Piéride de la moutarde

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Leptidea sinapis

La Piéride de la moutarde ou Piéride du lotier (Leptidea sinapis) est une espèce paléarctique de lépidoptères (papillons) de la famille des Pieridae et de la sous-famille des Dismorphiinae. Elle ressemble beaucoup à la Piéride de Réal (Leptidea reali) et à la Piéride irlandaise (Leptidea juvernica), avec lesquelles elle forme un complexe d'espèces cryptiques.

Noms vernaculaires[modifier | modifier le code]

La Piéride de la moutarde ou Piéride du lotier se nomme Wood White en anglais, Senfweißling en allemand et boswitje en néerlandais.

Description[modifier | modifier le code]

Papillon[modifier | modifier le code]

Exemplaire de la génération printanière sur une Cichorieae, en Allemagne.

L'imago de la Piéride de la moutarde est un petit papillon blanc d'une envergure de 19 à 24 mm, aux ailes étroites et à l'apex arrondi. Il présente une macule apicale grise sur le dessus de l'aile antérieure, moins marquée chez la femelle que chez le mâle.

Espèces ressemblantes[modifier | modifier le code]

Cette espèce ne peut être distinguée de la Piéride de Réal (Leptidea reali) et de la Piéride irlandaise (Leptidea juvernica) que par l'examen des pièces génitales ou par une analyse moléculaire[1]. L'ornementation alaire ne permet pas une identification certaine.

Chenille et chrysalide[modifier | modifier le code]

Les œufs blancs deviennent jaunes et donnent une chenille vert vif à raie jaune sur le côté[2]. La chrysalide est vert clair.

Biologie[modifier | modifier le code]

Exemplaire de la génération estivale, en Allemagne.

Période de vol et hibernation[modifier | modifier le code]

L'imago vole d'avril à septembre. On compte une, deux à trois générations suivant la latitude et l'altitude (0 à 2 000 mètres) de son habitat. L'espèce hiverne au stade de chrysalide.

Plantes hôtes[modifier | modifier le code]

Ses plantes hôtes sont diverses fabacées (légumineuses) : des lotiers, vesces et gesses.

Biotopes et vol[modifier | modifier le code]

La Piéride de la moutarde affectionne les lisières et clairières des bois clairs, les prairies, les friches, qu'elle parcourt d'un vol lent et bas.

Distribution[modifier | modifier le code]

Leptidea sinapis est (ou était récemment) présent dans toute l'Europe occidentale et du Maroc jusqu'au Caucase et en Syrie. En France métropolitaine, l'espèce est présente dans tous les départements, y compris la Corse[3].

Protection[modifier | modifier le code]

L'espèce n'a pas de statut de protection particulier en France[4].

Systématique[modifier | modifier le code]

L'espèce Leptidea sinapis a été décrite par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758, sous le nom initial de Papilio sinapis[5].

Elle est l'espèce type du genre Leptidea Billberg, 1820.

Sous-espèces[modifier | modifier le code]

Certains auteurs reconnaissent plusieurs sous-espèces, par exemple, selon FUNET Tree of Life (28 août 2019)[5] :

  • Leptidea sinapis sinapis (Linnaeus, 1758)
  • Leptidea sinapis pseudodiniensis (Pfeiffer 1927)
  • Leptidea sinapis melanoinspersa Verity, 1911

Découverte d'espèces cryptiques[modifier | modifier le code]

En 1962, plus de 200 ans après la description de l'espèce par Linné, Réal notait que deux formes saisonnières volaient en même temps dans les Pyrénées orientales françaises. À la fin des années 1980, d'après l'étude morphologique des organes génitaux de ces deux formes de papillon, Lorković suggère que Réal a observé deux espèces distinctes. L'espèce "nouvelle" est décrite sous le nom lorkovicii en 1988, un nom invalide remplacé par reali (Reissinger, 1989).

Des études ultérieures ont confirmé que les organes génitaux féminins et masculins de ce papillon différaient chez ce qu'on avait jusqu'alors pris pour deux formes d'une même espèce. Leptidea sinapis et Leptidea reali ont alors été distinguées, et considérées comme sympatriques dans la majeure partie de l'Europe (Lorković, 1993; Leestmans & Mazel, 1996). La forme de ces organes (en particulier du pénis du mâle, plus long chez l'espèce dont la femelle possède un canal récepteur également plus long, ce qui suggère un mécanisme de type clé/serrure) semble pouvoir expliquer l'isolement reproductif de chacun de ces deux taxons. En revanche, les tentatives initiales de trouver des différences morphologiques fiables dans la forme des ailes se sont avérées vaines[6].

Une étude[1] publiée en 2011 a ensuite démontré que l'espèce qu'on appelait jusque-là Leptidea reali cachait à son tour une troisième espèce : Leptidea juvernica, dont elle est indiscernable tant par l'ornementation alaire que par les genitalia : seule une analyse moléculaire ou caryologique permet leur distinction. L. juvernica est l'espèce ancestrale du triplet sinapis-reali-juvernica, et semble être présente dans une large partie de l'Europe, où elle cohabite avec L. sinapis. L. reali au sens strict ne semble être présente que dans le Sud-Ouest de l'Europe, mais pourrait être en contact avec L. juvernica dans les Alpes françaises[1].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Dincă et al. 2011.
  2. D.J. Carter et B. Hargreaves, Guide des chenilles d'Europe, Delachaux et Niestlé, 2001, (ISBN 2-603-00639-8)
  3. Lépi'Net.
  4. INPN – Statuts
  5. a et b FUNET Tree of Life, consulté le 28 août 2019
  6. « Bad species »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) par Henri Descimon & James Mallet, in : Ecology of Butterflies in Europe (eds. Settele, J., Konvicka, M., Shreeve, T., Dennis, R. & Van Dyck, H.). Cambridge University Press, 23 fév 2008

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Tom Tolman et Richard Lewington, Guide des papillons d'Europe et d'Afrique du Nord, les guides du naturaliste, Delachaux et Niestlé, (ISBN 978-2-603-01649-7).
  • (en) V. Dincă, V. A. Lukhtanov, G. Talavera et R. Vila, « Unexpected layers of cryptic diversity in wood white Leptidea butterflies », Nature communications, vol. 2, no 324,‎ (DOI 10.1038/ncomms1329).
  • (en) V. Dincă, C. Wiklund, V. A. Lukhtanov, U. Kodandaramaiah, K. Norén, L. Dapporto, N. Wahlberg, R. Vila et M. Friberg, « Reproductive isolation and patterns of genetic differentiation in a cryptic butterfly species complex », Journal of Evolutionary Biology, vol. 26, no 10,‎ , p. 2095–2106 (DOI 10.1111/jeb.12211).