Philippe Favier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Favier.
Philippe Favier
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Naissance
Nationalité
Activité
Formation
Distinction
Œuvres réputées

Philippe Favier, né le à Saint-Étienne, est un artiste peintre et graveur, spécialisé dans les miniatures et les petits formats en noir et blanc. Il est également scénographe (opéra et danse).

Il a réalisé de très grands formats en couleur exposés pour la première fois au musée national du jeu de Paume à Paris en 1995.

Il utilise divers matériaux tels les boîtes de sardines exposées au musée d'art moderne de Saint-Étienne, aussi bien que la cartoline, le papier Ingres, les ardoises, les cartes de géographie ou les photographies, ainsi que diverses techniques : pointe-sèche, eau-forte, émail sur verre, encre de Chine ou encore les collages.

Lauréat des prix de Rome de peinture et de gravure en 1985, remarqué dès ses premières expositions par la critique, il n'a pas été influencé par un courant quelconque, trouvant lui-même une voie originale. Éric Holder écrit

« qu'il est arrivé tout fait sur la scène artistique, sans tâtonnements. Dès sa première exposition de 1981, des critiques avertis comme Marcelin Pleynet ont flairé ce qu'on appelle d'ordinaire le talent […] et dont la maturité ira grandissant[1]. »

Il a également participé à de nombreux ouvrages : En territoire cheyenne avec Éric Chevillard (2009), Ana (2003), Géographie à l'usage des gauchers (2005), Les Chiens errants de Bucarest avec Lionel Bourg (2002).

Depuis 2012, son travail est documenté sur le Réseau documents d'artistes.

Parcours artistique[modifier | modifier le code]

Formation et premiers travaux 1979-1980[modifier | modifier le code]

Dessinateur de presse en 1977 à L'Hebdo de Saint-Étienne, il devient infirmier à l'hôpital psychiatrique Saint Jean Bonnefonds de la même ville et il suit en même temps des cours du soir pour préparer son baccalauréat qu'il obtient en 1979[2]. Il s'inscrit alors à l'école régionale des beaux-arts de Saint-Étienne où il a notamment comme professeurs Bernard Ceysson, Daniel Abadie, Jean-Marc Scanreigh[2].

D'abord influencé par l'art conceptuel et le land art, il abandonne très vite cette voie pour réaliser de petits dessins au stylo à bille qu'il découpe et fixe directement sur le mur, dont il dit que ces dessins étaient « […] en réaction avec ses travaux précédents[3]. »

Selon Éric Holder, le jeune Favier qui a passé son enfance dans la mercerie de ses parents à jouer seul avec les cartons et les rubans, est mal fait pour l'enseignement traditionnel[4]. « Ses miniatures découpées et collées directement contre le mur sont la marque d'une détermination farouche à entrer dans un univers qui ne connaît ni d'influences, ni d'équivalences[1]. » Holder remarque aussi que « les très nombreuses expositions qui lui seront consacrées par la suite à Tokyo, Madrid, ou aux États-Unis, garderont la trace de ses premiers travaux au stylo à bille[1] »

1981-1984[modifier | modifier le code]

Après une première exposition à la galerie Napalm de Saint Étienne, Favier est sélectionné par Suzanne Pagé pour participer à l'exposition Ateliers 81-82 au musée d'art moderne de la ville de Paris, qui présente aussi Jean-Michel Alberola et Robert Combas[3], Bernard Ceysson présente la première exposition personnelle de Favier au musée d'art et d'industrie de Saint-ÉtienneGilbert Lascault entreprend une analyse des miniatures en papier découpé: « […] il peint des œuvres qui visent à égayer des espaces, à perturber la régularité d'un mur, non pas à l'occuper ou à quadriller[5]. »

Le jeune artiste avait déjà été remarqué par Marcelin Pleynet à la galerie N.R.A[note 1] à Paris, quelques mois plus tôt[3].

De 1981 à 1984, il participe à un grand nombre d'expositions : Biennale de Paris, ELAC de Lyon[note 2], et en 1984, il est sélectionné par Daniel Abadie pour la Biennale de Venise avec onze autres artistes français pour l'exposition Peinture en France au Palazzo Sagredo (Ca' Sagredo), non loin de la Ca' d'Oro[6].

