Peuple et culture

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Peuple et culture est un réseau d'associations d'éducation populaire.

Fondé au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le réseau défend le droit à l'éducation et à la culture pour tous et tout au long de la vie.

Les principaux fondateurs sont Joffre Dumazedier, Bénigno Cacérès, Paul Lengrand, Joseph Rovan.

Historique[modifier | modifier le code]

À la dissolution de l'École des cadres d'Uriage par Pierre Laval en 1942, des stagiaires se sont réorganisés pour se regrouper en "équipes volantes" qui vont de maquis en maquis pour former les jeunes résistants, la plupart ouvriers et paysans. Ces hommes et ces femmes croient au pouvoir qu'ont la pensée, la philosophie, l'histoire, la poésie, le théâtre, le chant et les arts de nourrir la résistance à la domination. Ils rêvent de rendre "la culture au peuple et le peuple à la culture".

C’est en 1943 et 1944, dans les maquis du Vercors, que Joffre Dumazedier conçoit un mouvement d’éducation populaire reprenant l’élan initial de 1936. Le 22 août 1944, le Comité départemental de Libération, fondé dans le Vercors, s’installe à la préfecture de l’Isère, et le 4 septembre de la même année, Dumazedier est nommé Secrétaire général de la commission Education de celui-ci. Il présente le 3 novembre, avec Paul Lengrand, un ambitieux rapport demandant que la commission se transforme en mouvement Peuple et Culture, s’étendant d’ores et déjà en Haute-Savoie. Il s’agit d’institutionnaliser, de donner un cadre et des perspectives aux animateurs des équipes volantes qui, pendant la nuit de l’occupation, sont allés dans les maquis porter leur message d’espoir dans l’élaboration d’une culture nouvelle, inscrite dans un plan d’éducation des masses, porteur des volontés de la société française. Des contacts sont pris avec Jean Guéhenno, devenu le 1er septembre, directeur de la Jeunesse et de l’Education populaire, et qui fut en 1936 une forte conscience de la vie intellectuelle pour le partage de la culture. Nommé inspecteur de l’Education populaire, bousculant les administrations et associations intronisées, Dumazedier dépose avec son équipe les statuts de l’association en février 1945 et l’agrément du ministère de l’Education nationale est acquis le 10 août 1945.

L’objectif des fondateurs de Peuple et Culture est clairement affirmé dans un manifeste rédigé cette même année 1945. Il s’agit de “rendre la culture au peuple et le peuple à la culture”. Héritiers des soldats de l’An II et du Front populaire, de Condorcet et du Malraux de la guerre d’Espagne, les militants mettront en place, avec l’appui d’un État rénové, les institutions susceptibles de créer cette culture populaire qui ne saurait qu’être une culture commune à tout un peuple, commune aux intellectuels, aux cadres, aux masses. “Elle n’est pas à distribuer. Il faut la vivre ensemble pour la créer…”. À l’issue de la longue nuit de l’Occupation, la Nation doit retrouver son unité et s’engager dans la bataille de la modernisation. Il s’agit désormais de faire entrer dans les faits le programme d’action du Conseil national de la Résistance en contribuant à la promotion “d’une élite véritable, non de naissance, mais de mérite et constamment renouvelée par les apports populaires”. Entre la Nation et l’individu, Peuple et Culture suscitera les langages, les symboles, les expressions collectives porteuses des nouvelles solidarités d’une nation industrielle s’inscrivant dans le sens du Progrès et de l’Histoire. Le Manifeste de Peuple et Culture[1] pose avec force les principes de base de l’engagement militant, et se pose d’abord comme un témoignage collectif : “Ouvriers, syndicalistes, ingénieurs, officiers, professeurs, artistes, nous nous efforcerons de poser suivant les réalités de l’époque, les bases d’une véritable éducation des masses et des élites”. Lignes d'action : “La culture populaire ne saurait être qu’une culture commune à tout un peuple. Elle n’est pas à distribuer. Il faut la vivre ensemble pour la créer”. Un nouvel humanisme : “La culture naît de la vie et retourne à la vie… L’humanisme nouveau n’est pas une conception a priori, il est simplement un ensemble de principes qui s’exprime dans un style de vie personnel et collec­tif : il est la base d’une culture commune”. Des méthodes : l’éducation populaire doit élaborer des méthodes pédagogiques originales (Peuple et Culture assurera notamment le développement d'une méthode de travail intellectuel spécifique : l'entraînement mental) .

Le Manifeste restera le document initiateur du mouvement jusqu’aux Assemblées générales de Nîmes (1989) et de Paris (1991-1993) ; celles-ci proposeront en effet de nouveaux textes qui, tout en restant fidèles aux finalités initiales, inscriront des perspectives en fonction des nouveaux défis au seuil du XXIe siècle[2].

