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Pierre-Joseph Hurth

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Pierre-Joseph Hurth
Image illustrative de l’article Pierre-Joseph Hurth
Biographie
Naissance
Nittel
Ordre religieux Congrégation de Sainte-Croix
Décès (à 78 ans)
Manille, Philippines
Évêque de l'Église catholique
Ordination épiscopale
Dernier titre ou fonction Archevêque titulaire de Bostra (de)
Archevêque titulaire de Bostra (de)
Évêque de Nueva Segovia (de)
Évêque titulaire d'Eleutherna (de)
Évêque de Dacca
Autres fonctions
Fonction religieuse
Assistant au trône pontifical
Fonction laïque
Comte romain

Blason
"Sur ta parole, je jetterai le filet" (Luc 5,5)
(en) Notice sur catholic-hierarchy.org

Pierre-Joseph Hurth, CSC, STD (30 mars 1857 - 1er août 1935) est un archevêque de la Congrégation de Sainte-Croix, un évêque missionnaire dans les Indes britanniques et aux Philippines.

De nationalité allemande et naturalisé américain, il est le premier évêque catholique américain envoyé en Asie[1].

Toute sa vie, Pierre-Joseph Hurth fut un pionnier et un bâtisseur. Émigré aux États-Unis à l'âge de 17 ans, il entre dans la Congrégation française de Sainte-Croix à l'Université Notre-Dame (Indiana). Il dirigea ensuite deux collèges universitaires, Saint-Joseph (Cincinnati) et Saint-Edouard (Texas). Il fit de ce dernier l'un des instituts éducatifs pionniers des États du Sud.

Il continue son œuvre de bâtisseur comme 2e évêque de Dacca (actuel Bangladesh). Il est alors connu pour avoir rebâti son diocèse, détruit par un tremblement de terre et un cyclone, en 1897. De 1913 à 1926, il œuvre dans le diocèse de Nueva Segovia, aux Philippines. Il occupe une place importante dans l’Église de cet archipel. Il est même pressenti pour devenir archevêque de Manille en 1916, mais sans succès. Pierre-Joseph Hurth est surtout connu pour sa dévotion envers l'Eucharistie. Il organise la première convention eucharistique nationale des États-Unis, en juillet 1894.

Il meurt le jeudi 1er août 1935, assisté par le serviteur de Dieu Wiliam Finnemann. Son corps repose dans la sacristie de la cathédrale Saint-Paul de Vigan.

Les premières années

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Pierre-Joseph Hurth est né le 30 mars 1857 à Nittel, en province de Rhénanie, royaume de Prusse, village situé au bord de la Moselle, en face du Luxembourg. À l'époque, Nittel se trouvait dans la province du Rhin et aujourd'hui elle appartient à l’État de Rhénanie-Palatinat.

Il est en parenté avec Nikolaus Bares (de), évêque de Berlin (1934-1935) et confesseur de la bienheureuse Blandine Merten[2].

Un fils de la Moselle (1857-1873)

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Pierre-Joseph est le plus jeune des trois enfants de Pierre Hurth (1822-1873), entrepreneur en bâtiment et de sa femme, Suzanne Wolf (1816-1894)[3]. Il reçoit une éducation en vue d'exercer le commerce. Mais avant de terminer l'école élémentaire à Nittel, il est nommé répétiteur à l'âge précoce de 12 ans[4]. C'est ainsi qu'il fait la connaissance des prêtres de la paroisse. Souvent il leur rend des services. Ceux-ci lui font connaître les auteurs classiques. Ses études éveillent dans le jeune homme le désir de devenir prêtre. IL fait ensuite son lycée dans la ville de Trèves, intègre une école d'instituteurs puis enseigne en tant qu'apprenti instituteur aux jeunes classes dans la ville voisine de Luxembourg. Là-bas il se lie d'amitié avec le père Hofman, secrétaire de l'évêque du Grand-Duché. Pierre-Joseph Hurth souhaite depuis quelque temps devenir prêtre. Cependant la politique anticatholique de Bismarck, connue sous le nom de Kulturkampf, l’empêche de réaliser son souhait. Les séminaires sont en effet fermés. Le père Hofman ménage alors une entrevue avec un missionnaire aux États-Unis, le père John Lauth. Celui-ci, originaire de Bous au Luxembourg, est de passage pour visiter les siens. Il présente au jeune homme la Congrégation de Sainte-Croix. Cette jeune famille missionnaire française à laquelle il appartient possède un établissement universitaire, l’université Notre-Dame, aux États-Unis, en Indiana. Pierre-Joseph Hurth se laisse facilement convaincre de traverser l’Atlantique afin de suivre son appel.

Départ pour les États-Unis (1874)

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Au printemps de 1874, trois jours avant son 17e anniversaire, il quitta son pays pour l'Amérique[N 1]. À Anvers, il embarqua sur le « Switzerland », un bateau à vapeur de la compagnie Red Star Line. Lorsqu'il arriva à New York au matin du 8 mai[5], un si grand nombre de ses compagnons étaient luxembourgeois au Castle Garden qu'on le prit pour lui-même par erreur pour l'un d'entre eux. Hurth ne se formalisa pas de cette erreur ni de la faute d’orthographe de son nom – « Pierre Hurt »[6].

Hurth était venu pour poursuivre ses études. Il se rendit donc à sa destination, l'Université Notre-Dame, dans l'Indiana. Il rentre officiellement dans la congrégation de Sainte-Croix le 12 mai 1874. Après une période de postulat, il devient novice le 28 décembre 1875. Lors de cette cérémonie solennelle, il reçoit l’habit noir de la congrégation.

