Phrase fétiche

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Une phrase fétiche (ou phrase culte, ou phrase d'accroche dans le langage médiatique, en anglais catchphrase) est une phrase ou expression reconnue par son caractère pittoresque et par son énonciation répétée.

Ce type de phrase est souvent originaire de la culture populaire[précision nécessaire], et s'étend généralement à travers une variété de médias de masse (tels que la presse écrite, la télévision, la radio, les spectacles comiques, le cinéma, la littérature), faisant l'objet d'un buzz ou phénomène de viralité de durée et d'intensité suffisante pour demeurer des références collectives des années après leur apparition. Certaines phrases fétiches deviennent la « marque de fabrique » de facto d'un individu ou d'un personnage.

Les répliques culte constituent un cas particulier, étant associées à des œuvres de fiction au cinéma ou à la télévision.

Sociologie[modifier | modifier le code]

D'après Richard Harris, professeur de psychologie à l'université d'État du Kansas, qui a étudié pourquoi les gens adorent reprendre des citations en provenance de films dans des situations sociales, l'utilisation de telles citations dans les conversations quotidiennes a une fonction similaire à celle des blagues en ce qu'elles créent un lien de connivence avec les autres[1]. Il explique : « Les gens le font ça pour se sentir bien, pour rire et pour faire rire les autres. » Il a constaté que tous les participants de son étude avaient utilisé ces citations dans leur conversation à un moment ou un autre[1].[pertinence contestée]

Exemples[modifier | modifier le code]

Phrases fétiches associées à des politiciens[modifier | modifier le code]

Édouard Balladur

« Je vous demande de vous arrêter ! »

— déclaration spontanée d'Édouard Balladur après sa défaite au premier tour de l'élection présidentielle de 1995, alors que le public huait le nom de Jacques Chirac

Jacques Chirac

« Mais qu'est-ce qu'elle me veut de plus cette mégère ? Mes couilles sur un plateau ? »

— déclaration spontanée de Jacques Chirac (marmonnée mais rendue audible par inadvertance du fait que son micro était resté ouvert) lors d'un sommet européen à Bruxelles en février 1988, désignant Margaret Thatcher[a]

« Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d'or [...], qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, eh bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et il faut le comprendre, si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela[2] ! »

— extrait d'un discours de Jacques Chirac prononcé le lors d'un rassemblement du RPR à Orléans

« Qu'est-ce qu'il y a encore comme problème ? Je commence à en avoir assez ! What do you want? Me to go back to my plane and go back to France, is that what you want? Then let them go. Let them do. No that's... no, no danger, no problem. This is not a method. This is provocation. That is provocation. Please you stop now. Bonjour[3] ! »

— apostrophe de Jacques Chirac, alors président de la République, au chef israélien de la sécurité lors d'une visite officielle à Jérusalem le

Jean-Pierre Raffarin

« Le ‘oui’ a besoin du débat pour gagner. [To] win the ‘yes’ need the ‘no’, to win... again[st] the ‘no’. »[4]

— extrait d'une allocution de Jean-Pierre Raffarin, dans le cadre de sa campagne de soutien au Traité constitutionnel européen en 2005, citée parmi ses multiples « raffarinades ».

Nicolas Sarkozy

« Eh ben casse-toi alors, pauv' con ![5] »

— apostrophe de Nicolas Sarkozy, alors en fonction de président de la République française, lors de sa visite officielle au Salon de l'agriculture le , en réponse à un individu refusant sa poignée de main et lui ayant déclaré : « Ah non, touche-moi pas ! Tu me salis ! »

Phrases fétiches associées à des intellectuels[modifier | modifier le code]

Alain Finkielkraut

« Mais taisez-vous ! »[6]

— apostrophe d'Alain Finkielkraut à Abdel Raouf Dafri dans l'émission Ce soir ou jamais du

Bernard-Henri Lévi

« Lève-toi ou je t'écrase la gueule à coups de talons ! »

— apostrophe de Bernard-Henri Lévi à Noël Godin après avoir été entarté par ce dernier[b]

Phrases fétiches associées à des acteurs[modifier | modifier le code]

Mister T.

« I pity the fool. »[7]

— citation de l'acteur Mister T., prononcée à l'origine dans le film Rocky III[c] puis devenue sa phrase fétiche, déclinée notamment dans des titres d'émissions qu'il a animées (I Pity The Fool, World's Craziest Fools), ou dans une publicité controversée et censurée pour Snickers[8]

Arnold Schwarzenegger

« I'll be back. »

— réplique d'Arnold Schwarzenegger dans Terminator, reprise sous différentes formes dans plusieurs autres rôles de sa filmographie, ainsi que dans ses discours politiques, devenue sa phrase fétiche

Jean-Claude Van Damme

« Y a des gens qui n'ont pas réussi parce qu'ils ne sont pas aware, ils ne sont pas "au courant". Ils ne sont pas à l'attention de savoir qu'ils existent. Les pauvres, ils savent pas. Il faut réveiller les gens. C'est-à-dire qu'y a des gens qui font leur travail, qui font leurs études, ils ont un diplôme, ils sont contents et tout ça. Tu as un rhume et tu fais toujours "snif"... faut que tu te mouches. Tu veux un mouchoir ? Alors y a des gens comme ça qui ne sont pas aware. Moi je suis aware tu vois, c'est un exemple, je suis aware[9]. »

