2006, p. 262
  181. a et b Lustosa 2006, p. 252
  182. Barman 1988, p. 147
  183. Sousa 1972, p. 320
  184. Sousa 1972, p. 326
  185. a et b Corrêa da Costa 1995, p. 94
  186. Sousa 1972, p. 8
  187. Lustosa 2006, p. 284
  188. Sousa 1972, p. 7
  189. Lustosa 2006, p. 285
  190. Sousa 1972, p. 15
  191. Macaulay 1986, p. 235
  192. Rangel 1928, p. 274
  193. Sousa 1972, p. 10, 16–17
  194. Macaulay 1986, p. 231, 241
  195. Macaulay 1986, p. 236
  196. Lustosa 2006, p. 283
  197. a, b et c Barman 1988, p. 156
  198. Barman 1988, p. 114, 131, 134, 137–139, 143–146, 150
  199. Needell 2006, p. 34–35, 39
  200. Macaulay 1986, p. 195, 234
  201. a et b Macaulay 1986, p. 229
  202. Needell 2006, p. 42
  203. Barman 1988, p. 136–138
  204. Macaulay 1986, p. 193
  205. Macaulay 1986, p. 195, 219, 221
  206. Macaulay 1986, p. x, 193, 229
  207. Vianna 1994, p. 445
  208. Vianna 1994, p. 476
  209. Macaulay 1986, p. 244
  210. Macaulay 1986, p. 243
  211. Calmon 1950, p. 155–158
  212. Macaulay 1986, p. 174
  213. Macaulay 1986, p. 216–217, 246
  214. Macaulay 1986, p. 215
  215. Lustosa 2006, p. 129, 131
  216. Macaulay 1986, p. 214
  217. Lustosa 2006, p. 131
  218. Macaulay 1986, p. 108
  219. Lustosa 2006, p. 128–129
  220. Macaulay 1986, p. 195
  221. a, b et c Barman 1988, p. 159
  222. Sousa 1972, p. 44
  223. a et b Barman 1988, p. 157
  224. Barman 1988, p. 138
  225. Vianna 1966, p. 24
  226. Barman 1988, p. 154
  227. Sousa 1972, p. 127
  228. Macaulay 1986, p. 246–147
  229. Barman 1988, p. 158
  230. Sousa 1972, p. 108 et 110
  231. Macaulay 1986, p. 250-251
  232. Calmon 1950, p. 192–193
  233. a et b Macaulay 1986, p. 252
  234. Sousa 1972, p. 114
  235. Macaulay 1986, p. 254–257
  236. Sousa 1972, p. 117, 119, 142–143
  237. a et b Macaulay 1986, p. 257
  238. Sousa 1972, p. 149, 151
  239. Macaulay 1986, p. 257–260, 262
  240. Sousa 1972, p. 158
  241. a et b Macaulay 1986, p. 259
  242. Macaulay 1986, p. 267
  243. Barman 1988, p. 281
  244. Calmon 1975, p. 36
  245. Corrêa da Costa 1995, p. 117
  246. Jorge 1972, p. 203
  247. Barman 1999, p. 40
  248. Calmon 1950, p. 214
  249. Lustosa 2006, p. 318
  250. Lustosa 2006, p. 306
  251. Lustosa 2006, p. 320
  252. Calmon 1950, p. 207
  253. Corrêa da Costa 1995, p. 222
  254. Rudel 2002, p. 117
  255. Costa 1972, p. 174–179
  256. Macaulay 1986, p. 269–271, 274
  257. Sousa 1972, p. 221–223
  258. Macaulay 1986, p. 268–269
  259. Sousa 1972, p. 201, 204
  260. Corrêa da Costa 1995, p. 222, 224
  261. Lustosa 2006, p. 323
  262. Santos 2011, p. 29
  263. Macaulay 1986, p. 293
  264. Sousa 1972, p. 287
  265. Calmon 1950, p. 222–223
  266. Corrêa da Costa 1995, p. 311–317
  267. Macaulay 1986, p. 276, 280, 282, 292
  268. Sousa 1972, p. 241–244, 247
  269. Macaulay 1986, p. 290
  270. Macaulay 1986, p. 295, 297–298
  271. Sousa 1972, p. 291, 293–294
  272. Lustosa 2006, p. 72–73
  273. Macaulay 1986, p. 302
  274. Macaulay 1986, p. 304
  275. Sousa 1972, p. 302
  276. Jorge 1972, p. 198–199
  277. Corrêa da Costa 1995, p. 312
  278. a et b Macaulay 1986, p. 305
  279. Sousa 1972, p. 309
  280. Barman 1999, p. 433
  281. Macaulay 1986, p. 299
  282. Calmon 1975, p. 81
  283. Calmon 1975, p. 900
  284. Jorge 1972, p. 204
  285. Sousa 1972, p. 309, 312
  286. Vainfas 2002, p. 197
  287. Pedrosa 2004, p. 229
  288. Maia 1975, p. 133-135
  289. Szmrecsany et Lapa 2002, p. 298
  290. Lyra 1977, p. 200
  291. Holanda 1974, p. 272
  292. Barman 1999, p. 11
  293. Branco 1838, p. XXXVI–XXXVII
  294. Vainfas 2002, p. 194
  295. (pt) José Roberto Torero, O Chalaça, Editora Objetiva,‎ 1995
  296. (pt) Ivanir Calado, Imperatriz no Fim do Mundo : Memórias Dúbias de Amélia de Leuchtenberg, Ediouro,‎ 1997
  297. (pt) André Diniz et Antonio Eder, Chalaça, o Amigo do Imperador, Conrad Editora,‎ 2005
Précédé par Pierre Ier du Brésil Suivi par
Royauté
Jean
Flag United Kingdom Portugal Brazil Algarves.svg
Régent du Brésil
-
Marie-Léopoldine
Jean,
Empereur titulaire du Brésil
Flag of Empire of Brazil (1822-1870).svg
Empereur du Brésil
-
Pierre II
Jean VI
Flag Portugal (1830).svg
Roi de Portugal
-
Marie II
Michel
Flag Portugal (1830).svg
Régent de Portugal
-
Marie II,
Reine de Portugal
Cet article est reconnu comme « article de qualité » depuis sa version du 13 décembre 2012 (comparer avec la version actuelle).
Pour toute information complémentaire, consulter sa page de discussion et le vote l'ayant promu.