Pierre-François Hugues d'Hancarville

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Pierre-François Hugues, connu sous le nom « baron d'Hancarville » (Nancy 1719 – Rome ou Padoue 1805) était un historien de l'art et des idées.

Biographie[modifier | modifier le code]

Pierre Hugues François s’est donné plusieurs noms au cours de sa vie et a donné diverses indications concernant son identité. Le nom qui a été retenu est son nom véritable, suivi du titre inventé de baron d’Hancarville.

Il en est résulté quelques imprécisions sur son curriculum vitæ. Il existe deux sources d’information légèrement divergentes :

Justin Lamoureux[modifier | modifier le code]

la plus citée est celle de M. Justin Lamoureux, avocat à Nanci, qui a fourni un article à l'Examen des rédacteurs du Dictionnaire historique de Barbier ; cet article a été publié dans Examen critique et complément des dictionnaires historiques les plus répandus : depuis le dictionnaire de Moréri, jusqu'à la Biographie Universelle inclusivement. A - J, Volume 1 (unique), Barbier, 1920, Paris, Rey et Gravier et Baudoin frères (Voir [1] - [2] - [3] - [4]) et a servi de base à l’élaboration de l’article consacré à d’Hancarville dans le Dictionnaire historique, ou Biographie universelle classique, par Antoine-Alexandre Barbier, publié en 1826 et en 1829.

M. Valery[modifier | modifier le code]

Antoine Claude Pasquin, dit Valéry (1789-1847), écrivain français, conservateur des bibliothèques de la couronne, puis bibliothécaire du château de Versailles, écrivit une remarque intéressante dans son Voyage en Italie, guide du voyageur et de l'artiste, 1838 : Commentant sa visite de la petite église de l'Annunziata nell’ Arena à Padoue, il évoque un Français plein d'esprit et d'érudition, d'Hancarville, mort à Padoue le 9 octobre 1805, où il est enterré, à l'église S.-Nicolas, qui avait composé sur les ruines romaines et l’amphithéâtre de cette ville une Dissertation restée inédite, ainsi qu'un grand nombre de ses recherches.

Il affirme que D'Hancarville n'était point mort à Rome en 1799 ou 1800, comme l'indique l'article de Justin Lamoureux, mais à Padoue en 1805 ; en effet, l'acte de décès de la paroisse, du 10 octobre 1805, porte que le baron d'Hancarville est mort la veille, de la fièvre, à la première heure de la matinée, après une maladie de deux mois, après avoir reçu tous ses sacremens, et qu'il était âgé d'environ (circa) quatre-vingt-six ans ; la mention de son âge indiquerait donc que l'époque de sa naissance n'est probablement pas plus exacte et que sa naissance remonterait à l'année 1719 au lieu de 1729 indiquée dans l'Examen et le Dictionnaire. Par ailleurs, les manuscrits restés inédits étaient entre les mains d'un Anglais, M. Wolstenholme Parr, qui devait, dit-on, les publier en Angleterre, mais qui était encore à Padoue en 1830. Des personnes de la société de Padoue, amis intimes de d'Hancarville, affirment que telle était l'ancienneté de ses souvenirs, qu'il avait dû atteindre cet âge avancé.

Finalement ces divergences ne sont pas étonnantes si on considère les mystères et les fabulations dont d’Hancarville a entouré son origine.

Très ambitieux dès son plus jeune âge, il aspirait à une position sociale élevée. Il choisit pour cela la voie des études et de l’instruction. Outre les sciences mathématiques, il étudia l’histoire, la littérature, les langues anciennes et plusieurs langues modernes.

Ensuite, il prit du service près du prince Louis de Mecklembourg, et parvint au grade de capitaine. Mais ses vues ne s’arrêtaient pas là : il parcourut l’Allemagne, la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, se donnant pour gentilhomme, cherchant, la fortune qu’il ne trouvait pas toujours. Au cours de ces voyages, il aurait changé plusieurs fois la version qu’il donnait de son origine.

A Naples, il entra en relation avec William Hamilton, ambassadeur d’Angleterre, qui s’occupait beaucoup des monuments et des collections antiques, et trouvait chez d’Hancarville l’érudition d’un savant et le talent d’un artiste.

C’est d’après les collections formées par W. Hamilton qu’il exécuta son grand ouvrage sur les antiquités étrusques, grecques et romaines, œuvre magnifique, mais dont l’importance et le prix élevé en raison des gravures qu’il comportait, ont été diminués par d’autres productions du même genre qui ont paru depuis.

En 1780 d’Hancarville vint en France; peu de temps après il se rendit en Angleterre, où il resta quelques années. En voyant, plus tard, sa patrie livrée aux troubles révolutionnaires, il fut peu tenté d’y rentrer, mais il retourna en Italie. Selon divers témoignages, c'était un plaisir bien vif que celui de l'avoir pour cicérone, à Rome surtout, lorsqu'on visitait les emplacements les plus célèbres, les grands monuments antiques de toutes les espèces. Il passa beaucoup de temps à Venise, où il était de la société intime de madame Marini-Albrizzi, qui a tracé de lui, dans ses Ritratti, un portrait charmant. On ne pouvait ne point penser à lui en lisant l'Antiquaire, l’un de ses meilleurs romans de Walter Scott. Il habitait aussi très souvent Padoue ; et c'est là qu'il vit arriver le dernier terme de sa longue carrière, le 9 octobre 1805.

