Petite Suite (Debussy)
| Petite Suite L 71 (65) | |
Première page du manuscrit autographe, avec le tampon de la bibliothèque du Conservatoire national de musique. | |
| Genre | Suite pour piano à quatre mains |
|---|---|
| Nb. de mouvements | 4 |
| Musique | Claude Debussy |
| Dates de composition | 1888-1889 |
| Création | Dans un salon parisien |
| Interprètes | Debussy et Jacques Durand |
| Versions successives | |
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La Petite Suite, L65, est une suite pour piano à quatre mains composée par Claude Debussy. Il s'agit d'une oeuvre de jeunesse dans la tradition française de la suite de danses et de pièces de caractère. Elle a été retranscrite plusieurs fois, en particulier pour orchestre, par Henri Büsser en 1907. Cette pièce est une œuvre désormais reconnue du répertoire des pianistes, même si elle n’obtint au départ aucun succès selon l’éditeur Jacques Durand. La version symphonique est la plus populaire.
Histoire
[modifier | modifier le code]La suite est composée entre 1888 et 1889[1] alors que Claude Debussy vient de rentrer de son séjour à la Villa Médicis à Rome, suite à l’obtention de son Prix de Rome et l’octroi d’une bourse. Elle est jouée pour la première fois le par Debussy et le pianiste et éditeur Jacques Durand dans un salon à Paris[2],[3]. Elle pourrait avoir été écrite à la suite d'une demande — peut-être de Durand — à destination des amateurs éclairés : en effet, sa relative simplicité d’exécution est en contraste fort avec le modernisme des œuvres que Debussy écrivait à ce moment-là[4].
Dans l'année suivant la première au piano, Claude Debussy a présenté la Petite Suite, accompagné de Paul Dukas, aux élèves de la classe de son ancien professeur de composition Ernest Guiraud, parmi lesquels Henri Büsser était présent. En 1907, ce dernier réalise l'orchestration de la partition, qui est désormais devenu célèbre dans les salles de concert. Claude Debussy a remercié immédiatement Henri Büsser dans une lettre le félicitant pour son «ingénieuse orchestration». Debussy a dirigé plusieurs fois cette version symphonique.
Caractère de la Petite suite
[modifier | modifier le code]Claude Debussy s'inscrit dans la tradition musicale française, ce qui transparaît également dans cette œuvre pour piano. Elle se caractérise d'une part par une harmonie simple et d'autre part par « le caractère dansant des rythmes souples »[5] et les accents légers d'autre part[5]. Au XIXe siècle, la musique française nouvelle avait pour principale exigence de procurer du plaisir[5]. Léon Vallas voit cela dans « l'audace des accords ou dans l'accentuation rythmique »[3] et dans « l'abondance naturelle de mélodies inventives »[3]. On retrouve dans cette pièce certaines audaces harmoniques qui seront la signature du compositeur dans ses œuvres majeures à venir.
Structure
[modifier | modifier le code]L’œuvre, qui dure environ 13 minutes[6], est composée de quatre mouvements :
- En bateau
- Cortège
- Menuet
- Ballet
Les deux premiers mouvements s'inspirent de poèmes du recueil Fêtes galantes de Paul Verlaine[6], qui était inspiré par la poésie de Théodore de Banville ; le troisième mouvement réutilise le matériau musical d'une oeuvre antérieure Fête galante (1882) sur un poème de de Banville.
Analyse
[modifier | modifier le code]En bateau
[modifier | modifier le code]Portant l'indication Andantino, le premier mouvement de la suite est une barcarolle écrite en sol majeur et avec une mesure ![]()
. Sa forme en trois parties A-B-A' (A : mesures 1 à 30 ; B : mesures 31 à 76, avec l'indication Risoluto ; A' : mesures 77 à 109) se reflète dans les changements de tonalité (A : sol majeur, y compris un changement vers si majeur (mesure 13) ; B : ré majeur ; A' : sol majeur) et dans le caractère. Alors que dans les deux parties A, « une cantilène rêveuse et berçante en six huitièmes » « se déploie » sur des arpèges en seize huitièmes au piano[7], la partie B, avec son rythme pointé en forte, est très résolue. Le rythme doucement oscillant et la mélodie lyrique simple flottant au-dessus des arpèges ascendants évoquent une nuit paisible sur une rivière tranquille.
