Pierre Guillaume (activiste)

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Pierre Guillaume
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Pierre Guillaume en 2003.

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Pierre Guillaume[n 1] (né en 1940), est un éditeur et militant politique français.

Il est lié dans les années 1960 à Socialisme ou barbarie et aux activités du collectif d'ultragauche La Vieille Taupe, dont il tient la librairie éponyme jusqu'en 1972. Depuis la fin des années 1970, il apporte son soutien à Robert Faurisson et reprend le nom de La Vieille Taupe, cette fois pour éditer et diffuser des textes niant la Shoah, assumant depuis lors un rôle de promoteur du négationnisme en France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Pierre Guillaume naît le à Rambervillers, dans les Vosges[1].

De 1957 à 1959, il prépare Saint-Cyr au Prytanée national militaire de La Flèche, est admissible mais change finalement de voie.

De Socialisme ou Barbarie à La Vieille Taupe (1959-1965)[modifier | modifier le code]

Il rejoint Socialisme ou barbarie[2] (agent de liaison avec Guy Debord[3][réf. insuffisante]) sans y jouer un « rôle remarquable » selon le témoignage ultérieur de Cornelius Castoriadis[4]. Il y milite contre la guerre d'Algérie.

En 1965, il ouvre avec l'aide de Jacques Baynac la librairie La Vieille taupe, alors en liaison avec le groupe Pouvoir ouvrier, dissident en 1963 de Socialisme ou Barbarie.

La fin des années 1960[modifier | modifier le code]

En septembre 1967, sur le point d'être exclus du groupe, Guillaume et Baynac démissionnent de Pouvoir ouvrier, suivis par la majorité des membres jeunes du groupe.

La Vieille Taupe devient alors le nom d'un petit groupe de réflexion informel d'une dizaine de personnes qui s'intéressent à diverses dissidences d'ultra-gauche, à l'Internationale situationniste et à Rosa Luxembourg[5]. La librairie La Vieille Taupe diffuse des textes fondamentaux du mouvement ouvrier révolutionnaire, de l'ultra gauche et de l'Internationale situationniste[5].

Durant les Événements de Mai 1968, Pierre Guillaume joue un rôle de premier plan au comité d'action de la faculté des sciences-Censier[6], tant sur le plan théorique — il lance l'idée de la grève active tirée de son expérience des grèves belges de 1961 — que sur le plan pratique — il se fait donner les « pleins pouvoirs militaires » pour défendre Censier[5].

Après Mai 68, le chiffre d'affaires de la librairie est en augmentation. Pierre Guillaume découvre alors dans un numéro de La Révolution prolétarienne l'ouvrage de Paul Rassinier (1906-1967) Le Mensonge d'Ulysse (1949) qu'il considère comme extrêmement éclairant. En novembre 1969 se produit une rupture entre Guillaume et Baynac, qui demande aux membres ou sympathisants fondateurs de la Vieille Taupe d'en faire autant. L'appel de Baynac est largement suivi[5].

Les ouvrages de Rassinier sont mis en vente à La Vieille Taupe dès 1970[5] et occupent dès lors une place prépondérante dans l'activité de la librairie. Pierre Guillaume est conforté dans sa position par la découverte de l'article «Auschwitz ou le grand alibi», publié en 1960 dans la revue du Parti communiste international (PCI, bordiguiste) et parfois attribué, quoique de manière très controversée, au communiste Amadeo Bordiga, lequel avait toujours refusé la ligne Front populaire au nom d'une théorie du fascisme selon laquelle celui-ci était soumis au capitalisme. L'article en question développe une interprétation économique du génocide en considérant que «l'antisémitisme (...) résulte directement de la contrainte économique». Guillaume assume alors l'idée selon laquelle l'antifascisme serait en fait au service du capitalisme au détriment de l'élan révolutionnaire et des aspirations du prolétariat, et par suite l'idée selon laquelle la lutte rendue nécessaire contre l'antifascisme passerait par la négation de la Shoah.

