Phylactère (bande dessinée)

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Un phylactère vide.
Exemple de phylactère contenant du texte dans une case de bande dessinée.

Un phylactère, également appelé bulle ou ballon, est une façon de placer le texte d'un dialogue dans une case de bande dessinée.

Description[modifier | modifier le code]

Un phylactère aussi appelé bulle ou ballons, est un moyen graphique utilisé en illustration puis en bande dessinée pour attribuer des paroles aux personnages. Il est habituellement constitué d’une forme ovale ou rectangulaire avec des coins plus ou moins arrondis. Le lien entre la bulle et le personnage est fait de façon continue à l’aide d’une extension pointue pointant de la bulle vers le personnage lorsqu’il s’agit de paroles ou à l’aide de plusieurs cercles de grandeur décroissante dont l’ensemble pointe vers le personnage lorsque le personnage réfléchit (dans ce dernier cas, les cercles peuvent être remplacés par des formes de nuages). Les phylactères peuvent être utilisés pour placer du texte, mais aussi des symboles (tête de mort, bûche et scie, etc.)[1].

Quand c'est la voix du narrateur qui est placée dans un espace d'une case, on parle plutôt de récitatif.

Histoire[modifier | modifier le code]

Peinture de Bernhard Strigel datant de 1506.
Caricature publiée en 1775 à Boston.

Il est difficile de dater les premiers phylactères. Certaines peintures et tapisseries datant du moyen-âge contiennent des formes dont la fonction est comparable[2],[3]. On peut trouver des phylactères, utilisés de la même manière que dans la bande dessinée contemporaine, chez les caricaturistes anglais du XVIIIe siècle[1].

L'usage régulier des phylactères dans des récits en images est souvent daté de la fin du XIXe siècle[4]. Des bulles apparaissent dans la série américaine Hogan’s Alley (alias The Yellow Kid), créée en 1894 par Richard Felton Outcault[1] ; c'est cependant une autre série américaine, The Katzenjammers Kids (Pim Pam Poum), créée en 1897 par Rudolph Dirks, qui systématise leur utilisation[5]. L'usage se répand ensuite aux États-Unis autour de 1900[1]. Certaines bandes dessinées américaines créées par la suite, comme Prince Vaillant ou les premiers comics strips Tarzan, continuent cependant de privilégier une narration sans phylactères.

Les bulles mettent plus de temps à être adoptées par les Européens : ainsi, elles n'apparaissent que très rarement dans les séries d'un auteur français comme Christophe, contemporain de Dirks[6], et ne sont jamais utilisées dans Bécassine (créée en 1905). C'est en 1908 que paraît Sam et Sap, la première bande dessinée française dont les personnages s'expriment régulièrement à l'aide de phylactères[7]. Les Pieds nickelés, créés la même année, ne les emploient alors que de façon irrégulière, l'essentiel du texte continuant d'apparaître en-dessous de l'image[8].

Les phylactères s'imposent progressivement en Europe durant l'entre-deux-guerres, sous l'influence des séries américaines importées. Le Français Alain Saint-Ogan les utilise systématiquement dans la série Zig et Puce (créée en 1925), dont le grand succès à l'époque contribue à les généraliser dans les pays francophones. L'œuvre de Saint-Ogan influence notamment le Belge Hergé, qui emploie lui aussi les bulles dans Les Aventures de Tintin (1929). Mais, dans les années 1930 encore, les premières éditions françaises de bandes dessinées Disney retirent les phylactères au profit d'une narration en-dessous de l'image. En Italie, l'usage se répand également à la même époque. Cependant, durant la Seconde Guerre mondiale, le régime fasciste interdit par antiaméricanisme aux auteurs italiens de bande dessinées d'utiliser les bulles, celles-ci étant considérées comme un élément culturel américain[1] : les phylactères sont à nouveau autorisés après-guerre en Italie, en même temps qu'ils deviennent la norme dans toute l'Europe. La « bulle de texte » achève de s'imposer en bande dessinée dans les années 1950[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Patrick Gaumer, Dictionnaire mondial de la BD, Éditions Larousse, , 953 p. (ISBN 978-2035843319), p. 673
  2. David Pescovitz, « Evolution of speech balloons », sur Boing Boing, .
  3. « : Exposition La BD avant la BD : les phylactères », sur Bibliothèque nationale de France
  4. Frédéric Potet, « Un précurseur ironique et inventif de la bande dessinée », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  5. Benoît Mouchart, La Bande dessinée, Le Cavalier bleu, 2004, pages 15-18
  6. Christophe (1899)
  7. Gilles Ratier, Avant la case : histoire de la bande dessinée francophone du XXe siècle racontée par les scénaristes, PLG, 2002, page 16
  8. Etudes francophones, Volumes 19 à 20, Conseil international d'études francophones, 2004, page 11
  9. Christiane Connan-Pintado, Florence Gaiotti, Bernadette Poulou, L'album contemporain pour la jeunesse : nouvelles formes, nouveaux lecteurs ?, Presses universitaires de Bordeaux, 2009, page 19

Bibliographie[modifier | modifier le code]