Phoneutria nigriventer

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Phoneutria nigriventer
Description de l'image Wandering spider.jpg.
Classification selon The World Spider Catalog
Règne Animalia
Embranchement Arthropoda
Sous-embr. Chelicerata
Classe Arachnida
Ordre Araneae
Sous-ordre Araneomorphae
Famille Ctenidae
Genre Phoneutria

Nom binominal

Phoneutria nigriventer
(Keyserling, 1891)

Synonymes

  • Ctenus nigriventer Keyserling, 1891
  • Ctenus rufichelis Mello-Leitão, 1917
  • Ctenus paca Mello-Leitão, 1922
  • Ctenus luederwaldti Mello-Leitão, 1927

Phoneutria nigriventer est une espèce d'araignées aranéomorphes de la famille des Ctenidae[1].

Cette araignée est aussi surnommée « araignée-banane » comme d'autres araignées peuplant les bananeraies et parfois retrouvées dans les transports de marchandises. Contrairement à la rumeur, cette espèce présente rarement un danger pour un humain adulte, même si sa morsure est douloureuse. De plus, elle est fréquemment confondue dans les arrivages de bananes avec des araignée nettement moins venimeuses[2].

Distribution[modifier | modifier le code]

Cette espèce se rencontre en Argentine, au Paraguay, en Uruguay et au Brésil[1].

Elle peut se retrouver dans des marchandises importées depuis ces pays, comme en 2014 à Londres[3].

Cette dangereuse araignée est la cause de certaines psychoses collectives, parfois injustifiées. En France, le , à Passy en Haute-Savoie, une araignée trouvée par un commerçant dans un régime de bananes provenant de République dominicaine (où Phoneutria nigriventer n'est pas présente) est d'abord signalée comme appartenant à cette espèce[4], mais Christine Rollard, aranéologue, explique deux jours plus tard sur France Inter qu'il s'agit en fait d'une babouk (Heteropoda venatoria), espèce d'une famille différente et dont la morsure est beaucoup plus anodine pour les humains[5].

Description[modifier | modifier le code]

Phoneutria nigriventer

Elle a des pattes grandes de 130 à 150 mm pour un corps de 17 à 48 mm[6].

Écologie et comportement[modifier | modifier le code]

Phoneutria nigriventer a la réputation de se cacher dans les régimes de bananes[3], d'où le surnom d'araignée-banane ou « araignée des bananes » (traduit de l'appellation anglaise banana spider).

Venin[modifier | modifier le code]

Analyse et toxicité[modifier | modifier le code]

Le venin de cette araignée comprend plusieurs fractions toxiques, puissantes, ciblant une « myriade de canaux ioniques trouvés dans les cellules[7] ». L'une d'elles est appelée « PhTx3 » (pour Phoneutria nigriventer toxin 3) et provoque une paralysie flasque chez les souris injectées[8]. PhTx3 est un bloqueur des canaux calcium (Ca2+) à large spectre, et comprend plusieurs peptides neurotoxiques, nommés de Tx3-1 à Tx3-6. Tx3-3 semble bloquer les canaux calcium servant à la libération par exocytose du glutamate[8], et Tx3-4 a diminue aussi la libération du glutamate[9]. PhTx3 inhibe également l'absorption du calcium et celle du glutamate dans les synaptosomes[10]. Une autre fraction toxique, PhTx2, agit sur les canaux sodium (Na+) en facilitant leur activation[11] et provoque une paralysie spastique et la mort par ses composés Tx2-1, Tx2-5 et Tx2-6[12]. Tx2-6 engendre une forte stimulation nerveuse et en augmentant le taux d'oxyde nitrique dans le sang provoque de longues et pénibles érections[13]. Chez les souris, Tx2-9 provoque l'érection de la queue et un grattage[12].

Dangerosité pour l'homme[modifier | modifier le code]

Phoneutria nigriventer

Bien qu'elle soit parfois douloureuse, la morsure est rarement mortelle pour les humains. Phoneutria nigriventer est toutefois l'espèce du genre Phoneutria pour laquelle on recense le plus grand nombre de morsures[14].

