Philippe Meyer (journaliste)

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Philippe Meyer
Image illustrative de l'article Philippe Meyer (journaliste)
Philippe Meyer en octobre 2015.

Naissance (69 ans)
Germersheim
Médias
Média principal Radio
Radio France Culture, France Inter

Philippe Meyer, né le à Germersheim (Allemagne), est un journaliste (plus précisément un chroniqueur), un humoriste, un écrivain, un homme de radio et de télévision français. Il animait chaque semaine La prochaine fois je vous le chanterai sur France Inter et continue d'animer L'Esprit public sur France Culture.

Biographie[modifier | modifier le code]

Études et voyages[modifier | modifier le code]

Philippe Meyer suit des études de droit et de sociologie à l'université Paris X - Nanterre à partir de 1965. Pendant ses études, il travaille comme éducateur dans un club de prévention de la délinquance juvénile à Paris. À Nanterre, il préside en novembre 1967 le comité de grève, dans lequel il parvient à rassembler des étudiants syndiqués (conduits par Yves Stourdzé et Jean-François Godchau) et non-syndiqués. En mai 68, il milite aux côtés de Paul Ricœur, figure emblématique de la réforme de l'Université, avec un groupe composé de militants d'origine chrétienne et de membres d'un comité d'action qui deviendra le mouvement « Nous sommes en marche » (1968-1972) et publiera un bulletin radical d'inspiration libertaire[1]. Après « les événements », il s’intéresse de plus en plus à la sociologie.

À l'automne 1968, grâce à une bourse de l'Office franco-québécois pour la jeunesse, il effectue un séjour de plusieurs mois au Québec pour y étudier les réponses qu’on y apporte aux questions posées par la délinquance, notamment juvénile[2]. Il se passionne pour les transformations que vit ce pays, sa chanson, son cinéma, sa littérature, sa poésie. Il se lie avec les fondateurs du Parti québécois comme René Lévesque, des cinéastes comme Denys Arcand, des syndicalistes comme Michel Chartrand ou des chanteurs comme Gilles Vigneault. Pendant 15 ans, il revient à Montréal une ou plusieurs fois par an.

Comme l'a rapporté Louis Joinet, juriste et haut magistrat, conseiller de plusieurs ministères, dans l'émission de Jean Lebrun La Marche de l'Histoire du 10 janvier 2013, Philippe Meyer est parti s'installer quelque temps au Chili pour soutenir la gauche chilienne sous la dictature d'Augusto Pinochet. Il s'était fait embaucher pour mener une étude sur la pêche[3]. Il dénonce également l'utilisation de la psychiatrie par la police dans les États communistes[2].

En 1977, sous la direction d'Annie Kriegel et de Philippe Ariès, il soutient sa thèse de doctorat, « L'Enfant et la raison d'État », une histoire et une sociologie des politiques publiques face à l'enfance irrégulière (délinquants, malades mentaux, etc.). Il est par ailleurs chercheur au Centre de santé mentale du professeur Paumelle. En 1980, en désaccord avec la réforme menée par « Alice Saunier-Seité » qui aboutit à la suppression du statuts des chercheurs « hors-statut » (indépendants), il décline une invitation à entrer au CNRS et devient journaliste[2].

Carrière de journaliste[modifier | modifier le code]

Pendant plusieurs années, il anime le Journal à plusieurs voix de la revue Esprit et collabore successivement à L'Express (1980-1986), au Point, à L'Événement du jeudi (1991-1994) et de nouveau au Point (1994-2002).

À la radio, il travaille depuis mars 1982 pour des stations de service public. Il a animé de nombreuses émissions sur France Culture, France Inter et France Musique, parfois simultanément, sur des thèmes très variés (musique classique et chansons, histoire des idées, déchiffrage de l'information, des médias et de l'actualité). On peut citer :

