Personnalités les plus influentes de l'histoire du Maroc

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Le Maroc est une vieille nation, officiellement proclamée en 789 par Moulay Idriss de la dynastie Idrissides. Le pays connaît une série de périodes d'anarchie, mais aussi d'âges d'or, qui marquent son avenir et qui influencent l'histoire du monde. À travers les époques, plusieurs personnalités se démarquent, par leur puissance, leur intelligence, ou leur rayonnement, et utilisent leurs atouts pour asseoir leurs idées dans le pays[1].

Cette liste répertorie seulement les personnalités qui ont fait la grandeur du Maroc. Ne sont donc pas recensés, par exemple, les dirigeants considérés à tort ou raison comme (relativement) indifférents ( principalement au XIX et XX siècle ). Cette liste contient les personnalités nées au Maroc et dans les provinces des empires du Maroc (Idrisside, Almoravide, Almohade, Mérinide, Saadien et Alaouite), mais aussi les êtres remarquables nés à l’étranger, mais qui ont vécu au Maroc, et ont participé aux différentes cours des Califes et Sultans du Maroc.

Chacune de ces personnalités est notée en fonction de son influence sur le reste du monde par une * ainsi que entre parenthèses le nom de la civilisation influencée.

Si l'influence de la personnalité atteint le Maghreb seulement, alors elle est notée avec une *.

Si l'influence de la personnalité atteint le Maghreb et une autre civilisation, alors elle est notée avec deux **.

Si l'influence de la personnalité atteint plusieurs civilisations du monde, alors elle est notée avec trois ***.

Si l'influence de la personnalité est universelle alors elle est notée avec ****.

Sommaire

Les grands califes, sultans et généraux[modifier | modifier le code]

Tariq ibn Ziyad (VIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

** (Maghreb, Al Andalus).
Tariq ibn Ziyad est le premier général militaire berbère. Sa vie est mal connue. Tariq ibn Ziyad a été un commandant dans l'armée de Moussa Ibn Noçaïr, gouverneur omeyyade de l'Ifriqiya et général des troupes Musulmanes ; elles étaient formées de populations d'origines berbères chargées de poursuivre ou de renforcer l'islamisation des nombreuses tribus berbères situées à l'ouest de la province. Esclave berbère affranchi, il inaugura la conquête de la péninsule Ibérique et donna son nom au fameux détroit de Gibraltar Moussa Ibn Noçaïr avait l'habileté de pratiquer une large politique d'assimilation, faisant entrer des berbères dans l'armée et leur confiant des postes de commandement. Le nom de ce conquérant apparaît pour la première fois dans la littérature à la fin de l'islamisation de la partie occidentale du Maghreb, soit l'actuel Maroc, et au début de la conquête wisigothe. Il est nommé par Moussa Ibn Noçaïr en remplacement de son fils Marwan, gouverneur de la ville de Tanger, dans le but probable d'organiser la logistique en vue de la conquête. Le contingent dirigé était majoritairement composé de diverses tribus berbères converties, il s’illustre par la conquête de la péninsule ibérique et le sud de la France. Moussa Ibn Nosair le fait gouverneur de la ville de Tanger. En arrivant en territoire wisigoth, il brûle les bateaux de son armée et énonce une phrase encore très célèbre aujourd'hui « Ô gens ! [en s'adressant à l'armée], où est l'échappatoire ? La mer est derrière vous et l'ennemi est devant vous, et vous n'avez, par Dieu, que la sincérité et la patience ». Son armée se trouve en face de celle du roi Roderic lors de la Bataille du Guadalete qui décime les guerriers nobles wisigoths, les pertes omeyyades s'élèvent à des milliers d'hommes. Cette victoire permet aussi à Ṭāriq de réorganiser la cavalerie et d'augmenter son effectif à la suite de l'arrivée des renforts envoyés par le gouverneur Mūsā ibn Nuṣayr (près de 5 000 hommes).

Après la bataille, l'avancée omeyyade se fait de manière très rapide, facilitée par le climat de guerre civile et la coopération d'une grande partie de la population ibérique, qui est exaspérée par les famines et les épidémies et désireuse d'une stabilité politique, notamment la population juive, persécutée par la monarchie chrétienne. La conquête omeyyade est si soudaine que les Wisigoths n'ont pas le temps de choisir un nouveau roi. En effet, Ṭāriq conquiert Tolède, capitale des Wisigoths, peu de temps après la bataille du Guadalete, ce qui marque la chute wisigothe. Étrangement, après cette bataille plus aucune source ne parle de Tariq ibn Ziyad mais seulement des spéculations sur sa fin de vie. Tariq Ibn Ziyad est célébré dans tous les pays du Maghreb encore aujourd'hui, son nom est donné au rocher de Gibraltar mais aussi à divers lieux[2].

Abu Bakr Ibn Omar (XIe siècle)[modifier | modifier le code]

** (Maghreb, Afrique de l'Ouest).
Abu Bakr Ibn Omar est le cousin de Youssef ben Tachfine, et son chef durant plusieurs années, son cousin, et un musulman pieux et juste. Il préfère en effet partir en Afrique de l'ouest convertir les populations plutôt que de rester au Maroc, même comme émir de l'empire des Almoravides, en laissant le commandement à Youssef ben Tachfine. À son retour il est surpris par la taille de l'empire sous l'autorité de son cousin, et, au moment où ce dernier veut lui rendre le pouvoir, Abu Bakr Ibn Omar refuse en le déclarant plus digne de gouverner que lui. Ainsi, Abu Bakr Ibn Omar retourne en Afrique de l'ouest pour convertir les populations[3]. On lui doit la conversion à l'Islam de la totalité des pays d'Afrique de l'ouest, du sud du Maroc au Nigeria, bien que trop peu de gens en ont entendu parler... Il reste un personnage islamique central en Afrique, connu pour sa dévotion à l'Islam et sa modestie. Il est l'un des quatre maris de Zineb Nafzaouiya, mais divorce d'elle avant de partir en Afrique de l'ouest, et lui conseille de se marier au légendaire Youssef ben Tachfine[4].

Youssef ben Tachfine (XIe siècle)[modifier | modifier le code]

**** ( Universelle )

Youssef ben Tachfine, considéré comme le plus grand dirigeant de l'histoire du Maghreb, peut-être même de l'islam, il est constamment célébré par les poètes du monde Arabe et d'Andalousie pour son comportement brave et modeste à la fois. Il est le Sultan de la dynastie Almoravides, quoique n'étant pas destiné à le devenir. Abu bakr ibn Omar, son cousin, est le chef des Almoravides, mais quitte le Maroc pour se donner entièrement à la progression de l'Islam en Afrique de l'ouest, laissant son cousin diriger à sa place, mais à son retour il est surpris de voir que son petit empire s’était grandement élargi sous les ordres de Youssef ben Tachfine. Selon certaines sources, ce dernier lui rend son titre de chef mais Abu Bakr Ibn Omar refuse. Selon d'autres, Youssef ben Tachfine fait comprendre à son cousin qu'il ne lui rendra pas son titre. Le certain est que Youssef ben Tachfine offre des cadeaux somptueux à Abu Bakr Ibn Omar par respect pour lui, et laisse son nom sur les monnaies Almoravides, et donc ce dernier finit par retourner en Afrique de l'ouest pour continuer à propager l'Islam. En Andalousie la situation est critique, en effet l'empire Ommeyade est tombé laissant des territoires morcelés en plusieurs Taifa, ce qui encourage les chrétiens à reconquérir les territoires autrefois perdus. Al Andalous semble définitivement perdue lorsque Tolède tombe ainsi que Saragosse. Comme dernier recours, les émirs des Taifas décident d'aller personnellement implorer l'aide de Youssef ben Tachfine pour arrêter la progression chrétienne : ce dernier n’hésite pas et embarque immédiatement pour l'Europe[5].

Bataille De Sagrajas

Le Sultan voit son prestige atteindre son paroxysme lors de la Bataille de Sagrajas. Il commence par envoyer une lettre aux rois chrétiens pour réclamer leur conversion à l'Islam : ils refusent et s'en remettent aux armes. Du côté musulman, Youssef ben Tachfine ravive l'espoir des Andalous désespérés. La bataille est d'une ampleur rare, et la victoire tellement éclatante pour Youssef ben Tachfine. Certains historiens parlent de la plus grande défaite d'une armée européenne au Moyen-Âge. Le Sultan refuse cependant de profiter de cette victoire et retourne au Maroc pour respecter le pacte signé avec les émirs des Taifas qui lui ont demandé en cas de victoire de repartir. Les chrétiens profitent de son départ pour reprendre leurs invasions des territoires musulmans. Chose inédite, les religieux d'Al Andalous vont implorer le secours du Sultan lui demandant cette fois-ci de ne jamais repartir et de prendre tous les territoires des émirs : réticent, il finit par accepter, au vu de la situation[6].

Fin de règne pour le héros de l'Islam

Youssef ben Tachfine est respecté dans tout le monde musulman pour ses réalisations mais aussi pour son comportement considéré comme pieux musulman. Durant son règne, un autre sultanat musulman dirige le Moyen-Orient : l'empire des Abbassides, très affaibli, ne contrôle plus que quelques villes. Paradoxalement, Youssef ben Tachfine refuse le titre de commandeur des croyants, le laissant aux Abbassides, alors que son empire est beaucoup plus puissant : le sultan refuse de semer la fitna au sein de l'Islam. Les réalisations de Youssef ben Tachfine sont nombreuses, bien que peu d'entre elles ont survécu à la destruction commise par les Almohades. Il fait de sa capitale Marrakech une véritable métropole. Sa femme Zineb Nafzaouiya dirige la ville en son absence, le couple semble diriger l'empire ensemble. Le sultan semble accepter le rôle de sa femme, et cette dernière ne manque jamais d’éloge sur l'homme qui lui a tant donné alors qu'il est son 4e mari, après trois autres mariages non aboutis. La mort de Youssef ben Tachfine entraîne sa femme dans un profond chagrin. Leur fils continue la politique de son père[7].

La monnaie almoravide et son influence

Sous le règne de Youssef ben Tachfine, le commerce et l’économie connaissent une avancée impressionnante, le Maroc et l'Andalousie ainsi que l'Afrique de l'ouest connaissent une stabilité politique et économique sans précédent. La monnaie utilisée, le dinar d'or, atteint une pureté d'or et un pourcentage rarement vu à travers l'histoire : il est considéré pour l’époque comme l’équivalent du dollar de nos jours, utilisé dans toute la Méditerranée, influençant les monnaies européennes, vite incapables de résister face au dinar d'or. Cette puissance économique est surtout due à la possession de l'Afrique de l'ouest par les Almoravides, et donc de leurs mines d'or pas très éloignées de Marrakech, la capitale de l'empire[8].

Zineb Nafzaouia (XIe siècle)[modifier | modifier le code]

* (Maghreb)

L'épouse de Youssef ben Tachfine est l'une des femmes les plus célèbres du Maroc. D'ascendance tunisienne, elle a déjà été mariée à trois reprises, avant de rencontrer dans son quatrième époux, l'homme qu'elle a tant recherché. Elle est connue pour être la bâtisseuse de Marrakech en l’absence de son mari parti en guerre. Elle gouverne avec sagesse et contribue fortement à l'irrésistible expansion de Marrakech. Elle est l'artisane des conquêtes de Youssef ben Tachfine, puisque ce dernier est guidé par les demandes de sa femme, qui souhaite élargir les territoires de l'Islam. Son caractère est impressionnant pour une femme de cette époque. Pourtant, à la mort de Youssef ben Tachfine, elle entre dans une tristesse qui ne cesse qu'à sa mort, dix ans après lui[9].

Ali Ben Youssef (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

*** (Maghreb, Al Andalus, Afrique de l'Ouest, Europe).
Fils de Youssef ben Tachfine, Ali Ben Youssef continue la politique militaire de son père en Andalousie. Il aménage sa capitale Marrakech, notamment en la dotant de remparts encore visibles aujourd'hui. On dispose encore de trop peu d'informations à son sujet. Les débuts de son règne sont étincelants. Il enchaîne les victoires face aux Européens en Andalousie. Le fait le plus marquant reste son écrasante victoire à la Bataille d'Uclès, avec la mort du prince héritier de la couronne chrétienne et de nombreux nobles venus d'Europe. Se concentrant essentiellement en Andalousie, il ne voit pas arriver la menace almohade. Vers la fin de son règne, il perd plusieurs territoires au profit des Européens mais surtout des Almohades, et doit abandonner ses ambitions européennes, et se concentrer sur le Maroc[10]. Il reste dans l'histoire par son nom, donné à la très célèbre Médersa Ben Youssef, même si c'est un autre sultan qui l'a construit.

Ibn Toumert et Abd al-Mumin (calife) (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

*** (Maghreb, Al Andalus, Europe)

L'un est le maître et l'autre l’élève.

Ibn Toumert se révèle l'un des premiers propagandistes de l'histoire du Maroc. Il parcourt le Maroc et exhorte la population à se soulever contre les Almoravides. Considéré comme un fanatique sectaire, il choisit Abd al-Mumin pour renverser le pouvoir en place : il l'endoctrine et lui demande d’assassiner (lâchement) Ishaq Ben Ali, dernier descendant de Youssef ben Tachfine, alors que celui-ci les laisse entrer dans Marrakech[11]. Abd al-Mumin est pourtant considéré comme un grand Calife.

En 1128, Abd al Mu'min cache pendant trois ans la mort d'Ibn Toumert, le temps d'asseoir son autorité politique au sein des Masmoudas jusqu'à ce qu'il parvienne à devenir leurs leader. Il conquiert tous les territoires Almoravides, et se lance dans une expansion jamais atteinte dans l'histoire du Maroc. Après avoir consolidé son gouvernement, il décide de conquérir les pays de l'est du Maghreb, y compris l'Ifriqiya alors en proie à l'anarchie et dont une partie se trouve sous le joug des Normands de Sicile. Après avoir concentré ses troupes à Salé, et les avoir fort bien entraînées au combat, le chef Almohade se décide à déclencher l’offensive, qui se solde par une série de victoires : Alger, Bougie, Sétif, la Qa‘la, le tout avec peu de résistance. Les Arabes de la plaine, impressionnés, se rallient, Abd al-Mu’min exerçant à leur égard une politique d’attirance, sans doute dictée davantage par la prudence que par la conviction. Cette prudence, une des qualités essentielles de Abd al Mu’min, lui fait différer la dernière entreprise : la conquête de l’Ifrīqiya. Pendant huit années il prépare cette expédition à Salé, levant une armée de 200 000 hommes, préparant soigneusement l’intendance, ne laissant rien au hasard.

En 1159, il se met en marche, divisant l’expédition en plusieurs corps selon des itinéraires différents. Tunis se rend après un court siège. Mahdiya, aux mains de Roger II, oppose une plus sérieuse résistance, mais la ville finit par capituler, et les Normands sont écrasés en 1160. Toutes les autres cités de l’ancien royaume des Zīrides se rendent. Pour la première fois de l’histoire, après Youssef ben Tachfine, tout le Maghreb se trouve sous les ordres d’un seul chef. Son empire s'étend jusqu'à Tripoli et en Andalousie.

Il ne lui reste plus alors qu'à mater la révolte de chrétiens d'Andalousie menés par un certain Muhammad ibn Mardanis. Abd al-Mumin fait reconnaître son fils Abu Yaqub Yusuf comme héritier et, aidé par celui-ci, fait construire une forteresse sur la rive gauche du Bouregreg, en face de la ville de Salé, pour préparer la flotte destinée à envahir Al Andalus : il s'agit de la fameuse Kasbah des Oudayas. Cette forteresse est nommée le « camp de la victoire » (Ribat El Fath), la future Rabat. Il écrase les Européens sur tous les fronts (Andalous et Normands), les repoussant toujours plus au nord.

