Pierre Baruzy

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Pierre Baruzy
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Naissance
Amiens
Décès (à 97 ans)
Paris
Nationalité Française
Pays de résidence France
Profession
industriel
Activité principale
président de l'Union corporative des travailleurs et producteurs de France ( 1935-41 ), du Comité national de l'organisation française ( 1952-57 ), conseiller municipal de Paris ( 1941-44 )
Autres activités
champion de boxe française
Ascendants
Fils de Louis Baruzy et de Jeanne Bouillon
Conjoint
Simone-Maria Soube, épousée le 10 décembre 1921
Descendants
Jacques-Georges

Le comte Pierre Baruzy, né à Amiens le 19 mai 1897 et décédé à Paris en 1994, fut un industriel, boxeur et entraîneur de boxe française.

Biographie[modifier | modifier le code]

L'Industriel[modifier | modifier le code]

Descendant selon ses dires d'une noble famille vénitienne, le comte Pierre Barozzi, francisé en Baruzy[1], est le fils d'un officier[2]. Au cours de la Première Guerre mondiale, il a été blessé à trois reprises, la dernière assez gravement, l'obligeant à plusieurs mois de rééducation. Il est titulaire de la médaille militaire et de la croix de guerre.

Il est devenu ingénieur après des études à la Sorbonne et à l’Institut polytechnique de Worcester, aux Etats-Unis. Il est entré en 1920 à la compagnie des meules Norton, filiale française du groupe américain Norton. Il est directeur commercial de 1922 à 1930, directeur général, puis président de 1938 à 1962. Il est ensuite P-DG de la société Electro-Vorwerk de 1962 à 1967. La société Electro-Vorwerk, établie en France en 1961 et spécialisée dans l’électroménager, est une filiale d’un groupe allemand familial fondé en 1883. Il est également président du conseil de direction de la société Timken-France de 1962 à 1972, une filiale du groupe américain Timken roller bearing company. Il est aussi administrateur de la banque de l’Union occidentale de 1960 à 1975[3].

Baruzy milite à partir de 1945 au moins au Comité national de l'organisation française (CNOF), qu'il préside de 1952 à 1957, après avoir été son secrétaire général. Il est ensuite président du CIOS (comité international d’organisation scientifique) en 1957, président du conseil européen du CIOS (CECIOS)[4]. Dans les années 1960, il préside l’Association française des conseillers de direction (AFCOD) et participe, en tant que tel, aux travaux de la commission de productivité du 5ème plan. Il est aussi chancelier de l'International Academy of management de 1963 à 1968[5]. Il a publié plusieurs articles, brochures et livres consacrés au management. Son fils, Jacques Baruzy, sera délégué général du CNOF dans les années 1960.

Champion de boxe française[modifier | modifier le code]

Il entre à 13 ans à l’académie de boxe française où il fut l'élève de Charles Charlemont et fut titré onze fois champion de France poids moyens[6]. En 1924, la boxe française fut incluse pour la première fois aux Jeux olympiques d'été de 1924 à Paris. En une journée Baruzy battit le matin le mi-lourd Demerle et l'après-midi le champion de Belgique Bar. En 1930, il succéda au docteur Pugniez à la présidence de l'Académie de Boxe Française. En 1937 se déroula le dernier Championnat de France (jusqu'à sa renaissance en 1966) durant lequel Baruzy obtint le titre de Champion toutes catégories en battant même les tireurs mi-lourds et lourds. Entre 1922 et 1935, il obtint 11 titres de champion[7].

Il donnera un nouvel élan à ce sport après la Seconde Guerre mondiale[8]. Le 8 janvier 1965, il fut président fondateur du Comité National de Boxe Française dont Lucien Alliot assura la présidence par la suite et qui sera remplacée en 1975 par la Fédération Française de Boxe Française Savate (FFBFS et DA).

