Philippe Tissié

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Philippe Tissié
Description de l'image Philippe Tissié.jpg.
Nom de naissance Philippe Auguste Tissié
Naissance
La Bastide-sur-l'Hers
Décès (à 82 ans)
Pau
Nationalité Drapeau de France Français
Profession
médecin, hygiéniste, aliéniste
Autres activités
fondateur de la Ligue d'éducation physique,
conservateur de la Société d'anthropologie de Bordeaux et du Sud-Ouest
Distinctions
Legion Honneur Officier ribbon.svg officier de la Légion d'honneur.

Philippe Tissié (Philippe Auguste Tissié), né le à La Bastide-sur-l'Hers (Ariège) et mort le à Pau (Pyrénées-Atlantiques) est un médecin français, hygiéniste, aliéniste et l'un des premiers neuropsychiatres en France. Il est surtout l'une des trois principales personnalités françaises, avec le baron Pierre de Coubertin et Paschal Grousset, ayant fait évoluer le système scolaire, en y intégrant le sport et les jeux organisés.

Biographie[modifier | modifier le code]

Philippe Auguste Tissié est né en 1852 à La Bastide-sur-l'Hers, en Ariège dans une famille protestante. Orphelin, il doit travailler très tôt et devient sous-bibliothécaire adjoint de la faculté de médecine. Il passe tardivement son brevet d'officier de santé puis soutient le 16 février 1887 sa thèse Les aliénés voyageurs : essai médico-psychologique sous la direction d'Albert Pitres, un disciple de Jean-Martin Charcot[G 1] où il examine le cas d'Albert Dadas. Il souscrit par ailleurs aux discours d’Auguste Comte. Sa devise, reprise par de nombreuses villes d'Aquitaine est « Fortitudo mea civium fides » (« Je tire ma force de la loyauté de mes citoyens »).

L'aliéniste[modifier | modifier le code]

Ses travaux à la société médicale de Pau, à sa clinique de « psycho-dynamie », à la maison de l’enfance ainsi qu’à l’orphelinat protestant de Saverdun l'amènent à poser une taxonomie du fonctionnement de l’être humain en trois classes : les passifs, les affectifs et les affirmatifs. Plus tard, il voit dans la gymnastique suédoise un traitement approprié à de nombreux cas et surtout un médicament de salubrité nationale. Les propos tenus en 1926 en témoignent : « La génération de la guerre est indisciplinée ; il serait intéressant de les soumettre à une éducation analytique frénatrice des impulsions que les sports favorisent quand ils ne les provoquent pas[1]. » En tant que militant il reste toute sa vie convaincu de la prééminence du cerveau et la fonction respiratoire sur les autres aspects de l'éducation physique qui deviennent pour lui secondaires[G 2].

Le militant des jeux traditionnels[modifier | modifier le code]

Pratiquant le cyclisme, médecin du Véloce-club Bordelais et membre de la société de gymnastique La Bastidienne fondée par Charles Cazalet, il se caractérise par son indépendance tant vis-à-vis de Paschal Grousset que de Pierre de Coubertin[N 1] : ses opinions vont à l'encontre des sensibilités de gauche[2] et, en tant qu'hygiéniste, il s'oppose à l'idée de compétition, à ses violences et donc à la notion de sport véhiculée par le Comité de propagande des exercices physiques. Mais la gymnastique traditionnelle qu'il a connue à la Bastidienne ne le satisfait pas plus : L'homme est fait pour vivre sur terre et non dans les arbres[G 3]. Il crée le 19 décembre 1888 la Ligue girondine d'éducation physique afin de promouvoir les jeux traditionnels en plein air. Le premier lendit se déroule le 12 mai 1890 et il crée La revue des jeux scolaires[G 4]. Délégué du ministère de l'éducation au congrès olympique du Havre de 1897, il y prône une éducation physique par les jeux locaux et nationaux de préférence aux jeux anglo-saxons. Cependant, il développe dans le cadre scolaire le rugby à XV dans le sud-ouest ainsi que son dérivé régional la barrette aquitaine.