Rapidement et comme à son habitude, il se fait remarquer de ses supérieurs par son énergie et son enthousiasme communicatif. Le maître des novices, un homme sévère originaire du Nord de la France, le père Augustin Louage, le choisit comme son assistant. Il le tient en grande estime et lorsque le père Louage, une fois devenu premier évêque de Dacca (Bengale oriental), sentira ses forces décliner, il proposera au Saint-Siège de nommer le Père Hurth comme son évêque coadjuteur.

La période de son noviciat n’est pas encore terminée et celle-ci est bien rude. La nourriture n’est pas très savoureuse, on chauffe peu et les récréations ne font pas forcément partie de l’emploi du temps. A la fin de sa vie, Pierre-Joseph Hurth raconte à son petit-neveu, Pierre Mueller, qu’une grande partie de son noviciat avait été occupée à reconstruire la base du célèbre dôme doré de l’Université, emporté par un incendie en 1879. Il reconnaît lui-même qu’il était l’un des novices les plus vigoureux, travaillant plus de 8 heures par jour[7].

La chapelle Saint-Roch à Köllig (Nittel) où Pierre-Joseph Hurth fut baptisé

C’est à cette époque qu’il approfondit sa dévotion à l’eucharistie, véritable fondement de sa spiritualité. Les adorations de jour et de nuit dans la Log chapel, chapelle de rondins de bois de l’université, dans le froid des rudes hivers de l’Indiana, le marquent durablement.

Après son noviciat, le jeune Pierre-Joseph Hurth se prépare à la prêtrise. Pendant cette période, cruciale pour la formation d’un prêtre, ses supérieurs estiment qu’il peut également occuper des postes à responsabilité sur le campus. Ainsi, en septembre 1878, il est nommé directeur de la Manual Labor School, l’école de travail manuel de l’université. Il y enseigne les humanités. Il dirige également des associations sportives et religieuses. Hurth, déjà très estimé est présenté comme « une excellente personne, hautement appréciée des élèves dont il a la charge »[8]. Quelques mois avant son ordination, en 1879, Pierre-Joseph Hurth quitte l’Indiana pour l’État voisin de l’Ohio. On l’affecte au collège universitaire Saint-Joseph de Cincinnati où il occupe le poste de directeur des études. Les dimanches, on l’appelle souvent pour prêcher, en tant que diacre, dans les différentes paroisses de la ville.

Le 30 mars 1880, le jour de ses 23 ans, il est ordonné prêtre à la cathédrale de Covington par Augustus Toebbe (en). Le 1er septembre de la même année, il est nommé président du collège Saint-Joseph, faisant de lui « le plus jeune responsable de collège universitaire des États-Unis »[9].

Président de collèges universitaires

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Au collège Saint-Joseph (1880-1884)

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De 1880 à 1884, le père Hurth fut président du Collège universitaire Saint-Joseph (aujourd'hui le College of Mount Saint Joseph) à Cincinnati, dans l'Ohio. Pendant ces quatre années, le père Hurth imprime déjà sa méthode d’éducation et d’administration au collège Saint-Joseph. Organiser efficacement les cours, créer un esprit d’école, édifier une annexe moderne aux bâtiments vétustes, régler des dettes de longue date, tels sont les grands travaux que Hurth entreprend durant cette courte période. Les journées sont alors très intenses. Tandis que sept heures de la journée sont consacrées à la formation des jeunes étudiants, les soirées servent à enseigner quelques jeunes religieux en théologie sous la houlette du père Hurth. Celui-ci reste étudier jusqu’à minuit. Il ne s’accorde alors aucun repos. « Son activité, devenue par la suite légendaire, remonte à l’époque où il est jeune prêtre »[10]. Le succès s’invite rapidement et les effectifs du collège passent de 100 à 350 étudiants. Il quitta cet endroit en tant que citoyen américain, muni d'un nouveau passeport. Il avait été naturalisé le 31 mars 1883[11]. Son passeport révèle les particularités suivantes : il mesurait 1,70 m, avait les yeux gris, des cheveux blonds, le teint clair, un nez en trompette, une large bouche, un menton rond et un visage rond. À cela s'ajoutera plus tard une caractéristique qui lui était propre, à savoir une barbe bien fournie, en éventail[12].

Au début de l’année 1884, le père Hurth, exténué par ses années de labeur, reçoit la permission de prendre des vacances en Europe afin de visiter sa vieille mère, à Nittel, en Moselle. Ce sera la dernière fois qu’il la reverra. De retour, il est envoyé comme curé à Sturgis dans le Dakota, une mission de la Congrégation. Il n’y reste que quelques semaines. Il y trouve des conditions de vie difficiles et éprouvantes. Longtemps il se rappellera de cette époque où seul un petit morceau de pain servait de repas[13]. Pierre-Joseph Hurth y rencontre sa première grande difficulté. Ses supérieurs l’appellent rapidement à une autre tâche, celle de seconder le président d’un autre collège universitaire, nouvellement fondé.

Au collège Saint-Edouard (1884-1894)

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Bâtiment principal de l'Université Saint-Edouard que le père Hurth fit construire dès 1888

Direction plein Sud, à Austin, dans le Texas. Le père Hurth y dépose ses valises pour la rentrée 1884. Là-bas, la situation n’est pas brillante. Des baraques en bois constituent le logement des étudiants. Le vaste couvert d’un grand chêne sert de réfectoire. Les présidents se succèdent.

« Dès son arrivée, une nouvelle ère sembla s’ouvrir pour l’Université Saint-Édouard »[14]. Le père Hurth se met rapidement à la tâche. En 1885, il obtient du gouvernement texan une charte pour le collège universitaire. Devant ses facilités de commandement, il est promu président du collège Saint-Edouard en 1886.