1985-1990[modifier | modifier le code]

En 1985 la manufacture nationale de Sèvres édite une assiette avec le décor Les Petits Singes en or imprimé sur fond blanc, de Philippe Favier (qui avait présenté huit projets pour cette commande). Cette année-là l'artiste inaugure une technique nouvelle : l'émail à froid sur verre. Les dessins sont réalisés sur des couvercles de boîtes de sardine ou sur des morceaux de verre cassés de très petits formats[7]. Lauréat des prix de Rome de peinture et de gravure en 1985, il est censé résider à la Villa Médicis pendant deux ans. Il en partira au bout de sept jours, expliquant dans une lettre du 3 février 1986 qu'il ne peut revenir pour des raisons de santé[7]. En réalité, Favier a horreur de sortir de chez lui ainsi qu'il le confie à Françoise-Claire Prodhon dans le mensuel Flash-Art[8]. Mais il retournera plusieurs fois pour de courts séjours à la villa Médicis avant de la quitter définitivement. Son séjour est ainsi évalué à six mois selon Henri François-Debailleux[9]. Évoqué lors d'une entrevue avec Thierry Ardisson du 31 mars 1900 de la série Lunettes noires pour nuits blanches, dont la vidéo est conservée dans les archives de l'INA, ce séjour est ramené à trois mois[10]

1986, est une année faste pour l'artiste qui est reconnu aux États-Unis : la revue Eighty Magazine[note 3] consacre son numéro de janvier-février (no 11) à Martial Raysse et Philippe Favier[11]. Quelques mois plus tard les travaux de Favier sont présentés au Musée Solomon R. Guggenheim de New York dans une exposition collective intitulée « Angle of vision. French art today[12] ». Il est remarqué par le critique d'art John Russell du New York Times qui écrit : « Favier travaille dans le petit, le très petit, le si petit que dans un cadre moins édifiant que celui du Guggenheim, on en viendrait à prendre ses œuvres pour un exemple de négligé domestique (…) ses œuvres sont posées à même le mur[13]. » L'exposition collective est suivie en décembre de la même année d'une exposition personnelle à la galerie Farideh Cadot de New York. Elle est constituée pour l'essentiel de pièces de verre, cassées ou non cassées[12].

Tout en enseignant à temps partiel à l'École régionale des beaux-arts de Saint Étienne, Favier expose dès 1987 à la galerie Yvon Lambert de Paris une série de peintures sur verre intitulées Parisiana qu'il a réalisées en hommage à son père disparu, qui tenait avec sa mère les samedi et dimanche un dancing (le Parisiana) dans les environs de Saint-Étienne[2]. Parisiana est un ensemble de boîtes de sardines peintes qui forment une sorte d'abécédaire du lexique visuel de l'artiste selon Françoise-Claire Proudhon[14].

La première grande rétrospective de ses œuvres a lieu en Finlande, au Nordic art center de Helsinki, en mai 1988[15].

En 1989, Favier change de format avec une technique différente : il utilise la peinture et l'encre sérigraphique sur des panneaux de cartoline[note 4] de 160 × 120 cm, de grands formats qui semblent très différents des miniatures, et que l'artiste continuera à réaliser parce que « c'est un travail debout au lieu que d'être assis, ce qui est pour moi un énorme changement[16]. »

« Hooloomooloo » et les années 1990[modifier | modifier le code]

« Hooloomooloo » est le titre d'une série d'eaux fortes sur cuivre, de forme circulaire, dont les titres diffèrent. Ces œuvres ont en commun la circularité, le format, et sans doute aussi la symbolique du rond comme lieu de rassemblement ainsi que l'explique Éric Holder

« Nous savons maintenant — grâce à Favier — ce que c'est un Whooloomooloo : lieu de rassemblement aborigène à l'entour de Sydney, il peut être mouvant et tenu secret. Nous n'ignorons plus désormais la formule propitiatoire et prononcée à mi-voix, à laquelle il convient d'ajouter (…) l'ébauche d'un sourire destiné à faire fuir l'effrayante vacuité, selon ses propres mots : « la perte de connaissance ». Hoololoomooloo-oo-oh! et les enfants rythmeront sur des tambours de fortune(…)[17]. »