Les années 1970[modifier | modifier le code]

La librairie La Vieille Taupe ferme le 15 décembre 1972[7] et Pierre Guillaume se reconvertit dans la vente d'assurances.

Les années Faurisson (1979-1995)[modifier | modifier le code]

Début 1978, lors d'un colloque à l'Université de Lyon, Robert Faurisson déclare que le génocide juif et les chambres à gaz n'ont jamais existé, rendant publiques les thèses qu'il élabore depuis quelques années.

Quelques mois plus tard Guillaume prend contact avec lui[8]. Son premier engagement public pour les thèses de Faurisson est un article publié dans Libération du 7 mars 1979 et intitulé « Que savent les français des massacres de Sétif » où il établit un parallèle entre Auschwitz et les répressions coloniales à Sétif en 1945 ou à Madagascar en 1948. Il dénonce également l'antinazisme sans nazis et s'en prend au feuilleton télévisée Holocauste récemment diffusé sur Antenne 2 et affirme que les Juifs « sont morts de faim et de froid selon [une] mécanique inexorable et involontaire... ». Ce texte a été rédigé en collaboration avec Faurisson[9].

En décembre 1980, les éditions La Vieille Taupe, créées par Guillaume en 1979, publient le Mémoire en défense contre ceux qui m'accusent de falsifier l'histoire. la question des chambres à Gaz avec en guise de préface un texte de l'américain Noam Chomsky[10],[11]. Au cours des années 1979-1980, Guillaume s'est employé à mobiliser nombre de ses anciens compagnons idéologiques de s'investir dans son combat aux côtés de Faurisson[12]. C'est Serge Thion qui obtiendra la lettre de Chomsky et produira un certain nombre de textes signés par des anciens militants de l'ultra-gauche comme Vérité historique ou Vérité politique ? Le dossier de l'affaire Faurisson. La question des chambres à gaz publié par La Vieille Taupe au printemps 1980[13]. Il obtient aussi l'appui (provisoire) de Gabriel Cohn-Bendit et de quelques autres.

Le 3 juillet 1981, il est condamné par la 17e chambre du tribunal de grande instance de Paris pour diffamation envers l'historien Léon Poliakov, pour avoir publié un texte de Robert Faurisson accusant L. Poliakov d'être un manipulateur et un falsificateur[14]. La condamnation est confirmée en appel (16 décembre 1981) et en cassation (16 mars 1983)[15].

Sans appuis politiques, Pierre Guillaume se tourne alors vers l'extrême droite. En 1985, il collabore avec le militant néo-nazi Michel Caignet à la traduction du livre Le Mythe d'Auschwitz. À partir de 1992, il participe chaque année à la fête du Front national ; il est présent aux obsèques de Maurice Bardèche en 1998, et il écrit également dans diverses revues d'extrême droite : par exemple dans National-Hebdo en 2001, dans Rivarol en 2002. Valérie Igounet constate qu’il est présent lors de « manifestations d’extrême droite », que « sa littérature est vendue dans les librairies néonazies », et qu’il « discourt sur les ondes de Radio Courtoisie, proche du Front national », concluant que « la dérive idéologique de Pierre Guillaume est manifeste »[16]. Il a cependant été classé à « l'ultra gauche », tant par Pierre Vidal-Naquet que par Nadine Fresco, laquelle constate un même glissement de l'ultra-gauche à l'extrême droite [17], même s’il a été rejeté par l'ensemble de l'extrême gauche et de « l'ultra-gauche »[18].

Le négationnisme sans Faurisson (depuis 1995)[modifier | modifier le code]

En décembre 1995, Les éditions La vieille Taupe éditent l'ouvrage négationniste Les Mythes fondateurs de la politique israélienne de Roger Garaudy. Le 16 décembre 1998, il est condamné, par la cour d'appel de Paris, à six mois de prison avec sursis et trente mille francs d'amende pour incitation à la haine raciale et contestation de crimes contre l'humanité[19].

En 2004, la revue d'extrême gauche Ni patrie ni frontières l'a qualifié de « publiquement antisémite »[20].

