Pierre Bodein

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Pierre Bodein
Tueur en série
Image illustrative de l'article Pierre Bodein
Information
Naissance (69 ans)
Obernai dans le Bas-Rhin
Surnom Pierrot le fou
Condamnation
Sentence Emprisonnement à perpétuité
Meurtres
Victimes 3
Période -
Pays Drapeau de la France France
Régions Alsace
Arrestation

Pierre Bodein, né le à Obernai (Bas-Rhin), est un tueur en série français qui alterne depuis 1969 séjours en hôpital psychiatrique et en prison. Surnommé « Pierrot le fou », son casier judiciaire fait état de sept condamnations dont trois en cours d'assises, notamment pour des viols avec violence. Il est le 11e enfant d'une fratrie de 16, issue d'une communauté yéniche[1].

Parcours criminel[modifier | modifier le code]

Après sa première peine de prison, purgée en 1969, Pierre Bodein, membre d'une famille de « vanniers » (nom des gens du voyage sédentarisés en Alsace) effectuera de nombreux autres séjours en prison, notamment pour vols, vols avec violence et braquages, mais également pour agressions sexuelles[1]. En 1976, son état de santé est jugé « incompatible avec la détention ». Un responsable d'un service psychiatrique de l'époque, Michel Patris, déclare à son propos[2] : « il était dans un état végétatif, figé, s'enfermant dans le mutisme ». Pierre Bodein avale ses excréments[3] se déplace alors en fauteuil roulant et obtient de la Cotorep une carte d'invalidité à 80 %. Libéré en 1980, il reprend ses braquages. Il est arrêté en 1989 et se fait à nouveau passer pour fou. Selon le psychiatre Henri Brunner[2], « à cette date-là, tous les experts psychiatriques semblaient unanimes pour dire que Pierre Bodein était fou, moi y compris. Les événements m'ont donné tort. Le tableau clinique était trop spectaculaire. »

En décembre 1992, il quitte son fauteuil roulant pour s'évader par un vasistas de l'hôpital psychiatrique d'Erstein (Bas-Rhin) resté ouvert[2]. Pendant une cavale de trois jours, il prend deux femmes en otage, avant de séquestrer et de violer l'une d'elles, braque une banque et une armurerie, force plusieurs barrages de gendarmerie, et tire sur deux policiers, en blessant un grièvement, avant d'être intercepté. Cet épisode, largement relayé par les médias, lui vaudra le surnom de « Pierrot le fou ».

Il est condamné en 1994 à 30 ans de réclusion pour ces faits. Il est rejugé en en appel par la cour d'assises du Bas-Rhin qui le condamne à 28 ans de réclusion criminelle (réduits[réf. nécessaire] ensuite à 20 ans en cassation[réf. nécessaire]) en 1996. Pierre Bodein adopte alors une nouvelle stratégie, et est décrit comme « un détenu modèle »[2]. En raison de sa bonne conduite, de ses années de détention provisoire, de confusions de peines et de remises de peine automatiques, bénéficiant d'une liberté conditionnelle, il est libéré sous contrôle judiciaire le , quelques mois avant la fin de sa peine. Il part vivre dans une caravane chez son frère, un ferrailleur de Bourgheim[3].

Quatre mois plus tard, il est accusé d'enlèvements, viols et meurtres sur Hedwige Vallée, 38 ans, tuée le 21 juin à l'arme blanche, Jeanne-Marie Kegelin, 10 ans, retrouvée le 29 juin et Julie Scharsch, 14 ans, retrouvée le 3 juillet. Interpellé une première fois le 26 juin avant d'être relâché faute de preuves, il est à nouveau interpellé le 30 juin 2004 et mis en examen[4]. Selon certains psychiatres, ces agressions constitueraient des substituts à sa propre fille et à celle d'un de ses codétenus, avec lesquelles il avait établi une correspondance « obscène »[1]. Il nie et se défend habilement mais les preuves génétiques sont formelles.

Liste des victimes connues[modifier | modifier le code]

Les faits Découverte Identité Âge
Date Lieu Date Lieu
Rhinau Valff Jeanne-Marie Kegelin 10
Obernai Hindisheim Hedwige Vallée 38
Schirmeck Nothalten Julie Scharsch 14

Procès et condamnation[modifier | modifier le code]

Le , le procès de Bodein débute à la cour d'assises à Strasbourg dans une salle annexe du tribunal spécialement aménagée pour l'occasion. La réclusion criminelle à perpétuité « réelle » (ce qui signifie en France une incarcération de 30 ans minimum, mais une possibilité effective d'emprisonnement à vie) a été requise à son encontre le [5]. Les jurés ont suivi l'avocat général une semaine plus tard. C'est le premier détenu en France à être condamné à la perpétuité réelle ; il sera suivi quelques mois plus tard par Michel Fourniret en mai 2008, puis en janvier 2015 par Nicolas Blondiau. Rejugé en appel devant les assises de Colmar, il est condamné le à la même peine[6]. Le , son pourvoi en cassation est rejeté par la Cour de Cassation. Sa condamnation étant définitive.

La complicité des Fuhrmann et des Remetter, un clan de vanniers, dans l'enlèvement, le meurtre et le viol de Jeanne-Marie Kegelin n'a en revanche pas été retenue alors que l'avocat général avait réclamé des peines de prison allant de 3 à 30 ans[7]. La famille Kegelin, défendue par Wallerand de Saint-Just, a dénoncé un « gâchis dans la procédure qui l'empêche de faire son deuil »[8]. L'avocat a d'ailleurs estimé que « ceux qui ont, par leur esprit, par leur politique et par leur abstention, permis la mort de Jeanne-Marie Kegelin sont beaucoup plus responsables que Pierre Bodein. »[9].

Le 13 novembre 2014, la Cour européenne des droits de l'homme a dit que la condamnation de Bodein n'avait violé ni l'article 3 (le condamné alléguait que la peine prononcée constituait un traitement inhumain et dégradant) ni l'article 6 § 1 (Bodein se plaignait de l'absence de motivation de l'arrêt de la cour d'assises) de la Convention européenne des droits de l'homme[10],[11].

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Isabelle Monnin, « Dans la nuit du chasseur », Le Nouvel observateur,‎ (lire en ligne)
  2. a, b, c et d Lionel Feuerstein, « Pierre Bodein a simulé une maladie mentale », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  3. a et b Thomas Calinon, « "Pierrot le fou" affole psychiatres et juristes », Libération,‎ (lire en ligne)
  4. « Polémique autour d'une libération », sur L'Humanité,
  5. Reuters, « Au dernier jour de son procès, Pierre Bodein clame son innocence », sur Le Monde, (consulté le 10 juillet 2007)
  6. AFP, « Peine maximale confirmée en appel pour Pierre Bodein », sur Le Monde, (consulté le 2 octobre 2008)
  7. Reuters, « Perpétuité pour Pierre Bodein, acquittement pour ses co-accusés », sur Le Monde, (consulté le 11 juillet 2007)
  8. « La perpétuité pour Pierrot le Fou » Article publié le 12 juillet 2007 dans Libération
  9. http://cuej.info/mini-sites/bodein2013/menu.html, production multimédia des étudiants du Cuej de Strasbourg sur les traces laissées par l'affaire Bodein en Alsace
  10. CEDH, Bodein c. France, 13 novembre 2014, n°40014/10
  11. « La justice européenne valide la "perpétuité réelle" appliquée en France » Article publié le 13 novembre 2014 dans Le Figaro

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]