Il s’avère aussi un bâtisseur : encore aujourd'hui de nombreux monuments portent sa signature, dont la célèbre mosquée de Tinmel.

À sa mort, son empire s'étend jusqu'à la frontière de l'actuelle Égypte[12].

Abu Yusuf Yaqub al-Mansur (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

**** ( Universelle ) Il existe une confusion entre ces deux personnages de par leurs noms, père et fils. En effet les sources confondent les réalisations de l'un et de l'autre, et avec cette difficulté il faut donc les associer à notre liste. Abu Yusuf Yaqub al-Mansur et Abu Yaqub Yusuf sont les plus puissants Califes de la dynastie Almohades, avec leurs ancêtres Abd al-Mumin. Leur règne paisible est marqué par le développement de la science et des victoires militaires.

Il quitte le Maroc pour l'Europe. Al Andalus est au contraire le théâtre de succès militaire éclatants. La situation se rétablit face aux européens, qui avaient profité de son absence pour réunir la plus grande armée de l'époque plus de 300 000 hommes afin de le défaire. La rencontre décisive a lieu près de Calatrava, un peu au sud de Tolède. Les Calife Almohades, avec une armée considérable et bien tenue en main, emportent en 1195 une très grande victoire lors de la bataille d'Alarcos sur le roi Alphonse VIII, où celui-ci perd, selon les sources, plus de 150 000 hommes, et une fortune, que les Calife rapporte à Marrakech. Du point de vue stratégique la victoire d'Alarcos permet aux Almohades de reprendre des places frontières passées aux mains des chrétiens, comme Calatrava, et de les réorganiser. L'archéologie témoigne de l'importance de l'occupation almohade, de même que dans d'autres places exposées sur la ligne du Guadiana comme Badajoz, dont le système fortifié est alors intégralement reconstruit. Des raids sont même lancés très avant en pays chrétien, au nord de Tolède, où les armées musulmanes ne s'étaient plus aventurées depuis plus d'un quart de siècle. La victoire est si complète que certains historiens parlent d'une des plus grandes défaites de l'histoire de l'Europe au même titre que la Bataille de Sagrajas un siècle plus tôt[13]. Calife juste et sage, il refuse cependant de profiter de cette victoire, ils retourne à Marrakech et laisse ainsi les chrétiens remobiliser leurs forces anéanties.

Père et fils préfèrent en effet la science à la guerre. Leurs cours sont les plus prestigieuses de l'histoire du Maroc, et beaucoup de mathématiciens et de médecins sont admis auprès d'eux. Ils sont considérés à bien des égards comme étant des hommes de science, et ils encouragent les personnes de leur entourage à faire de même. Ainsi, à Marrakech, ils construisent un hôpital resté célèbre dans les livres d'histoire pour son abondance en médicaments et ses traitements de qualité supérieure, ainsi que des écoles, où officient les plus grands noms du monde à cette époque. Ils construisent des chefs-d'œuvre d'architecture, comme les trois jumelles (Koutoubia, Giralda et Tour Hassan), ainsi que de nombreuses forteresses dont le fort célèbre, la Kasbah des Oudayas. La ville thermale de Moulay Yacoub, dans les environs de Fès, a été baptisée d'après leurs noms. On prétend qu'avant de s'éteindre ils se reprochent trois fautes : avoir introduit les Arabes de Tunisie au Maroc, avoir bâti la ville de Rabat pour laquelle ils épuisent le trésor de l'état, et enfin avoir rendu la liberté aux prisonniers ingrats d'Alarcos qui plus tard reprennent les armes contre eux[14]. Après leurs mort, le pays connaît un tel essor culturel et scientifique comparable seulement à l’avènement des Mérinides, mais plus jamais une telle puissance militaire.

Abu al-Hasan ben Uthman (XIVe siècle)[modifier | modifier le code]

** (Maghreb, Al Andalus) Abu al-Hasan ben Uthman, surnommé le Sultan Noir, du fait de sa couleur de peau, est le père du sultan Abu Inan Faris. Son règne est le plus long de la dynastie Mérinides, néanmoins il se démarque, comme son fils, des autres souverains et introduit les Mérinides dans un âge d'or, qui prend fin à la mort de son fils. Célèbre pour ses victoires militaires et ses constructions, il réussit à conquérir tout le Maghreb jusqu'à Tunis. Il vaincra également les chrétiens dans une bataille navale à Gibraltar, et une bataille à Algeciras, prenant ainsi pied en Andalousie. L'historien Ibn Marzouk témoigne de l'annonce de son professeur à sa classe : " Réjouis-toi, communauté des fidèles, parce que Dieu a eu la bonté de nous rendre à Gibraltar ! Les étudiants heureux se mirent en cris de louange, en remerciant et répandant des larmes de joie ". Abu al-Hasan ben Uthman reçoit des délégués d'Égypte, de Grenade, et de l'empire Songhai qui le félicitent pour ses victoires, et son contrôle total du commerce transsaharien. Mais il attise la jalousie du Sultan de Grenade qui redoute que les Mérinides lui prennent des territoires, ce qui n’est guère crédible, puisque le Sultan retourne au Maghreb après sa victoire pour régler des conflits internes. La bonne fortune du sultan est assombrie par l'assassinat de son épouse préférée par des chrétiens. La mort de Fatima, princesse Hafside, signe la fin des temps heureux pour le sultanat. De plus, son fils Abu Inan Faris le trahit et se proclame sultan à la place de son père. Les Mérinides s'affrontent, et le véritable sultan, vaincu par son fils, est obligé d'abdiquer en sa faveur. Abu al-Hasan ben Uthman, ayant réussi à marquer l'histoire du Maroc et du Maghreb de son empreinte, finit par mourir en exil parmi les tribus de l'Atlas. On lui doit de belles constructions, comme la Médersa de Salé, mais surtout l'immense nécropole de chellah, une forteresse colossale entourée de remparts[15].

Abu Inan Faris (XIVe siècle)[modifier | modifier le code]

** (Maghreb, Al Andalus) Abu Inan Faris est le fils d'Abu al-Hasan ben Uthman, qu'il trahit pour prendre sa place au pouvoir, loin de la puissance militaire de ses prédécesseurs. Après un court règne, Abu Inan Faris, Sultan mérinide se distingue par ses œuvres architecturales, et surtout par l'excellence de sa cour, la dernière cour de prestige de l'histoire du Maroc, et qui marque la fin de l'âge d'or islamique[1]. Sous son règne les Medersas fleurissent dans sa capitale Fèz. Il y fait construire la plus belle d'entre elles, la Médersa Bou Inania, considérée comme chef-d'œuvre par ses contemporains, enthousiasmés par Dar Al Magana, une horloge clepsydre construite sur un mur extérieur de la medersa : selon une anecdote sur le sultan mérinide qui, visitant le complexe (medersa, minaret et horloge) une fois les travaux achevés, se fait présenter le livre des comptes que les maîtres d’œuvre lui remettent, non sans crainte peut être, tant a été lourde la dépense. Ce dernier fait alors un geste de grand seigneur : il déchire le livre et le jette dans la rivière qui traverse la mosquée, en récitant des vers d’un poète arabe : « ce qui est beau n’est pas cher, tant grande en soit la somme, ni trop peu payer qui plait à l’homme »[16]. ¨L'art Mérinides est à son apogée sous son règne, et il influence une grande partie de la Méditerranée, en particulier les Nasrides de Grenade qui vont bâtir une Medersa semblable, appelée la Yussufiya, ainsi que les Mamelouks au Moyen-Orient. À la mort du Sultan assassiné par son vizir, les Mérinides connaisse leurs dernières années de domination avant la chute.

Sayyida al-Hurra (XVIe siècle)[modifier | modifier le code]

* (Maghreb)

Sayyida al-Hurra est une corsaire du nord du Maroc, d'origine Andalouse, d'une famille expulsée de Grenade. Dirigeante incontournable au nord du Maroc, elle passe sa vie à faire la guerre aux Européens, par vengeance. Elle se marie au Sultan du Maroc qui la soutient dans son entreprise[17].

Lorsque Sayyida Al Hurra a 16 ans, son père la marie à Ali Al-Mandri, prince de Tétouan, un émirat voisin de Chefchaouen. Elle apprend à ses côtés les arcanes de la gouvernance et de la diplomatie. Au décès de son mari, elle lui succède à la tête de l'émirat. Elle tient alors le rôle de gouverneur de Tétouan, et refuse même de se rendre à Fès pour épouser son nouveau mari, Ahmed al-Wattasi, le Sultan du Maroc. Pour Sayyida al-Hurra, son expulsion du Royaume de Grenade reste un motif de vengeance. Sayyida al Hurra n'oublie jamais le temps où elle a dû fuir du Maroc, et a juré de venger sa terre contre les envahisseurs chrétiens et de revenir quelque temps en Andalousie.

Elle crée une alliance, cette fois avec Arudj Barberousse, un corsaire, avec qui elle organise des expéditions pirates bien connues en Méditerranée et dans le détroit de Gibraltar. Les expéditions visent à dépouiller les navires de leurs chargements en or et autres trésors. Les membres des équipages sont faits prisonniers. Elle n’accepte de les libérer qu’après d’âpres négociations. Par son efficacité en mer, son butin de pirate lui apporte de nombreuses richesses pour elle et sa ville. En 1540, elle organise un grand raid sur Gibraltar, et elle réussit à remplir tous leurs navires avec des biens et des esclaves.

Après 30 ans de règne sur Tétouan et des raids sur la Méditerranée, elle est finalement renversée du pouvoir en 1542 par son beau-fils.

Abdallah el-Ghalib (XVIe siècle)[modifier | modifier le code]

Il monte sur le trône en tant qu'héritier légal du premier sultan Saadiens Mohammed ech-Cheikh. Quelques mois après son accession au trône, il doit faire face à la declaration de guerre des Ottomans contre le Maroc, Une expédition ottomane est alors lancée contre le Maroc saadien, pendant l'hiver de 1558, dirigée par l'homme fort de la régence d'Alger : l'armée ottomane est interceptée par l'armée marocaine de Abdallah el-Ghalib au nord de Fès, et les Marocains vainquent les Ottomans lors de la Bataille de l'Oued-el-Leben, contraints à fuir le champ de bataille et à retourner à la régence d'Alger. Abdallah el-Ghalib les poursuit et s'empare d'une de leurs ville, Tlemcen.

Son règne après cela est relativement paisible. Il s'occupe de construire des mosquées et aussi un hôpital à Marrakech, mais sa plus célèbre réalisation reste la fameuse Médersa Ben Youssef, qui étrangement ne porte pas son nom mais plutôt celle du glorieux Ali Ben Youssef. Cette médersa est durant plus de quatre siècles un foyer d'accueil pour les étudiants en soif de connaissances dans diverses sciences, notamment en théologie. Elle disposait de 132 chambres destinées aux étudiants non originaires de Marrakech et pouvait accueillir jusqu'à 900 étudiants. À l'opposé de la porte d'entrée, de l'autre côté du bassin rectangulaire, s'ouvre la salle de prières constituée de trois nefs délimitées par des piliers de marbre supportant des arcs aux façades ciselées de motifs d'ornementation. La nef centrale donne sur une petite salle en demi-cercle dont l'ouverture est somptueusement décorée de motifs floraux et géométriques. Cette salle recèle le mirhab décoré d'une dentelle de plâtre sculpté formant des alvéoles. Cette dentelle de plâtre ou poussière de marbre, d'un blanc laiteux et soyeux, réalisée au ciseau fin, le "fer" et minutieusement gravée.

Ahmed al-Mansour (XVIe siècle)[modifier | modifier le code]

*** (Maghreb, Europe, Afrique de l'Ouest)

Ahmed al-Mansour est un des plus puissants souverains de ce siècle, mais surtout le plus riche. Les raisons de ce succès sont autant économiques qu'artistiques[18].

Le début de son règne est difficile. Il doit affronter l'armée européenne lors de la Bataille des Trois Rois. La rencontre a lieu non loin de la rivière de Wad al-Makhazin, le lundi 4 août 1578, vers 11 heures du matin. Les troupes européennes engagent la bataille par plusieurs offensives victorieuses. Mais grâce à sa supériorité numérique et à un bon dispositif tactique, l'armée Marocaine finit par prendre rapidement le dessus. Avant la fin de la journée, les Européens sont mis en déroute : des milliers de soldats gisent sur le champ de bataille et plusieurs milliers d'autres sont capturés. Après sa victoire de la Bataille des Trois Rois, sa renommée est immédiate, d'avoir su infliger la plus grande défaite à une armée européenne durant la Renaissance. Les conséquences sont fatales pour le Portugal, principal perdant de cette bataille. Ahmed al-Mansour fait plusieurs dizaines de milliers de prisonniers européens, dont l'élite portugaise, qui ne seront libérés qu'après des rançons astronomiques.

L'enrichissement du Maroc est conséquent, mais le sultan voit plus grand. Ahmed El Mansour, sultan énergique et intelligent, et surtout nourri d'un pragmatisme rarement vu dans l'histoire du Maroc, il rêve de faire du Maroc un empire puissant. Pour cela, il lui faut une économie qui surpasse celle de tous ses ennemis. Alors que le pays est encerclé et ne peut donc s'enrichir convenablement, il décide de répéter l'action du plus grand Sultan de l'histoire du Maroc, Youssef ben Tachfine : s'emparer des mines d'or et de sel de l'Afrique de l'ouest.

L'empire songhaï attire les appétits du sultan Ahmed El Mansour. La seule difficulté est que les Songhaïs sont musulmans, et professent, comme les Marocains, un islam malékite. Leurs oulémas entretiennent de solides relations avec leurs homologues de Marrakech. D’ailleurs, quand le sultan décide de faire la guerre aux Songhaïs, plusieurs oulémas se montrent réticents à autoriser le Jihad contre une nation musulmane. Le sultan doit alors résoudre la contradiction, en faisant de ce conflit, un conflit territorial. Il envoie des unités de renégats européens de son armée de sorte que des Marocains n'aient pas de sang de musulmans sur leurs mains.

La richesse du Maroc atteint alors son paroxysme, mais son prestige est entaché par la destruction d'un empire musulman rayonnant[19]. Le sultan forme une armée moderne bien équipée, redoutable pour ses voisins, qui n'osent plus jamais entrer en conflit avec lui. Malgré sa puissance, il préfère toujours la diplomatie au conflit.

L'apogée du règne est l’édification du Palais El Badi, qui, dit-on, aurait émerveillé tous les diplomates du monde. Symbole de puissance, l'ensemble palatial exprime le faste du souverain tant auprès de ses sujets que des ambassades étrangères : il est le cadre d'audiences solennelles et de fêtes. Considéré comme un joyau de l'Art islamique Marocain, l'accès principal au palais s'effectue par la porte de "Bab Al-Rokham" (porte du marbre). Le plan est ordonnancé autour d'une vaste cour rectangulaire de 135 mètres par 110. Le centre de cette dernière est agrémenté d'un bassin de 90 mètres sur 20, avec en son centre une fontaine monumentale. Autour de la grande cour centrale, sur les côtés est et ouest, deux pavillons se font face : le "pavillon de cristal" et le "pavillon des audiences" de plan quasi identique. Les côtés nord et sud sont occupés par le "pavillon vert" et celui de "l'héliotrope", avec deux galeries ouvertes chacun. L'ensemble compte 350 pièces.

Mais à sa mort, le Maroc sombre dans le chaos, et son palais est détruit par le terrible Moulay Ismail, qui jalouse le prestige d'Ahmed al-Mansour pour des raisons mal connues[20].