De 1886 à 1894, le père Hurth ne ménage pas sa peine pour donner des structures pérennes à l’institution dont il a la charge. Il commence par insuffler un nouvel esprit communautaire en lançant l’Echo, la toute nouvelle revue universitaire. Puis il crée la compagnie des « Carabiniers Hurth », une association paramilitaire active sur le campus. Sa grande réalisation reste néanmoins la construction en 1888 d’un grand bâtiment en pierre, néo-gothique, dont la haute tour deviendra l’emblème de l’établissement.

A côté de ses fonctions éducatives, le père Hurth multiplie les activités dans le diocèse de San Antonio, nouvellement créé. Il se rend, à la fin de chaque semaine, dans des missions dispersées dans un rayon de 300 kilomètres autour d’Austin. Il participe à la création d’un journal, le Messager du Sud, qui couvre l’immensité du diocèse. Il prête ses qualités oratoires lors des grands événements diocésains. Il structure, sous l’impulsion de son évêque, John Neraz (en), la vie des prêtres texans autour de la Ligue eucharistique des prêtres, fondée en France à la fin du siècle. Son activité est débordante.

Capitole d'Austin où le père Hurth fait un discours et une prière en 1891

Deux événements particuliers témoignent de la popularité dont il jouit alors. En 1891 les députés texans, bien que majoritairement protestants, l’invitent à ouvrir la session annuelle de la législature par une prière. De plus en juillet 1894 il organise avec le père Bede Maler OSB, le premier congrès eucharistique des États-Unis. C’est à cette occasion qu’il se présente pour la première fois en habits d’évêque, sa nomination ayant eu lieu en juin de cette même année.

2e évêque de Dacca

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Le 26 juin 1894, le pape Léon XIII le nomma évêque de Dacca, dans les Indes britanniques (aujourd'hui Dacca, au Bangladesh). Il était le deuxième de sa congrégation à occuper ce poste. Il fut sacré évêque le 16 septembre 1894 en la basilique du Sacré-Cœur de l'Université Notre-Dame par l'évêque de Nashville, dans le Tennessee, Joseph Rademacher (en). Il fut assisté par deux autres évêques, Henry Joseph Richter (en) de Grand Rapids, dans le Michigan, et James Schwebach (en) de La Crosse, dans le Wisconsin. Il partit à minuit pour un périple qui le conduirait à New York, à Rome pour une audience avec le Pape et finalement à Dacca[15].

À la découverte de son diocèse (1894-1897)

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Son premier acte consiste à réaliser une grande tournée de son diocèse durant toute l’année 1895. Il visite des stations où aucun évêque ne s’était rendu auparavant. Pierre-Joseph Hurth est enthousiaste, sa « santé est excellente »[16] et il semble s’habituer facilement aux plats épicés du Bengale, à ramper dans les huttes faites de feuilles de palmiers et à se déplacer sur de minuscules embarcations.

Il profite également de ses pérégrinations pour nouer de bonnes relations avec les chefs locaux et l’administration coloniale. Ainsi, à l’automne 1895, il écrit au Maha Radja, Cheindra Manik, du royaume de Hill Tiperah, à l’Est de son diocèse[17]. Lors de leur rencontre, en octobre 1895, les rapports sont très cordiaux bien que le Radja soit farouchement anti-européen. Pierre-Joseph Hurth en profite pour planifier l’ouverture d’une école.

L’établissement d’écoles et l’introduction de la dévotion eucharistique dans son diocèse sont en effet les deux piliers de son action épiscopale. « A son arrivée, il avait trouvé (...) peu d’écoles élémentaires et des catéchistes rares et mal formés »[18]. Dès 1895, il commence à établir des écoles dans chaque mission de son diocèse et forme des catéchistes dans les stations les plus reculées. Hurth veut également renouveler la ferveur de ses ouailles en propageant la dévotion à l’Eucharistie. Le 15 août 1895, il inscrit son diocèse à « l’Adoration perpétuelle et universelle de toutes les églises du monde », en union avec celle de la basilique du basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, à Paris.

Dès le début de son épiscopat à Dacca, Pierre-Joseph Hurth doit faire face à deux difficultés récurrentes : les catastrophes climatiques et le peu de soutien de sa congrégation qui considérait cette mission comme un fardeau.

Deux exemples illustrent ces réalités, climatique et religieuse. Dès le mois d’avril 1895, Hurth reçoit le télégramme d’un missionnaire découragé. Sur la côte d’Arakan et la ville d’Akyab, à l’Est du diocèse, aujourd’hui en Birmanie, un cyclone a dévasté une mission[19]. Puis en 1896, la supérieure des religieuses de Sainte-Croix rappelle l’ensemble des sœurs aux États-Unis. Elle ne peut plus supporter les nombreux décès et mauvaises conditions de vie des sœurs au Bengale oriental. Pour remplacer cette congrégation, Pierre-Joseph Hurth entreprend de nombreuses démarches. Il finit par faire appel aux Catéchistes missionnaires de Marie Immaculée (CMMI). Celles-ci appartiennent à une famille religieuse fondée par Caroline Carré de Malberg[N 2], une Mosellane française née à Metz.

Ces difficultés n’empêchent pas l’évêque de redresser son diocèse et aussi de participer activement à la vie de l’Église des Indes britanniques. Cela se traduit par l’aide active qu’il apporte, à de nombreuses reprises, à l’archevêque de Calcutta dont dépend juridiquement le diocèse de Dacca. Il prend également part aux grands événements de l’Église indienne. Ainsi, le 10 mai 1896, il prononce un sermon le soir de la consécration de la nouvelle église Saint-Thomas de Mylapore[20]. Ce nouvel édifice néo-gothique en pierre blanche abrite le corps de l’apôtre Thomas, mort en Inde au Ier siècle après J-C.

