Pierre-Jean De Smet

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Pierre-Jean De Smet
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Pierre-Jean De Smet (1801-1873).

Nom de naissance Pieter-Jan De Smet
Naissance
Termonde
Décès
Saint-Louis (Missouri)
Nationalité Drapeau de la Belgique Belgique belge
Profession
missionnaire
Formation
prêtre jésuite

Pierre-Jean De Smet (en néerlandais Pieter-Jan De Smet), né à Termonde (département de l'Escaut, aujourd'hui en Belgique) le et mort le (à 72 ans) à Saint-Louis (Missouri), est un prêtre jésuite belge, missionnaire parmi les Indiens d’Amérique du Nord.

Il fut souvent choisi par les autorités américaines comme leur porte-parole auprès des chefs indiens, car il était un des rares Européens à avoir leur confiance (n'ayant pas la langue fourchue).

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Né dans une large famille bourgeoise de Termonde (Dendermonde), est le fils de Josse De Smet, né à Saint-Amand-lez-Puers et négociant-armateur, l'un des douze représentants de la ville qui en 1792 ne cédèrent, ni au commissaire de la Convention, ni au menaces d'exécution militaire et se prononcèrent contre l'annexion à la France. Pierre-Jean fut enthousiasmé par les récits d’un prêtre local missionnaire au Kentucky, Charles Nerinckx, curé d'Everberg, près de Louvain, revenu au pays en 1817 puis en 1821 pour y recruter des collaborateurs. Avant de quitter l'Amérique, il avait visité le collège des Jésuites à Georgetown. Antoine Kohlmann, alors supérieur du Maryland, lui avait demandé un renfort de novices belges[1]. La Compagnie de Jésus, rétablie par Pie VII, comptait déjà aux États-Unis d'importantes missions mais les environs d'Anvers étaient protestants. Les candidats au départ réussirent à tromper la vigilance de la police hollandaise. Un prêtre d'Anvers, Jean-Baptiste Buelens, mis dans le secret de leur départ, leur procura des ressources pour leur voyage[1].

De Smet repartit avec Charles Nerinckx et huit autres jeunes[2]. Il entra chez les jésuites dès qu’il fut arrivé sur le sol américain, et fit son noviciat à Florissant (Missouri) tout en s’occupant de jeunes « peaux-rouges » (Algonquins) qui y étudiaient. Sept années passées au collège-séminaire St Régis lui permirent, tout en se préparant au sacerdoce, de s’initier aux coutumes locales et d’apprendre déjà les rudiments de plusieurs langues. De Smet fut ordonné prêtre en 1827. Malade, il passa 4 ans dans la nouvelle nation de Belgique (1833-37) - ce fut également l’occasion de recruter de nouveaux missionnaires - mais rentra bientôt à St Louis. À la fin de 1837 il fut envoyé « missionner » les tribus du moyen Missouri.

Premiers contacts[modifier | modifier le code]

Pierre-Jean De Smet est en mission à Whitemarsh, dans le Maryland en 1821 puis à Florissant (Missouri) en 1827. Il effectuera en tout 19 transatlantiques afin de trouver des financements pour ses missions[3]. Gardant "pour le Missouri le meilleur de son cœur" il travaille avec le marchand d'Anvers Pierre de Nef à organiser en Belgique une association en faveur des "missions indiennes"[1]. Le 23 septembre 1835, il accompagne à Anvers sept missionnaires qui se rendent à Saint Louis, où le père supérieur évoque ensuite "la réussite de l'affaire que j'ai confiée au bon P. De Smet" dans une lettre du 10 juillet 1837, peu après qu'il s'embarque à nouveau pour l'Amérique en septembre 1837.

C’était l’époque où, de fleuves en fleuves et de fleuves en montagnes, les Indiens étaient refoulés vers l’Ouest. La conquête de l’Ouest se faisait à l’aide d’alcool, de carabines et de contrats iniques. Les Indiens perdaient leurs terres et se guerroyaient sans merci. De Smet plante d’abord sa tente parmi les Potowatomies, y ouvrant une petite école et obtenant des Sioux voisins qu’ils cessent leurs raids meurtriers.

En 1837, il apprend que le pape songe à le faire évêque, et à placer sous sa juridiction le pays compris entre les Montagnes-Rocheuses et le Pacifique. Il refuse et le choix du pape s'arrêta sur un québécois, François-Norbert Blanchet. Plus tard, Jean-Philippe Roothaan, supérieur des Jésuites à Rome, le reçoit et fait appel à des missionnaires des provinces de Rome, Naples, Lyon, d'Espagne et d'Allemagne[1]. Il repart d'Europe avec 145 000 francs collectés aux Pays-Bas.