Auteur d'un ouvrage de référence sur la boxe française, Pierre Baruzy estimait que « cette discipline offre une excellente méthode de lutte et d'éducation physique, aidant la personne qui l'a pratique à être en contrôle de sa santé, autant au niveau du corps que de la tête, et lui apporte une meilleure confiance en lui pour affronter les difficultés de la vie »[9],[10].

Engagement politique: des Jeunesses patriotes au CEPEC[modifier | modifier le code]

Baruzy a été un militant du corporatisme au sein des Jeunesses patriotes. « JP de la première heure », il a adhéré aux Jeunesses patriotes en 1926, et il a intégré sa commission ouvrière en 1933. Devenu son président en 1934, il la rebaptise en 1935 Union corporative des travailleurs et producteurs de France (UCTPF). Son association se montre hostile à la CGT. Il donna des conférences pour présenter le projet corporatiste de Charte sociale du travail, « pour en finir une fois pour toutes avec la lutte de classes » ; il recommandait aux chefs d’entreprise de faire appel « aux travailleurs loyaux et français qui se groupent autour des JP » et de chasser « impitoyablement ceux qui se dressent devant vous en ennemi et qui rêvent d’anéantir la fortune de la France ». Il exaltait alors « l’ordre, la hiérarchie, la discipline » face aux « chimères » de « l’Anti-France »[11]. Baruzy a été nommé en décembre 1941 conseiller municipal de Paris (du 10e arrondissement) par le ministre de l’intérieur Pierre Pucheu, et devint secrétaire du conseil municipal en avril 1943[12]. Il a aussi été désigné en janvier 1941 membre du comité provisoire du Rassemblement pour la Révolution nationale, organisme concurrent de la Légion française des combattants, qui devait réfléchir à la mise en place d’un mouvement de masse visant à « assurer au nouveau régime ses assises et briser l’activité renaissante de certaines organisation [ le PCF ]», mais qui n’eut qu’une existence éphémère[13]. Cette même année, il approuve la Charte du travail du 4 octobre 1941 voulue par le régime de Vichy[14].

Toutefois, il a mené un double jeu. Il a été arrêté en août 1944 mais il s’est vu décerner la médaille de la résistance. Il affirme en 1972 avoir été en relation avec le général Revers, chef de l'Organisation de résistance de l'Armée ( ORA ) et avoir fait partie dès 1942 du réseau Buckmaster[15]. Baruzy prétend avoir sauvé 11 aviateurs des forces alliées dont les avions avait été abattus par l'armée allemande. Ses activités de résistant lui valurent de recevoir la médaille de la Liberté du général Eisenhower en 1945[16], ainsi qu'une seconde médaille du Président Ronald Reagan en 1984 ; ce qui fait de lui le seul français ayant reçu ses deux médailles. Pierre Taittinger, l'ancien chef des JP et ancien président du conseil municipal de Paris, le décrit ainsi: «Pierre Baruzy, auquel m’unit une vieille et solide affection. Ancien champion de France de boxe, soldat prestigieux pendant la guerre 1914-1918, Baruzy est, en même temps qu’un athlète intégral, un Français complet. Poète à ses heures, orateur quand il le faut, entraîneur d’hommes à toutes les minutes de sa vie, Pierre Baruzy, industriel, est un « social ». (…) Pierre Baruzy appartenait à un réseau de résistance, qui a manifesté sa vaillance en prenant une part effective aux combats de rue du 19 au 24 août 1944 »[17].

