Perte en ligne (électricité)

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Tout réseau électrique connait des pertes actives ou passives d’électricité, dites « pertes en ligne ».
Les pertes passives en ligne sont d'autant plus importantes que le réseau est long, que le matériau « conducteur » (câble électrique) offre de la résistance à la circulation des électrons (perte sous forme de calories à cause de l’effet Joule) et que la tension électrique (voltage) est faible.

Des pertes par courts-circuits sont également importantes dans certains réseaux (ex : dans les boitiers de connexion électrique…) et notamment dans les contextes humides et salés (l’eau salée conduit mieux l’électricité). C'est le cas après des tempêtes qui ont pu emporter des embruns salés à des distances importantes, et les déposer sur les isolateurs (de caténaires de voies ferrées électrifiées par exemple) permettant la fuite vers la terre d’une partie importante du courant électrique[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Depuis le XIXe siècle, on sait transporter de grandes quantités d'énergie sous forme de courant électrique, mais non sans d'importantes « pertes en ligne » sur de grandes distances[2].

Ces pertes ont été réduites en augmentant la tension (voltage) du courant (lignes à haute tension), selon un principe - découvert par l'ingénieur français Marcel Deprez - énonçant que la perte en ligne est inversement proportionnelle au voltage ;

Ainsi, Marcel Deprez, en 1881 à Paris transporte pour la première fois de l'électricité sur plus d'un kilomètre (1 800 m) et à Munich, l'année suivante sur environ 50 km. En 1883, Grenoble importe du courant de Jarrie-Vizille situé à une quinzaine de kilomètres avec « seulement » 6,6 % de perte.

En 1891, les Allemands transportent une «  puissance de 100 CV » de Lauffen à Francfort (140 km) et une ligne de 16 000 volts est ensuite construite en Italie entre Paderne et Milan (33 km).

En 1899, Estrade rejoint St-Georges, dans l'Aude, à Carcassonne et Narbonne via une ligne HT de 20 000 volts (sur 100 km environ).

En 1908, une ligne 55 000 volts relie Orlu (Pyrénées) à Toulouse sur 155 km, alors qu’aux États-Unis, Niagara Falls est connecté à à Buffalo (New York).

En 1912, les États-Unis doublent ce voltage avec une ligne portée à 110 000 volts.

En France, durant la reconstruction on construit (en 1920) une ligne de 150 000 volts (sur le réseau de la Compagnie des Chemins de fer du Midi, puis apparaissent des lignes à 220 000 volts, avant qu'on envisage dans les années 1950 des lignes à 440 000 V. À cette époque on démontre aussi que les lignes à courant continu perdent beaucoup moins de courant en ligne. De telles lignes sont créées en Grande-Bretagne et en Suède (entre la Suède continentale et l'île de Gotland sur 100 km). Ces lignes économisent les pylônes, le poids et la longueur des conducteurs (deux au lieu de trois).

Aspects économiques[modifier | modifier le code]

Les pertes en ligne doivent être prises en compte dans l’équilibre offre/demande (coût de la production supplémentaire nécessaire pour compenser la perte en ligne), dans le calcul économique[3] et électrique des « distances électriques équivalentes » pour l'allocation des pertes[4], dans les coûts de transmission de l’électricité dans les réseaux transfrontaliers ou partagés.

Calcul des pertes, modélisation[modifier | modifier le code]

Des modélisations mathématiques permettent d’évaluer la quantité réelle de courant circulant dans chaque entre-nœuds du réseau et de fixer les coûts d'utilisation d’un réseau maillé en intégrant les pertes en ligne et les congestions des réseaux électriques qui se sont allongés dans le contexte des interconnexions de sécurité et dans le contexte de l’ouverture à la concurrence [5].