Tremblement de terre et cyclone (1897)

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« Les missions eurent à peine le temps de souffler et d’apprécier le travail qui avait été réalisé »[21]. En 1897, deux catastrophes allaient s’abattre sur le diocèse de Dacca. Le 12 juin à cinq heure du soir un tremblement de terre, d’une rare violence, ravage l’Ouest du diocèse. Cet épisode, « comparable à celui de Lisbonne »[22] dure cinq minutes et n’épargne pas Dacca. Dans toute la ville seules trois maisons à deux étages ne sont point atteintes. L’orphelinat des garçons, construit sous la supervision de Pierre-Joseph Hurth, en fait partie. Toutes les communications sont coupées. Pendant une semaine, Hurth attend dans l’angoisse les nouvelles des missions qui arrivent au fur et à mesure. Il apprend que seules deux églises sont restées intactes. Vient le moment de la reconstruction, labeur qui devait durer plusieurs années. Pierre-Joseph Hurth ne ménage pas sa peine. Il prend pelle et pioche et réalise lui- même les plans de sa cathédrale.

Quatre mois après le tremblement de terre, une deuxième calamité frappe, cette fois-ci, l’Est du diocèse. Le 24 octobre un terrible cyclone s’abat sur Chittagong et la côte d’Arakan. Il est suivi d’un tsunami qui cause la mort de plus de 20 000 personnes. Pierre-Joseph Hurth, choqué par ces mauvaises nouvelles, finit par tomber malade de la malaria. Dans une lettre à son ami le secrétaire général de l’Œuvre pour la Propagation de la Foi, il affirme : « Je me trouve tellement entouré des difficultés que je n’en puis plus. J’espère qu’en quelques mois Rome m’aura délivré de ma charge »[23].

Le temps de la reconstruction (1898-1903)

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Pour faire face à ces destructions et à une santé précaire, Pierre-Joseph Hurth décide de réaliser un voyage d’un an environ en Occident. Celui-ci lui permettrait de récolter des fonds auprès de ses « frères chrétiens »[24], d’amener de nouvelles recrues et de reprendre des forces dans le climat plus doux d’Europe et d’Amérique du Nord.

Le cardinal Gibbons (1834-1921), archevêque de Baltimore

En 1898 deux rendez-vous importants structurent son périple : sa visite ad limina[N 3] en mars auprès du pape Léon XIII et la présidence du chapitre général de la Congrégation en août, à Montréal. Entre ces deux dates, il accomplit une course de géant : Terre sainte, Italie, Empire d’Autriche-Hongrie où il rencontre personnellement l’empereur François-Joseph en avril, Allemagne, Hollande et France. Il embarque ensuite pour le Canada en juillet 1898 pour assister au chapitre. Après celui-ci il parcourt l’Est et le Sud des États-Unis pour retrouver d’anciennes connaissances et établir un solide réseau d’aide. A cet effet il décide de « visiter pendant deux jours à Baltimore le cardinal Gibbons qu’il est heureux de rencontrer »[1]. Au début de l’année 1899, on le retrouve en Europe. Il rencontre une deuxième fois Léon XIII en audience privée au mois de février. Puis il embarque pour l’Inde où il arrive à la mi-mars.

L'empereur d'Autriche, François-Joseph (1848-1916) encouragea Pierre-Joseph Hurth en 1898

Malheureusement, ce long voyage ne porte pas tous les fruits escomptés : peu de religieux se portent candidats pour le Bengale oriental et la santé de l’évêque se détériore de jour en jour. Cela n’empêche pas Pierre-Joseph Hurth de continuer le travail de reconstruction et de consolidation de son diocèse. Le 6 juin il divise le diocèse de Dacca en dix grands centres de mission, concentrant tout spécialement ses énergies sur « la partie Ouest »[25]. Il continue également à participer à la vie de l’Église de l’Inde. En décembre, il prêche au 2e congrès eucharistique d’Inde à Goa.

Après avoir passé l’année 1901 à construire une église pour faire face à la concurrence des missionnaires protestants d’Oxford[N 4], nouvellement venus, Pierre-Joseph Hurth sent une nouvelle fois les forces lui manquer. Bien que la reconstruction soit presque achevée, il lui faut une nouvelle fois retrouver des forces en entreprenant un voyage en Europe. L’Italie, l’Allemagne et la France seraient ses destinations. Pendant son périple, Pierre-Joseph Hurth doit endurer « un accès de malaria tropicale tellement violent que les médecins savent à peine le combattre. Ils s’aperçoivent que le cœur de l’évêque est sérieusement touché »[26]. Ils ne peuvent cependant pas l’opérer à cause de ses veines variqueuses à la jambe. Ils lui recommandent de ne pas retourner au Bengale oriental. Le 10 février 1903, il est de retour à Dacca.

Actif malgré les maladies (1903-1907)

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Les nombreuses crises qu’endure Pierre-Joseph Hurth l’obligent à se reposer plusieurs semaines dans les stations montagneuses de Kurseong. Épuisé, il demande sa démission à Rome le 28 mai 1903. Le cardinal-préfet de la Propagande de la Foi refuse sa requête. Pierre-Joseph Hurth devra attendre 5 ans avant de voir sa demande agréée.