Moulay Rachid (XVIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

* (Maghreb)

Moulay Rachid est le frère du futur Sultan Moulay Ismail. Il est considéré comme le fondateur de la dynastie Alaouites. Il sait, grâce à son intelligence, en peu d'années (seulement six ans), assurer l'établissement de la dynastie alaouite au Maroc, tout en se faisant connaître en dehors du pays. Contrairement à ce qui se dit souvent, Moulay Ismail ne commence pas l'unification du Maroc : son frère Moulay Rachid combat victorieusement toutes les tribus dissidentes, les unes après les autres.

La marque de son règne, ce sont les constructions monumentales, essentiellement autour de Fès. Il se consacre surtout à la construction d'ouvrages stratégiques, puis, dans une moindre mesure, de monuments religieux. La construction la plus emblématique de son règne reste le pont du Oued Sebou près de Fès. D'une importance stratégique, car reliant et facilitant les communications de Fès jusqu'au nord du pays, l'ouvrage est une réussite car il résiste également aux crues du fleuve. Son architecture attire l'attention des chroniqueurs, qui n'hésitent pas à le comparer au pont Arabe de Cordoue. Par ailleurs, Moulay Rachid fait également reconstruire le pont d'Er-Recif de Fès. Il est également à l'origine du barrage de l'Oued Zitoune. Sur le plan militaire, il renforce les murailles de Fès el-Bali, et construit surtout un nouveau fort connu sous le nom de la « casbah des Cherarda », au nord de Fès, à l'emplacement du site de l'ancien camp des Almoravides, dans le but d'accueillir et loger les contingents censés défendre la ville. Il édifie également le palais royal Alaouite à côté du vieux palais des Mérinides de Fès. Dans le domaine religieux, il lance la construction de la Médersa Cherratine également à Fès. Il ordonne aussi la construction d'une grande médersa à Marrakech.

Ce sultan réalise en six ans ce que d'autres ne réussissent pas en vingt ou trente ans de règne. Il meurt jeune à Marrakech le jour de l'Aid[21].

Moulay Ismail (XVIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

** (Maghreb, Europe)

Moulay Ismaïl ben Chérif est le dernier grand sultan de l'histoire du Maroc. Après sa mort, le pays ne cesse de s'affaiblir et de s’appauvrir, jusqu'en 1912, où les descendants de la dynastie Alaouite vont jusqu'à signer la soumission du Maroc aux puissances européennes. Cela demeure la plus grande catastrophe de l'histoire du Maroc depuis sa création en 789, puisque, en effet, le pays ne connait jusqu'en 1912 aucune occupation par une puissance étrangère[22].

Le sultan Moulay Ismaïl s'inscrit dans la lignée des dynasties précédentes, et fait du Maroc une puissance militaire redoutée. Le règne de Moulay Ismail correspond à une période d’apogée de la puissance marocaine. Ses succès militaires s'expliquent par la création d'une armée forte et originale reposant sur les « Guichs » (principalement des Oudaïas) et sur la garde des Abid al-Bukhari, des militaires noirs qui lui sont totalement dévoués, ce qui permet au pouvoir central d’être moins dépendant de tribus souvent berbères rebelles. Moulay Ismaïl combat victorieusement les ottomans et leurs vassaux, et chasse les européens des ports qu'ils occupent, Larache, Assilah, El-Mamoura et Tanger. Il y fait des milliers de prisonniers chrétiens et manque de peu de s'emparer de Ceuta. Il contrôle une flotte de corsaires basée à Salé-le-Vieux et Salé-le-Neuf (l'actuelle Rabat), qui l'approvisionnent en esclaves chrétiens, puis en armes grâce à leurs razzias en Méditerranée et jusqu'en mer du Nord. Il noue des relations diplomatiques significatives avec des puissances étrangères, en particulier en europe et à l'est. Souvent comparé à un homme qui a la folie des grandeurs pour son charisme et son autorité, Moulay Ismaïl est surnommé le « Sultan sanguinaire » par les Européens, en raison de sa cruauté envers eux et de sa justice sommaire contre tout ce qui touche à leur civilisation. Mais bien évidemment c'est de la propagande alimenter par les historiens européens, car les esclaves par exemple de Moulay Ismail était beaucoup mieux traiter que par ceux détenu par les nations européennes qui répugnaient à les considérer comme des humains. Il combat victorieusement ses ennemis, malgré quelques défaites, sans conséquence. Il ne perd aucun territoire sans le reconquérir. Sultan bâtisseur, il entreprend la construction du grand palais de Meknès, de jardins, de portes monumentales, de plus de quarante kilomètres de murailles et de nombreuses mosquées. Vers la fin de son règne, Il avait construit plus de 76 Kasbah et postes militaires, établis sur toute l'étendue de son territoire. Chaque kasbah était défendue par un corps d'au moins 100 soldats de tribus Guich ou d'Abid al-Bukhari. Les forces chérifiennes étaient présentes dans toutes les grandes villes, et les chefs-lieux de province. À défaut d'avoir une cour renommée, sa force est son armée, qu'il modernise, et l'administration qu'il structure. Il est ainsi le bâtisseur du premier réseau routier sécurisé du Maroc, mais aussi en Sultan pragmatique il dote sa capitale Meknès d'un système d'égout alors que la plupart des capitales du monde n'en avaient pas. Dans le domaine économique, Moulay Ismaïl construit le Hri Souani, important lieu de stockage des denrées alimentaires qui alimente grâce à ses puits aussi bien le bâtiment que le bassin de l'Agdal, ce dernier ayant été creusé pour irriguer les jardins de Meknès. De grandes écuries d’une capacité de 12 000 chevaux se trouvent dans le Hri Souani. Sur le plan politique et intérieur, il reçoit ses ambassadeurs dans le Koubat Al Khayatine, pavillon qu'il construit, tandis que c'est dans la prison Qara, que tous les criminels, esclaves chrétiens et prisonniers de guerre sont incarcérés. Sur le plan religieux et culturel, Ismaïl dote la ville d'un nombre important d'institutions religieuses, mosquées et medersas, places publiques, fontaines et jardins. Cette intense campagne de constructions se poursuit tout le long de son règne. Mais le sultan prend de mauvaises décisions, comme la destruction du Palais El Badi, dont les historiens vantent encore la beauté[23] par jalousie envers le légendaire Ahmed al-Mansour dont il se prétendait l’égal. Le sultan perd énormément d'années à stabiliser le pays, à cause des tribus indisciplinées qui ne cessent de se soulever contre son autorité, ce qui l’empêche de reprendre les dernières villes marocaines occupées par les Européens à savoir Ceuta et Melilla. Alors qu'il les assiège, il meurt avant de voir son rêve d'unité s'accomplir[24].

Khnata bent Bakkar (XVIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

* (Maghreb)

Certaines princesses marocaines ont joué un rôle déterminant dans la politique du pays. Khnata bent Bakkar en est une belle illustration.

Originaire de l'actuelle Mauritanie à l'époque, où ce territoire appartient au Maroc alaouite, et épouse du sultan Moulay Ismail qui règne de 1672 à 1727, elle règne dans son ombre, au XVIIIe siècle. Au Maroc, les épouses de souverains n'ont jamais de statut officiel, mais elles ont une influence réelle dans les faits. Par ailleurs, on peut le regretter, les femmes ont pu jouer un rôle important uniquement durant des périodes de crise, où les hommes s'avèrent défaillants. Cependant, elles ont eu maintes fois l'occasion de montrer leur talent à gouverner et même à diriger une armée. Khnata bent Bakkar tient déjà le rôle de ministre de son époux avant son décès. Ensuite, elle gouverne le pays pendant vingt-cinq (25) ans, et réussit à le faire sortir d'une situation politique désastreuse.

En effet, le Sultan Moulay Ismail mène une guerre permanente contre les tribus réfractaires de l'Atlas, mais aussi contre les nations européennes. Après son décès, le Maroc connaît une grave crise dynastique, au cours de laquelle les Abids, des soldats noirs, donnent du fil à retordre aux sultans, alors que les tribus guich se soulèvent et font des razzias dans les cités impériales. Les autres tribus profitent de l'anarchie pour entrer en rebellion. Dès lors, Khnata bent Bakkar dirige le pays, petit à petit, et dans l'ombre de son fils... Le fils de Lalla Khnata, réputé faible, n'a par ailleurs pas marqué l'histoire du Maroc. On lui reproche notamment d'être guidé dans ses choix politiques par une femme. Mais les historiens assurent que Khnata bent Bakkar soutient toujours son fils dans les périodes de troubles et de crises dynastiques qui marquent son règne : elle n'a pas confiance en ses capacités à diriger le pays. En revanche, elle a foi en la continuité du pouvoir. Elle intervient donc pour réparer ses erreurs politiques, mais le fils et la mère se méfient l'un de l'autre. Une fois, elle s'enfuit pour éviter que son fils ne l'emmène de force dans le sud du pays. Elle prétexte même un pèlerinage avec son petit-fils pour échapper au terrible sort que son fils aurait projeté, l'exécuter...

Après le départ de ce dernier, elle assure la continuité du pouvoir en gouvernant un quart de siècle.

Ma El Aïnin et Abdelkrim al-Khattabi (XXe siècle)[modifier | modifier le code]

* (Maghreb)

Ces deux figures apparaissent au moment où les sultans Alaouites collaborent avec les puissances européennes et signent la fin de l'indépendance du Maroc. Dans ce siècle, le Maroc est affaibli économiquement et ne peut plus payer ses dettes aux nations européennes, ainsi le pays vit une crise depuis la mort de Moulay Ismaïl, dernier grand sultan du Maroc. Un chef se détache au sud du Maroc, Ma El Aïnin, et un autre au nord, Abdelkrim al-Khattabi, qui vont se distinguer par leurs farouches résistances à l'occupation du Maroc par les Européens. Ma El Aïnin mène la guerre dans le Sahara, mais la supériorité des armes modernes européennes rend sa tâche très difficile, il demande l'aide du Sultan du Maroc, qui lui est accordée mais ne suffit pas, il est vaincu et doit s'exiler dans d'autres villes jusqu'à sa mort, et ses fils Ahmed al-Hiba et Merebbi Rebbu prennent sa relève dans la guerre contre l'occupant[25].

Au nord du Maroc, quelques années après la mort de Ma El Aïnin, un autre chef surgit, Abdelkrim al-Khattabi. Au début, il pactise avec les occupants, puis change vite d'avis sur eux, et entre en conflit contre eux. L'apogée de sa vie est la Bataille d'Anoual, où il écrase l'armée espagnole et se fait proclamer émir du Rif. Sa victoire complète est la plus grande défaite militaire d'une nation européenne au XXe siècle. Mais la France soutient l’Espagne, et ils s'allient contre l'armée de Abdelkrim al-Khattabi, qui finit vaincu lui aussi par les armes modernes de ces deux pays. Les Européens décident de l'envoyer en exil à l'île de la Réunion, mais il réussit à fuir en Égypte lors d'un de ses transferts, il meurt et est enterré en héros en Égypte. L'histoire de Abdelkrim al-Khattabi est complexe, et beaucoup de personnes se trompent sur lui, certains l'accusent d'avoir voulu construire un émirat rifain indépendant du Maroc pourtant : or, ce ne fut pas le cas puisqu'il fait allégeance aux sultans Alaouites, bien que ces derniers collaborent avec les Européens, et il refuse de revenir au Maroc, parce que la condition en était qu'il soit nommé à la place du sultan Alaouites, la population ne lui étant pourtant pas hostile[26].

Les grands médecins, botanistes et chimistes[modifier | modifier le code]

Al Wazir Ibn Zuhr (XIe siècle)[modifier | modifier le code]

** ( Maghreb, Al Andalus )

Avec la grande famille des Ibn Zuhr, la réputation du Maghreb, sur le plan médical, s’accentue, et la mission didactique enseignante se développe. De nouvelles méthodes cliniques voient le jour.

Al Wazir étudie à Cordoue à l'école d'Abu Al-Aina, médecin venu d'Orient. Il connaît encore plus de succès en tant que médecin que son père. Il est attaché à la cour d'Al Mutamid ibn Abbad, le dernier émir Abbadid de Séville (qui règne 1068-1091). Après la conquête de Séville par les Almoravides en 1091, il est vizir du puissant Youssef ben Tachfine (qui règne jusqu'en 1106). Son principal titre de gloire est d'être le père d'Avenzoar, mais il mérite qu'on se souvienne de lui pour sa propre activité. Il met en avant, avec l'aide de ses élèves, des diagnostics audacieux, par ses pronostics qu’il préconise, à partir de l’analyse du pouls et des urines.

Son Opuscule sur les médicaments simples a connu un grand impact sur les deux rives du détroit et ailleurs. Il fait peu de cas du Canon d’Avicenne, et se fie aux résultats réalisés en laboratoire. Son Traité des propriétés medicales, est cité, une cinquantaine de fois, par le plus grand des botanistes Ibn al-Baitar.

Parmi ses livres médicaux de grandes qualités :

  • Kitab al-khawas, Livre de propriétés (médicales) ;
  • Kitab al-adwiya-l-mufrada, Livre des drogues simples ;
  • Kitab al-'idah, Livre d'explication ;
  • Mujarrabat, Faits expérimentaux (observations médicales) ;
  • Kitab al-nukat al-tibbiya, Principes principaux de la médecine.
  • Tadhkira (Rappel sans doute du livre précédent), écrit pour son fils Avenzoar alors en voyage au Maroc : guide pratique contenant des références spécifiques aux conditions climatiques et pathologiques à Marrakech, avec des informations complémentaires sur divers sujets médicaux, et aussi des conseils déontologiques. Ce traité a parfois été attribué, à tort, à son fils[27].

Avempace (XIe siècle)[modifier | modifier le code]

**** ( Universelle )

Avempace est le premier homme du Maghreb à cultiver avec succès toutes les sciences. Vivant au Maroc et en Andalousie, il entre à la cour des Almoravides. Il aborde la médecine par la botanique. Il écrit quelques livres sur la médecine et les régimes en général. Sa contribution la plus colossale est dans d'autres matières[28]. À Grenade, il exerce la médecine, loin des occupations politiques. Puis, il s'embarque finalement pour Oran, avant de se rendre à Fez, où il devient médecin à la Cour des Almoravides. C'est là que ses ennemis s'acharnent contre lui, l'accusant d'athéisme et le taxant d'incompétence. En plus d'écrire, en collaboration avec Abul-Hasan Sufyan al-Andalusi, un Livre des expériences, qui a été perdu, et supposé compléter le livre sur les médicaments simples de Ibn Wafid de Tolède (en 1075), Avempace écrit sur les plantes, ce qui influence, directement ou indirectement, un certain nombre de botanistes qui reprennent son œuvre. Surtout, il s'agit d'une œuvre totalement originale d'Avempace :

- Dans la première partie, il expose les caractères généraux du règne végétal pour ensuite passer

- Dans la deuxième, aux différences essentielles et spécifiques que l'on observe entre les plantes, dont il propose une classification qui offre le grand intérêt d'en tirer une collection d'exemples très concrets qui enrichissent les catalogues des botanistes Arabes mais aussi d'autres langues[29].

Avenzoar Ibn Zuhr (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

**** ( Universelle )

Avenzoar est le plus important médecin et clinicien de l'histoire du Maroc et peut être même du monde d'après certain historiens. Il est considéré comme le père de la chirurgie expérimentale, et très apprécié par Averroès, et bien d'autres, comme le plus grand de tous les médecins depuis l'antiquité.

Il étudie d'abord la théologie avant de se tourner vers la médecine. Né à Séville, il suit une formation de médecine à l'université de Cordoue. Issu d'une famille versée dans la médecine, son père, Al Wazir, était un médecin habile dans le diagnostic et le traitement des maladies, de même que son grand-père. Il s'initie à la médecine auprès de son père, après avoir étudié les lettres, la jurisprudence, et la loi islamique. Il est un ami du médecin et philosophe Averroès. Après un court passage à Bagdad et au Caire, il retourne chez lui et s'enrôle (en tant que médecin) au service des Almoravides. Il est persécuté durant le règne de Tachfin Ben Ali, il travaille au palais de Marrakech et fait même quelques années de prison. Il garde de cette mésaventure un ressentiment profond envers la famille régnante. Sous le règne des Almohades, il est appointé comme médecin et est en outre nommé vizir par le sultan Abd al-Mumin.

