Petru Dumitriu

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Petru Dumitriu
Naissance
Baziaş, județ de Caraș-Severin, Drapeau de la Roumanie Roumanie
Décès (à 77 ans)
Metz, Moselle, Drapeau de la France France
Activité principale
Romancier, [nouvelle
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture roumain, français
Genres

Œuvres principales

  • Rendez-vous au Jugement dernier
  • L’Homme aux yeux gris

Petru Dumitriu, né le à Baziaş dans le județ de Caraș-Severin, en Roumanie, est un écrivain roumain, auteur de plusieurs romans historiques. Il est mort d'une insuffisance cardiaque à Metz, en Moselle, (France), le samedi à l'âge de 77 ans[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Bazias, un village de pêcheurs sur le Danube, dans la province de Banat, il est le fils et l'aîné de Petre et Theresia (von Debretzy) Dumitriu. Son père un ancien officier roumain[2] y possède un moulin. Petru Dumitriu est baptisé dans la religion orthodoxe en 1931[3]. Sa mère d'origine hongroise, fille de Catherine et Charles von Debretzy, est issue de la petite noblesse magyare[1] et utilise le français pour parler avec son mari et son fils à la maison, si bien que le français devient une langue seconde pour le jeune Petru. Ce dernier fréquente l'école primaire de Orşova (1930), puis il étudie la littérature au lycée de Târgu Jiu (cette ville lui servira de modèle dans son roman Les Boyards), dont il sort avec un diplôme en 1941[4]. De 1941 à 1944, il étudie la philosophie à l'université de Munich, grâce à une bourse Humboldt. Il étudie avec le professeur Kurt Huber[5].

Dès 1943, il commence à écrire des nouvelles qui laissent apparaître son talent. « Ses débuts littéraires précoces sont vite remarqués, d’abord La Nocturne munichoise, publiée en 1943 dans la revue des Fondations royales, ensuite Les Argonautiques, oeuvre inspirée par la quête de Jason. » (Journal Le Monde)[1],[6]. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la Roumanie change de camp politique et les études de Petru Dumitriu sont interrompues en 1944. Il rejoint sa famille en Roumanie à dix-neuf ans.

Dès son retour au pays, il reprend la plume. C'est le début d'une époque où Petru Dumitriu, soumis au régime communiste, en respecte les diktats. Pendant plusieurs années, il va faire le jeu du pouvoir communiste et écrire ce qu'on lui commande. En 1945, il publie un fragment de Eurydice, titré Întâlnire dans le Universul literar numéro 18. La même année, il publie dans la revue des Fondations royales, la pièce Preludiu la Electra[3]. Toujours en 1945, il obtient d'un cercle littéraire roumain, le prix institué par Mme Clementina Delasocola, pour la meilleure nouvelle de l'année[3]. Du jury qui lui décerne le prix est membre Henriette Yvonne Stahl, une romancière roumaine d’origine française, qui deviendra sa maîtresse même si elle est son aînée de plus de vingt ans[4]. Elle l'encourage dans l'écriture et il écrit, en 1947, un premier roman relié au mythe d'Orphée Eurydice & prose, une œuvre que la critique salue chaudement.

Petru Dumitriu devient également chroniqueur et journaliste dans quelques revues, dont la Flacara (La Flamme). En 1950, il est membre de l'Union des écrivains roumains. Il écrit la même année, dans le style prosoviétique, Drum fără pulbere (La route sans poussière), un récit qui raconte la construction du canal reliant la mer Noire au Danube. Il collabore au magazine littéraire mensuel Viata Romaneasca, où il occupe le poste de rédacteur en chef de 1953 à 1955[4].

Il épouse Henriette Yvonne Stahl, jusqu'alors sa maîtresse, en 1956. Son mariage est toutefois de courte durée puisqu'une semaine plus tard, les époux divorcent. Au cours de la même année, Petru Dumitriu se marie avec Irina Medrea (ils divorceront en 1988).

De 1955 à 1958, Petru Dumitriu est directeur des Éditions d'État pour la littérature et les arts, tout en se soumettant aux exigences du régime de Bucarest[7].

En 1959 naît sa première fille Irene.

De 1959 à 1960, il est président du Conseil de publication du ministère roumain de la Culture.