Peuple et Culture Corrèze [1] est créée au printemps 1951. Dans un département profondément rural dénué de structures culturelles, l’association engage un véritable travail pionnier : accueil des grandes troupes de la décentralisation théâtrale avec la constitution de réseaux de spectateurs actifs ; jalons d’une politique de lecture publique avec les veillées-lecture pour la découverte d’écrivains et de poètes ; formation intellectuelle, civique et artistique pour “ceux que l’école a quittés trop tôt” ; stages “congés-cadre jeunesse” fréquentés par de jeunes ouvriers et paysans qui quittent l’usine ou la terre pour une semaine et expérimentent ensemble tout à la fois réflexion sur des questions économiques, sociales, civiques, la photographie, la lecture, le cinéma et selon les saisons le ski ou la voile ; voyages d’études (qui mêlaient contacts directs avec des formes de vie ou d’organisation sociale et politique différentes et découverte des œuvres d’art dans les grands musées européens), séjours au Festival d’Avignon dès 1955 ; ciné-clubs dans les villages et les usines où sont projetés les films de Chris Marker, Alain Resnais, Joris Ivens, Roberto Rossellini, Georges Rouquier, Jacques Tati, Agnès Varda... (Les cahiers du cinéma de mars 2008 viennent de publier un texte d'André Bazin intitulé “Comment présenter et discuter un film” extrait de l’ouvrage Regards neufs sur le cinéma, Le Seuil, collection Peuple et Culture, 1953). C’est sur cet humus là et à partir d’un large réseau humain constitué en profondeur sur plusieurs générations que Peuple et Culture développe aujourd’hui ses actions, dans une tradition “généraliste”, considérant que les arts et la culture ne se limitent pas à des domaines spécialisés mais concernent tout ce qui est susceptible de relier les hommes dans l’espace et dans le temps. Et en tentant à chaque moment d’allier exigence artistique et culturelle et lien avec une population. Un pied dans le territoire, un pied dans le monde.

International[modifier | modifier le code]

Jusqu'au début des années 1960, la dimension internationale des actions de Peuple et Culture se traduit essentiellement par l'envoi d'experts du mouvement à l'étranger, en Europe (Allemagne, Italie, Belgique, Yougoslavie…) et en Afrique du Nord (Algérie et Maroc) pour participer à des colloques et conférences internationales ou animer des sessions de formation. En retour, les Congrès et Universités de printemps et d'été accueillent régulièrement des représentants de structures étrangères. L'implication de Paul Lengrand dans les services de l'Unesco est également déterminante puisque plusieurs des missions effectuées par Peuple et Culture à cette époque, en Italie notamment, le sont à la demande de cette organisation. L'enjeu des relations internationales qui sont alors initiées est non seulement de donner une résonance plus large aux actions éducatives et culturelles expérimentées en France, de voir comment elles peuvent être adaptées à d'autres contextes, mais aussi de les confronter à d'autres approches, développées sur des territoires géographiquement ou culturellement plus ou moins éloignés.

Dans le même temps, les premiers voyages culturels (Helsinki en 1952 -accompagné par Chris Marker qui y tournera Olympia 52, ou encore Berne en 1954) ouvrent la voie d'une pratique qui ne cessera de prendre de l'ampleur au niveau national puis dans les associations régionales : il s'agit de déplacer un groupe à l'étranger pour lui faire vivre une expérience dépaysante et constructive à la fois, faire bouger et élargir ses repères. La création de l'Office franco-allemand pour la jeunesse (Joseph Rovan figurant au nombre des fondateurs de l'OFAJ) va d'ailleurs intensifier ce volet d'activités puisque, dès 1964, Pec organise dix stages franco-allemands avec son soutien, inaugurant une coopération qui ne se démentira pas.

Peuple et Culture compte de nombreux complices et partenaires internationaux et met en place chaque année des formations d'animateurs, des rencontres bi- ou pluri- nationales, des échanges interculturels, des voyages d'étude. Une session de coopération internationale regroupant 30 à 50 partenaires internationaux est organisée chaque année en partenariat avec l'OFAJ.

En Belgique[modifier | modifier le code]

Peuple et Culture Wallonie/Bruxelles est une association autonome, active depuis plusieurs années en Belgique et subventionnée, depuis 1978, par la Fédération Wallonie Bruxelles, comme association d’Education permanente des adultes[3]. P.E.C. a choisi d’agir prioritairement sur le terrain de l'action culturelle et de la formation, contre les inégalités, les aliénations, les conditionnements et toutes les formes d'exclusions qui font obstacles à la démocratie dans les institutions, à l'autonomie, à la responsabilité et à la citoyenneté des personnes.

C’est en référence à cette idée de rendre la culture au peuple et le peuple à la culture, et sur base volontaire des personnes fondatrices, qu’est né « Peuple et Culture – Wallonie » en 1977. Par la suite, « Peuple et Culture – Wallonie » est devenu « Peuple et Culture Wallonie/Bruxelles » (PEC – WB). PEC – WB se présente comme une organisation autonome qui rassemble en Belgique les adhérents francophones dans une association distincte de l’association française à laquelle elle a été liée historiquement.

Cette description de l’identité du mouvement PEC – WB est liée à l’affirmation de la solidarité réciproque des régionales du mouvement sur tous les plans : économique, culturelle et politique, dans le cadre des valeurs qui fondent la pluralité d’un projet qui remonte aux sources de PEC en 1945.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. texte intégral du Manifeste de Peuple et culture
  2. 1945-1995, 50 ans d'innovations au service de l'éducation populaire
  3. décret du 17 juillet 2003 relatif à l'action associative dans le champ de l'éducation permanente