Il retourne à Séville peu après, grand maître en médecine, il a pour disciple Averroès. Il s'est surtout consacré à la médecine contrairement aux autres scientifiques qui abordent plusieurs champs de la connaissance. Ainsi il peut contribuer à des travaux originaux et sur le long terme. Il se différencie des autres médecins par l'importance qu'il donne à à l'observation et à l'expérience dans son travail, qui d'après lui est la meilleure base et le véritable guide à la pratique médicale. Ainsi, on pense qu'Avenzoar était compétent en dissection de cadavres humains et qu'il connaissait parfaitement l'anatomie. Avenzoar représente un cas exceptionnel à son époque, car en dépit de l'étendue et de la diversité de son savoir, il s'est spécialisé en médecine, qu'il exerce sa vie durant. En plus de sa pratique de la chirurgie, il introduit de nouveaux éléments, dont la description des différentes maladies internes et dermiques.

Avenzoar s'appuie, dans ses travaux, sur l'expérimentation et la rigueur scientifique, aboutissant ainsi à la découverte de maladies encore inconnues. Il étudie, ce faisant, les maladies pulmonaires et entreprend la chirurgie de la trachée. Avenzoar est le premier à donner une description détaillée de la trachéotomie en observant les effets expérimentaux sur une chèvre. Il a l'idée de nourrir les malades présentant une paralysie du pharynx ou une dysphagie irréversible par sonde trachéale ou rectale. Il est aussi le premier à injecter le sérum pour l’alimentation artificielle.

Il écrit de nombreux livres sur la diététique et la médecine. Sur la demande d'Averroès, il écrit le livre Kitab al-Taisir fi al-Mudawat wa al-Tadbir (le livre de la simplification des traitements et régimes), traité de pratique médicale d'un grand retentissement dans le monde. Il concentre ses efforts sur la prophylaxie et la thérapeutique, et s'intéresse aux affections cérébrales. Il représente l'un des meilleurs traités de médecine clinique jamais écrits. Avenzoar se consacre surtout à la médecine, contrairement aux autres scientifiques qui abordent plusieurs champs de la connaissance[30].

Il fait plusieurs découvertes capitales en tant que médecin. Il concentre ses efforts sur la prophylaxie et la thérapeutique et s'intéresse aux affections cérébrales. Il représente le meilleur traité de médecine clinique jamais écrits, il renferme des études pertinentes sur les maladies du cerveau et du névraxe, en particulier sur les comas, l'apoplexie, les convulsions, les épilepsies, les tremblements, la migraine, l'hémiplégie, l'hydrocéphalie voire les états démentiels et la catatonie[31].

Il décrit également le traitement des luxations de vertèbres cervicales. Il est un des premiers à faire des expérimentations sur l'animal, avant d'appliquer ses observations sur l'homme. Il joint à son esprit critique des préjugés estimant la chirurgie et la pharmacie indignes d'être exercées par un médecin. Pourtant l'expérimentation l'attire, et il pratique sur une chèvre une trachéotomie pour en étudier les conséquences. Précurseur, sans le savoir il a fait une des premières descriptions de la gale : il décrit le "souab" qui existe sous la peau et dont il sort un animal très petit que l'œil a de la peine à découvrir. Mais Avenzoar ignore s'il s'agit du sarcopte ou de poux, et attribue la maladie à des altérations humorales. Ainsi il est également un précurseur en parasitologie.

À la fin de sa vie il a réalisé tellement de premières en médecine qu'il est impossible de toutes les répertorier. Son érudition lui vaut le nom de "Sage célèbre". L'influence d'Avenzoar pour l'évolution de la médecine se fait sentir pendant plusieurs siècles dans le monde entier. Sa plus grande gloire personnelle est d'avoir été le maître du médecin, juriste et philosophe Averroes.

Il meurt à Séville d'une tumeur qu'il tentait de traiter lui-même, et dont il observait courageusement l'évolution[32].

Voici les la liste de ses découvertes :

  1. Il a été le premier à réaliser des expérimentations sur les animaux avant de les appliquer aux hommes.
  2. Il a été le premier à faire une description détaillée de la trachéotomie en observant les effets expérimentaux sur une chèvre3. Il a eu l'idée de nourrir les malades présentant une paralysie du pharynx ou une dysphagie irréversible, par sonde trachéale ou rectale.
  3. Traite de manière pertinente et décrit pour la première fois les épanchements péricardiques, les abcès du péricarde, les tumeurs médiastinales ainsi que les inflammations de l'oreille moyenne.
  4. Comme clinicien, il a fait des descriptions cliniques de tuberculose intestinale,
  5. Il a concentré ses efforts sur la prophylaxie et la thérapeutique et s'est intéressé aux affections cérébrales. Il a écrit l'un des meilleurs traités de médecine clinique arabe, il renferme des études pertinentes sur les maladies du cerveau et du système nerveux central, en particulier sur les comas, l'apoplexie, les convulsions, les épilepsies, les tremblements, la migraine, l'hémiplégie, l'hydrocéphalie voire les états de démence et la catatonie.
  6. Il décrit également le traitement des luxations de vertèbres cervicales.

Maïmonide (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

** (Machrek, Europe)

Né en Andalousie Almohades, ce médecin juif de langue arabe, selon certains, aurait fini par se convertir à l'Islam. Selon d'autres, non. Quoi qu'il en soit, c'est un des hommes les plus éminents de son époque, qui affirme de l'islam que c'est " le plus pur des monothéismes ". Il va jusqu'à faire semblant d'être musulman pour pouvoir avoir le privilège d’étudier à l'Université Al Quaraouiyine. C'est dans cet établissement qu'il fait la connaissance des grandes figures de la science du monde à l'époque. Il est influencé par Averroès et Ibn Tufayl, et beaucoup d'autres,

Il vit six ans au Maroc dans la ville de Fès. Maïmonide y a le loisir d’approfondir ses connaissances médicales au contact des livres. C’est encore à Fès que le médecin Maïmonide va acquérir l’essentiel de sa formation mathématique, avant de se rendre en Orient. Fès est la ville qui lui donne son éducation, une formation qu'il lègue en orient lorsqu'il est contraint de fuir le Maroc

C'est un médecin plus d'érudition que de pratique. Cependant, ses ouvrages, qui sont une compilation méthodique des écrits connus de l'époque, contribuent au progrès de l’art. Il nous lègue un traité de diététique, un traité sur l’asthme, un traité sur les hémorroïdes ainsi qu’un traité sur les poisons. La majorité de ses livres sont écrits en langue arabe[33].

Abu Jafar Al Turjali (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

* (Al Andalus)

De ce médecin de la cour des Almoravides, peu est connu : il aurait reçu son éducation médicale à Cordoue, il est réputé pour son talent aussi bien en philosophie qu'en médecine, et excellent praticien. Il aurait en effet réussi la majorité des traitements administrés à ses patients. Il était l'un des professeurs des futurs Avempace et Averroès[34].

Al Idrissi (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

**** ( Universelle )

Al Idrissi est un grand géographe mais aussi un botaniste, qui a vécu durant la période Almoravide. La principale contribution d'Al Idrissi se trouve dans les plantes médicinales telles que présentées dans plusieurs de ses livres. En matière de plantes médicinales, son Kitab al-Jami-li-Sifat Ashtat al-Nabatat (Livre rassemblant les descriptions fragmentaires des plantes) témoigne de ses connaissances approfondies en botanique. Il a étudié et a examiné la littérature disponible en son temps sur les plantes médicinales, et a fait progresser les connaissances en la matière, mettant à l'usage des médecins un grand nombre de nouvelles plantes médicinales avec leur évaluation médicale. Il collectionnait les plantes et les données non signalées précédemment, et ajoute que cela fait l'objet de la botanique. Il a donné les noms de ces plantes dans six langues[35].

Ibn Arfa Ra'a (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

**** ( Universelle )

La chimie au Maroc est sans doute la science la moins connue, et pourtant de nombreux chimistes vont influencer ce domaine, d'abord sous les Almoravides. Les débuts en sont attestés avec le témoignage du juriste al-Qāḍī ‘Ayyād, auteur d’une consultation juridique sur la validité de l’alchimie, montrant que cet art était fort répandu à l’époque en Andalousie et au Maroc. Sous les Almohades, et les Mérinides, la discipline prend son essor et ses adeptes se multiplient, comme nous l’apprend le témoignage de Ḥasan al-Wazzān " Léon l'Africain ", qui consacre une section de sa Description de l’Afrique aux alchimistes de Fès au début du XVIe siècle.

La chimie la plus fameuse est celle d'Ibn Arfaʿ Ra'a, il est d’origine Andalouse et ayant vécu à Fès la majeure partie de sa vie durant la période almohade. Dans ses travaux il développe un cadre théorique, et terminologique, de processus expérimental et de techniques de laboratoire de base encore reconnaissables aujourd'hui.

Il est l'auteur de Shudhur al-dhahab, un ouvrage de renommée portant sur des expériences théoriques et pratiques en chimie. Il décrit les propriétés de divers métaux et a fourni des informations détaillées sur les céramiques émaillées et les différentes techniques, méthodes et procédés de la chimie industrielle de l'époque. Le célèbre ouvrage contient le plus grand texte poétique alchimique du monde musulman? Cet ouvrage, l’un des livres majeurs de la science alchimique arabe, est orné d'illustrations stylisées d'alambics (dans le texte) et d'illustrations plus récentes et bien délimitées d'équipement alchimique, qui se trouvent dans les marges, dessinées avec des encres rouges et noires dans un papier brillant. Le poème, de 1 460 vers, ayant comme rimes les 28 lettres de l'alphabet arabe, est conservé aujourd'hui dans un grand nombre de manuscrits. De nombreux commentaires sur ses poèmes alchimistes viennent de ses successeurs, inspirés par son travail, dont le chimiste Al Jaldaki, et par lui la chimie maghrébine est étudiée au Machrek.

Pratiquement rien n'est connu de sa vie, excepté qu'il meurt en 1197 à Fès[36].

Ibn Tufayl (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

**** ( Universelle )

Ibn Tufayl fait partie de ses génies de l'histoire du monde et du Maroc, il est talentueux dans le domaine des belles lettres, des mathématiques, de l'astronomie et de la médecine, en plus de ses atouts indéniables dans la politique et en tant que juge. Il est le médecin des califes Almohades.

Il s'illustre dans les sciences médicales, notamment dans le domaine administratif des hôpitaux du Maroc, mais surtout dans le mécénat cherchant à tout prix à allouer des fonds pour que les hôpitaux ne manquent jamais de rien pour les malades, mieux encore en sa qualité de juge il va combattre le charlatanisme dont sont victimes des pauvres personnes sans éducation et souvent sans ressource.

La plupart des écrits d'Ibn Ṭufayl sont perdus. Les témoignages des différents bibliographes ne concordent guère. Selon Ibn al-Khatib, il aurait écrit, en médecine, un ouvrage en deux volumes. Ibn Abu Usayba rappelle qu'Ibn Tufayl et Averroès avaient conduit conjointement des recherches portant sur la définition et la formation des médicaments, pour ainsi augmenter et enrichir l'arsenal thérapeutique « Rasm al-Dawaa », Averroès l'a compilé dans son livre le Colliget.

Ibn Tufayl est également auteur d'une arjouza (livre versifié) en médecine composée de 7700 vers, sur les médicaments simples.

D'une manière générale, l'étude de la carrière scientifique d'Ibn Ṭufayl se heurte à une difficulté insurmontable. En astronomie, par exemple, l'absence totale d'un texte complet relatif au système qu'il a imaginé, oblige à formuler de simples conjectures. Ce système qui, d'après un auteur juif du début du XIVe siècle, « a mis en émoi le monde entier » est décrit de manière sommaire par l'astronome Marocain Alpetragius en ces termes : « Tu sais que l'illustre Qadi (juge) Abū Bakr Ibn Tufayl nous disait qu'il avait trouvé un système astronomique et des principes pour ces différents mouvements, autres que les principes qu'a posés Ptolémée, et sans admettre ni excentrique ni épicycle ; et avec ce système, disait-il, tous ces mouvements sont démontrés et il n'en résulte rien de faux. » [37].

Al Hafid Ibn Zuhr (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

** ( Maghreb, Al Andalus )

Pour compléter l'histoire de cette grande dynastie médicale que sont les Ibn Zuhr, le fils unique d'Avenzoar, surnommé al-Hafid Ibn Zuhr, est né à Séville en 1110-1111 (ou 1113-1114), et meurt en 1199.

Ce médecin à succès est encore plus célèbre parmi ses contemporains comme homme de lettres et poète, même si un traité sur les maladies oculaires lui est attribué. Tout comme son père, il sert les dirigeants Almoravides, puis leurs successeurs Almohades, Abu Yusuf Yacub Al Mansur, puis Al-Nassir. Un groupe de dignitaires envieux ayant écrit une lettre à Al-Mansur, avec des allégations sérieuses contre Al-Hafid Ibn Zuhr, al-Mansur fait emprisonner les accusateurs, car sa confiance dans Al Hafid Ibn Zuhr demeure illimitée.

Au Maroc, il souffre d'une grande nostalgie pour son pays et sa famille, et écrit des poèmes sur son état. Al-Mansur lit les versets de ses poèmes et, un jour qu'Al Hafid Ibn Zuhr rentre chez lui, à sa grande joie, il trouve sa famille qui l'attend : Al-Mansour les a fait venir secrètement d'Al Andalus. Al Hafid Ibn Zuhr a également une fille, devenue une sage-femme habile, comme sa propre fille plus tard, au service des enfants du Calife Al-Mansur, et de sa famille. Cette fille est empoisonnée en même temps que son oncle, Abu Bakr al-Hafid Ibn Zuhr, à Marrakech en 1199 par un vizir haineux. Les femmes de la famille sont pour la plupart aussi versées dans la médecine. Deux d'entre elles ont exercé comme sages-femmes et gynécologues au palais d'Al mansur[38]. Avenzoar veille à ce que deux de ses proches, sa fille et sa petite-fille, prennent des médicaments. Bien que se limitant en grande partie à l'obstétrique, ils débutent une tradition devenue commune dans toutes les sociétés musulmanes jusqu'à nos jours, l'acceptation des femmes en tant que médecins.

Al Hafid Ibn Zuhr a été un médecin de génie, d'après ses contemporains. Son fils, Abu Muhammad 'Abdallah ibn al-Hafid, né à Séville en 1181-1182, également médecin célèbre au service des Almohade, et lui aussi empoisonné, en 1205-1206, et enterré à Séville près de sa famille, des ancêtres. Deux de ses fils ont vécu à Séville : le plus jeune, Abu Al- 'Ala' Muhammad, médecin, représente la sixième génération de médecins en descendance directe dans la famille Ibn Zuhr. Une nouvelle génération d'Ibn Zuhr possible est empêchée par la prise de Séville par les chrétiens. Ainsi, dans les années 1240 prend fin toute la science musulmane de Séville.

Averroès (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

**** ( Universelle )

Averroès est un monument de l'histoire du Maroc et de l'histoire mondiale. La médecine est l'un des nombreux domaines dans lesquels il montre son efficacité. Outre ses nombreuses fonctions, Averroès est le médecin personnel des califes Almohades.