Cortège
[modifier | modifier le code]La marche à quatre temps est dans la tonalité principale de mi majeur et ne s'écarte vers la bémol majeur que sur quatre mesures (mesures 39 à 42). Ce deuxième mouvement présente un thème marquant, accompagné d'une ligne de basse descendante. Decsey caractérise la marche comme « pleine d'élan et de vivacité »[7].
Menuet
[modifier | modifier le code]Cette danse est généralement écrite en mesure à trois temps. Bien que le menuet soit en sol majeur, il commence en ré majeur, qui est également la tonalité d'un épisode de transition (mesures 32 à 59). Outre le « thème rococo » marqué par des quintes[7], la variation est le principe de composition le plus marquant du menuet[7].
Une partie du matériel musical de ce mouvement est issue de la pièce Fête galante, mélodie sur un poème de Théodore de Banville composée par Debussy en 1882.
Le Menuet apparaît comme le mouvement le plus intime et le plus personnel de cette œuvre. On y perçoit de changements de registre et des rapides variations de timbre.
Ballet
[modifier | modifier le code]Le dernier mouvement de la suite possède un caractère de valse, qui est toutefois régulièrement interrompu par une mesure à deux temps (au début, mesures 1 à 47 et mesures 107 à 142). Les deux sections complémentaires sont écrites en mesure à trois temps, ce qui permet au caractère de valse de vraiment s'exprimer. Commençant en ré majeur, Debussy passe en sol majeur pour le premier épisode de valse. Claude Debussy termine ce ballet et ainsi toute sa Petite suite par une « conclusion spectaculaire »[7].
Ce finale est caractérisé par une forte impulsion rythmique et une qualité percussive. Ce mouvement, présentant des caractéristiques de la musique gamelan javanaise apparaît comme une œuvre insouciante dans l'œuvre de Debussy.
Transcriptions
[modifier | modifier le code]La Petite Suite est orchestrée par le collègue de Debussy Henri Büsser en 1907, et publiée par A. Durand & Fils. L'orchestration de Büsser est pour deux flûtes (la seconde doublant le piccolo), deux hautbois (le second doublant le cor anglais), deux clarinettes, deux bassons, deux cors, deux trompettes, timbales, percussions (cymbales, tambourin et triangle), harpe et cordes[6].
La suite a également été arrangée pour piano seul par Durand lui-même (1907), pour harpe par Henriette Renié (1908), pour violon ou violoncelle et piano par Gaston Choisnel (1906), pour violoncelle et piano par Jean Jacques Gurt (), pour orgue par Léon Roques (1904-1910), pour deux clarinettes, pour quatuor de clarinettes, et pour brass band, entre autres[4].
Anecdote
[modifier | modifier le code]Au lendemain de la création de l'adaptation pour orchestre de Busser, le 3 novembre 1907, par l’orchestre des Concerts Lamoureux dirigé par Camille Chevillard, Willy a écrit dans le journal Comœdia :
« Assurément l’idéal de composition et d’écriture que révèlent ces quatre pièces ne permettait pas encore de deviner Pelléas ni La Mer ; assurément c’est du Debussy pour enfants. Mais l’attitude méfiante des snobs qui ne veulent applaudir que le Debussy de l’année, bon Dieu, qu’elle me trotte ![8] »
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) David Rowland, The Cambridge Companion to the Piano, Cambridge University Press, , 173– (ISBN 978-0-521-47986-8, lire en ligne)
- ↑ (en) Roger Nichols, The Life of Debussy, vol. 4, Cambridge University Press, coll. « Musical Lives », , reprint éd., 184 p. (ISBN 0-521-57887-6, lire en ligne), p. 56
- (de) Léon Vallas, Debussy und seine Zeit, Munich, Nymphenburger Verlagshandlung, , p. 117.
- (en) Beth Fleming, « Program Notes », Symphony Silicon Valley (en) (consulté le )
- (de) Heinrich Strobel, Claude Debussy, Zurich, Atlantis Verlag, , p. 73.
- (en) « Petite Suite », Philpedia, Los Angeles Philharmonic (consulté le )
- (de)Ernst Decsey : « Les œuvres de Debussy ». Leykam-Verlag, Graz/Vienne 1948, p. 16.
- ↑ « Petite Suite », sur bruzanemediabase.com, (consulté le ).
Liens externes
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- Ressources relatives à la musique :