— tirade de Jean-Claude Van Damme lors d'un entretien[d]

Phrases fétiches associées à des humoristes[modifier | modifier le code]

Coluche

« Les quatre leaders des grandes formations politiques françaises ne sont pas les uns contre les autres, mais bien unis comme les trois mousquetaires des cinq doigts de la main : "un pour tous, tous pourris" ! »[10]

— tirade de Coluche dans le sketch « Votez nul »

Pierre Desproges

« Premièrement, peut-on rire de tout ? [...] S'il est vrai que l'humour est la politesse du désespoir, s'il est vrai que le rire, sacrilège blasphématoire que les bigots de toutes les chapelles taxent de vulgarité et de mauvais goût, s'il est vrai que ce rire-là peut parfois désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles, alors, oui, on peut rire de tout, on doit rire de tout. [...] Deuxième question : peut-on rire avec tout le monde ? C'est dur. Personnellement, il m'arrive de renâcler à l'idée d'inciter mes zygomatiques à la tétanisation crispée. C'est quelquefois au-dessus de mes forces, dans certains environnements humains : la compagnie d'un stalinien pratiquant me met rarement en joie ; près d'un terroriste hystérique, je pouffe à peine ; et la présence à mes côtés d'un militant d'extrême droite assombrit couramment la jovialité monacale de cette mine réjouie dont je déplore en passant, mesdames et messieurs les jurés, de vous imposer quotidiennement la présence inopportune au-dessus de la robe austère de la justice, sous laquelle je ne vous raconte pas.[réf. souhaitée] »

— tirade de Pierre Desproges dans son réquisitoire contre Jean-Marie Le Pen au Tribunal des flagrants délires, fréquemment résumée par la formule apocryphe « On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde » ou encore « ...mais pas avec n'importe qui »

Phrases fétiches dans des émissions de télévision[modifier | modifier le code]

Complément d'enquête

« Coucou, tu veux voir ma bite ? »[11]

— apostrophe d'un internaute (jonathan-du11) à une journaliste se faisant passer pour une adolescente de 13 ans, lue en voice-over lors d'un reportage sur les dangers d'Internet dans une émission de Complément d'enquête

Télématin

« L'an passé, le service addictologie de l'hôpital Marmottan – c'est à Paris – a reçu 300 patients en consultation pour ce genre de problème, souvent des jeunes qui passent leurs journées derrière un écran à se goinfrer des « meuporgs », explique le journal... Les « meuporgs » étant le nom barbare qui désigne les jeux de rôle en ligne auxquels on prend part avec d'autres compagnons virtuels. Ça s'appelle comme ça, je suis désolé. Ça s'écrit M-M-M-P-O-R-P-G.[12] »

— commentaire du journaliste Nathanaël de Rincquesen dans l'émission Télématin du au sujet des jeux vidéos de type MMORPG

Les Guignols de l'Info

« Vous regardez trop la télévision, bonsoir. »[13]

— répliques récurrentes de la marionnette « PPD » (représentant Patrick Poivre d'Arvor) dans Les Guignols de l'Info

« Imbécile ! »

— réplique récurrente de la marionnette de François Mitterrand dans Les Guignols de l'Info

« Putain, deux ans ! / Mangez des pommes ! / J'ai niqué couille molle ! »

— répliques récurrentes de la marionnette de Jacques Chirac dans Les Guignols de l'Info

« Sévèrement burné le Nanard[14] ! / Moi c'est Nanard, 90 kilos de barbaque montés sur burnes[13]. »

— répliques récurrentes de la marionnette de Bernard Tapie dans Les Guignols de l'Info

« Beeeuarrh ! »

— réplique récurrente de Monsieur Sylvestre (représentant Sylvester Stallone) dans Les Guignols de l'Info

C.A.N.A.L. International / Groland

« Avec le sang du monde, nous faisons du boudin d'information[15]. »

« L'information, c'est vous qui la vivez, c'est nous qui en vivons[16]. »

— phrases rituelles ou slogans de l'émission satirique C.A.N.A.L. International, un des premiers avatars des multiples déclinaisons d'émissions associées au Groland[e]

Tout le monde en parle

« Vous connaissez le principe : tout le monde en parle, alors Tout le monde en parle en parle[17] ! »

— phrase rituelle prononcée par l'animateur Thierry Ardisson en introduction de son émission Tout le monde en parle

Des mots de minuit

« Voilà, c'est la fin de cette émission, merci de nous avoir suivis. La peine de mort n'a toujours pas été abolie aux États-Unis[18],[19]. »

— déclaration rituelle de Philippe Lefait en conclusion de son émission Des mots de minuit[f]

Publicité

« Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu.[réf. souhaitée] »

— réplique d'une réclame pour la marque Milka, passée dans le langage courant

Phrases fétiches issues de jeux vidéo[modifier | modifier le code]