Après la guerre, il tente de convaincre sans succès des candidats "indépendants" de droite de se désister pour celui arrivé en tête lors d'une élection législative partielle en 1952 à Paris[18]. Il préside à partir de 1949 le CEGAR ( Comité d’études des groupes d’action régionale )[19], est l'un des vice-présidents fondateurs du Centre d'études politiques et civiques ( CEPEC ). Il est aussi membre du groupe français du Comité européen pour le progrès économique et social et membre en 1956 du comité Défense de la France, qui entend « manifester, tant aux yeux du gouvernement qu'aux yeux de l'opinion étrangère, la volonté profonde de la nation française de voir mettre un terme à des abandons et à des déchéances qui se sont précipités jusqu'ici, et qui ne peuvent conduire qu'à une catastrophe irrémédiable »[20]. Dans les années 1960, il est membre du comité de patronage du Centre d'information civique [21].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Pierre Baruzy, Les Problèmes sociaux dans l'entreprise, vue d'ensemble et réalites, Promotion et édition, 1968, 223 p.
  • Ibid., Le Savoir-diriger, Entreprise moderne d'édition, 1972, 188 p.

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Nivet, Les assemblées parisiennes de la déclaration de guerre à la Libération de Paris, 1939-1944, Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et d’Ile-de-France, 1996, p. 87-88
  • Olivier Dard, Le corporatisme entre traditionalistes et modernisateurs : des groupements aux cercles du pouvoir, dans Didier Musiedlak ( dir. ), Les expériences corporatives dans l'aire latine, Peter Lang, 2010, p. 71
  • Michel Delahaye, Savate et chausson, boxe française d'hier et d'aujourd'hui, Trédaniel, 1994
  • Who's who, 1977, 1980
  • Georges Gauvin, François Dominique Brécher, Comte Baruzy: la mémoire du vieux lion, Barré & Dayez, 1991
  • Catalogue général de la BNF