La grande aventure commence lorsque, en 1838, une délégation des Têtes-Plates vient demander la présence des « Soutanes noires » parmi eux. De Smet répond à l’appel et part en avril 1840 dans les Montagnes Rocheuses du nord, sur le territoire de la Compagnie de la Baie d'Hudson. De Smet y parle du « Grand-Esprit » et tente de les sédentariser en créant des réductions à la manière de celles du Paraguay. Il installe une mission au bord du "Lac des prêtres" dans les années 1840, appelé "lac des robes noires" par les indiens[4].

Trois nouveaux missionnaires étaient partis pour l'Oregon et cinq autres furent désignés pour l'accompagner, trois Italiens, Jean Nobili, Michel Accolti et Antoine Ravalli, et deux Belges Louis Vercruysse, de Courtrai, et François Huybrechts, d'Eeckeren, près d'Anvers, portant à dix-sept le nombre des jésuites attachés à la mission[1].

Au retour de ce voyage en Europe, il commence à circuler dans toute la région des Montagnes Rocheuses, contactant diverses tribus, obtenant une trêve entre les féroces Pieds-Noirs et les Têtes plates, visitant les Sioux et leur promettant de revenir. De nombreuses lettres envoyées à des parents et amis en Belgique donnent souvent des descriptions pittoresques ou effrayantes de coutumes rencontrées parmi ces divers groupes. Une première édition de son Voyages au pays des Rocheuses (anthologie de ses lettres) le fait mieux connaître en Belgique. Comme procureur de la mission, il retourne à nouveau en Europe en 1847 pour y trouver des bienfaiteurs.

Médiateur[modifier | modifier le code]

Sa réputation comme « indigénophile » est déjà telle qu’il est invité comme médiateur à la grande conférence de Fort-Laramie, en 1851, où les représentants du gouvernement américains négocièrent avec les chefs Cheyenne et Sioux l’autorisation du passage de colons blancs se rendant vers l’ouest. Les incursions et installations sauvages des chercheurs d’or créant de nouvelles tensions dégénérant souvent en conflits armés De Smet fut de nouveau mis à contribution par le Général William Harney pour « pacifier » les tribus indiennes. En 1862, l’accord de Fort Laramie n’étant pas respecté les Sioux « prennent le sentier de la guerre ». Un bon millier de colons sont assassinés. La situation était grave car les États-Unis étaient en pleine guerre civile. Abraham Lincoln, que De Smet rencontra deux fois, lui demanda de nouveau d'intervenir. D’abord torpillée par les généraux sur le terrain cette mission spéciale changea lorsque la rébellion se répandit: en 1867 Cheyennes et Pieds-Noirs se sont joints aux Sioux. De Smet devint alors envoyé plénipotentiaire. À la conférence de Fort Rice, en juin 1868, il obtient de nouveau la paix en négociant directement avec Sitting Bull, le chef légendaire des Sioux. Il a un ascendant extraordinaire sur les Indiens pour lesquels il était le seul Euopéen honnête envers eux. Dans leurs rapports les généraux américains sont admiratifs : les Indiens ont une réelle affection pour « Soutane noire ».

Dernières années[modifier | modifier le code]

De Smet fit encore un voyage en Europe en 1869 et visita une dernière fois les Sioux en 1870. Pour le reste, la maladie le contraignit à résider à St Louis où il mourut le 23 mai 1873. Il faut ajouter que, une fois de plus les engagements pris par le gouvernement américain ne furent pas tenus. Le conflit reprit en 1876, mais De Smet n’était plus là...

Reconnaissance publique[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Missions de l'Orégon et voyages dans les montagnes rocheuses en 1845 et 1846, Librairie de Poussielgue-Rusand, Paris, 1848
  • Voyages aux Montagnes Rocheuses, Bruxelles, 1873.
  • Voyages dans l'Amérique Septentrionale, Orégon, M. Closson, 1874.
  • Lettres choisies, Bruxelles, 1878.

Sources[modifier | modifier le code]

  • H.M. Chittenden et A.T. Richardson, Life, letters and Travels of P.-J. De Smet, 4 volumes, New-York, 1905.
  • Eugène Laveille, Le Père De Smet, Liège, 1913.
  • Jean Lacouture, Les Jésuites, une multibiographie. 2. Les Revenants, Paris, 1992, p. 114-157.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e "Le P. de Smet : Apôtre des Peaux-Rouges, 1801-1873". Introduction par Godefroid Kurth. [1]
  2. parmi eux, Josse Van Assche, Félix Verreydt, de Diest, François de Maillet, de Bruxelles, et Jean-Baptiste Smedts
  3. Histoire de la Mission jésuite de Sainte-Marie dans le Montana [2]
  4. Priest Lake Area, Ministère américain de l'Agriculturehttp://www.fs.usda.gov/recarea/ipnf/recarea/?recid=6763 [3]