Pierre-François Palloy

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Pierre-François Palloy
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Pierre-François Palloy

Alias
Le patriote
Naissance
Paris
Décès
Nationalité française
Pays de résidence Drapeau de la France France
Profession
maître-maçon
Activité principale
entrepreneur de travaux publics
Autres activités
Démolisseur de la Bastille
Un des modèles de Palloy.

Pierre-François Palloy, né à Paris, le et mort en 1835, dit « le Patriote », était un maître-maçon et entrepreneur de travaux publics, célèbre pour avoir été l'entrepreneur chargé de démolir la forteresse de la Bastille.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les hommes de Palloy démontent la Bastille au lendemain de sa prise

Pierre-François Palloy naquit à Paris, rue du Petit Reposoir, le . Fils d'un marchand de vin, il fit ses études au collège d'Harcourt puis s'engagea comme sous-officier au régiment Royal-dragons. Ayant quitté l'armée, il entra comme commis chez le maître-maçon Nobillot, architecte-entrepreneur, épousa sa fille et prit sa succession.

1789 : Le démolisseur de la Bastille[modifier | modifier le code]

Bien qu'il n'eut aucun mandat par l'assemblée des électeurs de Paris de démolir la Bastille après sa prise le [1], il chercha à prendre le contrôle des opérations immédiates de démolissage qui suivent la prise de la Bastille en coordonnant les opérations[2].

Cependant, le 16 juillet, il est désigné à l'âge de 33 ans comme démolisseur officiel de l'ouvrage[3] par l'Assemblée constituante. Le chantier, sur lequel œuvrèrent 1 200 ouvriers, dont 400 permanents, fut à peu près achevé à la fin de novembre[4] et totalement terminé en juillet 1790. Les pierres — des blocs de 1 m de long sur 60 cm de large — sont stockées dans un de ses entrepôts parisiens[3].

1790 - 1792 : « Palloy Patriote »[modifier | modifier le code]

Avide d'une stature et d'une reconnaissance nationale à la hauteur de son acte, il devient le promoteur avisé des souvenirs de la Bastille[2]. Palloy décida à partir des pierres issues de la destruction même de la forteresse, de faire fabriquer des modèles réduits en pierre de la Bastille[3], puis par la suite, en plâtre mêlé de mortier de la Bastille. Il y fit également sculpter sur d'autres pièces la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et des harangues patriotiques[3].

Ces pièces furent envoyées auprès des instances représentatives de l'époque : les députés, les clubs politiques, la ville de Paris, la commune de New-York [3] et dans les chefs-lieux des nouveaux départements français à partir de février 1790[3]. Ces envois étaient soutenus grâce aux « Apôtres de Palloy », un réseau d'hommes qui assurait la promotion de ses projets. Chaque création est munie de la mention : « Palloy Patriote »[3].

À titre d'exemple, on peut d'ailleurs voir à Saint-Julien-du-Sault (Yonne) une de ces pierres incrustée dans une des portes de la ville avec l'inscription « je certifie que cette pièce vient de la Bastille » signée « Palloy patriote ».

Il fit également forger des clefs à partir des chaînes en fer du pont-levis, des barreaux des verrous de la forteresse, et fabriquer de nombreux objets de pacotille (bijoux, tabatières, cartes à jouer) et frapper des médailles commémoratives des grands événements de la Révolution, à commencer par celle de la prise de la Bastille, nommée aussi « médaille Palloy »[5]. Ces médailles, d'un style fruste, sont couvertes d'inscriptions rédigées dans un français amphigourique et émaillées de fautes d'orthographes. Elles sont constituées le plus souvent de deux plaques de fer ou d'étain réunies et assemblées par un cerclage de laiton. Pour autant, il ne s'agit pas de « médailles populaires », car les tirages n'ont jamais dépassé 1 200 exemplaires.