Médecin porté sur la recherche, l'analyse et le traitement des maladies, il affectionne la théorie plutôt que la pratique, et rédige plusieurs livres dont le plus célèbre, le Colliget, œuvre composée de sept livres, avec une belle introduction à la physiologie. Elle devient tout simplement la base du savoir médical en Europe, enseignée officiellement dans les facultés et écoles de médecine occidentales jusqu'aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il croit à la puissance extraordinaire des forces psychiques, et, dans cette perspective, il recommande de lutter sans désemparer jusqu'au dernier souffle du patient et de ne jamais désespérer d'Allah, car il est le seul qui guérit quoi qu'il arrive. Il exprime son adhésion à la médecine scientifique qu'il faut concilier avec l'ensemble des traditions rassemblant les pratiques et les conseils du Prophète en matière de soins. Il souligne, en outre, la nécessité de s'appuyer sur l'observation et l'expérimentation, d'avoir une connaissance globale de tout ce que la science naturelle a accumulé au plan de la dissection et de la fonction des membres. La consultation entre médecins est pour lui un apport notable à la médecine[39].

Averroes décrit une multitude de maladies, ainsi que leurs symptômes et leurs complications. Il traite, en outre, des manifestations psychiques, telles que la colère, la tristesse, l'anxiété et l'épilepsie. Il estime qu'une alimentation saine, une eau propre et un air pur sont les garants d'une bonne santé. Il considère que les médicaments constituent une matière étrangère au corps, nuisible au fonctionnement de certains organes en raison de leurs diverses incidences, en particulier sur le foie et les reins, dont les fonctions visent à éliminer les poisons du corps. Il s'intéresse également à la thérapeutique médicale, consacrant une bonne partie de son ouvrage le Colliget aux différents types d'aliments et de remèdes et à leurs effets, tout en fixant les bases à suivre pour déterminer les posologies. Dans Al-Tiryaq (Les antidotes), Averroes détermine les maladies pouvant être soignées avec des antidotes, définissant l'étiologie de ces maladies et les méthodes d'utilisation des antidotes. Ibn Abu Usayba rappelle qu'Ibn Tufayl et Averroès ont conduit conjointement des recherches portant sur la définition et la formation des médicaments, afin d'augmenter et enrichir l'arsenal thérapeutique «Rasm al-Dawaa», Averroès l'a compilé dans son livre le Colliget.

Voici une liste de ses principales découvertes :

  • Il s’intéresse à l’anatomie. Il traite de 7 paires de nerfs crâniens, il décrit les nerfs rachidiens et leurs territoires d’innervation, les quatre cavités cérébrales ainsi que deux méninges.
  • Averroès dans le Colliget, fait du cœur le siège de la virtus cibavita et de la sensibilité générale, en réfutant les arguments anatomiques qui pouvaient être avancés.
  • Outre ses fonctions motrices, il reconnaît au cerveau les capacités d’imagination, de réflexion, de mémorisation (mémoire d'évocation et de fixation)
  • Il découvre que l'organe sensible de l'œil est la rétine, et annonça parmi les premiers que la rétine reçoit la lumière.
  • Dans le Colliget, il se range clairement derrière Aristote et il fait du cœur le siège de la virtus cibavita et de la sensibilité générale, en réfutant les arguments anatomiques qui pouvaient être avancés.
  • Lorsqu'on a eu la chance de guérir d'une variole, il aboutit à la conclusion que la variole ne touche le malade qu'une seule fois.
  • De spermate (Du sperme)
  • Questions sur la fièvre intermittente
  • Sur les fièvres putrides
  • La rage est due à la maladie du chien atteint de la rage.
  • Il souscrit, en outre, à la proposition d'Avicenne sur la transmission héréditaire, de père en fils, de certaines maladies.
  • Averroès est l'auteur de la première ébauche de description du sarcopte de la gale.

Ibn Maymun Al Himyari (XIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

* (Machrek)

Un bon représentant de cette école Marocaine de la chimie fut Ibn Maymun Al Himyari, un chimiste de Marrakech, qui était vivant en 1249, il a écrit en alchimie un livre intitulé Kitâb mafâtih al- asrâr fi kashfi ‘ulum al-abrâr ou Livre des clefs secrètes pour la découverte des sciences des justes. Ce livre, cité par son auteur, ne nous est pas parvenu. Ibn Maymun était aussi un chimiste confirmé. On lui connaît un ouvrage très documenté sur les encres dit Al-azhâr fi ‘amali al-ahbâr ou Fleurs dans l’œuvre (la fabrication) des encres. L’œuvre de cet auteur est essentiellement tournée vers la chimie des couleurs et des encres, il les a découvertes et les a développées à travers son travail expérimental. Il à son tour influencé Al Jaldaki, après avoir sejourner au Machrek. Il y'a peu de source sur sa vie pour le moment[40].

Ibn Haydur Al Tadili (XIVe siècle)[modifier | modifier le code]

* (Maghreb)

Ce contemporain d'ibn Khaldûn est un mathématicien réputé, intéressé aussi à la médecine. Il compose un traité sur les maladies épidémiques, après le passage d'une peste au Maroc en 1364. Le manuscrit est abrité dans une bibliothèque du Maroc.

Outre sa méthode médicale pour se préserver des maladies épidémiques, reproduisant celle d'ibn Khâtima, il met au point une méthode basée sur les noms de Dieu, frappé par les récits où ses maîtres et ses proches racontent comment ils ont échappé à la peste. Les médecins musulmans, dépassés par les ravages de l'épidémie, ont tous encouragé la population à recourir aux remèdes spirituels. Mais la prévention, recommandée par la religion, passe alors avant le souhait de mourir de la peste dans le but d'acquérir le rang de martyr.

En mathématiques, fasciné et influencé par Ibn al-Banna, à qui il dédie un commentaire de son livre célèbre. Des mathématiciens reprennent un texte de Kitāb al-tamhīs fisharh al-Talkhīs de Ibn Haydur al-Tādilī, dénommant ce type de multiplication comme étant dharb al-muluk (la multiplication des rois), et reproduisant exactement les différents tableaux figurant chez l’auteur maghrébin[41].

Al Shutaybi (XIVe siècle)[modifier | modifier le code]

*( Maghreb )

Al Shutaybi est issu d'une famille Andalouse qui a émigré au Nord du Maroc au temps du sultan Abu Inan Faris le Merinide. Après un voyage en Orient, il s'établit un temps à Misratah en Libye puis regagne définitivement le Maroc où il accomplit une très longue carrière d'enseignement et de production savante. Al-Shutaybi rédige dans de très nombreuses disciplines : sciences du Coran, histoire, astronomie, agriculture et surtout chimie, mais la plus grande partie de sa production reste inédite. Il s’adonne à une alchimie, peut-être plus théorique que pratique. Il consacre une grande partie de sa vie en pérégrination, à la recherche de maîtres en Occident et en Orient. Il compte, sans doute, parmi les plus grands auteurs d’alchimie du Maroc.

De lui, cinq textes au moins sont connus :

  • un commentaire, un sharh, sur le livre d’un de ses contemporains, l’alchimiste marocain Ibn Yusuf al-Hahi, intitulé Miftah al-jalilji tadbir al-hajar ou Clef à l’ami pour les opérations sur les pierres,
  • un commentaire d'un autre texte du même auteur, dit Risalat fi im a hikma wa at-tadbir ou Épître sur la science alchimique et ses opérations,
  • un long poème alchimique, et son commentaire intitulé Kitab data al-faslayni wa khafi an-nalaynfi bahri al-lujayn ou Le livre aux deux chapitres qui permet de se déchausser pour pénétrer dans la mer de la poudre,
  • un intéressant commentaire sur quatre diagrammes représentant des symboles alchimiques,
  • un traité d’alchimie sans titre dans lequel il s’emploie notamment à souligner la grande responsabilité des alchimistes et la licéité de l'approche.

Nous lui connaissons aussi seize vers d’alchimie commentés par Al Shutaybi lui-même, la majorité de ses écrits demeure dans la bibliothèque Al Qaraouiyine[42]

Muhammad Al Safra (XIVe siècle)[modifier | modifier le code]

** (Maghreb, Al Andalus)

Muhammad Al Safra est un chirurgien et médecin, né en Andalousie durant la période de l'émirat Nasride, sans doute vers 1270. Il vit la moitié de sa vie en Andalousie Nasride et l'autre moitié au Maroc des Mérinides, pays où il devient célèbre pour ses travaux et ses études à l'Université Al Quaraouiyine. Fils du médecin herboriste de la ville de Murcia, il apprend dès l'enfance les bases de la guérison et du traitement au moyen de plantes empiriquement. Il s'établit ensuite dans la ville de Valence, pour s'entraîner à la théorie et la pratique de la médecine, la chirurgie et le traitement des blessures et des fractures. Il y étudie auprès du médecin Abd Allah ibn Siräy. Il finit par retourner dans son village d'origine, comme médecin dans son village, après la conquête de l'émirat de Murcie par les européens vers 1245, même si la ville dispose d'un statut juridique spécial jusqu'à 1318, devenant le second cœur de la population musulmane d'Al Andalus avec Grenade. Sa renommée se développe dans toute l'Andalousie musulmane. Il est très demandé pour des services médicaux par les principales familles de la noblesse et la royauté musulmane, raison pour laquelle, suite à la domination chrétienne croissante, il se déplace à Grenade. Plus tard, il entre au service du sultan Naser de Cadix, qu'il guérit d'une maladie grave. Il signale lui-même dans ses manuscrits qu'il est né dans un village du royaume de Murcia. Également éminent botaniste, il classe les herbes et les racines qu'il recueille. Il pratique la médecine à Cadix, où il crée un jardin botanique. Il voyagé fréquemment : Valence, Grenade, Algésiras, Ceuta au nord du Maroc.... Il écrit un traité sur la chirurgie, très répandu en son temps, divisé en trois parties: les inflammations et les tumeurs, les causes, les symptômes et le traitement des plaies, l'enlèvement des flèches, la réduction des fractures et des dislocations, et, enfin, l'utilisation de médicaments en chirurgie. Il compose ce livre pour son fils, avec le désir de donner du prestige à son métier, qui est insulté chaque jour par des charlatans, des barbiers, des saigneurs et des applicateurs de drageons. Ce livre est conservé à la bibliothèque de Fès. À l'âge de 40 ou 45 ans, et en raison du climat d'instabilité politique et militaire d'Al Andalus, il s’établit au Maroc, durant la période des Mérinides, dans la ville Marocaine de Fès, alors centre scientifique du monde musulman. Il y écrit plusieurs manuscrits médicaux et chirurgicaux, dont le " Kitab al Istiqsa ", son plus célèbre livre, un traité sur les tumeurs. Trois manuscrits lui appartenant sont conservés jalousement à la Bibliothèque de Fès construite par Abu Inan Faris, un ami des sciences. Il aurait ainsi vécu assez longtemps au Maroc, à peu près la moitié de sa vie, soit 40 ans. À l'âge de 80 ans, célèbre et respecté, Al Safra, souffrant du mal du pays, retourne voir Al Andalus. Dans la péninsule à la fin de 1359, il s'arrête à Grenade. Il y meurt un an après son arrivée[43].

Aicha Bint Al Jayyar (XVe siècle)[modifier | modifier le code]

* (Maghreb)

L’auteur inconnu du manuscrit Boulghat al Oumnia entreprend cette œuvre dans le but de faire connaître les grands savants et universitaires vivant à Ceuta, durant le règne de l'empire rayonnant de science des Mérinides, au XVe siècle. Le but de l’auteur serait d’enregistrer les derniers moments de cette région avant sa conquête, puisque la prise de Ceuta par les européens date du 21 août 1415.

Dans le cadre de cette œuvre, est mentionnée la femme médecin Aïcha Bint al-Jayyar, révélée par les chroniqueurs et historiens, connue pour avoir été une praticienne brillante et savante dans la manipulation des médicaments, et une pharmacienne avant l'heure. Son père Abi Abdallah Ben Al Jayyar était un théologien de grande renommée dans cette cité de Ceuta, semblable à toutes les villes musulmanes ont auréolé par leur niveau culturel et intellectuel le bassin méditerranéen et bien au-delà. Aicha Bent al-Jayyar s'est adonnée aux sciences de la médecine par le biais de son célèbre beau-père, Abi Abdallah Achcharissi. Sa compétence en ce domaine lui a valu de jouir d'une belle notoriété au sein de la population de Ceuta. Aicha Bent Al Jayyar avait également les aptitudes à analyser les urines des malades, et les eaux douces des différentes zones de Ceuta pour confirmer les maladies hydriques. Princes et gouverneurs lui ont voué un grand respect pour ses capacités de femme de sciences, si bien qu’ils l’ont comblée de cadeaux et de dons généreux. Elle meurt à 70 ans dans sa ville bien aimée avant que celle-ci ne tombe définitivement et jusqu'à ce jour aux mains des Européens[44].

Abul Qasim ibn Mohammed al-Ghassani (XVIe siècle)[modifier | modifier le code]

** (Maghreb, Europe)

Abul Qasim ibn Mohammed al-Ghassani a été le médecin et le botaniste le plus célèbre de l'époque. Il étudie la médecine avec son père à Marrakech et à Fès, et est connu surtout pour ses traités sur la pharmacologie et la botanique. Un hôpital à Fès est nommé en son hommage. Il officie à la cour saadienne, et est alors considéré comme le chef des médecins et des pharmaciens à Marrakech. Il a aussi été le maître d'un grand nombre de médecins et de pharmaciens. Son principal ouvrage est : Le jardin des fleurs, pour l'étude des caractéristiques des herbes et des drogues végétales. Abul Qasim ibn Mohammed al-Ghassani y adopte une méthode de classification botanique innovante, et crée la notion de familles de végétaux. Ce point important lui vaut de nombreuse éloges : un essai vraiment intéressant de classification à trois degrés, qui apporte dans la description des plantes de la vieille pharmacopée orientale un élément nouveau. Considéré « comme un esprit exceptionnel pour l'époque et le milieu dans lequel il a vécu », Abul Qasim ibn Mohammed al-Ghassani a aussi écrit un commentaire du poème de Harun Ibn Azrun, consacré aux fièvres et aux inflammations.

Sa plus célèbre contribution est la matière médicale qui s'intitule Le jardin des fleurs, pour l'étude des caractéristiques des herbes et des drogues végétales, explication des qualités des herbes médicinales et des drogues; il a l'avantage de nous renseigner non seulement sur les produits récemment importés telle la noix de kola mais aussi sur l'existence et le lieu de récolte d'un certain nombre de plantes indigènes. Abul Qasim ibn Mohammed al-Ghassani a parcouru le Maroc, peut-être à la suite du sultan, et raconte qu'il a cueilli le halhâl (lavande), près du tombeau de Moulay Bou Aza, la poire sauvage dans la forêt de la Mamora , le chîh dans les steppes de Debdou. Il cite le nom de son père, déjà versé dans les sciences naturelles, à propos du Herberis qu'il a vu chez les Beni Zehna, à l'Est de Fès.

Mais il y'a quelque chose de plus curieux dans sa pharmacopée, c'est une sorte de classification à trois degrés, en Jins (genre), Nu' (espèce) et sanj (variété), qui n'en constitue pas moins pour l'époque un essai vraiment intéressant. Les lecteurs sont frappé, en l'étudiant, de l'emploi ou même la création de pluriels désignant des groupes naturels de plantes: kulûkh, les férules (c'est-à-dire les grandes ombellifères) ; chihât (les armoises) sa'âlir (les thyms) etc... Ce sera le premier pas vers la conception des familles de végétaux. On peut s’arrêter ici avec une note des plus positive sur la contribution d'Abul Qasim ibn Mohammed al-Ghassani à la botanique mondiale, car après lui plus personne n'innovera dans ce domaine, et la botanique disparaîtra du monde Musulmans au XVII siècle[45].

Il meurt sans doute au Maroc après avoir influencé des médecins européens qui se sont déplacés à la cour Saadien[46].