Comment réduire les pertes en ligne[modifier | modifier le code]

Plusieurs solutions sont possibles

  • Utiliser du courant continu qui a l'inconvénient d'imposer des installations lourdes de conversion AC/DC[6] ;
  • Augmenter la tension sur la ligne (avec des installations de sécurité adaptées). Par exemple le gouvernement chinois, confronté à une forte demande de consommation électrique a fait construire de nouvelles centrales (dont nucléaires). Certaines de ces centrales (à charbon, ou hydraulique) sont proches des sources d’énergie et doivent transporter leur courant sur de longues distances (milliers de kilomètres parfois), avec des pertes en ligne qui sont alors importantes. Pour diminuer ces pertes, l'entreprise d’État chargée du réseau électrique a mis en œuvre un nouveau type de réseau (avec des lignes HT de 1 100 kV[7] voire plus de 1 100 kV CA) avec des appareils d'interruption spéciaux (à isolation gazeuse)[8]. Une ligne de 1 100 kV existe aussi au Japon sur 140 km, mise en place par TEPCO[9].
  • Utiliser des câbles blindés, mieux isolés[réf. nécessaire] et des métaux opposant moins de résistance au passage des électrons ;
  • Consommer au plus près du lieu de production, et produire au plus près des lieux de consommation sont aussi des moyens de réduire l'importance des pertes en ligne.
  • La supraconduction est une solution théorique ou utilisée en laboratoire ou dans certaines installations sophistiquées, mais reste coûteuse et également consommatrice d’énergie.

Diminuer la résistance par unité de longueur des câbles utilisés permet théoriquement de diminuer les pertes en lignes. Cependant, celle-ci est souvent déjà aussi faible que possible : d'une part, la conductivité du cuivre (utilisé dans la plupart des câbles) est la plus élevée de tous les métaux après l'argent (qui est cher) ; d'autre part, augmenter le diamètre des câbles améliore peu la conduction en régime alternatif en raison de l'effet de peau.

Enjeux[modifier | modifier le code]

Il s'agit notamment de moins gaspiller d’électricité (de 8 à 15 % de l’électricité produite peut être ainsi perdue sur les lignes très longue). Il peut parfois s'agir d'éviter la défaillance d'une ligne ou pire un effondrement en cascade d'un réseau électrique. Les pertes par fuite ou courts-circuits exposent en outre à des risques d'accident que les opérateurs cherchent à limiter.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Yannick Phulpin, Martin Hennebel, Sophie Plumel (2005), La traçabilité de l'électricité: une méthode équitable pour l'allocation des coûts de transmission ; Proceedings of the EF…, Electrotechnique du Futur, Grenoble : France (2005-09-06) ; avec hal.archives-ouvertes.fr et résumé
  2. Germaine Veyret-Verner, « Le transport de force et ses répercussions en géographie industrielle », Revue de géographie alpine, vol. 43, no 1,‎ , p. 97-121 (DOI 10.3406/rga.1955.1167, lire en ligne)
  3. S. Stoft, “Power Systems Economics”, IEEE/Wiley, (ISBN 0-471-15040-1), février 2002
  4. A.J. Conejo, J.M. Arroyo, N. Alguacil, L. Guijarro, “Transmission Loss Allocation: a Comparison of Different Practical Algorithms”, IEEE Trans. Power Syst., vol. 17, p. 571-576, 2002
  5. Jacques Percebois, « Ouverture à la concurrence et régulation des industries de réseaux: le cas du gaz et de l'électricité. Quelques enseignements au vu de l'expérience européenne» ; Économie publique/Public economics [En ligne], 12 | 2003/1, mis en ligne le 03 janvier 2006, consulté le 15 octobre 2012. URL : http://economiepublique.revues.org/348 ; (ISBN 2-8041-3945-X)
  6. Alstom livre le 1er transformateur de puissance HVDC 800 kV alstom.com, octobre 2015
  7. H Huang & al. (Siemens, 2007), UHV 1200 kv AC Transmission, Power transmission and distribution, Gridtech 2007,
  8. Holaus Walter ; Stucki Fredi (2008); « Poste de garde : Un appareillage d'interruption à très haute tension protège la Chine » Revue ABB (ISSN 1013-3127) 2008, no4, p. 20-24 [5 page(s) (article)] (résumé Inist/CNRS).
  9. Arrester works photo des bases du pylone

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]