Durant cette période, il continue à consolider l’état de son diocèse, entre espoir et crainte. Alors que « Pierre-Joseph Hurth n’avait qu’une poignée d’hommes et pas des plus valides »[27], les persécutions du gouvernement français contre les congrégations religieuses en 1903 amenèrent un groupe de religieux français de Sainte-Croix. La déception est cependant rapide car plusieurs d’entre eux quittent rapidement le territoire indien. Un événement heureux vient égailler la vie du diocèse en mars 1905. Pierre-Joseph Hurth fête ses 25 années de sacerdoce. C’est l’occasion pour les Bengali d’offrir une magnifique crosse à leur évêque. Mais cette année se termine par une situation politique tendue. Le Bengale oriental, dominé par les Musulmans, devait devenir une province autonome, séparée de Calcutta. Cette partition du Bengale, selon les confessions hindoue et musulmane, créent des tensions entre les communautés. Dans les rues de Dacca, la violence règne. Pierre-Joseph propose une messe à la cathédrale pour éviter l’intensification des tensions. Pierre-Joseph Hurth, très malade, songe à effectuer un troisième voyage en Occident. Malgré sa maladie, il a continué à participer à la vie de l’Église indienne. On le retrouve en mai 1904 au 3e congrès eucharistique d’Inde à Bangalore. Il en est le président, et un président apprécié. Un congressiste le présente comme étant « plein de feu et débordant de zèle (…). Il eût été difficile de trouver un président plus parfait »[28].

Tous ces efforts épuisent donc Pierre-Joseph Hurth qui décide de partir en avril 1906 pour l’Europe et l’Amérique du Nord. Il a pour mission d’assister en août au chapitre général de la congrégation, à l’université Notre-Dame. L’évêque profite de ce voyage pour visiter Rome où il fait sa visite ad limina auprès du saint pape Pie X, et l’Allemagne, son pays natal. Aux États-Unis Pierre-Joseph tente, en vain, de défendre la cause des missions lors du chapitre. La congrégation veut consacrer ses efforts aux provinces des États-Unis et du Canada, également terres de mission.

Lord Kitchener (1850-1916)

De retour dans son Bengale oriental, il reprend son bâton de pèlerin et sillonne son diocèse. Il apprend avec soulagement, le 4 février 1908, que le cardinal Gotti, préfet de la Congrégation de la Propagande de la Foi, a accepté sa démission. Le prélat romain loue ses « éminentes qualités, le courage avec lequel il exécutait son travail[27], la haute réputation dont il jouissait auprès de l’élite civile et ecclésiastique de l’Inde ». En effet, plus d’une fois Pierre-Joseph Hurth a été à table avec Lord Kitchener[29], commandant britannique des armées des Indes.

Une longue attente (1908-1910)

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Bien que Pierre-Joseph Hurth soit déchargé de sa fonction, il assure l’intérim pendant la vacance du poste. Son rôle d’administrateur devient rapidement un lourd fardeau. Pierre-Joseph Hurth attend son successeur pendant 2 longues années où les déceptions sont nombreuses. A la Noël 1908, il apprend par le nawab de Dacca et non par ses supérieurs qu’un nouvel évêque, Frederick Linneborn, a été nommé[30]. Puis, au début de l’année 1909, il est privé de l’allocation financière de l’Œuvre de la Propagation de la foi parce que Frederick Linneborn, bien que n’occupant pas encore le siège de Dacca, considère qu’elle lui revient de droit. Or cette somme était la principale source de revenus du diocèse. Pierre-Joseph Hurth doit donc administrer le diocèse dans des conditions extrêmement difficiles. Dans une lettre, Pierre-Joseph Hurth s’en plaint amèrement et s’étonne du traitement qui lui est infligé. « Moi je suis connu aux Indes, et mon travail au Bengale est connu aussi. Ici personne peut comprendre pourquoi on me traite d’une manière si peu polie ». Il ajoute : « Si j’ai mérité d’être traité comme on le fait, certes j’aurais dû déposer la mitre depuis longtemps »[31]. Face à cette situation désespérée, les principaux prêtres de la Mission de Dacca se rassemblent en secret. Ils écrivent une lettre de réclamation au cardinal Gotti et au Supérieur général de la Congrégation, en n’invitant pas Hurth pour ne pas le mettre en difficulté vis-à-vis de ses supérieurs. La situation se tend.

Peuple des Garos qui entra en contact avec Pierre-Joseph Hurth pour la première fois en 1909

Malgré cet horizon assombri, Pierre-Joseph Hurth a la joie d’accueillir pour la première fois, à Dacca, des représentants d’une tribu des Montagnes, les Garos[32]. Ceux-ci, venus voir le « gourou » de l’Église catholique, voulaient être enseignés des choses de la religion. Cette démarche devait porter du fruit puisqu’en 2025, ce peuple à majorité catholique, représente la moitié des fidèles catholiques du Bangladesh.

Frederick Linneborn arrive à la Noël 1909. Pierre-Joseph Hurth avait démissionné le 15 février 1909. Le même jour, il avait été nommé évêque titulaire d'Eleutherna (de). Pierre-Joseph Hurth quitte Dacca dix jours plus tard. L’heure du bilan est arrivée. Bien qu’en 1910, la Mission du Bengale « est (toujours) une question de survie »[33], Pierre-Joseph Hurth a jeté les bases d’infrastructures qui se développeront sous ses successeurs. Certes, « il quitte le diocèse avec le même nombre de prêtres”[34] (c’est-à-dire 15) qu’il a trouvé à son arrivée en 1894. Un de ses regrets a été son impossibilité de créer un séminaire pour prêtres autochtones. Mais il a posé des bases solides. Dans chaque centre de mission, il y a maintenant des églises. On a construit une chapelle dans chaque village chrétien. A Dacca, Chittagong et à Akyab, il existe quatre écoles reconnues par l’État et que le gouvernement donne souvent en exemple. Chaque centre de mission a sa propre école, également reconnue par l’État et, chaque village chrétien une école de catéchisme. Hurth a aussi encouragé les religieuses de Notre-Dame de Lyon à accepter les premières indigènes. Il lègue également « des réserves financières copieuses pour faciliter la tâche de ses successeurs »[10]. Son bilan est donc plus que respectable.

