Philippe Grenier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Grenier (homonymie).
Philippe Grenier
Image illustrative de l'article Philippe Grenier
Fonctions
Parlementaire français
député 1896-1898
Gouvernement Troisième République
Groupe politique Gauche radicale
Biographie
Date de naissance
Date de décès
Résidence Doubs

Philippe Grenier (Pontarlier, - Pontarlier, ) est un médecin, homme politique français et le premier député musulman de l'histoire de France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Pontarlier (Doubs), il est le fils d'Hippolyte Grenier, capitaine de cavalerie, membre de l'état-major de Napoléon III ayant servi dans les chasseurs d'Afrique à Mostaganem (Algérie), et de Marie Thiébaud, fille de Charles Thiébaud, notaire de Pontarlier. Son père meurt le alors que son fils Philippe n'a que six ans. Effectuant ses études secondaires à Besançon, il obtient son baccalauréat et fréquente la faculté de médecine de Paris de 1883 à 1890, avant de s'installer à Pontarlier où il ouvre un cabinet. Cette année-là, il rend visite à son frère cadet à Blida en Algérie, ce qui marquera le début de sa révélation pour la culture musulmane de l'Empire colonial français. Choqué par la manière dont la France maintient les Algériens musulmans dans la misère et des injustices sociales de l'époque coloniale, de retour en métropole, il se met à étudier le Coran. Quatre ans plus tard, en 1894, lors d'un deuxième voyage à Blida, il se convertit à l'islam. À la suite de sa conversion, il se rend à La Mecque à 29 ans et adopte la tenue traditionnelle des musulmans algériens : gandoura portée sous un burnous. Il se fait élire conseiller municipal de sa ville et s'intéresse aux questions d'hygiène publique et d'aide aux nécessiteux grâce à son statut de médecin[1].

C'est à la suite de la mort de l'ancien député de Pontarlier (Doubs) que le docteur Grenier décide de tenter sa chance à l'élection partielle qui est organisée. Menant une campagne électorale modeste, il devient la risée de la presse qui se moque de ses « exubérances vestimentaires ». Malgré cela, et grâce à un discours convaincant, son programme social ambitieux pour l'époque lui permet de décrocher le sésame pour le Parlement au deuxième tour avec 51 % des voix et après un coup de théâtre électoral, le . Ce jour-là, il devient le premier député musulman de l'histoire de France. Député du Doubs de 1896 à 1898, il est la curiosité de la presse de l'époque, très mal renseignée sur les us et coutumes musulmanes. La presse l'accuse tantôt de posséder un harem, tantôt de baiser le tapis de l'entrée de l'Assemblée nationale ou encore de se laver continuellement les pieds[1].

Sur le conseil de Jean Jaurès, il devient le « député des musulmans de France », il se rend souvent en Algérie pour le besoin d'enquêtes parlementaires. La plupart de ses propositions portaient sur l’amélioration du sort des sujets musulmans de la France en Algérie, mettant en garde de manière prophétique contre les risques de « troubles très graves » en Algérie si on continuait à ignorer ses propositions. À la suite de ses prises de position éthiques et de son combat pour la respectabilité de l'islam français, les électeurs de Pontarlier l’accusent d'oublier d'où il vient et qui il représente à l'Assemblée[2].

Médecin et musulman, il entend lutter contre l'alcoolisme. Mais sa proposition de loi sur la diminution du nombre des débits de boisson et la taxation des liqueurs pour financer la création d'une armée indigène sur le territoire métropolitain — sa principale priorité étant la défense nationale —, alors que la fameuse absinthe de Pontarlier[3] fait vivre tout le pays du Haut-Doubs, contribue au mécontentement de son électorat[4]. En mai 1898 il est battu à l’élection, et de nouveau en 1902. Après ce double échec, il décide de quitter la politique. Il s'éteint à Pontarlier à l'âge de 78 ans, le . Quelques mois plus tard, comme un clin d'œil du destin, c'est une unité de tirailleurs algériens qui libère Pontarlier des armées allemandes. Un collège, une rue et la mosquée de Pontarlier portent son nom[1].

Sa conversion à l'islam s'inscrit dans un contexte de représentation du colonisé, avec notamment les expositions coloniales. Ainsi son histoire personnelle religieuse a-t-elle été l'objet d'une chanson qui la tournait en dérision : Toujours kif-kif bourrico[5].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bruno Fuligni, La Chambre ardente. Aventuriers, utopistes, excentriques du Palais-Bourbon, Paris, 2001.
  • « Philippe Grenier », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Gaston Monnerville, premier Français noir élu sénateur en métropole (après avoir été député de Guyane) et devenu président du Sénat, en 1958.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Documentaire « La fée verte et le burnous. Philippe Grenier, de Blida à Pontarlier », de Anaïs Kien et Véronique Samouiloff, émission La Fabrique de l'histoire, 20 mars 2012.
  2. Préface de Sadek Sellam du livre "Le Dr Philippe Grenier (1865-1944), député musulman de Pontarlier en décembre 1896", éditions Alfabarre.« Le Dr Philippe Grenier (1865-1944), député musulman de Pontarlier en décembre 1896 », uam93.com,‎ (consulté le 2 mars 2016)
  3. La première distillerie française d'absinthe naît à Pontarlier en 1805 ; en 1900, vingt-cinq distilleries emploient 3 000 des 8 000 Pontissaliens, faisant de la commune la capitale de l'absinthe.
  4. Bruno Fuligni, La Chambre ardente. Aventuriers, utopistes, excentriques du Palais-Bourbon, Éditions de Paris Max Chaleil, 2001.
  5. Gilles Manceron, Marianne et les colonies, éd. La Découverte, Paris, 2003.

Liens externes[modifier | modifier le code]