La dangerosité de cette araignée est souvent présentée avec peu de nuances par les médias[15] et Phoneutria nigriventer est réputée comme étant « la plus venimeuse de toutes les araignées »[16] Il est vrai qu'une dose de 0,05 mg de son venin suffit à tuer un homme de 80 kilogrammes, mais, dans les faits, les personnes subissent une morsure défensive et ne reçoivent donc pas une dose de venin destinée à tuer des proies.

Le Brésil est le pays le plus touché, avec des milliers de morsures par an, qui ont surtout lieu entre mars et avril, qui doivent correspondre à la période de reproduction des araignées, époque où elles se trouvent alors davantage dans les habitations[14]. Sur 422 envenimations de Phoneutria au Brésil, seuls deux jeunes enfants sont morts, alors que 90 % des 10-70 ans et 80 % des moins de 10 ou plus de 70 ans n'avaient que de légers symptômes ou aucune réaction[17]. Les envenimations sévères, pouvant s'avérer fatales, représentent moins d'un cas sur cent et concernent principalement les enfants[17],[14].

Systématique et taxonomie[modifier | modifier le code]

Phoneutria nigriventer est décrite en 1891 par l'arachnologiste Eugen Von Keyserling sous le protonyme Ctenus nigriventer et d'après un holotype femelle collecté dans le Rio Grande do Sul. On recense les synonymes suivants[6],[1] :

  • Ctenus rufichelis[18], décrit d'après un mâle trouvé à São João del-Rei, mais l'holotype est présumé perdu placée en synonymie par Simó et Brescovit en 2001[19] ;
  • Ctenus paca[20], décrit d'après une femelle immature provenant de São Paulo placée en synonymie par Eickstedt et Lucas en 1969[21].
  • Ctenus luederwaldti[22] est considérée par Eickstedt en 1981 comme synonyme de Phoneutria nigriventer[23] avant d'être déclarée nomen dubium par Martins et Bertani en 2007[6]. En effet, le juvénile de Blumenau servant d'holotype est inexploitable, ses motifs ventraux étant passés, et peut tout aussi bien représenter Phoneutria nigriventer que Phoneutria keyserlingi.

Publication originale[modifier | modifier le code]