Abd El Ghani Ben Massaoud Azzamouri (XVIe siècle)[modifier | modifier le code]

* (Maghreb)

Abd El Ghani Ben Massaoud Azzamouri, durant la période saadienne, est l'un des élèves d'Abul Qasim ibn Mohammed al-Ghassani. Il a été très doué en médecine, en pharmacie, et dans la composition des médicaments. Parmi ses œuvres, on peut citer : - "Le Canon dans le traitement des calculs" et "Propriétés des plantes", où sont commentés les médicaments en langues étrangères[47].

Ali Ben Ibrahim Al Andaloussi (XVIe siècle)[modifier | modifier le code]

* (Maghreb)

Ali Ben Ibrahim Al Andaloussi est aussi un des médecins de l'ère saadienne. Ce grand médecin, et enseignant de médecine, est l'auteur de nombreuses épîtres, ou traités en vers, pour faciliter la mémorisation, dont l'"épître sur les fruits d'été et d'automne", l'"épître sur le traitement des maladies des yeux" (où sont énumérés 23 médicaments pour les infections des yeux), "Les herbes et leurs caractéristiques dans le traitement des maladies" (classées par ordre alphabétique), "Mandhuma sur le mariage", qui traite en partie de l'éducation sexuelle[48].

Al Aktawi Dar'i (XVIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

* ( Maghreb )

Au XVIIIe siècle, un médecin marocain se distingue, dans une époque où l'âge d'or du Maroc est uniquement militaire avec la puissance de Moulay Ismail, mais où la science est à bout de souffle. Seuls quelques médecins ou astronomes arrivent encore à s’intéresser aux matières qui ont fait par le passé la grandeur du pays, sans toutefois réussir à innover par apport à leurs ancêtres, les derniers siècles du Maroc en tant que nation souveraine avant un XIXe siècle catastrophique pour la science et l'économie du Maroc. Seuls quelques écrivains, historiens ou poètes existent, mais pratiquement aucun dans le domaine des sciences (chimie, mathématique, astronomie, botanique, médecine etc...).

Al Aktawi Dar'i écrit un petit traité assez instructif pour cette époque pauvre en science au Maghreb et dans le monde Arabe, il s'agit d'un traité de Médecine en 28 pages, il commence par une introduction générale en insistant sur le fait que le médecin doit adapter le traitement d'une maladie en fonction du malade, de son âge, de ses humeurs, et du stade de la maladie, car dans certaines maladies, la prise en charge change d'une heure en heure... Puis un passage rapide sur la classification des humeurs (chaud, froid ...), et les étapes de la vie de la naissance jusqu'à la vieillesse. Ensuite, l'auteur donne des conseils pour vivre sainement, puis il commence son traité par donner une définition de certaines unités de mesure du poids (dirham...). La première partie du corps humain traitée par l'auteur est la tête où il donne certaines thérapies pour la céphalée, la migraine, les pellicules du cuir chevelu, les poux, puis quelques moyens pour noircir les cheveux, les rendre plus longs et améliorer leur aspect. Un passage rapide sur l'amnésie et son traitement. Les douleurs des yeux, les moyens pour conserver la vision intacte, les troubles de vision, la vision floue, les larmes des yeux, l'utilisation d'Al kuhl. L'auteur parle de certains traitements pour l'épistaxis, la rhinite, de quelques pathologies de l'oreille, et sa tumeur, les douleurs d'origine dentaire, le thorax et ses problèmes, la toux et la toux sèche, pleurésie, le foie, la rate. Un chapitre sur le ventre, les douleurs abdominales, la diarrhée, les vers intestinaux et la colique intestinale. Il traite rapidement les douleurs du dos, les problèmes rénaux, les lithiases urinaires, l'incontinence urinaire, la brûlure urinaire, la miction au lit, la polyurie, l'hématurie, la dysurie et la pollakiurie, des conseils concernant la prise en charge de l'alimentation et ses problèmes, la soif, l'envie de manger de la boue. L'auteur consacre la dernière partie de son traité à la sexualité, ce qui l'affaiblit. Quels types de relations sexuelles à éviter ; les problèmes engendrés par l'excès des rapports sexuels. Il parle aussi de l'hygiène intime et hygiène après les rapports sexuels, comment faire disparaître la jalousie des femmes. Comment faire venir les règles absentes. La grossesse et les conditions qui favorisent sa survenue et quelques moyens contraceptifs. Il s'agit le plus souvent de moyens thérapeutiques basés sur les médicaments et les plantes connus par les médecins de cette époque, et bien sûr l'utilisation de Kuhl prouve que ce sont les traités de médecine et de science de la nature qui circulaient le plus, ce sont des passages très rapides avec très peu de détails et d'explications ; c'est un survol accéléré de la Médecine de l'époque[49].

Ibn Shaqrun Al Miknasi (XVIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

* ( Maghreb )

Ibn Shaqrun Al Miknasi est le dernier médecin de l'histoire du Maroc à avoir écrit des ouvrages de qualité. Mort après 1727/28, ce médecin et poète est contemporain de Moulay Ismael. Il étudie un temps en Égypte. Il écrit un commentaire sur un livre de grammaire, des travaux de poésie et un urjuza (composition de vers) sur la diététique, l'hygiène et les thérapies, Al-Urjuza al-Shaqruniyya fi ilm al-tibb, connu simplement comme Shakruniyya, qui est très longtemps resté un travail bien connu au Maroc. Il est également l'auteur d'un risala intitulé al-Nafha al-wardiyya fi l'ouhba al-kindiyya sur la salsepareille et le traitement de la maladie nommée syphilis[50].

Les grands poètes, philosophes et historiens[modifier | modifier le code]

Avempace (XIe siècle)[modifier | modifier le code]

**** ( Universelle )

Cet homme est présent dans pratiquement toutes les matières, Avempace est né en Andalousie. Il participe à l'entourage des Almoravides et entre dans leurs cours. Ce touche à tout, selon ses pairs, est surtout un excellent praticien dans tous les domaines.

L’œuvre majeure de ses écrits philosophiques politiques est Le Régime du solitaire, où il décrit la cité idéale. Si Avempace conserve certains concepts de la vision d'autres philosophes avant lui, dans la description de la vie et du fonctionnement de la cité, sa une démarche est différente. Tout d'abord, son attitude est insulaire : il pense ce monde à l'écart, isolé. L'idéal philosophique est pour Avempace incompatible avec la vie en cité. À travers cet isolement, il ne souhaite pas être en rupture avec la société, mais il refuse plutôt de rentrer dans une classe sociale qui réduirait son horizon de pensée et le priverait de liberté. Avempace cherche dans cet ouvrage à décrire le bon gouvernement : il reprend la division des sciences de gouverner à travers l'éthique (gouvernement de soi), la gestion d'un bien domestique et la politique (gouvernement de la cité). Il est très critique envers la deuxième partie de la bonne gouvernance, donc les biens domestiques, perçus comme incapables (par Avempace) de se fondre dans la vie de la cité : il critique les intérêts des clans qui font passer leurs intérêts personnels avant les intérêts de l’État. Il est aussi critique par rapport au manque de convictions profondes de la part de la population, dont les seules aspirations sont purement matérialistes, notamment les descendants de la noblesse. Il prône aussi un pouvoir plus légaliste et vertueux qui ne s'appuie pas sur la ruse et la force[51]. Sa vision pessimiste des choses est assez intéressante, car il est un homme de pouvoir, sans doute dégoûté de son époque qu'il juge décadente.

Plusieurs fois victime de complots de cour(s), il a été emprisonné à deux reprises, et malheureusement il finit empoisonné à Fès par ses ennemis, si nombreux. Les hommages posthumes sont innombrables : les grands Averroès et Ibn Tufayl écrivent sa biographie et gardent précieusement ses écrits. Averroès continue et exécute la tâche commencée par Avempace, en menant à bien un travail d'explication des oeuvres des philosophes réputés. Sur ce point les coïncidences entre Averroès et Avempace sont manifestes : celui-là suit en général l'interprétation de celui-ci, et, quand il diverge sur un certain point, il le fait avec un grand respect et des soins, mais cela n'advient pas quand Averroès s'oppose à d'autres auteurs musulmans, comme Al-Ghazâlî ou Avicenne, où il écrit des livres pour contrecarrer leurs arguments. En ce qui concerne Maimonide (1135-1204) de Cordoue, il enseigne une admiration pour le philosophe de Saragosse comme il le montre en le citant d'une manière élogieuse à de nombreuses occasions, surtout dans son œuvre à l'origine écrite en Arabe Dalalat al-ha’irim (Guide des égarés), dans lequel sont reproduits divers passages d'Avempace. D'autre part, leurs deux systèmes ont de nombreux points de coïncidence : l'effort pour incorporer dans la philosophie, l'idéal de spritualité comme objectif de la vie humaine, la confiance dans la raison humaine et dans la science, l'union mystique intellectuelle, la manière de classer les hommes selon l'utilisation qu'ils font de leurs facultés mentales…

Al Mutamid ibn Abbad (XIe siècle)[modifier | modifier le code]

**** ( Maghreb, Al Andalus )

Né à Beja en Andalousie en 1040, Al Mutamid ibn Abbad est l'émir du taïfa de Séville, bien avant que la dynastie Marocaine des Almoravides ne vienne prendre l'Andalousie.

Il hérite de son père le talent poétique et le caractère impitoyable. Il lui succède sur le trône de Séville en 1068. De grandes parties de l’al-Andalus tombent sous sa domination. Pourtant, il doit payer tribut à Alphonse VI, qui se fait menaçant après la reconquête chrétienne de Tolède en 1085. Al Mutamid ibn Abbad doit prendre une résolution radicale : il part avec une délégation d'émirs des taïfas pour implorer l'aide du sultan Almoravide Youssef ben Tachfine, qui se montre enclin à les aider, mais Al Mutamid ibn Abbad et les émirs lui demandent de partir d'Andalousie et d'Espagne, quelle que soit l'issue des combats, ce qu'il accepte. Il embarque avec son armée, en 1086. À la bataille de Sagrajas, il écrase l'armée chrétienne et en homme de parole repart pour le Maroc, laissant Al Mutamid ibn Abbad seul. Mais les chrétiens en profitent pour de nouveau s'en prendre aux taïfas, les émirs retournent demander l'aide de Youssef ben Tachfine, mais cette fois il ne se contente pas seulement de battre les chrétiens, il se retourne contre les émirs en s'emparant, entre autres, de leurs taïfas. L'attitude irrésolue d'Al Mutamid ibn Abbad oblige les Almoravides à le destituer en 1091, puis à l'exiler au Maroc, où il meurt en 1095 à Aghmat.

Muhammad Ibn Abbad Al Mutamid est surtout connu comme poète. Dans ses poésies écrites en exil, il rappelle sa grandeur passée, et se donne comme exemple de l’instabilité de la fortune. Son œuvre en poésie est très appréciée des poètes de l'époque, qui le voient empli de dignité et de noblesse dans son malheur, lui qui s'en est remis à Allah, et a ignoré ses geôliers de tous bords. Certains poètes viennent même lui rendre visite à Aghmat[52].

Averroès (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

**** ( Universelle )

Averroès est toujours considéré comme le plus grand philosophe du monde arabo-musulman, et l'un des plus brillants personnages de l'histoire. Il exerce une influence importante sur les intellectuels européens qui reprennent tous ses travaux de philosophie. Toute sa vie, il défend l'idée que la philosophie est compatible avec la foi en l'Islam, et il justifie toujours la première par la dernière, une phrase célèbre qui lui est attribué dira « quiconque étudie l’anatomie augmente sa foi dans l’omnipotence et l’unité de Dieu tout puissant »[53]. Il est toujours respecté à la cour Almohades, jusqu'à la fin de sa vie, où une campagne de diffamation et de jalousie à son encontre l'accuse de blasphème. Ses livres sont brûlés, et il est lui-même exposé et humilié dans la mosquée de Cordoue, avant d'être forcé de partir de sa ville natale. Il reste exilé un an avant que le Calife Abu Yusuf Yaqub al-Mansur le rappelle à Marrakech, où il se fait pardonner.

À la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, une propagande vise à faire d'Averroès un athée ou du moins un laïque, mais ces idées sont réfutées par beaucoup et ne peuvent pas être crédibles quand on sait qu'il a été médecin et philosophe à la cour des Almohades, et que ceux-ci ont été très sévères, refoulant la moindre idée d’athéisme. De plus, les sources qui rapportent qu'Averroès aurait appelé à plusieurs reprises à la guerre sainte contre les chrétiens, et bien d'autres arguments font même penser qu'il était lui-même très rigoureux dans l'application de l'Islam politique. En effet, c'était un juriste à la réputation moraliste[54].

Al-Rakuniyya (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

** ( Maghreb, Al Andalus )

Al-Rakuniyya est une poétesse qui a vécu à Grenade et à Marrakech. Fille d'un noble d'origine berbère, personnage riche et influent, elle est née vers l'an 1135, selon la majorité de ses biographes, dans la ville de Grenade où elle passe son enfance et sa jeunesse dans le contexte d'agitation politique intense, qui marque la chute des Almoravides et l'instauration du califat des Almohades. Elle est envoyée à Rabat en 1158 avec un groupe de poètes et nobles grenadins devant le calife Abd al-Mumin, à qui elle offre Al Rakune (Salon Littéraire), ce qui lui vaut son surnom d'Al-Rakuniyya.

Dans cette atmosphère de courtoisie et de poésie, elle connaît le poète grenadin Abu Jafar Ibn Saïd, avec lequel elle entame une relation amoureuse publique vers l'an 1154. Cette relation donne lieu à un intense échange de poèmes entre les deux, qui ont été pour certains conservés jusqu’à nos jours. Ces amours ont été chantées de même par les poètes de leur groupe littéraire.

La situation du couple se complique lorsque la dynastie Almoravide s’effondre et laisse la place au califat des Almohades. Le gouverneur de cette dynastie, arrivé en 1156 pour diriger Grenade, tombe amoureux d'Al-Rakuniyya. Victime de pressions ou lassée de leur relation, la poétesse quitte Abu Jafar Ibn Said tout en repoussant le gouverneur. Abu Jafar Ibn Said, secrétaire et ami du gouverneur, le prend pour cible et tente de le tuer, et finit par rejoindre une révolte contre les Almohades. Abu Jafar est capturé, emprisonné, puis exécuté en 1163, à Malaga. Son arrestation puis son décès frappent durement Al-Rakuniyya, qui le pleure. Malgré les menaces du gouverneur, elle porte des vêtements de deuil en son honneur et se retire de la cour. Délaissant l’écriture, elle se consacre alors à l’enseignement.

En 1184, elle est invitée à Marrakech par le Calife Abu Yusuf Yaqub al-Mansur, pour y diriger l’éducation des filles du Calife mais aussi de ses fils. Elle y meurt en 1191.

De son œuvre, dix-sept poèmes nous sont parvenus, principalement de ceux qu’elle a échangés avec Abu Jafar Ibn Said, mais également quelques satires et éloges au gouverneur, ainsi que des lamentations du décès d'Abu Jafar ibn Said. Al-Rakuniyya est la poétesse dont on conserve la plus grande production poétique, grâce surtout, à l'intérêt de ses biographes et de la famille d'Abu Jafar Ibn Said. Au total, sont arrivés jusqu'à nous dix-sept de ses poèmes, d'une grande qualité littéraire. Héritière de la tradition poétique arabe, son inspiration atteint son sommet dans ceux où elle exprime son regret et son chagrin de l'emprisonnement et du décès d'Abu Jafar Ibn Said[55]. Exemple de femme cultivée, Al-Rakuniyya a été très respectée, à son époque et par les biographes postérieurs. Ibn al-Khatib a dit d'elle : « La grenadine, a été unique en son temps par sa beauté, son élégance, sa culture littéraire ».