Super Mario Bros

« Your princess is in another castle.[réf. souhaitée] »

— citation tirée du jeu Super Mario Bros (1985)

The legend of Zelda

« It's a secret to everybody.[réf. souhaitée] »

— citation tirée du jeu The Legend of Zelda (1986)

Zero Wing

« All your base are belong to us. »

— citation (mal traduite) tirée du jeu Zero Wing (1991)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il y est fait référence dans le film La conquête sorti en 2011 : alors que son épouse Bernadette lui conseille de féliciter Nicolas Sarkozy, le président de la République (interprété par Bernard Le Coq) rétorque : « Et ma paire avec, oui ! et sur un plateau ! »
  2. Séquence commentée par Pierre Desproges dans un entretien filmé avec Michel Denisot sur Canal+, figurant dans le documentaire Desproges est vivant.
  3. « No, I don't hate Balboa, but I pity the fool, and I will destroy any man who tries to take what I got », soit : « Non, je ne hais pas Balboa, mais j'ai pitié de cet imbécile, et je détruirai tout homme qui essaie de prendre ce que j'ai ».
  4. Cette tirade a été abondamment citée, parmi d'autres propos de l'acteur jugés absurdes, au début des années 2000, et reprise notamment dans le film semi-fictif J.C.V.D. sorti en 2008.
  5. La première citation était prononcée lors du générique d'introduction en voix off avec un fort accent anglo-américain ; la seconde était prononcée en début d'émission par le présentateur Jules-Édouard Moustic, interprété par Christian Borde
  6. Il donnait ensuite le chiffre réactualisé du nombre de détenus dans les prisons françaises comparé au nombre de places officiellement disponibles. Par exemple à la fin de l'émission du 24/01/2010 : « Voilà, c'est la fin de cette émission, merci de nous avoir suivis. La peine de mort n'a toujours pas été abolie, euh, ni aux États-Unis, ni en Iran, ni en Chine, ni en Corée. Il y avait par ailleurs au 1er novembre 61428 détenus dans les prisons françaises pour seulement 56455 places à la même place, euh, à la même date pardon. Les mineurs détenus étaient, euh, 695, il y a 695 détenus mineurs, moins de 18 ans, en prison, au 1er novembre. Bien sûr on pense à nos confrères qui sont toujours détenus en Afghanistan. Fin de cette émission, bonsoir, bonne nuit. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) A. Pawlowski, You talkin' to me ? Film quotes stir passion, (lire en ligne)
  2. Yann Cugny, « Délinquance et émeutes urbaines : Traitement médiatique et politique », sur rennes.iep.fr, .
  3. « Jacques Chirac en 10 citations cultes », Adrienne Sigel, BFM TV, 26 septembre 2019.
  4. « Raffarin : "win the yes needs the no to win against the no" », sur Europe 1 (consulté le 10 décembre 2019)
  5. « Sarkozy et le "pauvre con" », sur L'Express.fr, .
  6. « "TAISEZ-VOUS !" - Alain Finkielkraut, "l'homme qui ne sait pas comment ne pas réagir" », sur Le Monde.fr, .
  7. (en) Brian Cronin et ContributorWriter, « Did B.A. Baracus Never Actually Say 'I Pity the Fool' on 'The A-Team'? », sur HuffPost, (consulté le 30 novembre 2019)
  8. (en) « Bill O'Reilly interviews Mr. T about banned Snickers commercial », sur www.youtube.com (consulté le 30 novembre 2019)
  9. « Y a des gens qui n'ont pas réussi parce qu'ils ne sont pas aware - Jean-Claude Van Damme », dicocitations.lemonde.fr (consulté le 10 novembre 2019).
  10. « Un pour tous, tous pourris - Coluche », dicocitations.lemonde.fr (consulté le 10 novembre 2019).
  11. « Complément d'enquête – Coucou, tu veux voir ma bite ? » (consulté le 13 novembre 2019)
  12. « Meuporg, j'écris ton nom », sur Libération.fr, .
  13. a et b « Les répliques cultes des « Guignols de l'info » », sur 20minutes.fr (consulté le 11 décembre 2019)
  14. « Sévèrement burné, l'Nanard ! - segostop », sur segostop.canalblog.com, (consulté le 11 décembre 2019)
  15. Collectif, Étapes : design et culture visuelle no 211, 2013, 224 p. ; [lire en ligne]
  16. « Groland, l'esprit canaille », Virginie Félix, Télérama.fr, 2 novembre 2007.
  17. « Calmos ou furax ? », sur le monde.fr, .
  18. Philippe Lefait, Petit lexique intranquille de la télévision, Stock, (ISBN 978-2-234-07045-5, lire en ligne)
  19. Mélanie Talcott, Chroniques de L'Ombre du Regard 2011-2012, Lulu.com, (ISBN 979-10-90624-03-0, lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Partridge, Eric (1894-1979) ed. Beale. A Dictionary of Catch Phrases, American and British, from the sixteenth century to the present day (enlarged trade paperback edition) Lanham, Maryland : Scarborough House, 1992. (ISBN 0-8128-8536-8).

Articles connexes[modifier | modifier le code]