  • Télescopages (France Inter), de 1982 à 1989 ;
  • Allegro serioso (France Culture), diffusé le samedi à 18 h 50 dans les années 1984-1995 ;
  • Libre examen (France Culture), diffusé le samedi à 18 h 50 dans les années 1995-1998 ;
  • une chronique quotidienne (France Inter), diffusée à 7 h 45 entre 1989 et 2000 (Nous vivons une époque moderne puis Le progrès fait rage) dont il tire plusieurs livres. Il réalise aussi le portrait de l'invité politique jusqu'en octobre 1999 ;
  • depuis 1998 : L'Esprit public (France Culture) diffusée le dimanche matin entre 11 et 12 heures ;
  • La prochaine fois je vous le chanterai[4] (France Inter), diffusée le dimanche, puis le samedi de 12 h à 13 h ; émission musicale hebdomadaire où le journaliste partage avec les auditeurs sa passion et sa connaissance de la chanson, jusqu'en 2016[5] ;
  • de septembre 2010 à jullet 2014[6]: une chronique quotidienne dans Les Matins (France Culture), La Chronique du toutologue ; chaque chronique débute presque invariablement par « Auditeur sachant auditer, ça n'est pas pour me vanter, mais… » et se termine par « Le Ciel vous tienne en joie ! »[7].

À la télévision, il a animé sur M6 une émission consacrée à la musique classique de 1986 à 1988 (Revenez quand vous voulez), puis sur Arte, Anicroches. Pendant quelques mois (2000-2001), il s'est fait portraitiste de l'invité de l'émission L'Heure de vérité, développant son sens de la formule et son talent de pamphlétaire. Il a aussi collaboré à des documentaires pour la télévision, notamment le fameux De Nuremberg à Nuremberg de Frédéric Rossif, dont il a rédigé et enregistré le texte[2].

De 1984 à 2007, il est maître de conférences à Sciences Po, où il enseigne d'abord la sociologie des médias et où, à partir de 1997, il anime un séminaire consacré à Paris, son histoire et ses problématiques urbaines contemporaines. En 2016-2017, il dirige un séminaire sur Paris à l'École nationale supérieure des mines de Paris.

Acteur au cinéma (Ça commence aujourd'hui de Bertrand Tavernier, L'Affaire Picpus de Jacques Fansten) et à la télévision (série télévisée Maigret, épisodes Un échec de Maigret et Signé Picpus), Philippe Meyer interprète aussi ses propres textes sur la scène : Causerie, un monologue sur l'humour joué au théâtre Mouffetard en 1997, puis au théâtre de la Ville en 1999 ; Paris la Grande (2001), spectacle de textes et de chansons consacrés à Paris, écrit à la demande du Théâtre de la Ville[8] ; L'Endroit du cœur (avec vue sur l'envers), une pièce de théâtre sur le thème de l'absence, mise en scène par Jean-Claude Penchenat. Pour la Comédie française (Studio Théâtre), il écrit et dirige en octobre 2010 Chansons des jours avec et chansons des jours sans, puis Chansons défendues et, au Théâtre éphémère Nos meilleurs souvenirs.

Il présente sa candidature à l'Académie française pour l'élection au fauteuil 40 le 8 décembre 2011 et obtient 10 voix au premier tour, se trouvant en tête, puis passe à 3 puis 5 aux deux tours suivants, tandis que l'élection est finalement blanche[9] ; il renouvelle sa candidature au fauteuil 33 le 18 avril 2013 et réunit 8 voix contre 15 à Dominique Bona qui est élue au premier tour[10]. Il est candidat une troisième fois en 2014 au fauteuil de François Jacob[2], mais n'obtient que deux voix au troisième tour, Marc Lambron étant élu.

Engagements[modifier | modifier le code]

À 17 ans, il est séduit par Michel Rocard par son discours sur la « modernisation » et participe à ses campagnes législatives de 1967,68 et 69 et à sa campagne pour l'élection présidentielle de 1969. Il en devient l'ami et c'est Michel Rocard qui lui remettra en novembre 2012, les insignes de commandeur de la Légion d'honneur. Plus tard, il milite avec Michel Foucault au Groupe d'information des prisons, participant à son séminaire au Collège de France[2].

