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Pertes du Rhône

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Pertes du Rhône
Les pertes du Rhône en 1931.
Les pertes du Rhône en 1931.
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Auvergne-Rhône-Alpes
Départements Ain, Haute-Savoie
Coordonnées 46° 06′ 22″ nord, 5° 49′ 54″ est
Rivière Rhône
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Pertes du Rhône
Géolocalisation sur la carte : Ain
(Voir situation sur carte : Ain)
Pertes du Rhône
Géolocalisation sur la carte : Haute-Savoie
(Voir situation sur carte : Haute-Savoie)
Pertes du Rhône

Les pertes du Rhône étaient des gorges situées sur le cours du Rhône, en amont de Bellegarde-sur-Valserine et du confluent entre la Valserine et du Rhône. Elles sont submergées en 1948 par le lac de retenue du barrage de Génissiat. Le fleuve marque à cet endroit la limite entre l'Ain et la Haute-Savoie.

Contrairement à ce que pourrait penser leur nom, les pertes du Rhône ne constituent pas à proprement parler une perte, phénomène dont est par exemple affecté le Danube, mais sont un canyon en fente à la manière des pertes de la Valserine ou encore des gorges du Fier.

Géographie

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La nature des roches a donné au lit de ces cours d'eau une forme particulière, profonde de soixante mètres, dans laquelle le Rhône disparaissait pendant la saison sèche : ce site était appelé les « pertes du Rhône ».

Dans la littérature

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Dans ses Météorologiques (I-31), Aristote mentionne « un certain fleuve qui n'est pas moindre que le Rhône, est absorbé en terre et il reparait en un autre lieu; or le fleuve du Rhône est navigable aux vaisseaux » Cette tournure laisse penser qu'Aristote parle du Rhône mais Louis Bourgey estime en 1953 que le Rhône n'est cité que pour donner une comparaison de la taille d'un autre fleuve[1].

En 1665, le prêtre Sébastien Locatelli écrit dans son récit de voyage en France[2],[1].

« Laissant derrière nous le Rhône qui se cache sous terre pendant une grande lieue et demie nous aperçûmes les tours de la belle mais infâme cité de Genève »

En 1631 Abraham Golnitz décrit le site dans une description de sa traversée du Bugey en 1630[1].

« Le Rhône ... se précipite dans un abime où il disparait pour couler dans un canal souterrain. Après être demeuré caché pendant un certain temps, il sort des entrailles de la terre, comme d'un tombeau ... »

En 1779, Horace Bénédict de Saussure visite le site et décrit le fleuve disparaissant totalement par basses eaux dans un canal inférieur creusé par l'eau sous une dalle de roche plus résistante à l'érosion et située à une dizaine de mètres en dessous des rives du fleuve. Une fente assez étroite pour être franchie sépare cette dalle en deux parties dans le sens longitudinal[3]. Il décrit le fleuve disparaissant totalement sur une longueur de 60 pas[4].

En 1808, Conrad Malte-Brun précise que la traversée du Rhône telle que décrite par De Saussure déjà difficile à cette époque est devenue impossible car les gouvernements français et piémontais se sont entendus pour faire sauter la dalle pour réduire la contrebande[4].

En 1812, Thomas Riboud étudie le site dans l'espoir de pouvoir le faire franchir par du bois flotté. Il décrit un site grandiose où le fleuve, contraint de passer sous les rochers, travaille à agrandir des galeries pour forcer le passage. Il explore à la période de basses eaux ces galeries autant qu'il lui est possible mais précise que le risque et l'impossibilité de faire du feu pour s'éclairer limitent grandement ce qu'il est possible d'explorer, sans même parler de la partie immergée[5].

Dans ses Impressions de voyage en Suisse, Alexandre Dumas décrit le site qu'il visite en se rendant à Genève :

« Le Rhône, qui accourt bouillonnant et profond, disparait tout à coup dans les gerçures transversales d’un rocher pour reparaître cinquante pas plus loin : l’espace intermédiaire reste parfaitement à sec […] Ce qui se passe dans l’abîme où le Rhône se précipite, c’est ce qu’il est impossible de savoir : du bois, du liège, des chiens, des chats ont été jetés à l’endroit où il entre, et ont été attendus vainement à l’endroit où il sort ; le gouffre n’a jamais rien rendu de ce qu’il avait englouti. »

En 1709, Louis Passerat de la Chapelle, chargé de défendre les passages de Gresin, de Lucey d'Arlod et de Malpertuis contre les Austro-Piémontais fait élargir à la mine la perte du Rhône pour en interdire le franchissement par la cavalerie qui, d'ailleurs, ne se présente pas[1].