Pierre-Joseph Hurth profite des trois années suivantes pour se refaire une santé. De 1910 à la fin 1912, il sillonne l’Europe et les États-Unis. On le retrouve tantôt au Congrès eucharistique international de Madrid en 1911, tantôt à une convention des catholiques pour l’abstinence[35] à l’Université Notre Dame en 1912. Mais Peter Hurth n'oublia pas l'Inde. En 1911, de retour à Cincinnati, il fut interviewé par un journal local. Quand on l’interrogea au sujet de l’Inde, il dit que "les conditions avaient changé lentement et que ce n’était qu’une question de temps pour que les castes disparaissent et que les mariages d’enfants soient abolis ». Il était à Cincinnati pour le 5e Congrès eucharistique national de l'Église catholique d'Amérique[36].

Pierre-Joseph Hurth, un jeune évêque à Dacca

Évêque de Nueva Segovia

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Le 7 janvier 1913, le pape saint Pie X « qui estimait Hurth pour ses qualités d’administrateur »[37] l’envoie comme évêque de nationalité américaine, aux Philippines. Taft, le nouveau gouverneur de l’archipel, passé de la domination espagnole à l’administration américaine depuis la révolution de 1898, cherche des évêques catholiques compétents. « Hurth fut l’un des premiers à être missionnés là-bas »[38]. Il est donc évêque de Nueva Segovia (de), sur l'île de Luçon, la plus vaste des îles. À Vigan, le siège de son diocèse, Hurth servit encore 13 ans. Mais, comme à Dacca, sa seconde mission ne fut pas calme mais remplie d'incidents.

La prise en main du diocèse (1913-1915)

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En acceptant de diriger le diocèse de Vigan, Pierre-Joseph Hurth a pour mission de redresser le diocèse « le plus nécessiteux de tout le territoire au-dessus duquel flotte le drapeau américain »[39], et ce, à un âge où la plupart songent déjà à prendre une retraite bien méritée. Les événements de 1898 ont provoqué la ruine de 56 églises. Les catastrophes climatiques, cyclones et tremblements de terre, ont achevé le travail de destruction. Le diocèse est au bord de la banqueroute.

Le pape Saint Pie X

Celui-ci est néanmoins bien différent du diocèse de Dacca. Ici le christianisme est implanté depuis plus de 3 siècles. Alors qu’à Dacca, les Catholiques représentent 12 000 fidèles environ, ils sont plus de 900 000 à Vigan. L’évêque est donc à la tête d’une chrétienté déjà mature mais fait néanmoins face à des défis propres à un diocèse de mission : la nécessité d’augmenter le nombre de prêtres autochtones, l’évangélisation des dernières tribus païennes par des religieux européens et la résorption d’un schisme local, l’aglyapanisme.

Dès son arrivée à Vigan, Pierre-Joseph Hurth entame durant toute l’année 1913-1914, une grande tournée pastorale, « ce qu’il fera par trois fois pendant son épiscopat »[40]. Cette visite se transforme en une impressionnante tournée de confirmations. De janvier à mars 1914, en l’espace de trois mois, l’évêque atteint des records en administrant ce sacrement à 60 730[41], ce qui fait une moyenne de 650 confirmations par jour. Il profite également de cette tournée pour entamer la résolution de l’aglyapanisme, un schisme local provoqué en 1904 par un prêtre diocésain, Gregorio Aglyapan. Il encourage enfin les deux congrégations européennes œuvrant dans les régions montagneuses d’Abra et de Mountain. Il s’agit des pères belges de Scheut et les pères allemands de la Société du verbe divin (SVD). Pierre-Joseph Hurth voyait en ces contrées le plus grand motif d’espérance de son diocèse.

Après cette tournée, Pierre-Joseph Hurth convoque un grand synode diocésain en novembre 1914. Cette réunion des prêtres autochtones et des religieux européens, à Vigan, lui permet de donner les grands axes de son épiscopat. Il profite de ce grand rassemblement pour fêter le centenaire du rétablissement de la Compagnie des Jésuites. Un sermon solennel devait sceller l’alliance entre l’évêque et ces religieux, alliance qui se rompit les années suivantes pour une question d’argent. L’aura dont jouit rapidement Pierre-Joseph Hurth le fait pressentir deux ans plus tard à l’archevêché de Manille, capitale religieuse des Philippines. Mais un événement fâcheux se produit entretemps.

La cabale contre l’évêque (1915-1920)

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Hurth a tout juste le temps de voir son diocèse se redresser qu’il fait face à une difficulté majeure. Ce n’est pas un tremblement de terre et un cyclone, comme à Dacca, mais une cabale menée violemment contre lui. Tout commence par un pamphlet anti-allemand venu de France. Rédigé par un prélat français[N 5] à destination des évêques du monde entier, il dénonce la volonté des soldats allemands de détruire le patrimoine religieux français. La version espagnole de la brochure arrive sur la table de Pierre-Joseph Hurth. Offusqué qu’un ecclésiastique puisse attaquer indirectement d’autres confrères, il répond à son correspondant de manière vigoureuse[42]. Cependant des exemplaires de ce pamphlet font rapidement le tour des villes et villages aux Philippines. A cela se double une campagne d’affiches. Celle-ci vise indirectement les religieux SVD, prêtres allemands qui évangélisent les montagnes païennes d’Abra. Pour défendre leur réputation, Pierre-Joseph Hurth se rend à Manille et, pour la Thanksgiving, prononce un « sermon considéré comme un des meilleurs jamais prêchés aux Philippines »[43]. Malheureusement une cabale contre l’évêque lui-même va s’ébranler.

La santé de l’évêque commence alors de se dégrader. Il décide de réaliser un séjour de 13 mois à l’Est et au Sud des États-Unis, comme à son habitude. Ce voyage entrepris en 1916-1917 lui permettrait de se reposer et de récolter des dons. Le grand appel qu’il y lance connaît un certain écho auprès des Catholiques américains mais pas autant qu’escompté, sans doute à cause de l’entrée en guerre récente des États-Unis. Cet événement va provoquer un véritable tournant dans le conflit mondial.