La conversion suédoise[modifier | modifier le code]

Envoyé en mission en Suède l'année suivante, il y découvre la gymnastique suédoise et en devient alors partisan inconditionnel[3]. L'apôtre des jeux traditionnels en plein air devient disciple de Pehr Henrik Ling sans renoncer pour autant aux précédents : à partir de ce moment son éducation physique scolaire associe une gymnastique de formation suédoise à une gymnastique d'application empruntée aux jeux sportifs. La première ne remplace pas la seconde et les deux sont complémentaires. Fixé à Pau à partir de 1903, il œuvre bénévolement à sa propagation à travers l'école normale de jeunes filles de 1904 à 1912 où il délivre un certificat d'aptitude à l'enseignement de la gymnastique. Cependant ses critiques à l'égard de la gymnastique de l'Union des sociétés de gymnastique de France (USGF) et du nouveau manuel de gymnastique militaire de 1902 lui valent une semi-disgrâce : il est déchargé de ses missions d'inspection en 1907 et les lendits sont interdits par le ministère[4].

La Ligue nationale d'éducation physique[modifier | modifier le code]

Il ne renonce cependant pas et la Ligue française de l'éducation physique étant en sommeil après le décès de Grousset en 1909, Tissié en reprend le titre l'année suivante pour élargir le champ de la Ligue girondine d'éducation physique (LGEP). C'est pour lui le moyen de réagir à la suppression des lendits et à sa révocation en tant qu'inspecteur de la gymnastique dans le sud-ouest à la suite de la polémique avec Georges Demenÿ à propos du nouveau manuel de gymnastique militaire de 1902. Celle-ci ainsi que l'importance prise chez Tissié par l'éducation physique de la mère est au cœur de cette transformation dont il affirme vouloir faire une "œuvre d’art et de science en même temps qu’une œuvre pratique et nationale"[1]. Son objectif est de rendre l'enfant « simple, bon et beau » sans contrainte, ni violence grâce à l'éducation physique.

Le lendit scolaire au début du XXe siècle.

Entre le cerveau et les muscles qui agissent la volonté et l'attention, chères à Théodule Ribot, poussent l'individu à agir. Toute l'éducation de Tissié repose sur son éducation par l'exercice. Ainsi, l'éducation physique ne peut être secondaire à l'éducation générale car il faut avoir aussi conscience de sa propre utilité collective : améliorer sa santé devient autant éducation physique qu'éducation morale. L'exercice respiratoire conscient dont l'enfant comprend l'utilité individuelle et sociale donne à la gymnastique suédoise — analytique avec recours au mouvement volontaire — une place privilégiée dans l'éducation de base. Malgré ses différends avec les ministères, il reste ferme sur ses valeurs : défense du bénévolat, de l’accès aux sports et à la gymnastique par toutes les couches sociales des deux sexes et de l'éducation morale, patriotique et citoyenne : Fortitudo mea civium fides.

Le renouveau de l'éducation physique scolaire[modifier | modifier le code]

Après la guerre, pour promouvoir sa conception face aux enseignements de Georges Demenÿ inféodé à l'USGF qui finance son cours supérieur de la Sorbonne jusqu'en 1923[5] et ceux de Georges Hébert estimés trop empiristes, il est à l'origine en 1927 de l'Institut régional d'éducation physique de Bordeaux annexé à la faculté de médecine[G 5]. Suivi de onze autres créations dans l'année qui suit, ceux-ci préfigurent les UFRAPS[5]. Tissié est aussi dans les années qui suivent à l'origine de la renaissance du sport scolaire par la mise en œuvre des journées de la jeunesse créées par le sous-secrétariat d'État à l'éducation physique en 1932. Le ministère de l'instruction publique accepte alors une mise en œuvre expérimentale de 5 ans dans le sud-ouest sous la forme de lendits secondaires. Le premier a lieu à Bordeaux le 3 juin 1934 en présence de Philippe Tissié. Celui-ci décède l'année suivante[6].