Petru Dumitriu est devenu rapidement un des écrivains préférés du système roumain. Sa popularité prend toute son ampleur en 1957, quand il publie Cronica de famille (Chronique de famille), un roman fleuve de deux mille pages qui raconte la société roumaine à travers le temps. Ce livre, traduit à l'étranger, est le premier grand roman historique de l'écrivain, un genre qu'il affectionne tout particulièrement. L'auteur est, à ce moment-là, l'enfant chéri et gâté du système. Ses livres connaissent des tirages énormes, il reçoit des honneurs et distinctions, il est connu à l'étranger grâce aux traductions de ses livres, etc. En Roumanie, il a de nombreux privilèges et il « joue au tennis avec les grands dirigeants de l'époque, Gheorghiu-Dej, Gheorghe Maurer »[4]. C'est un personnage officiel, connu et reconnu. C'est aussi un homme riche, il gagne comme écrivain de trois à quatre fois le salaire d'un ouvrier par mois[8]. Il remporte de nombreux prix : le prix d’État roumain pour la littérature lui échoit à trois reprises (1950, 1952, 1954), en plus de l’Ordre du Travail. « Ainsi, les œuvres par excellence de propagande de Petru Dumitriu sont écrites et publiées dans l’interval (sic) où la pression du politique sur les écrivains, et des intellectuels en général, a été à son apogée »[9].

Marqué par Giraudoux et Gide, il tente dans son œuvre de concilier idéologie communiste et style. Mais il n'y arrive plus. L'idée de fuir son pays le hante depuis longtemps. Il révèlera plus tard : « Je n'en pouvais plus. J'avais besoin d'écrire une œuvre qu'il faut qu'elle soit écrite. Et il faut raconter l'histoire de notre peuple. Il faut servir notre peuple par l'art et il n'y avait plus moyen... Pendant 15 ans, j'ai essayé jusqu'au désespoir de concilier l'art et les exigences politiques du régime, et à la fin, je n'avais plus confiance, je n'avais plus espoir »[8]. Malgré son statut de privilégié du système, il ne peut plus concilier son art avec la pression politique.

En 1960, il fuit clandestinement en Occident avec sa femme et cousine, Irène Medrea. Il s'installe à Berlin-Ouest, en Allemagne. À cause des risques encourus, « on ne savait pas si on allait se faire tirer dessus pendant le passage »[8], il laisse derrière lui, sa fille Irène qui ne peut sortir de Roumanie (ce n'est qu'à la suite de nombreuses démarches et de pressions médiatiques et politiques, que, plusieurs années plus tard, leur fille Irène pourra aller rejoindre ses parents). Il continue à écrire et à publier en roumain et en français. En 1961 naît sa seconde fille, Helene. L'écrivain et sa famille déménagent à Francfort. Là, « il se consacre à l'essentiel de son œuvre placée cette fois sous le signe de ses nouvelles certitudes religieuses »[1]. En 1963, il devient éditeur au S. Fischer Verlag. Plus tard, la famille déménage de nouveau, cette fois à Bad Godesberg (Allemagne), pour ensuite émigrer à Paris, puis s'installer à Metz dans le Nord de la France.

Auteur prolifique, Petru Dumitriu publie au moins un livre par an[4].

Il obtient le Prix des Vikings en 1968 pour L'Homme aux yeux gris. Son œuvre la plus célèbre demeure toutefois Rendez-vous au Jugement dernier (1961). « Le mal du pays ne peut être assouvi qu’en 1995, quand il ose rentrer en Roumanie après avoir surmonté sa terreur face aux représailles de la Sigourantza »[10].

Affiliaton[modifier | modifier le code]

Membre honoraire à l'étranger de l'Academia Română

Œuvres[modifier | modifier le code]

Note: plusieurs des titres et des années de référence sont tirés du site roumain www.crispedia.ro/Petru Dumitriu.