Les conséquences du conflit se font sentir jusque dans l’archipel philippin. Il met à mal les finances des religieux européens, empêche Pierre-Joseph Hurth d’entreprendre ses projets de foyers universitaires et attise les animosités envers les missionnaires allemands. Ces derniers subissent une véritable chasse aux sorcières. Celle-ci atteint son paroxysme en 1918 lorsque le gouverneur général des Philippines publie un décret relatif à l’expulsion des Philippines de tous les citoyens allemands. Des religieux SVD sont déportés et une enquête est ouverte où Pierre-Joseph Hurth est principalement visé. Seule sa nationalité américaine l’empêche d’être lui aussi expulsé. La mission d’Abra a donc perdu ses prêtres. Elle se trouve dans une situation délicate[44]. La fin de la guerre en novembre 1918 ne permet pas un retour à la normale. Il faut attendre le mois de mai 1920, date à laquelle le gouverneur général Harrisson donne la permission aux pères de revenir.

Un mois avant cette bonne nouvelle, Pierre-Joseph Hurth a quitté son diocèse pour un nouveau voyage en Occident. Il se rend à Rome pour sa visite ad limina auprès du Pape Benoît XV. La santé de Pierre-Joseph Hurth étant très chancelante, il est à craindre qu’il ne puisse pas retourner dans son diocèse de Vigan. Il continue cependant son périple en Europe et aux États-Unis.

Une fin d’épiscopat éprouvante (1921-1926)

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Statue de Notre-Dame de Manaoag, couronnée en 1926 grâce à Pierre-Joseph Hurth

De retour à Vigan, et pendant les cinq dernières années de son épiscopat, Hurth ne cesse pas de consolider les structures de son diocèse. Ainsi, il fonde et encourage l’association des Defensores de la Libertad (Défenseurs de la Liberté). Bien qu’étant naturalisé américain, il soutient les traditions hispaniques des Catholiques philippins face aux Knights of Colombus (Chevaliers de Colomb) américains. Il insiste beaucoup sur le fait que l’on doit prêcher en langue vernaculaire. Lui-même connait quelques-uns des innombrables dialectes philippins et a fait traduire le catéchisme diocésain dans l’un d’entre eux, en 1915. Enfin, il a favorisé le culte à Notre Dame de Manaoag, l’un des « Lourdes philippins » et use de son influence à Rome pour la faire couronner solennellement au printemps 1926. Pierre-Joseph Hurth est donc devenu, au fil des ans, l’évêque le plus influent des Philippines. Certains n’hésitent pas à le surnommer le « Ketteler de l’Orient »[N 6].

Ces années sont également très éprouvantes. Au début de l’année 1922, le diocèse connaît un tremblement de terre dévastateur. La cathédrale est dans un tel état que le prélat hésite à la laisser en ruine et à en bâtir une nouvelle. Trois ans plus tard, une nouvelle catastrophe climatique vient anéantir une partie de son travail missionnaire. Un typhon cause la destruction de 19 églises et bâtiments paroissiaux. Dans une de ses lettres adressée à John Bernard MacGinley (en), du diocèse de Monterey (États-Unis), Pierre-Joseph Hurth ne peut s’empêcher de s’exclamer : « C’est dur, dur au-delà des mots. Pour la 3e fois de toute ma vie d’évêque, je me retrouve devant un tas de ruines, et devant la nécessité de tout reconstruire. » A cette calamité s’ajoute l’année suivante la révolte de son vicaire général, Jimenez. Celui-ci a été démis de ses fonctions par Pierre-Joseph Hurth car il vivait en concubinage. Or de nombreux jeunes prêtres ont suivi son exemple. Sa mise à l’écart est ressentie vivement par les prêtres autochtones. Le clergé, encouragé par Jimenez, accuse Pierre-Joseph Hurth de soutenir les religieux européens contre le clergé diocésain local, et menacent Pierre-Joseph Hurth de faire un schisme.

Épuisé, Hurth donne sa démission. Elle est acceptée en février 1926. Pour le remercier de son entier dévouement en dépit de ses maladies, le Pape Pie XI le nomme archevêque titulaire de Bosra, en Syrie actuelle. Il le promeut également Assistant du trône pontificale, titre honorifique qui le situe juste en-dessous du collège des cardinaux, par ordre de préséance. Il reçoit d’office le titre de comte papal.

Les dernières années

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Le 12 novembre 1926, Pierre-Joseph Hurth démissionna. Le même jour, il devint archevêque titulaire de Bostra (de).

Une retraite active (1926-1931)

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Pierre-Joseph Hurth quitte Vigan au début de l’année 1926 et embarque pour l’Italie. Sa retraite serait très active et il aurait l’occasion, une nouvelle fois, de « faire le tour du monde », comme le note un journal texan[45].

Autel du Pape à Saint-Paul-hors-les-Murs où Pierre-Joseph Hurth célèbre en 1926

A Rome, le nouvel archevêque est invité à célébrer au mois de juin une messe pontificale[27] à l’autel papal de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, ce qui se faisait deux fois par an seulement. Le compositeur Perosi, en personne, dirige le chœur de la chapelle Sixtine et les vêtements liturgiques proviennent du trésor de Saint-Pierre. Après un séjour de six mois en Italie, Pierre-Joseph Hurth se rend aux États-Unis. Pendant la traversée, alors qu’une tempête fait rage, il est le seul à se promener sur le pont. L’air frais et le vent provoquent chez lui un malaise[46]. Il manque de trépasser. Hurth reste un an aux États-Unis, à l’université Saint-Edouard qu’il a dirigé à la fin du siècle précédent. Mais rapidement il se sentit même assez remis pour se rendre à Helena, dans le Montana, et à San Antonio, au Texas. À Helena, il fut le principal évêque consécrateur de George Joseph Finnigan, c.s.c., qui devint évêque de cette ville. Mais à San Antonio, il était un des observateurs du sacre de Arthur Jerome Drossaerts, premier archevêque de San Antonio[47].

