Pierre Hébert (réalisateur)

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Pierre Hébert
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Pierre Hébert (né le à Montréal) est un producteur, réalisateur, acteur, scénariste et compositeur québécois.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il fait des études en anthropologie, se spécialisant en archéologie nordique[1], tout en réalisant quelques films artisanaux gravés sur pellicule (Histoire verte, 1962; Histoire d'une bébite, 1962). En 1964, il réalise Opus 1, court-métrage préfigurant ses premiers films professionnels: il y explore le phénomène de la persistance rétinienne, ce qu'il continuera d'expérimenter jusqu'à Around Perception (connu en français sous le titre Autour de la perception)[2].

En parallèle, il est l'un des rédacteurs de la revue de cinéma Objectif, où il écrit notamment à propos des premiers films de Jean Pierre Lefebvre et de Jacques Leduc[3].

De 1965 à 1999, Hébert est à l’emploi de l’Office national du film du Canada, où il a d'abord travaillé au studio d’animation de la Production anglaise. Les premiers films qu'il y réalise s'inspirent de la musique sérielle[1] (Op Hop - Hop Op, Opus 3) et peuvent être rattachés à la veine du cinéma structurel. Il signe en 1968 un film didactique singulier, Explosion démographique, dont le titre original anglais est Population Explosion et pour lequel il collabore avec le musicien de jazz Ornette Coleman. En 1969, il passe à la Production française où il sera brièvement producteur, de 1970 à 1971. Hébert retourne ensuite à la réalisation jusqu’en 1996.

De 1974 à 1982, il tourne une trilogie inspirée de la dramaturgie de Bertolt Brecht, composée de Père Noël ! Père Noël ! (1974), Entre chiens et loup (1978) et Souvenirs de guerre (1982). Techniquement, ces films sont caractérisés par l'utilisation d'éléments découpés, de gravure sur pellicule à des fins narratives (sauf pour le premier film de la trilogie) et par l'emploi de séquences de prises de vues réelles[1]. En 1996, il devient directeur du studio animation-jeunesse du Programme français. À la fin de 1999, il quitte l’ONF et devient artiste indépendant[4].

Dans les années 1980, après Souvenirs de guerre, Pierre Hébert réalise des films à partir de collaborations et d'improvisations avec d'autres artistes. Il conçoit, quelques années plus tard, les performances de gravure sur pellicule en direct. Au début des années 2000, toujours dans le cadre de ces performances, il remplace la gravure sur pellicule par un dispositif de dessin numérique[2] Dans la performance Ballade sur Blinkity Blank, donnée avec le compositeur italien Andrea Martignoni, l'artiste revient à la gravure sur pellicule en combinant celle-ci avec le dessin numérique.[5] Ce retour à la gravure sur pellicule est confirmé par plusieurs installations (dont Scratch - 2 - Polyphonie de clignotements en 2017) et le film Mais un oiseau ne chantait pas[6],[7].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Performances[modifier | modifier le code]

Cherchant à créer un événement autour de ses courts métrages, Pierre Hébert imagine une série de spectacles intitulée Chants et danses du monde inanimé : trois musiciens improvisateurs (Jean Derome, Robert Marcel Lepage et René Lussier) y interprètent en direct les trames sonores des films projetés[8]. C'est dans ce contexte qu'à l'automne 1984, lors de spectacles donnés à Montréal, à Rouyn et à Québec, la trame sonore de Chants et danses du monde inanimé : le métro prend forme. Ce dialogue avec les musiciens incite le cinéaste à vouloir se placer lui-même dans la position d'un artiste improvisateur. C'est ainsi qu'il imagine un dispositif lui permettant de graver une boucle de pellicule en direct[9]. Il s'exécute une première fois dans le cadre du spectacle multidisciplinaire de Jean Derome intitulé Confitures de Gagaku, présenté à Montréal en 1986 et en ouverture du Festival de musique actuelle de Victoriaville en 1987[1].

Le a lieu la première d'Adieu bipède, une performance cinéma musique en hommage à Henri Michaux. Pierre Hébert y grave une boucle en direct pendant que s'exécutent les trois musiciens improvisateurs de Chants et danses du monde inanimé[10]. En octobre de la même année, un nouveau spectacle intitulé Adieu Leonardo est conçu, en hommage à Léonard de Vinci et dans le cadre d'une exposition que le Musée des beaux-arts de Montréal consacre au maître de la Renaissance, sur une partition musicale composée par Robert Marcel Lepage.

