Philippe Grenier

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Philippe Grenier
Image illustrative de l'article Philippe Grenier
Fonctions
Député français

(1 an 5 mois et 11 jours)
Groupe politique Gauche radicale
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Pontarlier
Date de décès (à 78 ans)
Lieu de décès Pontarlier
Résidence Doubs

Philippe Grenier, né à Pontarlier le et mort dans la même ville le , est un médecin et homme politique français, notamment le premier député musulman de l'histoire de France[1],[2],[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Pontarlier (Doubs), il est le fils d'Hippolyte Grenier, capitaine de cavalerie, membre de l'état-major de Napoléon III ayant servi dans les chasseurs d'Afrique à Mostaganem (Algérie), et de Marie Thiébaud, fille de Charles Thiébaud, notaire de Pontarlier. Son père meurt le alors que son fils Philippe n'a que six ans. Effectuant ses études secondaires à Besançon, il obtient son baccalauréat et est étudiant de la faculté de médecine de Paris de 1883 à 1890, avant de s'installer à Pontarlier où il ouvre un cabinet. Cette année-là, il rend visite à son frère cadet à Blida en Algérie française, ce qui marquera le début de sa révélation pour la culture musulmane de l'Empire colonial français. Choqué par la manière dont la France maintient les Algériens musulmans dans la misère et des injustices sociales de l'époque coloniale, de retour en métropole, il se met à étudier le Coran. Quatre ans plus tard, en 1894, lors d'un deuxième voyage à Blida, il se convertit à l'islam. À la suite de sa conversion, il se rend à La Mecque à 29 ans et adopte la tenue traditionnelle des musulmans algériens : gandoura portée sous un burnous. Il se fait élire conseiller municipal de sa ville et s'intéresse aux questions d'hygiène publique et d'aide aux nécessiteux grâce à son statut de médecin[4].

Plaque commémorative signalant la résidence de Philippe Grenier à Pontarlier.
Le docteur Grenier, député de Pontarlier (gravure d'après une photographie de Pierre Petit, 1897).

C'est à la suite de la mort de Dionys Ordinaire[5], l'ancien député de Pontarlier (Doubs), que le docteur Grenier décide de tenter sa chance à l'élection partielle qui est organisée. Menant une campagne électorale modeste, il devient la risée de la presse qui se moque de ses « exubérances vestimentaires ». Malgré cela, et grâce à un discours convaincant, son programme social ambitieux pour l'époque lui permet de décrocher le sésame pour le Parlement au second tour avec 51 % des voix et après un coup de théâtre électoral, le . Ce jour-là, il devient le premier député musulman de l'histoire de France. Député du Doubs de 1896 à 1898, il est la curiosité de la presse de l'époque, très mal renseignée sur les us et coutumes musulmanes. La presse l'accuse tantôt de posséder un harem, tantôt de baiser le tapis de l'entrée de la Chambre des députés ou encore de se laver continuellement les pieds[4].

Sur le conseil de Jean Jaurès, il devient le « député des musulmans de France », il se rend souvent en Algérie française pour le besoin d'enquêtes parlementaires. La plupart de ses propositions portaient sur l’amélioration du sort des sujets musulmans de la France en Algérie, mettant en garde de manière prophétique contre les risques de « troubles très graves » en Algérie si on continuait à ignorer ses propositions. À la suite de ses prises de position éthiques et de son combat pour la respectabilité de l'islam français, les électeurs de Pontarlier l'accusent d'oublier d'où il vient et qui il représente à la Chambre des députés[6].

Médecin et musulman, il entend lutter contre l'alcoolisme avec une proposition de loi sur la diminution du nombre des débits de boisson et la taxation des liqueurs pour financer la création d'une armée indigène sur le territoire métropolitain — sa principale priorité étant la défense nationale. Mais la fameuse absinthe de Pontarlier fait vivre tout le pays du Haut-Doubs (la première distillerie française d'absinthe naît à Pontarlier en 1805 ; en 1900, vingt-cinq distilleries emploient 3 000 des 8 000 Pontissaliens, faisant de la commune la capitale de l'absinthe), et cette proposition de loi contribue au mécontentement de son électorat[7]. En , il est battu à l'élection, et de nouveau en 1902. Après ce double échec, il décide de quitter la politique. Il s'éteint à Pontarlier à l'âge de 78 ans, le . Quelques mois plus tard, comme un clin d'œil du destin, c'est une unité de tirailleurs algériens qui libère Pontarlier des armées allemandes[pertinence contestée][style à revoir]. Un collège, une rue et la mosquée de Pontarlier portent son nom[4].

Sa conversion à l'islam s'inscrit dans un contexte de représentation du colonisé, avec notamment les expositions coloniales. Ainsi son histoire personnelle religieuse a-t-elle été l'objet d'une chanson qui la tournait en dérision : Toujours kif-kif bourrico[8].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Philippe Grenier », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]
  • Robert Fernier, Docteur Philippe Grenier : Ancien député de Pontarlier, Pontarlier, Faivre-Verney, , 87 p. ; rééd. Alfabarre (ISBN 978-2-35759-072-4)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bruno Fuligni, La parlotte de Marianne : l'argot des politiques, Paris, Horay, coll. « Cabinet de curiosités », , 268 p. (ISBN 978-2-7058-0467-1), p. 33.
  2. « Bientôt une école primaire musulmane à Reims ? », sur L'Union.fr,‎ (consulté le 25 mai 2016).
  3. « Docteur Philippe Grenier, premier député musulman de France élu en 1896 », sur Oumma.com,‎ (consulté le 25 mai 2016).
  4. a, b et c Anaïs Kien et Véronique Samouiloff, « La fée verte et le burnous. Philippe Grenier, de Blida à Pontarlier », émission La Fabrique de l'histoire, 20 mars 2012.
  5. Philippe Godard, « Philippe Grenier, le député musulman de Pontarlier », Migrations à Besançon : Histoire et mémoires, sur besancon.fr.
  6. Préface de Sadek Sellam dans la réédition de Fernier, op. cit. par Alfabarre [lire en ligne].
  7. Bruno Fuligni, La Chambre ardente : Aventuriers, utopistes, excentriques du Palais-Bourbon, Paris, Éditions de Paris-Max Chaleil, coll. « Essais et documents », , 244 p. (ISBN 2-84621-008-X).
  8. Gilles Manceron, Marianne et les colonies, Paris, La Découverte et Ligue des droits de l'homme, , 317 p. (ISBN 2-7071-3879-7).

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Gaston Monnerville, premier Français noir élu sénateur en métropole (après avoir été député de Guyane) et devenu président du Sénat, en 1958.

Liens externes[modifier | modifier le code]