Ce sont des miniatures réalisées à peu près toutes la même année (1996), d'autre retouchées par la suite comme Hooloomooloo rehaut au stylo à bille sur eau-forte sur cuivre, diamètre 12,5 cm (atelier René Tazé, 1 exemplaire)[18], Épouvantail (Hooloomooloo), eau-forte sur cuivre diamètre 12,5 cm, atelier Tazé, édition galerie La Hune-Brenner, 14 exemplaires[19] Hooloomooloo II, eau-forte sur cuivre diamètre 12,5 cm, atelier Tazé, édition galerie La Hune-Brenner, 14 exemplaires[20], Il faut savoir prendre sur soi! un asticot Hooloomooloo, eau-forte sur cuivre tirage réhaussé sur papier Arche noir[21] Mortadella Stella(Hoolloomoooloo) eau-forte sur cuivre tirage réhaussé sur papier Arche noir[22]Il faut savoir prendre sur soi! un asticot Hooloomooloo 1[22], eau-forte sur cuivre, Il faut savoir prendre sur soi! un asticot Hooloomooloo 2, même format même technique[23] Mystère vain (Hooloomooloo), mêmes dimensions, mêmes tirages. Quelques chose comme de la patience (Hooloomooloo), eaux forte sur cuivre réhaussé sur papier Ingres couleur[24].

Ce mystérieux « Hooloomooloo » est issu d'un mot aborigène de Sydney Australie, dont l'origine et l'orthographe restent floues. Selon les premiers écrits de l'anthropologue J.D. McCarthy en 1946, Woolloomooloo (sans h) serait une déformation de Wallamullah, signifiant soit lieu de rassemblement, soit petit kangourou noir (Wallabahmullah)[25]. On ignore où Favier est allé pêcher ce détail confidentiel. On sait seulement qu'il lit beaucoup et s'intéresse à tout[26].

En 1996, Favier est exposé au musée du Jeu de Paume en même temps que l'artiste catalan Miquel Barceló (Favier au premier étage, Barceló au rez—de-chaussée) bien que les deux artistes n'aient aucun rapport comme le souligne Olivier Cena : « En même temps — on ne sait trop pourquoi —, se tient une exposition consacrée au peintre catalan Miquel Barceló[27]. » Pour l'occasion, il collabore une seconde fois avec la manufacture nationale de Sèvres et décore un ensemble de 15 vases, vendu pendant l'exposition.

Philippe Favier a également produit de très grands formats circulaires ou rectangulaires dont une partie de la série Iflomène est la propriété de la Société générale. La Légende d’Iflomène 1996, diamètre 150 cm peinture et gravure à la main sur verre[28], La Légende d’Iflomène, partie II, 1996, 150 × 252 cm, peinture et gravure à la main Collection Société Générale[29], La Légende d’Iflomène, partie III 1996 150 × 252 cm, peinture et gravure à la main sur verre. Collection Société générale[30] La Légende d’Iflomène, partie IV, 1996, peinture et gravure à la main sur verre 149,5 × 240 cm. Collection Société générale[31]

La production de Philippe Favier est énorme. La même décennie voit naître ses écrits en même temps que la série des Micro-climats[32]

Voyage en Faviérie années 2000[modifier | modifier le code]

Le titre de cette section est celui choisi par Éric Holder pour présenter le catalogue des 191 œuvres de l'artiste exposées du 21 novembre au 31 décembre 2000 dans la crypte du site Richelieu de la BNF. Le titre de l'exposition : Philippe Favier, dès l'équilibre est aussi le titre du catalogue édité par les Cahiers intempestifs de Saint-Étienne. Il s'agit essentiellement de mettre en valeur travail de graveur, qui, selon Marie-Hélène Gatto « tout en mettant en œuvre des moyens relativement rudimentaires, est, pour Favier, un lieu de liberté et de recherches raffinées où la cruauté est contrebalancée par l'humour, et la dérision, et où l'étrangeté et l'excentricité apparaissent cependant familières[33]. »

Favier aborde aussi l'écriture, le dessin, la sculpture. Ses œuvres sont confiées actuellement à la galerie Guy Bärtschi de Genève[34].

Il réalise une nouvelle fois en collaboration avec la manufacture nationale de Sèvres le service de table dit « du Millénaire », avec des décors en or sur fond bleu de Sèvres, et destiné aux dîners d'apparat de la présidence de la République au palais de l'Élysée.

Œuvres (sélection)[modifier | modifier le code]

  • Champ de choux-fleurs à Chambourcy, 1981, encre de Chine, stylo-bille sur papier découpé collé sur panneau, 11 × 22 cm (surface de collage), Musée d'art de Toulon.
  • P.I.L.I. (plan indicateur lumineux d'itinéraire), 2000, est installée dans la station de métro Pyramides de la ligne 14.

