Philipp Schmitt

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Philipp Schmitt
Philipp Johann Adolf Schmitt
Naissance
Bad Kissingen
Décès (à 47 ans)
Hoboken (Belgique)
Origine Allemagne
Grade SS-Sturmbannfuehrer collar.svg SS-Sturmbannführer
Années de service 1919-1945
Commandement Camp de regroupement de Malines, Fort de Breendonk
Conflits Seconde Guerre mondiale

Philipp Johann Adolf Schmitt, né le à Bad Kissingen et mort le à Hoboken (Anvers), est un criminel de guerre allemand, commandant du fort de Breendonk et du camp de rassemblement de Malines. Il fut la dernière personne et le seul Allemand à être exécuté en Belgique.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Philipp Schmitt naquit à Bad Kissingen dans une famille de moyenne bourgeoisie. Il étudia à l'école secondaire jusqu'en 1918 puis fit son apprentissage comme employé de banque. En 1919, il rejoignit un Corps franc bavarois où se formèrent ses opinions d'extrême droite. Il devint membre du Corps franc Oberland (Freikorps Oberland) entre 1922 et 1923 puis de nouveau entre 1925 et 1930 ; il s'agit d'un de ces groupes d'extrême-droite qui participèrent au putsch manqué de la Bierhalle organisé par Hitler le . Schmitt fut condamné à trois reprises à ce moment-là pour coups et blessures. Il occupa par la suite divers emplois mais brièvement car il ne put en conserver aucun.

Il rejoignit le parti nazi, le NSDAP, en , mais cessa de payer sa cotisation après . Quand l'étoile d'Hitler recommença brusquement de briller après les élections de septembre 1930, Schmitt revint au parti en même temps qu'il devenait membre de la SA. À la fin , il rejoignit la SS (numéro de membre : 44291). Son comportement « exemplaire » au sein de l'organisation ne passa pas inaperçu et, en , il avait déjà été promu SS-Untersturmführer, puis SS-Obersturmführer en . En 1936, il fut muté au SD Hauptamt, le service de renseignement du parti à Berlin. Il devint chef de section et promu, le , SS-Hauptsturmführer (i.e. capitaine). Sa tâche principale était de rédiger des rapports politiques. Le il épouse Ilse Birkholz en accord avec l'Heiratsbefehl d'Himmler (ordonnance sur le mariage selon des critères raciaux).

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Peu de temps avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il fut muté à Wiesbaden où on le chargea du maintien de l'ordre sur les travaux de voirie de l'Organisation Todt. Peu après la conquête de la Belgique, le , il fut nommé SS-Sturmbannführer du SD à Bruxelles. On lui confia le même mois le fort de Breendonk qu'il avait pour mission d'aménager en camp.

Il resta commandant de ce camp jusqu'en . Il soumettait les prisonniers à un régime si brutal qu'il inspirait à tous la terreur. Sa conduite était si abominable que ses collègues en arrivaient à l'éviter quand il se rendait à Bruxelles en visite de travail (il est vrai que les déclarations d'après-guerre ne sont pas toujours fiables). Il avait la réputation de lâcher sur les prisonniers, Lump, son inséparable berger allemand. Lui-même ne se livrait que rarement à la violence, à moins qu'il ne fût pris de boisson ou sous morphine, ce qui arrivait assez souvent, mais il confiait ce soin à son chien, et surtout, à son second, le SS-Untersturmführer, Arthur Prauss (nl), particulièrement brutal.

Lorsque la caserne Dossin à Malines fut convertie en camp de rassemblement pour juifs (Judensammellager), Philipp Schmitt en fut également nommé commandant en . À partir de ce camp, plus de 25 000 personnes, surtout des Juifs, ont été déportées vers le camp d'extermination d'Auschwitz. Mais il fut suspendu en du fait qu'il avait profité de son grade d'officier SS pour mettre en place un commerce clandestin avec les juifs. Cela lui valut une violente réprimande de la part du général SS Ernst Kaltenbrunner, devenu chef de la RHSA (Office central de la sécurité du Reich) après l'assassinat de Reinhard Heydrich.

Le grand plaisir de sa femme, Ilse Birkholz, était d'observer les prisonniers tous nus pendant qu'ils prenaient leur douche ou même de les regarder faire leurs besoins au-dessus du grand tonneau qui servait à tous pour cet usage. Elle ne fut toutefois pas inquiétée après-guerre.

En , Philipp Schmitt finit par être démis de ses fonctions de commandant du camp par son supérieur, Ernst Ehlers, et fut remplacé par Karl Schönwetter.

En , après un bref congé de maladie à Willebroek, il retourna au Reichssicherheitshauptamt d'où il fut envoyé au Danemark où il servit (sous le pseudo de "Römer") dans une unité d'infiltration anti-terroriste, la Aarhus-division du « Peter-Gruppe ». Sa responsabilité a été engagée dans le meurtre de quatre combattants de la résistance danoise. Pendant ce temps, son épouse travaillait à la Gestapo berlinoise. Lors de combats ultérieurs, Schmitt fut encore blessé à la jambe par des tirs d'artillerie américains au cours d'un affrontement près de Ruremonde.

Arrestation et jugement[modifier | modifier le code]

Philipp Schmitt fut arrêté aux Pays-Bas en 1945. Incarcéré à la prison de Rotterdam, il avait été reconnu par Paul Lévy, ancien détenu de Breendonk. Le , il est extradé en Belgique et sera détenu à l'endroit même où il sévit des années durant en tant que commandant. Quelques anciens prisonniers du camp de Breendonk ne se privèrent pas de l'humilier à son tour. La cour martiale d'Anvers le poursuivit pour, entre autres exactions, 83 meurtres perpétrés à Breendonk tandis qu'il en était le commandant. Le procès débuta le . La cour martiale rendit son verdict le  : la mort. Ce procès avait été différé longtemps en raison du fait qu'au sortir de la guerre, la loi belge ne prévoyait pas qu'un soldat allemand pût être jugé par une juridiction belge. Un pourvoi en cassation ayant été rejeté, le recours en grâce qu’il avait adressé au Roi ayant été rejeté le , la sentence du tribunal militaire fut maintenue et Philippe Schmitt fut exécuté dans l'ancienne boulangerie militaire d'Hoboken, le à h du matin par un peloton d'exécution composé de gendarmes. Philippe Schmitt fut le seul dignitaire nazi à être jugé en Belgique et sera le dernier condamné à mort effectivement exécuté en Belgique.

Durant tout son procès il garda cette attitude ironique, arrogante, méprisante, insultante et, pareil à lui-même et à d’autres criminels dans son cas, répondit aux témoignages de 1 472 ex-détenus de Breendonk : «… toutes ces histoires sont des « fables d’atrocités (greuelmärchen)… ». M. Paul Lévy qui, jusqu’au-bout avait voulu croire à un repentir, à l’ombre d’un remords, le qualifia finalement de : « criminel doctrinal » qui mettait sa conscience à l’aise lorsqu’il torturait et assassinait en se disant que c’était son devoir et que tout son honneur était sa fidélité.

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mark Van den Wijngaert, Patrick Nefors, Olivier Van der Wilt, Tine Jorissen, Dimitri Roden, Les Bourreaux de Breendonk, Bruxelles, Racine, (ISBN 978-2-87386-777-5)

Articles connexes[modifier | modifier le code]