En 2014, à l'occasion du centenaire de Norman McLaren, il répond à une commande du Center for Contemporary Art de Glasgow (Écosse) et crée Rolling Over Blinkity Blank (Ballade sur Blinkity Blank)[7], avec le musicien italien Andrea Martignoni, performance qui sera reprise notamment au Musée Château d'Annecy[11] et à la Cinémathèque québécoise[12]. Cette performance s'inscrit dans une série plus large intitulée Digital Scratch, initiée en 2009 et qui marque le retour d'Hébert à la gravure sur pellicule, cette série de spectacles reposant sur la combinaison d'images obtenues numériquement et d'images gravées directement sur pellicule[7].

Lieux et monuments[modifier | modifier le code]

Inspiré par Chants et danses du monde inanimé: le métro, qu'il a réalisé en 1984, puis par les films précurseurs La statue de Giordano Bruno et Herqueville, Hébert entreprend en 2009 une imposante série intitulée Lieux et monuments[13]. L'artiste explique sa démarche ainsi: «L’idée est de tourner, un peu partout dans le monde, des scènes apparemment banales de la vie quotidienne telles qu’elles se déroulent autour de monuments ou de n’importe quoi d’autre qu’on peut considérer comme des marqueurs de temps, d’histoire, de mémoire et d’oubli, et de constituer ainsi une certaine image du temps présent. Le but est que l’ensemble des films, installations et sites Web, avec leurs images de rien, devienne une sorte de monument du monde.»[14] Amorcé avec Praha-Florenc, la série se poursuit notamment avec Place Carnot-Lyon (no 2), Rivière au Tonnerre (no 4), John Cage-Halberstadt (no 5), Le film de Bazin (no 8)[15], La statue de Robert E. Lee à Charlottesville (no 9)[16], et Le mont Fuji vu d'un train en marche (no 11). La série comprend aussi des installations[17]: Berlin - Le passage du temps (no 6)[18] et Cycling Utrecht (no 7). En 2014, le Festival international du film d'animation d'Annecy a présenté un programme spécial intitulé «Pierre Hébert, Autour de Lieux et monuments».

Filmographie[modifier | modifier le code]

Comme réalisateur[modifier | modifier le code]

Comme producteur[modifier | modifier le code]

Comme acteur[modifier | modifier le code]

Comme scénariste[modifier | modifier le code]

Comme compositeur[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hébert, Pierre, « Quelques notes incongrues », ASIFA Canada, vol. 16, no 2,‎ , p. 12-13 (ISSN 0828-7511).
  • Hébert, Pierre, « Journal d'un cinéaste parti à la redécouverte du direct », Ciné-bulles, vol. 7, no 3,‎ , p. 26-29 (ISSN 0820-8921).
  • Hébert, Pierre. « Pierre Hébert: lettre du Canada ». CinémAction, no 51 (), pp.81-83.
  • Hébert, Pierre. « Un cinéaste face aux nouvelles technologies ». La Revue de la Cinémathèque, no 9 ( - ), p. 9-10.
  • Hébert, Pierre. L'ange et l'automate : propos sur le cinéma d'animation et autres sujets. Laval : Les 400 coups (Cinéma), 1999, 287, 5p.
  • Hébert, Pierre. Corps, langage, technologie : textes, 1985-2004. Montréal : Les 400 Coups (Cinéma), 2006, 210p.
  • Hébert, Pierre. « Cinéastes et musiciens improvisent ». La Revue de la Cinémathèque, no 97, (juin-), p.15.

Récompenses et Nominations[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

  • 1985 : Melkweg Cinema Award for Reality Research (Amsterdam)[19]
  • 1988 : Prix Héritage-McLaren remis par ASIFA-Canada
  • 2004 : Prix Albert-Tessier[19]