Ibn Tufayl (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

**** ( Universelle )

Ibn Tufayl né en Andalousie, exerce la médecine à Grenade, alors dans le Califat Almohade, puis en est le secrétaire provincial. Plus tard, il devient médecin du Calife Abu Yaqub Yusuf à Marrakech et assume le rôle de protecteur du futur Averroès. Les éloges sur lui et ses œuvres sont abondantes, homme de sagesse et de foi pieuse, il est célèbre dans le monde entier encore de nos jours pour son œuvre principale, le premier roman du monde qui donnera naissance à la litterature en Europe. Il s'agit de Hayy Ibn Yaqdhan (le philosophe autodidacte), best seller planétaire, surtout en Europe, où il est source d'une grande part de la littérature Européenne.

La pensée d'Ibn Tufayl peut être saisie dans son seul travail existant, Hayy Ibn Yaqzan (Le Fils vivant du Vigilant), un traité philosophique sous une forme littéraire charmante. Il raconte l'histoire de la connaissance humaine, qui passe d'une page blanche à une expérience mystique ou directe de Dieu après avoir traversé les expériences naturelles nécessaires. Le point central de l'histoire est que la raison humaine, sans l'aide de la société et de ses conventions ou de la religion, peut acquérir des connaissances scientifiques, préparant ainsi la voie à la forme mystique ou supérieure de la connaissance humaine. L'histoire cherche aussi à montrer que, si la vérité religieuse est la même que celle de la philosophie, la première est véhiculée par des symboles qui conviennent à la compréhension de la multitude, et cette dernière est véhiculée dans ses significations intérieures indépendamment de tout symbolisme. La raison en est que les gens ont des capacités de compréhension différentes qui nécessitent l'utilisation de différents instruments

L'histoire de Hayy Ibn Yaqdhan se déroule sur une île équatoriale inhabitée par des êtres humains. Là Hayy est trouvé seul comme un bébé. Les philosophes sont d'avis qu'il est né spontanément, lorsque le mélange d'éléments a atteint un état d'équilibre, permettant à ce mélange de recevoir une âme humaine du monde divin. Les traditionalistes croient qu'il est le fils d'une femme qui a choisi de préserver son mariage, avec sa parente, Yaqzan, en secret de son frère qui dirige une île voisine et qui ne trouve aucun homme qualifié pour épouser sa sœur. Après avoir bien allaité Hayy, elle l'a mis dans une boîte qu'elle a jetée dans les eaux, qui l'ont emmené à l'île inhabitée.

Un cerf femelle qui vient de perdre son fils et qui éprouve encore les sentiments de maternité entend les cris de Hayy. Elle l'allaite, le protège des choses nuisibles et prend soin de lui jusqu'à sa propre mort à l'âge de sept ans. Il apprend alors à imiter d'autres animaux dans la parole, et il couvre des parties de son corps de feuilles, après avoir remarqué que ces parties d'animaux sont couvertes de poils ou de plumes. La mort du cerf transforme ainsi la vie de Hayy d'une forme de dépendance à l'exploration et à la découverte.

Dans un effort pour découvrir la raison de la mort du cerf, impossible en observant uniquement son apparence, il dissèque son corps avec des pierres tranchantes et des roseaux secs. Il remarque que chaque organe corporel a une fonction propre, et que la cavité gauche de son cœur est vide, il conclut que la source de la vie doit avoir été dans cette cavité, et doit l'avoir abandonnée. Il réfléchit sur la nature de cette chose vitale, son lien avec le corps, sa source, le lieu où elle est partie, la manière de son départ, et ainsi de suite. Il se rend compte que ce n'est pas le corps, mais cette entité vitale qui était le cerf et la source de ses actions. Réalisant cela, il se désintéresse du corps du cerf, comme simple instrument. Alors qu'il ne peut pas déchiffrer la nature de cette chose vitale, il observe que la forme de tous les cerfs est semblable à celle de sa mère. De là, il conclut que tous les cerfs sont gérés par quelque chose de semblable à la chose vitale qui a géré la vie de sa mère.

Sur une île voisine, un groupe de personnes, dont le roi Salaman, pratique une religion, qui est saine et qui fournit aux masses des symboles et non des vérités directes. Absal, un ami de Salaman, observe les rituels de cette religion, mais, contrairement à d'autres qui adhèrent à sa signification littérale, il plonge dans ses vérités intérieures. Naturellement enclin à la solitude, ce qui est en accord avec certains passages de l'Écriture, Absal s'installe dans l'île où vit Hayy. Quand il rencontre Hayy, il a peur, jusqu'à ce que Hayy lui fasse comprendre qu'il ne veut pas lui faire de mal. Absal ensuite enseigne le langage humain Hayy, en désignant du doigt des objets tout en prononçant les mots correspondants. Avec l'acquisition du langage, Hayy peut expliquer à Absal son développement de la connaissance. En entendant cela, Absal se rend compte que ce dont Hayy a été témoin correspond aux réalités décrites dans sa propre religion : Dieu, les anges, les livres saints, les prophètes, l'au-delà, et ainsi de suite. Quand Absal discute des vérités détaillées dans sa religion, Hayy trouve également ces vérités en accord avec ce qu'il a appris à connaître. Cependant, Hayy ne peut pas comprendre pourquoi la religion d'Absal recourt à des symboles et permet l'indulgence dans les choses matérielles.

Hayy exprime son intérêt pour visiter l'île voisine, pour expliquer à son peuple la vérité pure. Absal, qui connaît leur nature, l'accompagne à contrecœur. S'adressant au groupe le plus intelligent de cette île, Hayy est respecté jusqu'à ce qu'il essaie d'aller au-delà de la signification littérale de leur Écriture. Les gens l'évitent alors, se distrayant de la vérité par l'activité commerciale. Hayy comprend alors que ces gens sont incapables de saisir la vérité directe, et que la religion est nécessaire à leur stabilité sociale et à leur protection. Cependant, la stabilité et la protection sociales ne garantissent en aucun cas le bonheur dans l'au-delà. Seule une préoccupation avec le divin, qui est rare parmi les gens de ce type, peut fournir une telle sécurité. En revanche, la préoccupation pour ce monde dans lequel la majorité des gens se livrent mène à l'obscurité ou l'enfer. Tandis que les vérités de la raison et de la révélation sont les mêmes, la majorité de ceux qui adhèrent à cette dernière le font pour le succès mondain et réalisent ainsi leur misère éternelle. 

Réalisant qu'une tentative d'éclairer ceux qui sont incapables de vision peut seulement les déstabiliser sans les préparer au bonheur, Hayy demande aux gens de continuer à pratiquer leur religion, les avertissant seulement contre l'indulgence dans les affaires mondaines. Hayy et Absal retournent alors sur l'île déserte pour pratiquer leur mysticisme dans l'isolement.

Ibn Tufayl a écrit un nombre incalculable de livres dans de très nombreux domaines. La plupart ont disparu. D'après des chroniqueurs, il s'illustre notamment s'illustrer en astronomie. Il meurt à Marrakech, laissant au Maroc une figure imposante et respectée dans tous les domaines[56].

Ibn Arabi (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

*** ( Maghreb, Al Andalus, Machrek )

Né à Murcie, Ibn Arabî est un métaphysicien, philosophe et un soufi, qui grandit à Séville où sa famille s’est installée dès 1173 durant la période Almohades. Il s'y forme aux différentes sciences islamiques, étonnant ses professeurs, nous dit-il lui-même, par ses talents intellectuels. Il grandit dans cet empire Almohades qui fait une large place aux savoirs et aux intellectuels. Ibn Arabî fait la connaissance d’Averroès en 1179, dans une rencontre apparemment organisée par son père, ce qui indiquerait que ce dernier s’investit plus dans la formation intellectuelle de son fils que celui-ci ne veut le laisser entendre.

Dans ses écrits, Ibn Arabî s’attache à se poser comme un homme qui s’est fait tout seul, indépendamment des influences ou des volontés des autres. Étudiant brillant, il rédige dès les années 1185 des traités de jurisprudence, de théologie, de philosophie. Très vite, il est attiré par la voie mystique et ésotérique et se détourne des sciences profanes. En 1196, à Fès, Ibn Arabî dit avoir reçu une révélation de la part du prophète dans un de ses rêves.

L’œuvre de Ibn Arabî ne se laisse pas facilement appréhender, d’abord par son ampleur, près de 850 ouvrages. En 1200, il part pour l’Orient, d’abord pour le pèlerinage à La Mecque, où il arrive en 1201, puis pour circuler de ville en ville à la recherche de l’enseignement des grands maîtres soufis. Après plus de vingt ans d’errance, il s’établit à Damas où il passe les quinze dernières années de sa vie. Il y meurt en 1240, et y est enterré au pied du Mont Qassioun[57].

Al-Shushtari (XIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Né en 1212 à Guadix, durant l’époque almohade, Al-Shushtari s'installe un temps à Meknès au Maroc. Poète soufi andalou renommé, il meurt en 1269 à Damiette en Egypte.

Ses poèmes, faits pour être chantés, emploient des mono-rimes (en arabe يطاء) simples pour exprimer des louanges à Dieu, avec les notes musicales de l’époque, ce qui lui procure une large reconnaissance. Il semble par ailleurs qu’il ait également vécu dans les environs de Meknès à en croire ses poèmes. De nombreux couplets des poèmes d’Al-Shushtari (62 poèmes courts aussi appelés « Tawshih ») ont été identifiés dans la musique andalouse classique qui est toujours chantée aujourd’hui au Maghreb. Au Machrek il est surtout célèbre aujourd’hui pour son poème Un petit cheikh des terres de Meknès (en arabe شويخ من أرض مكناس, Shewiyekh men-ard Meknes), une chanson qui garde une forte popularité aujourd'hui et est toujours chantée et reprise aussi bien au Maroc qu'en Égypte notamment[58].

Abu Faris Al Malzuzi (XIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Originaire de la ville de Meknès, Abu Faris Al Malzuzi est considéré comme l'un des plus grands poètes de la période Mérinides. Sa vie est mal connue : poète du sultan Abu Yaqub Yusuf an-Nasr ainsi que de son père, c'est un homme d'une influence considérable sur la famille régnante, qui lui accorde beaucoup de faveurs. Il use aussi de flatterie pour se voir accorder des privilèges, par exemple avec de nombreux poèmes en relation avec des événements majeurs. L'une des plus célèbres est consacrée à la victoire de son sultan lors du Siège d'Algésiras (1278-1279), où la flotte européenne est anéantie. Il réalise d'autres œuvres plus ambitieuses comme des chroniques sur l'histoire des Mérinides, dédiées à ses protecteurs. Sa notoriété au sein de la cour est immense. Il est un temps le principal homme de confiance des sultans, en partie pace que de même origine berbère que les Mérinides. Les premiers Sultans de la dynastie commencent seulement à se familiariser avec la langue arabe, et voient donc en Al Malzuzi une personne proche d'eux capable de les conforter dans leur légitimité. Il est lâchement assassiné à Fès dans des circonstances et pour des raisons douteuses en 1297[59]...

Ibn al-Khatib (XIVe siècle)[modifier | modifier le code]

Ibn al-Khatib, né en Andalousie d'une famille de politiciens, est un poète, écrivain, médecin et philosophe, d'une stature qui a marqué le Maghreb et l'Andalousie. Pour les historiens, il est la figure la plus illustre des derniers siècles de l'Andalousie musulmane. Il devient même l’une des personnalités les plus influentes de la cour nasride et mérinide, et se voit nommé Dhû al-wizâratayn, Détenteur des deux vizirats (la plume et de l’épée), par le sultan nasride.

Le vizir Ibn al-Khatib est considéré alors comme " un miracle d’entre les miracles d'Allah en matière de prose et de vers, d’érudition et de littérature. Il était inégalable dans ce domaine, et personne ne pouvait s’y diriger comme lui " Ibn Khaldun ne tarit pas d’éloges pour décrire l’homme qu’il a connu intimement durant son exil andalou. Son éducation, classique et variée (littérature, médecine, astronomie, philosophie et sciences religieuses), est par ailleurs marquée par la figure du vizir Ibn al-Jayyâb, l’un de ses principaux maîtres. Sous ses ordres, Ibn al-Khâtib commence sa carrière politique. Durant ses premières années, Ibn al-Khatib consolide sa position et sa carrière politiques. Sa fortune augmente considérablement : il acquiert plusieurs domaines et fait construire un palais. Il a le rare privilège de faire partie des trois poètes qui voient leurs poèmes habiller les murs de l' Alhambra.

Insomniaque, il passe ses nuits à la rédaction d’ouvrages dont certains font date. On lui doit une Histoire de Grenade, ou encore une Chronologie des Califes et des rois du Maghreb et d’Andalousie. Ainsi polymathe, il est également médecin, et témoin d’une fulgurante épidémie de peste, il préconise en théorisant véritablement la contagiosité, d’isoler les pestiférés et d’en détruire le linge. En 1374 il en résulte même un traité sur le sujet rédigé par ses soins, une date dans la médecine occidentale. Il rédige aussi quelques lignes sur le secrétariat ou d’autres disciplines diverses. Il correspond même avec le plus grand explorateur de l'histoire Ibn Battûta[60].

À la mort du sultan il offre sa loyauté au nouveau sultan, Mohammed V al-Ghani. En son nom il est envoyé quatre ans plus tard à la tête d’une ambassade au Maroc en vue de consolider la paix. Emprisonné en 1359 par les conspirateurs ayant un temps détrôné Muhammad V al-Ghani, il est finalement libéré contre rançon, avant de regagner le Maroc où le souverain Muhammad V trouve refuge. Durant son exil, il rencontre et se lie d’amitié avec le célèbre Ibn Khaldoun. De cette période, Ibn al-Khatib écrit quelques lignes relatant ses voyages, dans la plus pure tradition des voyageurs musulmans de l’époque. Mais l'un de ses disciples un certain Ibn Zamrak, commence à le calomnier à la cour Nasride, en lançant la rumeur que Ibn al-Khatib serait au service des Mérinides. Dans l'incapacité de prouver le contraire, il s'exile une seconde fois au Maroc, où il se met au service de la cour mérinide, donnant ainsi les arguments nécessaires à Ibn Zamrak pour comploter contre lui. Le sultan de Grenade charge Ibn Zamrak, de le retrouver et de le capturer : il est retrouvé et jugé paradoxalement à Fès. Pour sa défense lors du procès, il est condamné seulement à une peine de prison, mais aussi à la destruction de tous ses livres. Mais le sultan de Grenade envoie des tueurs professionnels dans sa cellule. Il meurt lâchement étranglé dans une prison de Fès en 1374. Son fils accuse publiquement Ibn Zamrak d'assassinat à l'encontre de son père, mais, comme pour donner une leçon de morale, le même sort sera réservé à Ibn Zamrak, retrouvé lui aussi étranglé pour d'autres raisons et d'autres complots[61].

Ibn Idhari Al Murakushi (XIVe siècle)[modifier | modifier le code]

Ibn Idhari Al Murakushi est originaire de Marrakech. Les sources sur cet historien majeur de l'histoire du Maroc sont peu nombreuses, mais son nom est cité dans de très nombreux livres d'histoire.

Il a écrit un livre (Al-Bayan al-Maghreb), jamais imité par sa précision et sa fiabilité sur l'histoire du Maroc. Son histoire du Maroc et de l'Andalousie est largement considérée parmi les chercheurs modernes comme contenant des informations précieuses non trouvées ailleurs, y compris des extraits de travaux antérieurs déjà perdus[62].

Ibn Marzouk (XIVe siècle)[modifier | modifier le code]

Ibn Marzouk est un historien originaire de la ville de Tlemcen, diplomate à la cour Mérinides du Sultan Abu al-Hasan ben Uthman, connu pour ses travaux légaux, religieux et historiques.