  • Keyserling, 1891 : Die Spinnen Amerikas. Brasilianische Spinnen. Nürnberg, vol. 3, p. 1-278 (texte intégral).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c WSC, consulté lors d'une mise à jour du lien externe
  2. (en) "Deadly" Banana Spider...Or Not, sur le site de University of California, Riverside
  3. a et b (en) « Web used to trace deadly spider », sur BBC News (consulté le 5 janvier 2015)
  4. (fr) « Haute-Savoie : Il trouve une araignée mortelle dans ses bananes », sur 20minutes.fr, (consulté le 5 janvier 2015)
  5. (fr) Lumière visible et invisible, émission La tête au carré du 5 janvier 2015, sur France Inter.
  6. a, b et c (en) Martins & Bertani, « The non-Amazonian species of the Brazilian wandering spiders of the genus Phoneutria Perty, 1833 (Araneae: Ctenidae), with the description of a new species », Zootaxa, no 1526,‎ , p. 1-36
  7. (en) Gomez, Kalapothakis, Guatimosim & Prado, « Phoneutria nigriventer Venom: A Cocktail of Toxins That Affect Ion Channels », Cellular and Molecular Neurobiology, vol. 22, no 5-6,‎ , p. 579-588 (DOI 10.1023/A:1021836403433)
  8. a et b (en) Prado, Guatimosim, Gomez, Diniz, Cordeiro & Romano-Silva, « A novel tool for the investigation of glutamate release from rat cerebrocortical synaptosomes: the toxin Tx3-3 from the venom of the spider Phoneutria nigriventer », Biochemical Journal, vol. 314,‎ , p. 145-150 (lire en ligne)
  9. (en) Reis, Prado, Kalapothakis, Cordeiro, Diniz, DeMarco, Gomez & Romano-Silva, « Inhibition of glutamate uptake by a polypeptide toxin (phoneutriatoxin 3-4) from the spider Phoneutria nigriventer », Biochemical Journal, vol. 343,‎ , p. 413-418
  10. (en) Pinheiro, Gomez, Massensini, Cordeiro, Richardson, Romano-Silva, Prado, De Marco & Gomez, « Neuroprotective effect on brain injury by neurotoxins from the spider Phoneutria nigriventer », Neurochemistry International, vol. 49, no 5,‎ , p. 543-547 (DOI 10.1016/j.neuint.2006.04.009)
  11. (en) Araujo, Cordeiro, Diniz & Beirao, « Effects of a toxic fraction, PhTx2, from the spider Phoneutria nigriventer on the sodium current », Naunyn-Schmiedeberg's Archives of Pharmacology, vol. 347,‎ , p. 205-208
  12. a et b (en) do Nascimento Cordeiro, Ribeiro Diniz, do Carmo Valentim, Eickstedt, Gilroy & Richardson, « The purification and amino acid sequences of four Tx2 neurotoxins from the venom of the Brazilian ‘armed’ spider Phoneutria nigriventer (Keys) », FEBS Letters, vol. 310, no 2,‎ , p. 153-156 (DOI 10.1016/0014-5793(92)81318-G, lire en ligne)
  13. (en) Spider venom may provide impotence solution sur ABCNews Online
  14. a, b et c (en) Isbister & Fan, « Spider bite », Lancet, vol. 378, no 9808,‎ , p. 2039-2047
  15. (en) Vetter, Crawford & Buckle, « Spiders (Araneae) Found in Bananas and Other International Cargo Submitted to North American Arachnologists for Identification », Journal of Medical Entomology, vol. 51, no 6,‎ , p. 1136-1143 (DOI 10.1603/ME14037)
  16. Herzig, Ward, Ferreira dos Santos, 2002 : Intersexual variations in the venom of the Brazilian armed spider Phoneutria nigriventer (Keyserling, 1891). Toxicon, vol. 40, no 10, p. 1399–1406 (texte intégral).
  17. a et b (en) Bucaretchi, Deus Reinaldo, Hyslop, Madureira, De Capitani & Vieira, « A clinico-epidemiological study of bites by spiders of the genus Phoneutria », Revista do Instituto de Medicina Tropical de São Paulo, vol. 42,‎ , p. 17-21
  18. Mello-Leitão, 1917 : Notas arachnologicas. 5, Especies novas ou pouco conhecidas do Brasil. Brotéria (Ser. Zool.), vol. 15, p. 74-102.
  19. Simó & Brescovit, 2001 : Revision and cladistic analysis of the Neotropical spider genus Phoneutria Perty, 1833 (Araneae, Ctenidae), with notes on related Ctenidae. Bulletin of the British Arachnological Society, vol. 12, p. 67-82.
  20. Mello-Leitão, 1922 : Novas clubionidas do Brasil. Archivos da Escola Superior de Agricultura e Medicina Veterinaria, Rio de Janeiro, vol. 6, p. 17-56.
  21. Eickstedt & Lucas, 1969 : Revisão dos tipos de Phoneutria paca (Mello-Leitão), 1922 e Phoneutria leuderwaldti (Mello-Leitão), 1927 (Araneae; Labidognatha; Ctenidae). Memórias do Instituto Butantan, vol. 34, p. 75-77.
  22. Mello-Leitão, 1927 : Arachnideos de Santa Catharina (Brasil). Revista do Museu Paulista, vol. 15, p. 393-418.
  23. Eickstedt, 1981 : Estudo sistemático de Phoneutria nigriventer (Keyserling, 1891) e Phoneutria keyserlingi (Pickard-Cambridge, 1897) (Araneae; Labidognatha; Ctenidae). Memórias do Instituto Butantan 42/43: 95-126.