Grâce aux matériaux de la Bastille, Palloy se fit également construire deux résidences à titre personnel, l'une en face de l'Assemblée Nationale et la seconde à Sceaux[Où ?], encore visible de nos jours. Le reste des pierres non employées furent vendues pour la construction de nombreuses maisons de Paris, dont la localisation est aujourd'hui perdue pour la plupart[3] et également pour le pont de la Concorde, terminé en 1791.

En juin 1791, Il est promu « Héros de la Révolution » pour sa participation à la prise de la Bastille, honneur qu'il dut partager avec 953 citoyens[3].

Palloy fut chargé, le , de travaux d'aménagement au donjon du Temple pour y emprisonner Louis XVI et sa famille.

1793 : La chute et l'oubli[modifier | modifier le code]

En 1793, les autorités estimèrent après enquête qu'il avait dilapidé une partie des fonds remis pour la destruction de la forteresse. En effet, payé pendant 30 mois, le chantier avait été assuré en 12 mois[3]. En outre, les autorités reprochaient à Palloy d'avoir encaissé les bénéfices directs et indirects de la démolition[2]. Le coût total de la destruction de la forteresse fut évalué à 1 million de livres de l'époque[6], quand le salaire d'un journalier était de 3 francs[7]. À titre d'exemple de prévarication, Palloy qui, bien que gravant les pièces gratuitement, demandait la participation des communes pour l'envoi des ouvrages[3].

Palloy fut emprisonné du 28 décembre 1793 au 17 mars 1794. À l'issue de son incarcération, il se retira dans sa résidence de Sceaux où il employait ses ressources à donner de grandes réceptions. Financièrement affaibli, il sollicita par la suite les autorités afin d'obtenir une rente pour services rendus à la Nation[3].

Alors qu'il fêtait avec d'autres l'exécution de Louis XVI tous les 21 janvier, jusqu'à la Restauration, par un banquet avec au menu une tête de cochon farcie (qui plus tard fut remplacée par une tête de veau), il reçut en 1814 la décoration de l'Ordre du Lys fondée par le futur Charles X.

Il décède définitivement ruiné en 1835. Sur sa tombe, disparue de nos jours, figuraient les mots suivants :

« Ci-gît Palloy, qui jeune encore encore l'assiégea, la démolit et dispersa les membres de ce monstre infernal sur la surface du Globe »[3]

De nos jours[modifier | modifier le code]

Une importante collection de médailles et insignes réalisés à l'initiative du « patriote Palloy » est conservée au musée Carnavalet.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Son courrier de demande d'autorisation ne date que du 16 juillet
  2. a, b et c « La démolition de la Bastille », sur www.histoire-en-questions.f (consulté le 10 septembre 2016)
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Xavier de Fournoux, « Ou sont passées les pierres de la Bastille », Science & Vie Junior,‎ juillet 1998 numéro 106, p. 46-47
  4. Héloïse Bocher, « Le patriote Palloy et la démolition de la Bastille. Un succès par les réseaux ? », Hypothèses, vol. 1,‎ , p. 247-257
  5. Franck Ferrand, « Que fête-t-on le 14 juillet ? », émission L'Ombre d'un doute sur France 3, 11 juillet 2012
  6. « Démolir la bastille l'édification d'un lieu de memoire », sur https://clio-cr.clionautes.org, (consulté le 10 septembre 2016)
  7. « La vie des français sous la Restauration et La Monarchie de Juillet », lire l'introduction.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Héloïse Bocher, Démolir la Bastille, L'édification d'un lieu de mémoire, Vendémiaire, Paris, 2012
  • Henri Lemoine, Le démolisseur de la Bastille, Paris, 1930.
  • Livre de raison du patriote Palloy, démolisseur de la Bastille, présenté et commenté par Romi, Éditions de Paris, 1956.
  • Alain Weill, Histoire et numismatique du patriote Palloy, démolisseur de la Bastille, Paris-Lyon, 1976.