Nominations[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Jean, Marcel, 1963-, Pierre Hébert, l'homme animé, 400 coups, (ISBN 978-2-921620-87-1, OCLC 37369875, lire en ligne)
  2. a et b Jean, Marcel, 1963- et Coulombe, Michel, 1957-, Le dictionnaire du cinéma québécois, Boréal, (ISBN 2-7646-0427-0, OCLC 66894275, lire en ligne)
  3. Marcel Jean, « Objectif 1960-1967, l'aventure d'une revue de cinéma «indpendante» », 24 images,‎ , p. 16-19 (ISSN 0707-9389, lire en ligne)
  4. « Biographie de Pierre Hébert », sur pierrehebert.com (consulté le )
  5. Nicolas Thys, « Annecy J-3 | Revue 24 Images », sur Revue 24 Images, (consulté le )
  6. © CITIA, « Annecy > Programme> Fiche », sur www.annecy.org (consulté le )
  7. a b et c « Notes sur Blinkity Blank - Hors Champ », sur www.horschamp.qc.ca (consulté le )
  8. « Première du film «Chants et danses du monde inanimé - Le métro» », sur bilan.usherbrooke.ca (consulté le )
  9. « 6-De nouveau la gravure sur pellicule en direct | Pierre Hébert » (consulté le )
  10. Marcel Jean, « Pierre Hébert aux Rendez-vous du cinéma québécois », Le Devoir,‎ , p. 8 (lire en ligne)
  11. ACTIMAGE CONSULTING SAS, « Ciné-concert : Ballade sur Blinkity Blank », sur musees.annecy.fr (consulté le )
  12. « Ballade sur Blinkity Blank, performance de Pierre Hébert et Andrea Matignoni | La Cinémathèque québécoise », sur www.cinematheque.qc.ca (consulté le )
  13. Nicolas Thys, « Lieux et monuments », sur vitheque.com, (consulté le )
  14. © CITIA, « Accueil > À propos > Archives > 2014 > Programme> Fiche », sur www.annecy.org (consulté le )
  15. André Habib, « Pierre Hébert : le révélateur (sur les traces de Bazin) », Revue 24 images,‎ , p. 44-47 (lire en ligne)
  16. « La statue de Robert E. Lee à Charlottesville de Pierre Hébert - Hors Champ », sur www.horschamp.qc.ca (consulté le )
  17. Forum des images, « "Berlin - le passage du temps", installation vidéo de Pierre Hébert », sur Forum des images (consulté le )
  18. « Berlin - Le Passage du temps », sur 24 images (consulté le )
  19. a et b « Pierre Hébert reçoit le prix Albert-Tessier », sur mcc.gouv.qc.ca, Ministère de la Culture et des communications, (consulté le ).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier Cotte, Le grand livre des techniques du cinéma d’animation, Paris, Dunod, , 360 p. (ISBN 978-2-10-077778-5), « Les coulisses de Scratch (Triptyque 3) »
  • Audet, Diane. Hommage à Pierre Hébert, gravures sur pellicule, cinéma, spectacles : revue de presse. Montréal : Cinémathèque québécoise, 2000, 11p.
  • Bendazzi, Giannalberto. Animation : a world history : volume III : contemporary times. Boca Raton : CRC Press, 2015, viii, 416p. (Vol. 3)
  • Corbet, Maurice ; Hébert, Pierre. Dessinéastes : Norman McLaren / Pierre Hébert : une filiation artistique. Montreuil : Éditions de l'Oeil, 2014, [96]p.
  • Jean, Marcel. Pierre Hébert, l'homme animé. Laval : Les 400 Coups (Cinéma), 1996, 223p.
  • Jean, Marcel, « La nouvelle Cinémathèque : des restes d'images non identifiés », 24 images, no 75,‎ décembre 1994 - janvier 1995, p. 26-34 (ISSN 0707-9389).
  • (en) s.n., « Ottawa '88 international animation festival », ASIFA Canada, vol. 16, no 3,‎ , p. 1-11 (ISSN 0828-7511)
  • Welsh, Henry. « Le cri d'un poète : Hébert ». Jeune Cinéma, no 170 (novembre-), pp.34-37.
  • La Rochelle, Réal. « Les performances cinéma-musique avec Pierre Hébert : la défenestration audiovisuelle (notes pour un essai) ». Revue canadienne de théorie politique et sociale, Vol. 14, no 1-3 (1990), pp.190-203.
  • Jean, Marcel, « Pierre Hébert et l'informatique : gravure sur pellicule et technologie de pointe », ASIFA Canada, vol. 21, no 3,‎ , p. 18-19 (ISSN 0828-7511).
  • de Blois, Marco, « Pierre Hébert », 24 images, nos 3-84,‎ , p. 52-57 (ISSN 0707-9389).
  • McSorley, Tom. Scratching the surface. « The animated art of Pierre Hébert ». Take One, Vol. 6, no 16 (été 1997), pp.34-36.
  • (en) Philippe, Fabien, « Living Cinema Beirut : Pierre Hébert au Liban », 24 images, no 134,‎ , p. 52 (ISSN 0707-9389)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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