  • Les Trois combats avec l’Hydre, 1937-1938 (texte perdu)[3]
  • Manole o zidise pe Ana, 1937-1938 (texte perdu)[3]
  • Euridice. 8 proze, 1947 (récit)
  • Duşmănie,(Ennemi), Bucarest, 1948
  • Bijuterii de familie, (Bijoux de famille) Bucarest, 1949
  • O sută de kilometri, (Une centaine de kilomètres), 1949
  • Wolfsjagd, Bucarest, 1950
  • Primăvara lui şaptezeci şi unu, (Printemps de 71) Bucarest, 1950
  • Drum fără pulbere, (La route sans poussière), 1951 (roman)
  • Nopţile din iunie, (Nuit de juin), Bucarest, 1952
  • Nuvele, (Histoires), Bucarest, 1951
  • Sărbătoare în zi de lucru, (Fête du travail) Bucarest, 1951
  • Dreptate, Bucarest, 1952
  • Prietenul Sava, Bucarest, 1952
  • Din tată în fiu, Bucarest, 1953
  • Poveşti adevărate, Bucarest, 1953
  • Despre viaţă şi cărţi, Bucarest, 1954 (essai)
  • Pasărea furtunii, (Oiseau de tempête), 1954 (roman)
  • Pentru demnitatea şi fericirea omului, Bucarest, 1954
  • Cronică de la câmpie, (Chronique de la plaine), Bucarest, 1955 (roman)
  • Focul nestins, Bucarest, 1955 (nouvelle)
  • Cronică de familie, Bucarest 1955-1957. (Traduit en français en 1956: Les Boyards: Les Bijoux de famille, vol. 1; Les Plaisirs de la jeunesse, vol. 2)(roman)
  • Aquarium, Bucarest, 1956 (essai)
  • La ora 6 (en collaboration avec Sonia Filip), Bucarest, 1956
  • Noi şi neobarbarii, Ed. de Stat p. lit. şi artă, Bucarest, 1957
  • Romanticii en collaboration avec Sonia Filip), Bucarest, 1957 (théâtre)
  • Rendez-vous au Jugement dernier, Seuil, 1961
    Version française de l'auteur
  • Incognito, Seuil, 1962 (roman)
  • L’Extrême Occident, Seuil, 1964 (roman)
  • Les Initiés, Paris, 1966
  • Le Sourire sarde, Paris, 1967
  • L’Homme aux yeux gris, Seuil, 1968-1969 (3 vol. L’Homme aux yeux gris, Retour à Milo et Le Beau Voyage) - Prix des Vikings
  • Au Dieu inconnu, Seuil, 1979 (essai)
  • Zéro ou le Point de départ, Cerf, 1981, (essai) - Prix des écrivains croyants
  • Comment ne pas l'aimer ! : une lecture de l'Évangile selon saint Marc, Cerf, Paris, 1981
  • Walkie-talkie : marcher vers Dieu, parler à Dieu, Cerf, Paris, 1983 (essai)
  • Mon semblable, mon frère, Le Centurion, Paris, 1983
  • La Liberté, Seuil, Paris, 1983
  • Je n'ai d'autre bonheur que Toi : essai de dévotion moderne, O.E.I.L., Paris, 1984
  • La Femme au miroir, La Table ronde, Paris, 1988
  • La Moisson, La Table ronde, Paris, 1989 - Prix Charles Oulmont 1990
  • Les Amours difficiles, Lausanne, 1989; un regroupement de nouvelles et d'histoires courtes.
  • Les Amours singulières, L'Âge d'homme, 1990
  • Proprietatea şi posesiunea, Cluj Napoca, 1991 (roman)
  • Ne întâlnim la judecata de apoi, Ed. Univers, 1992 (essai)
  • Omul cu ochi suri,(L'homme aux yeux gris), Cartea Românească, 1996
  • Vârsta de aur sau Dulceaţa vieţii (Memoriile lui Toto Istrati), luj Napoca, 1999 (roman)
  • Opere, vol. I-III, Ed. Fundației Naționale pentru Știință și Artă & Ed. Univers Enciclopedic, Bucarest 2004; 3 volumes, comprenant son œuvre et plusieurs milliers de pages non-publiées

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Le monde, Edgar Reichmann, 58e année, No 17796, samedi 13 avril 2002, p. 30
  2. Le Livre de Poche, LGF
  3. a b c d et e Petru Dumitriu tabel cronologi cu fotografii inedite, Publié par Katy, editia de @Opere" petru Dumitriu a Academiei Romane, Ecaterina Taralunga
  4. a b c d et e Les nouvelles de Roumanie, numéro 46, mars-avril 2008, p. 39
  5. https://www.munzinger.de/search/query?query.id=query-01; Petru Dumitriu
  6. Nocturn ă la München a été publiée dans le numéro 6, Argonautica, dans le numéro 10; Petru Dumitriu tabel cronologi cu fotografii inedite, Publié par Katy, editia de @Opere" petru Dumitriu a Academiei Romane, Ecaterina Taralunga
  7. Petru Dumitriu." Contemporary Authors Online. (MLA 7e édition) Contemporary Authors Online. Detroit: Gale, 2002. From Literature Resource Center.
  8. a b et c 1960: Extrait d'entrevue télévisée, Le prix de la liberté. http://www.babelio.com/auteur/Petru-Dumitriu/55135 (Droits: in.fr)
  9. Petru Dumitriu entre Duplicité et Repentir: Une Approche Thématique de son œuvre, Elena Rosioru, PhD in progress, Ovidius University of Constanta, Romania. elenarosioru@yahoo.com
  10. Tribulations communistes:Charles Plisnier, Panaït Istrati et Petru Dumitriu, par Alaindependant, Dorina Popi, Professeur de littérature en langue française, docteur ès lettres, Université de Limoges, Université de Craiova

Liens externes[modifier | modifier le code]