Sélection d'expositions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. galerie Nicole Rousset-Altunian
  2. Établissement lyonnais d'art contemporain devenu Espace lyonnais d'art contemporain
  3. qui deviendra par la suite la revue Ninety
  4. la cartoline est un papier à dessin

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Holder et al 2000, p. 15
  2. a, b et c Collectif Genève, Saint-Étienne, Paris 1995, p. 129
  3. a, b et c Collectif Genève, Saint-Étienne, Paris 1995, p. 130
  4. Holder et al 2000, p. 14
  5. Gilbert Lascault, « Philippe Favier, le choix du minuscule », texte publié dans le catalogue de l'exposition par le musée d'art et d'industrie en 1982.
  6. Collectif Genève, Saint-Étienne, Paris 1995, p. 132
  7. a et b Collectif Genève, Saint-Étienne, Paris 1995, p. 133
  8. New York, avril 1985, p=69
  9. Article paru dans le journal Libération du 19 avril 1996, p. 26, à l'occasion de son exposition à la galerie nationale du jeu de Paume de 1996
  10. l'Interview pinceau : Philippe Favier : Lunettes noires pour nuits blanches du 31 mars 1990
  11. voir la revue Eighty
  12. a et b Collectif Genève, Saint-Étienne, Paris 1995, p. 137
  13. The New York Times, 12 octobre 1986, p=31
  14. citée par Collectif Genève, Saint-Étienne, Paris 1995, p. 138
  15. citée par Collectif Genève, Saint-Étienne, Paris 1995, p. 157
  16. citée par Collectif Genève, Saint-Étienne, Paris 1995, p. 141
  17. Holder et al, p. 38
  18. Holder et al, p. 6 et 220
  19. Holder et al, p. 11 et 220
  20. Holder et al, p. 20 et 220
  21. Holder et al, p. 444 et 220
  22. a et b Holder et al, p. 54 et 220
  23. Holder et al, p. 55 et 220
  24. Holder et al, p. 56 et 220
  25. J.D. McCarthy dans NSW aboriginal places cité par Farwell Johnson 1971, p. 29-35
  26. Holder et al, p. 13
  27. Olivier Cena, Télérama n° 2410 du 20 mars 1996, p. 74.
  28. voir Iflomène
  29. Iflomène II
  30. voir Iflomène III
  31. Voir Iflomène IV.
  32. Voir les Micro-climats.
  33. Marie-Hélène Gatto dansHolder et al, p. 196
  34. Voir Favier 2000.
  35. En même temps que le peintre catalan Miquel Barceló.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif Genève, Saint-Étienne, Paris 1995, Philippe Favier, Paris, galerie du Jeu de paume, Réunion des musées nationaux, , 171 p. (ISBN 2-908901-43-9)
  • Éric Holder, Marie-Hélène Gatto, Bernard Gheerbrant, Philippe Favier, dès l'équilibre, Saint-Étienne, Éditions des Cahiers intempestifs, , 225 p. (ISBN 2-911698-15-0)
  • Daniel Abadie, Dominique Tonneau-Ryckelynck, Philippe Favier, gravures 1981-1990, Paris, Centre national des arts plastiques, Direction régionale des affaires culturelles, Musée de Gravelines, Galerie la Hune, , 168 p.
    ce catalogue raisonné fait l'inventaire de toutes les gravure de Philippe Favier produites dans la période mentionnée. Elles ont été exposées successivement à Gravelines, Carcassonne, Paris. L'ouvrage est cité par Olivier Cena dans Télérama N° 2010, du 18 avril 1990, p.21
  • George Farwell, Jean Johnson, Woollomooloo, New South Wales, Sydney, Hodder and Stoughton, , 165 p. (ISBN 0-340-15777-1)
  • Philippe Favier, musée d’art et d’industrie, texte de Gilbert Lascault, 1982
  • Philippe Favier, villa Arson, 1988
  • Philippe Favier : gravures 1981-1990, 1990
  • Les Iles vagues, Biennale de Venise, 1994
  • Betty, centre d’art contemporain, Saint-Priest, 1994
  • Philippe Favier, catalogue de la rétrospective du Jeu de Paume, 1996
  • Philippe Favier, Abracadavra-AFAA, 2001
  • Ana, Fata Morgana, 2003
  • Ballets russes et compagnies, Gallimard, 2011
  • d'art et de culture, Couverture du magazine, numéro 18 (été 2012)

Liens externes[modifier | modifier le code]