On a beaucoup varié sur le lieu et l'époque de sa mort. La date qu'on vient de donner est la seule admissible, parce qu'elle est consignée dans le lieu de sa sépulture, l'église de St-Nicolas.

Hippolyte de La Porte, auteur de l’article consacré à d’Hancarville dans la Biographie universelle ancienne et moderne de Michaud, 1811, a vécu en Italie de 1797 à 1800 et il se souvenait d’avoir quelquefois entendu d'Hancarville, à Venise, lire des dissertations pleines d'érudition et de charme, où ce savant ingénieux expliquait à sa manière toutes les intentions de Raphaël, le sujet de ses magnifiques tableaux qu'on admire aux stanze, chambres du Vatican, tous les personnages qui sont en scène, leurs actions et presque leurs paroles, comme s'il était entré dans l'atelier du peintre immortel, comme s'il en avait reçu d'honorables confidences.

Le comte Cicognara a donné des fragments de ces dissertations dans son Vite de più insigni pittori e Scultori Ferraresi (Vie des plus importants peintres et sculpteurs).

Les titres de plusieurs autres dissertations inédites sont indiqués dans les notes de la traduction italienne de l'« Histoire de la vie et des ouvrages de Raphaël », de Quatremère de Quincy, par M. Francesco Longhena.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Il publia en 1759, sous le voile de l'anonyme, un Essai de politique et de morale calculée. Prétendre, comme il essayait de le prouver, que l'on peut porter le calcul jusque dans la morale, et asservir les maximes de la politique aux lois d'une analyse rigoureuse, était une généreuse erreur de son cœur et de son esprit, tout à la fois. Il en resta seulement l'idée de quelques aperçus neufs et profonds que l'auteur avait fait jaillir d'un système inadmissible.

Il était un homme fortement organisé, dominé par son imagination, par la fougue de son caractère et par des passions très vives. Il entra d'abord au service du prince Louis, duc de Wurtemberg, et y obtint bientôt de l'avancement, changea de nom en Prusse, au Portugal et en Italie, selon les différents rôles qu'il lui plaisait de jouer, fut détenu à Spandau, puis à Paris au Fort-l’Évêque, précisément en raison de ses déguisements, peut-être aussi de ses dettes.

Après bien des vicissitudes, il accompagna à Naples William Hamilton, ministre de la Grande-Bretagne qui était aussi un antiquaire et archéologue passionné. C'est là qu'il publia, en anglais et en français, l’ouvrage : 1766 Antiquités étrusques, grecques et romaines, tirées du cabinet du chevalier W. Hamilton, qui lui assura une grande notoriété amplement méritée.

Lorsque Winckelmann, le célèbre archéologue, antiquaire et historien de l’art allemand, qui sera assassiné le 8 juin 1768 à Trieste, vint à Naples, ce savant ne céda point aux préventions qu'on cherchait à lui inspirer contre l'aventurier français : il accepta un logement chez lui, et ils conçurent l'un pour l'autre une affection qui ne s'est pas démentie. Lorsque la mort vint le surprendre, d'Hancarville fit graver, dans son livre l'inscription suivante :

D. M.
Joan. Winckelmann
vir. optim. amie, cariss.
Pet. d'Hancarville
dolens fecit
orco peregrino.

Winckelmann, dans plusieurs de ses lettres, rend un mérite éclatant au mérite de d'Hancarville, qu'il appelait avec gaieté le Capitaine tempête.

Il était célèbre aussi comme auteur d'ouvrages licencieux. Un de ces ouvrages, imprimé à Naples, lui attira des désagréments.

Publications[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • — 1759 Essai de politique et de morale calculée. Tome premier (et unique), in-12.
  • 1766 Antiquités étrusques, grecques et romaines, tirées du cabinet du chevalier W. Hamilton. (En anglais et en français), Naples, 1766-67, 4 vol. in-fol. max. Il y a deux nouvelles éditions de celle belle collection : l'une publiée par F. A. David ; l'autre en français et en anglais, Florence, 1801-08, 4 vol. gr. in-fol., un peu moins bien exécutées, pour les enluminures, que l'édition originale.
  • — 1771 Veneris et Priapi uti observantur in gemmis antiquis. Lugduni-Batavorum, sive anno, 2 petits in-4, Naples, qui attira des désagréments à l'auteur ; Londres, un peu plus tard. Ces dissertations seront reprises plus tard.
  • — 1780 Monuments de la vie privée des douze Césars, d'après une suite de pierres gravées sous leurs règnes. Caprée (Nanci, Leclerc), in-4°.
  • — 1784 Monuments du culte secret des dames romaines, pour servir de suite aux « Monuments de la vie privée des douze Césars ». Caprée (Nanci, Leclerc), in-4°.
  • — 1785 Recherches sur l'origine, l'esprit et les progrès des arts dans la Grèce, Londres, Appleyard, 3 vol. in-4.

Bibliographie[modifier | modifier le code]