Il a été brièvement interpellé le dans le Loiret pour avoir diffusé des tracts négationnistes en février de la même année à Paris. Il est poursuivi pour « provocation à la discrimination, à la haine, à la violence à l'encontre d'une personne ou d'un groupe de personnes appartenant à une religion, en l'espèce le judaïsme »[21]. Il est relaxé l'année suivante des accusations portées contre lui et bénéficie d'un non-lieu de la part du ministère de la Justice[Quoi ?].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes

  1. Il utilise également le pseudonyme « Pierre Pithou ».

Références

  1. Igounet, p. 139.
  2. La signature « P. Guillaume » qui apparaît avant 1958 dans la revue Socialisme ou barbarie, correspond à « Philippe Guillaume », pseudonyme de Cyrille de Beauplan.
  3. http://www.homme-moderne.org/societe/philo/debord/guillau.html
  4. « Pierre Guillaume n'a joué aucun rôle remarquable dans le groupe, et aucun texte de la revue ne lui est dû. Il n'a pas pu « fourbir ses premières armes théoriques dans Socialisme ou barbarie », tout d'abord parce qu'il n'a jamais possédé aucune « arme théorique ». Ensuite et surtout, parce que ce qu'il aurait pu apprendre à Socialisme ou barbarie, ce ne pouvait être que l'internationalisme, et la condamnation radicale de toute forme de racisme (et même de « nationalisme »). Un antisémite n'aurait pas été toléré à Socialisme ou barbarie une minute. Que ce personnage ait abouti, après diverses tribulations, et quinze ou vingt ans après, à ses positions « actuelles », n'est qu'un exemple de plus — dont l'histoire du mouvement ouvrier fourmille — de ce que avoir épousé des idées justes pendant quelques années ne constitue pas une garantie contre une décomposition mentale et morale ultérieure. » Cornelius Castoriadis, Lignes nº 4, p. 223.
  5. a, b, c, d et e Igounet, p. 182-187
  6. À cette date, il n'existe qu'une université : l'université de Paris, divisée en facultés, localisées soit à la Sorbonne, soit à Nanterre (lettres, droit), soit à Censier (Sciences), etc.
  7. Igounet, p.194
  8. Igounet, p.232
  9. Igounet, p.246-247
  10. Igounet, p.656
  11. Une lettre avait été envoyée par Chomsky pour soutenir le droit de Faurisson à s'exprimer – « Some Elementary Comments on The Rights of Freedom of Expression » – mais Chomsky n'était pas informé que cette lettre servirait de préface à un ouvrage. Voir Acrimed | Noam Chomsky et les médias français
  12. Igounet, p.228
  13. Igounet, p.257-260
  14. «  M. Faurisson condamné trois fois par le tribunal de Paris », Le Monde, 6 juillet 1981.
  15. Arrêt de la Cour de cassation, chambre criminelle, 16 mars 1983.
  16. Igounet, p. 469 et 470.
  17. « Cette dérive des négationnistes français venus de l’extrême gauche connut une sorte de point d’orgue, le 12 septembre 1998, en l’église parisienne de Saint-Nicolas-du-Chardonnet » : voir le paragraphe«  Des militants fourvoyés de l'ultra-gauche » dans l'article « Négationnisme » dans le tome 14 de l'Encyclopædia Universalis, disponible sur le site PHDN.
  18. Voir en particulier les textes collectifs d’octobre 1980 et de 1992 contre Pierre Guillaume.
  19. Cour européenne des droits de l'homme, décision Garaudy c. France, 23 juin 2003, pp. 3-4.
  20. Article du numéro 8-9
  21. « Un éditeur révisionniste arrêté dans le Loiret », LibéOrléans, 11 octobre 2008.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

L'extrême gauche
  • Richard Gombin, Les origines du gauchisme, Paris, Éditions du Seuil, Collection Politique, 1971
  • Christophe Bourseiller, Histoire générale de l'ultra-gauche, Denoël, 2003
Le négationnisme

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]