L'« affaire Duhamel »[modifier | modifier le code]

Le , deux des employeurs du journaliste Alain Duhamel (France Télévisions et RTL) décident de suspendre sa présence à l'antenne jusqu'à la fin de la campagne présidentielle française pour avoir exprimé, lors d'une réunion organisée à l'Institut d'études politiques de Paris devant les « Jeunes UDF », sa préférence pour François Bayrou. Philippe Meyer réagit, et s'inquiète de ce que « n'importe quel journaliste amené, comme tout le monde, à exprimer ses choix […] peut se retrouver dans la même situation ». À l'antenne de France Culture, le 25 février 2007, il appelle donc les journalistes chargés des affaires publiques à déclarer « sans haine et sans crainte pour quel candidat ils penchent ». Il ajoute « C'est en vertu de cette analyse que je déclare que, si je devais me rendre aux urnes ce dimanche, je voterais pour François Bayrou »[11]. Dans cette logique, il accepte, sans devenir membre du Modem, de prendre la tête de la liste présentée, dans le 5e arrondissement de Paris, par le mouvement de François Bayrou lors des élections municipales de 2008[12].

Les élections municipales de 2008 avec François Bayrou[modifier | modifier le code]

Le , le MoDem annonce que Philippe Meyer sera tête de liste, pour les élections municipales de 2008, dans le 5e arrondissement de Paris[12]. Il obtient 14,3 % des voix au premier tour. Le Parti socialiste ayant refusé l'alliance, il maintient sa candidature au second tour, où il réunit 10,9 % des suffrages, face à Jean Tiberi (45 %) et Lyne Cohen-Solal (44,1 %)[13]. Cette dernière lui reproche d'avoir, par son maintien, contribué à la réélection de Jean Tibéri pour un cinquième mandat de maire du 5e — alors que l'arrondissement aurait pu, à cette occasion et selon elle, changer de bord politique[14]. Lyne Cohen-Solal n'avait toutefois pas accepté l'offre de Philippe Meyer d'un accord programmatique en vue du second tour.

Associations[modifier | modifier le code]

  • Il préside l'association pour la renaissance du Vieux Palais qui a pour vocation de faire vivre ce monument emblématique d'Espalion (Aveyron) et organise à ce titre entre octobre et mai chaque année une saison musicale dont les concerts ont lieu dans plusieurs villes du département et à Aurillac (Cantal). Les concerts sont précédés et suivis d'actions pédagogiques en partenariat avec l'éducation nationale et le conservatoire départemental[15].
  • Il préside depuis 2011 les « Rencontres des cépages modestes[16] » qui ont lieu chaque année en novembre à Saint-Côme-d'Olt dans l'Aveyron, manifestation rassemblant vignerons, cavistes, œnologues, sommeliers, amateurs et curieux[17].
  • De 2006 à 2010, il préside la commission de terminologie et de néologie au ministère de la Culture[2].
  • Depuis 2014, il est président du festival international du théâtre de rue d'Aurillac, fondé en 1986 par Michel Crespin, succédant à l'ancienne ministre de la Culture Catherine Tasca[2].

Acteur[modifier | modifier le code]

Il a joué dans plusieurs films Ça commence aujourd'hui et Laissez-Passer de Bertrand Tavernier, un téléfilm Signé Picpus de Jacques Fansten et dans plusieurs pièces de théâtre[18].

Publications[modifier | modifier le code]