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'Humanité, Jean-Emmanuel Ducoin, "Le comte Baruzy, un siècle de boxe française", 20 décembre 1993 : « Je m’appelle Baruzy parce que l’état civil français a écorché le nom de mon père, qui se nommait Barozzi », affirme-t-il dans le portrait que dresse de lui le journal communiste ( ce qui est assez cocasse, compte tenu de son anticommunisme et de son ancien engagement politique, passé sous silence dans ce portrait ). « Or, par lui, je descends de l’une des douze familles patriciennes qui ont fondé Venise en 697, ce qui justifie pleinement mon titre de comte ». Il porte aussi le titre de baron de Santorin. Son appartenance à la noblesse est néanmoins douteuse.
  2. Dossier de la Légion d'honneur de Louis Marie Charles Baruzy dans la base Léonore
  3. Philippe Nivet, op. cit., p. 87-88 ; Who’s who, 1977 et 1980, La Machine moderne, janvier 1941, "La fête des familles à la compagnie des meules Norton", Annuaire industriel, 1935. Concernant Norton, cf. Charles W. Cheape, Family firm to modern multinational : Norton Company, a New England entreprise, Harvard university press, 1985 (l’auteur signale que Baruzy était le neveu d’un vendeur de Norton en France avant la « Grande Guerre », Georges Bouillon, et qu’il profita du soutien du président de la filiale allemande, Schutte, durant l’Occupation). Concernant Timken, cf. Betty H. Pruitt, Timken. Fron Missouri to Mars – a century of leadership in manufacturing, the Timken company, 1998.
  4. Mathias Kipping et Jean-Pierre Nioche, «Politique et productivité et formations à la gestion en France (1945-1960) : un essai non transformé», dans Entreprises et histoire, juin 1997, n° 14-15, pp. 65-87 ; Chnica, juin-juillet 1945, p. 19; Régis Boulat, Jean Fourastié : un expert en productivité. La modernisation de la France (années trente – années cinquante), Presses univ. de Franche-Comté, 2008, Olivier Dard, Hans-Jürgen Lusebrink, Américanisations et anti-américanismes comparés, Presses universitaires du Septentrion, 2008 ; L’Indépendant du Sud-ouest, n° 80, février 1957 (article de Baruzy présentant le CIOS, qui groupe 27 nations et tient un congrès tous les 3 ans), Compte-rendu des travaux, congrès du CNOF Paris 24-28 juin 1957. Le CNOF, indique Régis Boulat, comptait 3 500 membres représentant 1 000 entreprises en 1947. Il publie un bulletin, organise des commissions d’études mensuelles, des séances plénières mensuelles, et, à partir de 1947, chaque année, au Centre culturel de Royaumont, une conférence internationale des problèmes sociaux de l’organisation du travail. Elle rassemble des universitaires, des industriels, majoritaires, et des représentants de syndicats patronaux et ouvriers. Les convictions de Baruzy apparaissent dans cette lettre adressée en 1953 à un Américain, le président du Council for international progress in management, au sujet de la nomination à la tête du Commissariat à la productivité de Gabriel Ardant, un proche de Pierre Mendès-France, décrit comme un « gauchiste désireux de favoriser le secteur nationalisé » : « [Ardant] constitue l’avant-garde d’un gouvernement gauchiste en préparation pour le début de l’année prochaine. Il a déclaré qu’il n’était pas intéressé par un groupe privé et indépendant comme le CNOF et a un plan socialiste qui consiste à organiser l’industrie sur de vieilles bases socialistes afin d’en garder le contrôle, ce qui est le but final du système »: Régis Boulat, Jean Fourastié : un expert en productivité. La modernisation de la France (années trente – années cinquante), op. cit., p. 374. Régis Boulat souligne qu’il s’agit aussi d’éviter que l’argent américain échappe au CNOF, d’où cette dénonciation d’un rival avec des arguments propres à effrayer les Américains.
  5. C'est une section du CIOS : Site de l'international Academy of management.
  6. Le comte Baruzy, un siècle de boxe française, article de L'Humanité du 20 décembre 1993
  7. "Comte Pierre de Baruzy et la boxe française" film sur Daily Motion (en français), du 2 novembre 2011
  8. ID magazine, numéro 10, p.27, La savate, un sport dans l'histoire par Régent Bolduc
  9. Le Matin, 29 novembre 1940.
  10. Tous les sports, 4 octobre 1941, P. Baruzy, "Un sport qu'il ne faut pas oublier"..
  11. L'Alerte (organe mensuel des JP de Lyon), mars 1935, P. Baruzy, « Aux chefs d’entreprise » , L'Ouest-Eclair, 15 octobre 1937, Le Matin, 4 mai 1937, Ibid., 28 février 1937, Le Journal, 7 décembre 1936, Ibid., 28 mars 1938, Le Populaire, 17 octobre 1937, Journal des débats, 16 janvier 1939 , La Machinerie moderne, juillet 1936. Il prend part en 1937 au congrès des Métiers français: L'Express du Midi, 1er juillet 1937, p. 2. Cf. Olivier Dard, op. cit., p. 71
  12. Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 22 décembre 1941, Philippe Nivet, op. cit., p. 88
  13. Le Temps, 31 janvier 1941, Sur le comité de rassemblement, cf. Jean-Paul Cointet, La Légion française des combattants, Albin Michel, 1995, p. 104-111.
  14. Le Journal, 13 décembre 1941 ( conférence de Baruzy à Lyon )
  15. Philippe Nivet, op. cit., p. 88
  16. L'Humanité, Jean-Emmanuel Ducoin, "Le comte Baruzy, un siècle de boxe française", 20 décembre 1993
  17. P. Taittinger, Et Paris ne fut pas détruit, N.E.L., 1956
  18. Le Monde, 20 juin 1952, Le Monde, 1er juillet 1952
  19. Les Cahiers du CEPEC, n ° 31: ce CEGAR rassemble quelques patrons qui en 1954 vont fonder le CEPEC.
  20. Le Monde, 26 mars 1956, "Formation d'un comité Défense de la France"
  21. Le Monde, 20 mai 1961, Ibid., 30 juin 1965, "Le Centre d'information civique : une occasion manquée ?"

Articles connexes[modifier | modifier le code]