Plus tard (vers 1800) les gouvernements français et piémontais se sont entendus pour faire sauter la dalle pour lutter contre la contrebande[4].

Les pertes sont un obstacle s'opposant au flottage du bois venant de Savoie et de Suisse et plusieurs projets sont proposés pour un canal de 3 à 4 mètres de large sur 150 à 200 mètres de longueur. On ne connait pas la réponse à la demande du mais elle n'a manifestement pas eu de suite. La demande du , beaucoup plus étayée et prévoyant même la rédaction d'un règlement du passage et la perception d'un péage sera refusée pour plusieurs raisons dont : les risques pour les ouvriers lors du creusement du canal. Le risque de la pente excessive d'un canal aux rives forcément irrégulières à cause de la configuration complexe du site favorisant les blocages de bois. Le risque de la difficulté de récupérer tous les bois issus du canal et de voir les bois échappés mettre en danger le pont de Seyssel. Le Rhône étant alors la frontière entre la France et le royaume de Sardaigne le projet demanderait aussi une concertation entre les deux États[6].

Il semble qu'en 1814 et 1826 des travaux ait été réalisés pour aménager les pertes pour le flottage. La tentative de 1814-1815 aboutit à un échec, les pièces de bois étant détruites lors du flottage les bénéfices ne couvrent pas les frais[7].

Les pertes du Rhône constituaient une importante attraction touristique au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Le site était équipé d’un barrage de petite dimension, le barrage des forces motrices, en amont immédiat de l’encaissement[8].

Utilisation de l'énergie

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La télémécanique

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Production électrique

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Disparition

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Les pertes du Rhône sont submergées en 1948 quand le barrage de Génissiat est mis en eau au sud de Bellegarde. Le site est noyé par le réservoir de vingt-trois kilomètres de long qui s'étend entre Génissiat et la frontière suisse. Aujourd’hui, à la place du « gouffre » effrayant vu par Alexandre Dumas, il ne reste plus qu’un plan d’eau, qui ne retrouve une partie de sa violence qu'à l’occasion des opérations transfrontalières de gestion des sédiments du Rhône[9], lorsque le niveau d’eau dans les retenues de Verbois, Chancy-Pougny, Génissiat et Seyssel est abaissé afin d’évacuer une partie des sédiments qui remplissent les retenues. Cependant, le niveau d'eau ne descend jamais suffisamment pour que les pertes du Rhône redeviennent visibles[8].

Iconographie

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L'artiste Louis Bélanger a dessiné le lieu en 1798. Ses œuvres sont conservées aux musées royaux des Beaux-Arts de Belgique à Bruxelles.

Notes et références

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  1. a b c et d Les gorges perdues du Haut-Rhône Saint-Pierre, 2013, p. 38.
  2. C'est l'estimation la plus grande de la longueur de la perte qui n'est ni cohérente avec les autres auteurs ni avec la géographie des lieux.
  3. Les gorges perdues du Haut-Rhône Saint-Pierre, 2013, p. 39.
  4. a b et c Les gorges perdues du Haut-Rhône Saint-Pierre, 2013, p. 40.
  5. Les gorges perdues du Haut-Rhône Saint-Pierre, 2013, p. 41-42.
  6. Les gorges perdues du Haut-Rhône Saint-Pierre, 2013, p. 42 à 49.
  7. Les gorges perdues du Haut-Rhône Saint-Pierre, 2013, p. 49.
  8. a et b Pierre Thomas, « Les pertes du Rhône (Ain et Haute-Savoie), une ancienne curiosité géologique maintenant engloutie — Planet-Terre », sur planet-terre.ens-lyon.fr, (consulté le )
  9. « L’opération transfrontalière de gestion des sédiments du Rhône atteint son objectif », sur CNR, (consulté le )

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Bibliographie ancienne

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Bibliographie moderne

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  • Edouard-Alfred Martel décrit le fonctionnement (avec un schéma) de la perte du Rhône dans son ouvrage « Notice sur les travaux scientifiques », Paris, 1911, p. 74–75.
  • Dominique Saint-Pierre, Les gorges perdues du Haut-Rhône - De la Suisse à Génissiat, Musnier-Gilbert, , 285 p. (ISBN 9782354110512).
  • Bernard Chirol, La perte du Rhône à Bellegarde (Ain) et Éloise (Haute-Savoie) comme vous ne la verrez jamais plus, Auto-édition, .

Articles connexes

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Liens externes

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