Essais
  • L'Enfant et la Raison d'État, Paris, Le Seuil, 1977.
  • Justice en miettes (avec Hubert Lafont), Paris, PUF, 1980.
  • Le Nouvel Ordre gendarmique (avec Hubert Lafont), Paris, Le Seuil, 1980.
  • Pointes sèches, Paris, Le Seuil, 1993, coll. Points, 152 p. (ISBN 2-02022-508-5).
  • Eaux-fortes, Paris, Flammarion, 1995; éd. poche, Paris, Hachette, coll. Le Livre de poche.
  • Démolition avant travaux, Paris, Robert Laffont, 2002; éd. poche, Paris, Pocket, 2004.
  • Brusque Chagrin, Paris, de Fallois éditeur, 2005; éd. poche, Paris, Hachette, coll. Le Livre de Poche, 2007.
  • Sanguines : Croquis politiques, Paris, Robert Laffont, 2011 (ISBN 9782221123263)[19]
Humour
  • Le communisme est-il soluble dans l'alcool ? en collaboration avec son frère A. Meyer (1978), Paris, Le Seuil, coll. Essais (ISBN 2-02004-914-7).
Recueils de chroniques
  • Heureux habitants de l'Aveyron et des autres départements français, Paris, Le Seuil, 1990.
  • Chroniques matutinales, Paris, Le Seuil, 2000.
  • Du futur faisons table rase (chroniques), Paris, Gallimard, 2000.
  • Le ciel vous tienne en joie. Chroniques du toutologue, Éditions de Fallois, 2013.
Sur la France et sur Paris
  • Dans mon pays lui-même, Paris, Flammarion, coll. Documents, 1993, 220 p. (ISBN 2-08066-825-0).
  • Paris la Grande, Paris, Flammarion, 1997; éd. poche, Paris, Gallimard, coll. Folio, 2000.
  • Un Parisien à travers Paris, Paris, Robert Laffont, 2009.
  • Les Gens de mon pays, Robert Laffont, 2014. (ISBN 978-2221137062))
Divers
  • Québec, Paris, Le Seuil, coll. Petite Planète, 1980.

Décorations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://archivesautonomies.org/spip.php?article2215
  2. a, b, c, d, e, f, g et h Guillaume Perrault, « Philippe Meyer, esprit public », Le Figaro, encart « Culture », mercredi 18 juin 2014, page 40.
  3. http://www.franceinter.fr/emission-la-marche-de-l-histoire-le-temoin-du-vendredi-louis-joinet-et-la-justice-internationale
  4. Le titre de l'émission fait référence à une pièce de théâtre homonyme de l'auteur britannique James Saunders, mise en scène par Claude Régy au théâtre Antoine en 1966.
  5. « Sur France Inter, une génération laisse la place à une autre », sur lemonde.fr, (consulté le 2 juillet 2016)
  6. http://www.franceculture.fr/emissions/la-chronique-de-philippe-meyer-13-14
  7. avec parfois d'infimes variantes, « ça n'est pas pour la (ou les) vanter », lorsqu'il évoque une femme ou un groupe de personnes ou « Le Ciel vous tienne en joie et ne vous tombe pas sur la tête », le 5 janvier 2012, après une chronique évoquant les Gaulois.
  8. disque Harmonia Mundi, Chant du Monde 2001
  9. Élection blanche au fauteuil de M. Pierre-Jean Rémy (F40) sur le site de l'Académie française.
  10. Élection de Mme Dominique BONA (F33) sur le site de l'Académie française.
  11. Patrick Roger, « Philippe Meyer presse les journalistes d'afficher leur choix », dans Le Monde, 27 février 2007.
  12. a et b « Le MoDem annonce ses têtes de listes dans les 20 arrondissements parisiens », dans Le Monde, 10 janvier 2008.
  13. Résultats officiels - Municipales 2008, sur le site du Ministère de l'Intérieur.
  14. S.R., « Cinq défaites pour Lyne Cohen-Solal », sur www.leparisien.fr, S.N.C. Le Parisien Libéré, (consulté le 19 octobre 2011)
  15. http://www.vieux-palais.org/association.php4
  16. Voir le Site officiel de la manifestation
  17. Olivier Bertrand, « Vignes de front », Libération,‎ (lire en ligne).
  18. Noël Blandin. Philippe Meyer. La république des lettres, 2 juin 2010.
  19. François Bazin, « Philippe Meyer assassine les politiques », sur http://bibliobs.nouvelobs.com, (consulté le 8 novembre 2011)
  20. « Espalion. Légion d'honneur : Michel Rocard épingle Philippe Meyer », La Dépêche du Midi,
  21. Article sur la remise de la légion d'honneur à divers journalistes en janvier 2015, sur le site d'Acrimed
  22. Décret du 2 mai 2017 portant élévation aux dignités de grand'croix et de grand officier

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Martine Delahaye, « La prochaine fois je vous le chanterai », dans Le Monde télévision, 26 mars 2005
  • Armelle Cressard, « Un dilettante éclairé », dans Le Monde, 17 janvier 1999

Liens externes[modifier | modifier le code]