Puis il repart aux Philippines, halte avant l’Australie où il assiste au Congrès eucharistique international de Sydney. Puis il retourne à Manille où il fête son jubilé d’or sacerdotal. A la fin de l’été 1929, Pierre-Joseph Hurth se rend une nouvelle fois aux États-Unis. Il y fête à nouveau son jubilé d’or en compagnie de ses amis américains.

Pie XI, par une permission spéciale[48], autorise Pierre-Joseph Hurth à retourner aux Philippines, son ancien lieu de mission. Il aidera l’Église de cet archipel. Lors de son voyage, l’archevêque se rend une dernière fois dans son ancien diocèse de Dacca en février 1931. Il peut admirer les progrès de la mission, spécialement ceux chez le peuple des Garos dont il a accueilli les premiers membres en 1909.

Une vie cachée (1931-1935)

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Quand Hurth revient aux Philippines, il réside à Manille car il peut bénéficier de meilleurs soins médicaux. Les évêques des Philippines continuent à lui demander des conseils. La santé de Pierre-Joseph Hurth se dégrade et il est bientôt à peine capable de marcher tout seul. Un de ses amis rapporte[49]: « Lors de ma dernière visite, il se tordait de douleur, et des gémissements s’échappaient de sa bouche. Cela faisait des semaines, voire des mois, qu’il souffrait de la sorte. Cet homme si imposant, comme il paraissait petit et vulnérable. C’est pourtant d’une voix claire et chaude qu’il prononça ces mots entrecoupés de soupirs : « Ah s’il n’y avait pas la foi, s’il n’y avait pas la foi » ! ».

Pierre-Joseph Hurth meurt le 1er août 1935. La nouvelle de sa mort se propage rapidement dans tous les champs de missions où il a œuvré, à savoir les États-Unis, l’Inde et les Philippines. De nombreux articles sont publiés dans ces pays, relatant la vie et la mort de ce grand prélat missionnaire. Ses funérailles sont célébrées à la cathédrale de Manille. Puis sa dépouille mortelle est transportée à Vigan, le 7 août 1935. Et c’est dans un grand monument funéraire qui a été construit spécialement pour lui quelques années auparavant que le corps de ce missionnaire est déposé, et qu’il repose toujours.

Plaque-souvenir de l'archevêque missionnaire Pierre-Joseph Hurth (1857-1935)

Malgré ses nombreux voyages dans des contrées lointaines, Peter Hurth n'oublia jamais sa ville natale. Il la visita à deux reprises, en 1898[50] et en 1910. En 1910, il était à Augsbourg pour la 57e Assemblée générale des catholiques d'Allemagne. De ce fait, il est mentionné dans le programme commémoratif officiel de cette assemblée[51].

Dans son village natal de Nittel, se trouvent une plaque commémorative à l'endroit de la maison où il naquit[52] ainsi que dans la chapelle Saint-Roch de Köllig où il fut baptisé.

Succession apostolique

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Pierre-Joseph Hurth a ordonné les évêques suivants[53] :

Bibliographie

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  • (en) David Shavit, The United States in Asia: A Historical Dictionary [« Les États-Unis en Asie : un dictionnaire historique »], New York, Greenwood Press, (ISBN 031326788X, lire en ligne), p. 256
  • (en) University of Notre Dame Archives, Guide to Manuscript Collections, Notre Dame, University of Notre Dame Press, (lire en ligne), p. 213
  • (de) Hans-Josef Wietor, Die Geschichte des Ortes Nittel [« Histoire de la ville de Nittel »], Nittel, Ortsgemeinde, coll. « Ortschroniken des Trierer Landes » (no 33),
  • (de) Bodo Bost, « Das Kreuz Christi in diesen heidnischen Gegenden aufplanzen, Bischof Peter Joseph Hurth aus Nittel », dans Jahrbuch, Kreis Trier-Saarburg (Allemagne), 2019a, p. 357-367.
  • (de) Bodo Bost, « Ein Marnacher Bildungspionier in Bangladesch », dans De Cliärrwer Kanton, Luxembourg, 2019b, p. 81-91.

Notes et références

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  1. Wagner 1993. Pierre quitta Nittel le 27 mars 1874, trois jours avant ses 17 ans. Comme il était encore mineur, il demanda l'autorisation à sa mère.
  2. Morte à Lorry-lès-Metz, près de Woippy le 28 janvier 1891.
  3. Visite que chaque évêque catholique effectue périodiquement à Rome pour visiter les tombeaux de Saints Pierre et Paul, le pape et les préfets des différents dicastères.
  4. Il s’agit de l’église de Barisal, au Sud de Dacca dans la baie du Bengale.
  5. Il s’agit d'Alfred Baudrillart, auteur de la Guerre allemande et le catholicisme, 1915
  6. Wilhelm Emmanuel von Ketteler était un prélat allemand du XIXe siècle qui se fit connaître en Allemagne pour ses positions sociales et politiques. Il encouragea la défense des ouvriers et des intérêts de l’Église catholique face au Kulturkampf. Il est l’un des fondateurs du parti catholique le Zentrum.

Références

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  5. (en) « Marine Intelligence », New York Commercial Advertiser, New York City, New York, USA,,‎ , p. 3, col. 4.
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  12. (en) Peter J. Hurth, Cincinnati, Ohio, USA, Passport Application 12040, applied 17 June 1884; op. cit., 1882-1887, 1884, Roll 266, Image 110
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Liens externes

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