Hommages et distinctions[modifier | modifier le code]

Œuvres et publications[modifier | modifier le code]

  • Les aliénés voyageurs : essai médico-psychologique, Paris, O. Doin, [N 2] ;
  • L'hygiène du vélocipédiste, Paris, O Doin,  ;
  • Les rêves : physiologie et pathologie (préf. professeur Eugène Azam), Paris, Félix Alcan, coll. « Bibliothèque de philosophie contemporaine », , 214 p. (lire en ligne) ;
  • La fatigue et l'entraînement physique, Paris, Alcan,  ;
  • « Cent ans d'erreur », in La Revue scientifique du 12 mai 1900 ;
  • « Les Basques et leurs jeux en plein air » in La Revue scientifique du 20 octobre 1900 ;
  • L'éducation physique : au point de vue historique, scientifique, technique, critique, pratique et esthétique, Paris, Larousse,  ;
  • Précis de gymnastique rationnelle de plain-pied et à mains libres : gymnastique éducative (scolaire et militaire), gymnastique athlétique, gymnastique hygiénique de chambre, Bordeaux, C Gaulon et fils,  ;
  • De la méthode en éducation physique par le mouvement discipliné, rapport à l'Association française pour l'avancement des sciences, Imp. Empéranger, 1910 ;
  • Une œuvre nationale par les normaliennes de Pau. Le moteur humain. La mère et l'institutrice. Le témoignage des faits, 1913 ;
  • L'esprit clinique en éducation physique. Suite de Cent ans d'erreur. Rapport au congrès international de l'éducation physique de Paris, Imp. Garet & Haristoy, 1913 ;
  • Congrès national de l'éducation physique : rapports, Lyon, Léon Sézanne,  ;
  • Après le cyclone : la tâche de demain, Imp. Garet & Haristoy, 1915 ;
  • Pendant le cyclone. Causerie dans la tranchée : pour demain par aujourd'hui, Imp. Garet & Haristoy, 1915 ;
  • Ligue française de l'éducation physique, 1916 ;
  • L'éducation physique et la race : santé, travail, longévité, Paris, Groupe Flammarion, coll. « Bibliothèque de philosophie scientifique »,  ;
  • L'éducation physique rationnelle : la méthode, les maîtres, les programmes, Paris, Alcan, 1922 ;
  • L'éducation physique et la médecine : contribution au traitement de la prétuberculose pulmonaire et des maladies des voies respiratoires par la gymnastique analytique, Bordeaux, Gounouihou, 1924 ;
  • L'ombre de l'âne, 1924 ;
  • L'éducation physique et l'économie politique, 1924 ;
  • Le sport tabou : la forge de Vulcain, Pau, Revue des jeux scolaires et d'hygiène sociale, .

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La Ligue estime qu'un lendit est un concours général du muscle et que l'émulation ne peut exister sans concours, correspondance avec Pierre de Coubertin in Jean Durry, Tissié et Coubertin, à la page 82 (format pdf)
  2. Réédité à L'Harmattan, 2005, introduction de Serge Nicolas, sous le titre Les aliénés voyageurs : Le cas Albert, (ISBN 2747588696) (notice BnF no FRBNF40002822) ; en ligne sur Gallica-Bnf

Références[modifier | modifier le code]

  • Gilbert Andrieu :
  • Autres références :
  1. a et b Jean Saint-Martin 2006, p. 119-132
  2. Pierre de Coubertin, Le sport contre l'éducation physique dans la IIIe République.
  3. Claude Piard 2001, p. 43
  4. Jean Zorro 2002, p. 38
  5. a et b Claude Piard 2001, p. 76
  6. Jean Zorro 2002, p. 36
  7. Dossier Philippe Auguste Tissié dans la base de données Leonore.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gilbert Andrieu, L'éducation physique au XXe siècle, Joinville-le-Pont, Librairie du sport, (ISBN 2-90-8617-00-5, notice BnF no FRBNF35088368). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Gilbert Andrieu, La gymnastique au XIXe siècle, Joinville-le-Pont, Actio, (ISBN 2-90-6411-25-6, notice BnF no FRBNF37182088). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Claude Piard, Éducation physique et sport, Paris, L’Harmattan, (ISBN 2-7475-1744-6, notice BnF no FRBNF37716034). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean Saint-Martin, Yves Travaillot, Pierre-Alban Lebecq, Yves Morales, L'œuvre du Dr Philippe Tissié : une croisade sociale en faveur de l'éducation physique (1888-1914), Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux, (ISBN 978-2-86781-780-9)
  • Jean Saint-Martin, « Philippe Tissié ou l’éducation physique au secours de la dégénérescence de la jeunesse française (1888-1935) », Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière », no 8,‎ , p. 119-132. (lire en ligne)
  • Jean Zorro, 150 ans d'EPS, Le Havre, AEEPS, (ISBN 2-90-2568-13-4, notice BnF no FRBNF41209035). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]