Parmi ses œuvres les plus notables se trouve notamment son histoire du sultan Abu al-Hasan ben Uthman. Ce livre souligne le rôle tenu par Ibn Marzouk lui-même durant le règne du sultan. Il cherche alors en effet à « polir » ses accomplissements pour se mettre en avant et bien se faire voir du Sultan. Il devient ensuite le conseiller du sultan, enseignant et secrétaire, et obtient un rôle diplomatique important, négociant avec les dirigeants étrangers. Il négocie ainsi le traité de paix entre le Maroc et une nation européenne, dirigé par X. Toutefois, il perd la confiance du nouveau sultan Abu Inan Faris, pour avoir intrigué contre lui, et il est contraint de s'exiler en Andalousie, où il obtient la fonction de khatib (donneur de sermon) à l'Alhambra. Il rentre finalement à Fès, alors la capitale des Mérinides, et se réconcilie avec le sultan. Il obtient de nouveau une position élevée qu'il occupe jusqu'à l'échec d'une de ses missions diplomatiques. Il est alors emprisonné pendant six ans, entre 1352 et 1358. Peu après sa libération, il part pour Tunis, alors capitale des Hafsides, où lui est offerte une fonction élevée par Abu Salim Ibrahim. Il y reste jusqu'en 1372, date à laquelle il se retire au Caire, où il sert pour les sept dernières années de sa vie comme grand Qadi.

Il a ainsi une vie bien tumultueuse, de plein pied dans les conflits entre les souverains de Tlemcen qui alternativement le mettent dans leurs palais avec les égards ou la prison avec tous les aléas, profitant des accalmies où il n’est ni dans les palais ni en prison pour voyager dans le monde arabe. Avant de finir sa vie en Égypte il écrit également un kitâb al-imâma, une définition du califat islamique et une discussion des principes gouvernementaux et politiques, ainsi qu'un fahrasa extrêmement volumineux (liste d'enseignants) qui inclut, inhabituellement pour l'époque, une liste de femmes érudites[63].

Ibn Ajarrum (XIVe siècle)[modifier | modifier le code]

Ibn Ajarrum est un poète et grammairien, d'origine berbère, né à Fès, presque inconnu. C'est pourtant un monument de la langue et de la grammaire arabes. Toutes ses œuvres ou presque ont été perdues, sauf une seule importante et quelque autres, Al Ajaroumiya, la référence mondiale en grammaire arabe, le livre le plus connu et diffusé après le Coran, au Maghreb comme au Machrek(surtout), il sera commenté plus de 60 fois par des auteurs de tout le monde Musulman c'est un record jamais egaler jusqu'a aujourd'hui. L'importance d'Ibn Ajarrum sur l'éducation et l'enseignement de la langue arabe est majeure.

Il est né à Fès, dans une région connue sous le nom de Sanhaja. Il étudie à Fès, puis fait lepélerinage de La Mecque. Il passe par le Caire et y reste un certain temps pour étudier et obtenir la certification du grammairien andalou Abu Hayyan, qui est décédé au Caire. Tout en vivant un certain temps à La Mecque, il écrit Al Ajarroumiya (le texte introductif concernant les bases fondamentales concernant la science de la langue arabe). Ce texte d'introduction est étudié dans la science de la langue arabe à son époque. Après son retour (de La Mecque) à Fès, il y enseigne la grammaire arabe et le Coran, à la Mosquée des Andalous.

Il est réputé pour rendre des décisions judiciaires, et rectifier les affaires des populations. Selon ses contemporains, c'est un juriste juridique hautement instruit, un mathématicien, et aussi un grammairien. Il a une vaste connaissance des autres sciences comme la recitation (Tajwid). Il a rédigé plusieurs ouvrages, ainsi que divers poèmes. Peu de manuscrits sont conservés, uniquement à la bibliothèque de Rabat.

Selon la légende, Ibn Ajarrum en pèlerinage à la Mecque aurait pris son livre Al Ajaroumiya, et l'aurait posé à la mer, aurait fait une invocation demandant à Allah " que si le livre avait une utilité pour les musulmans alors qu'il l’épargne de la mer mais que s'il était mauvais pour eux qu'il le fasse couler dans la mer ". Son invocation aurait été reçue positivement par Allah. Son livre est aujourd'hui connu de tous. Plus de soixante commentaires sont consacrés à ce best-seller de la langue arabe. Parmi les nombreuses citations, on peut relever : " Brillant grammairien, connaisseur du Coran, avec de grandes connaissances en mathématiques et en littérature ".

Auteur de plusieurs livres ainsi que de poèmes d'études, il fut selon beaucoup un homme intègre d'une grande vertu, et les oulémas en veulent pour témoin le fait que sa Al Ajaroumiya est la principale référence de tous les livres de grammaire et d'apprentissage de la langue arabe.

Il meurt à Fès, sa ville de naissance[64].

Ibn Khaldoun (XIVe siècle)[modifier | modifier le code]

Né en 1332 à Tunis, Ibn Khaldoun s’avère à la fois philosophe, diplomate, sociologue et écrivain. Ce touche-à-tout est considéré comme le père de la sociologie moderne, en raison de ses analyses sur les changements sociaux et politiques qui ont touché le Maghreb à son époque. Il est le témoin des guerres entre les quatre nations du Maghreb (les Mérinides, Zianides, Nasrides et Hafsides).

Tunis connaît alors une période de marasme intellectuel. Ibn Khaldoun songe à quitter la cité pour aller vivre à Fès afin d'assouvir sa soif de connaissance, et de rejoindre son professeur Al-Abuli, même si son frère aîné tente vainement de l'en dissuader. Néanmoins, son rêve de partir pour Fès ne peut se réaliser tout de suite, car il a des affaires a régler. Dans un premier temps, il entretient en 1347 de bonnes relations avec la cour mérinide, lors de l'occupation de Tunis par Abu al-Hasan ben Uthman. Au début des années 1350, sa réputation grandit et parvient jusqu'au palais royal. C'est pourquoi il commence véritablement sa carrière politique en 1350, à l'âge de 18 ans, en tant que garde du sceau du sultan mérinide. Sans renoncer à son idée de départ pour Fès, Ibn Khaldoun accepte le poste qui lui est confié, pensant l'occuper peu de temps.

Le sultan de Fès Abu Inan Faris lui envoie, à la fin de l'année 1354, une lettre pour l'inviter à participer au Conseil des savants, une réunion littéraire qu'il préside. Dans le but de poursuivre ses études, il fait le voyage l'année suivante pour Fès. En arrivant au haut d'une colline qui surplombe la ville, il raconte ainsi le lieu qu'il découvre : « Fès s'étendait à nos pieds dans la lumière dorée du couchant. Une armée de minarets ocre et or dominait ses toits plats. Une couronne de collines couvertes de maisons de pierre la ceinturait. Des cyprès, austères et orgueilleux, détachaient leur vert sombre sur l'émeraude de la campagne avoisinante. Au loin, un vaste ciel mauve dévorait l'horizon ». Sa soif de connaissance l'emporte largement sur son intérêt pour la politique, comme il l'écrit lui-même : « Je mis à profit ces moments pour réfléchir et étudier, et pour m'asseoir aux pieds des grands professeurs, ceux du Maghreb comme ceux d'Andalousie qui résidaient provisoirement à Fès, et je bénéficiai grandement de leur enseignement ». À cette époque, il vit et travaille à proximité de la médersa Bou 'Inania, l'un des exemples les plus reconnus d'architecture au Maroc. Il fréquente en particulier les grands maîtres de l'université Al Quaraouiyine et y complète sa formation scientifique. Il écrit plus tard : « De cette manière, je parvins à un degré d'instruction qui répondait à mes désirs » La vie d'Ibn Khaldoun est extraordinairement bien documentée pour son époque[65]: d'abord parce qu'il laisse une autobiographie précise concernant sa vie publique.

Cet historien de premier plan rédige des ouvrages résolument modernes dans leur méthodologie. Il insiste dès le début de ses œuvres sur l'importance des sources, leur authenticité et leur vérification à l'aune de critères purement rationnels. Il écrit deux œuvres célèbres qui vont influencer le monde entier (Le Livre des exemples et la Muqaddima). Il présente l'histoire des Berbères et des Arabes, ainsi que d'autres peuples du Moyen-Orient, jusqu'à envisager d'écrire une histoire universelle. Ainsi Ibn Khaldoun passe sa vie dans les différents empires maghrébins. Témoin des coups d’état, des assassinats et des intrigues de cour, il joue parfaitement le jeu d'équilibriste entre ces nations qui le considèrent toutes comme un traître à la solde de la nation rivale.

Fatigué, il quitte le Maghreb à la fin de sa vie pour aller vivre au Caire, pensant s'y sentir libre de la politique. Au Caire, il se fait rapidement des ennemis dans le cercle du pouvoir, et est destitué plusieurs fois de son rôle de cadi. Il est aussi amené a rencontré Tamerlan, qui, voulant ravager la ville de Damas, change d'avis grâce à Ibn Khaldoun, à qui il demande comme condition de lui écrire un livre sur l'histoire du Maghreb.

Il meurt au Caire en 1406. Toute la ville du Caire se mobilise pour constituer le cortège d'un homme hors du commun[66].

Ibrahim Al Figuigui (XVe siècle)[modifier | modifier le code]

Dans l'histoire du Maroc, les grandes villes ne sont pas seules à avoir engendré des grands noms de la science : une petite ville oasis au bord du désert le prouve. Figuig, ville à la frontière avec le Maghreb central, est une oasis où se développe une immense palmeraie encerclée, de tous les côtés, par de petites montagnes. Son climat contraste fortement avec le Sahara torride au sud et les montagnes arides au nord. Cette ville relativement méconnue est très ancienne, et a connu l'existence d'une ébauche d'université, sous l'impulsion de Abdeljabbar el Figuigui puis de son fils, Mohammed Ben Abdeljabbar el Figuigui, dès le XVe siècle, université où étaient enseignés l'algèbre et la théologie islamique.

Ibrahim Ben Abdeljebbar El Figuigui, un des fils du fondateur de l’université, se rend célèbre à travers le monde, pour avoir rédigé le premier recueil de cynégétique moderne du monde : Rawdat Al soulwan (Le jardin de consolation). La gestion cynégétique, une partie de la gestion de la faune sauvage, regroupe les actions plus ou moins liées, de la part ou pour le compte des chasseurs, d'une partie des espèces sauvages ou d'un territoire, en d'autres termes la cynégétique concerne l'art de la chasse. Le maître fauconnier Al Figuigui, dans son traité de 1579, étudie les avantages et les techniques de la chasse, ainsi que les traitements et maladies des oiseaux de proie. Ce livre de référence pour tous les fauconniers est le premier poème cynégétique (en 217 vers) connu de langue arabe, à être traduit dans plusieurs langues du fait de son importance. Il est aussi considéré comme la première référence dans la littérature mondiale en poésie évoquant la chasse dans le désert ou la chasse aux faucons. En voici un extrait[67] :

Divers et nombreux sont les gibiers et certains me passionnent.
Je prends les lièvres au faucon bruni, et m'adonne à chasser les outardes, pas les gerboises.
Pour un chasseur, rien ne vaut l'outarde, mais la perdrix me plait également.
Si je trouve des perdrix, je les poursuis ou m'abstiens pour des raisons variées.
J'attaque la gazelle des plaines, la blanche et l'antilope maha, et d'abord la meilleure du troupeau, son oreille.
Des autruches je chasse, les mâles tachés de rouge aux pattes et au cou, et aussi l'onagre à la tête de mes amis au galop.
Mon cheval effraie les antilopes surprises, leur sang rougit la poitrine de mes lévriers haletants.
Le loup n'est pas un gibier pour moi, ni l’hyène, ni le perfide renard et moins encore tous les hurleurs.
J’évite tous les carnassiers, et me rallie sans discutions à ceux qui proscrivent leur chasse.

Ahmed Baba (XVIe siècle)[modifier | modifier le code]

Ahmed Baba, né en 1556 à Araouane, dans l’actuel Mali, vit plusieurs années à Marrakech, et meurt à Tombouctou en 1627, durant la période du Pachalik de Tombouctou sous administration saadienne.

Sans doute l’un des savants les plus éclairés de son époque, il est aussi célèbre pour son combat pour la liberté de son peuple face à Ahmed al-Mansour. Il montre un intérêt particulier pour les sciences, la philosophie, l'histoire et la littérature. En compagnie de son père, il arrive dans la ville des 333 saints, la fameuse Tombouctou pour poursuivre sa scolarité. Il s’intéresse très jeune à tout ce qui touche aux sciences, lui-même est un éminent grammairien. Il aurait rédigé une centaine d’ouvrage sur plusieurs thématiques touchant la vie intellectuelle et spirituelle de son temps. La majorité de ses ouvrages ont été rédigés lors de son exil à Marrakech entre 1593 et 1607. Sa bibliothèque personnelle, célèbre dans tout l'empire saadien et en Afrique de l'ouest, comptait plus de 1 600 livres.

L'empire saadien annexe le Mali et commence la déportation des résistants et des savants de Tombouctou vers Marrakech, parmi les prisonniers alors déportés ou transplantés au Maroc figure Ahmed Baba. Ne se limitant pas à une simple prise de position, il s’engage dans la lutte contre l’occupation de son pays, et, pour ce faire, il se base sur une thèse jurisconsulte basée sur l'Islam et les paroles qui remonteraient au prophète Mohammed, et selon laquelle tout musulman est libre par le fait de sa croyance et ne saurait perdre cette liberté par le fait d’autrui, ni l’aliéner par son propre fait. Cela rend, selon lui, les musulmans intouchables les uns par les autres et égaux aux yeux d'Allah. Pour avoir voulu défendre son pays, le savant a la douleur de se voir transporter, les fers aux pieds, avec une partie de sa famille dans la ville de Marrakech. Une scène mythique se déroule lors de sa présence à Marrakech : présenté devant Ahmed al-Mansour, il lui inflige une véritable leçon islamique : " il parut devant lui, accompagné de tous les oulémas et intellectuels de Marrakech, qui avaient tenu à lui faire cortège. Ni la captivité, ni les mauvais traitements n’avaient réussi à l’abattre ; il était demeuré le vaillant champion de l'indépendance de Tombouctou. Comme Ahmed al-Mansour demeurait caché derrière un rideau, il l’apostropha avec véhémence, lui demandant s’il se prenait pour Dieu « qui, seul, parle à l’homme à travers un voile ». Le Sultan honteux, se montra à découvert et Ahmed Baba lui reprocha alors de l’avoir dépouillé de ses livres, privé de sa liberté, et chargé de chaînes les Maliens " Il lui fut permis de voir tomber ses chaînes par la grâce du Sultan, à la fois humilié par un tel homme de loi islamique, mais aussi malmené par les intellectuels et oulémas marocains qui lui reprochent de s'en prendre à des savants musulmans. Mais il lui est interdit de quitter la ville, selon des sources c'est surtout parce que tous les Marocains voulaient le voir enseigner dans les médersas de Marrakech. Il devient cadi mais aussi professeur. La joie que fait éclater sa délivrance dans le cœur des croyants Marocains fut unanime. En effet, à peine rendu à la liberté, le savant malien en qui ses geôliers mêmes avaient découvert une source infinie d’érudition, est entouré des intellectuels et des oulémas de la ville de Marrakech qui ont toujours demandé sa libération auprès d'Ahmed al-Mansour, et qui lui font un cortèges dans la ville. Tous le supplient de révéler ses précieuses connaissances.

Cette imbrication entre la lutte de libération et la philosophie de la justice et de la liberté donne un relief exceptionnel à la pensée d’Ahmed Baba qui rejette, en tant que philosophe, la spéculation gratuite et la contemplation passive des idées. Il défend d’autres causes nobles, comme celle de la propagation intellectuelle des connaissances scientifiques et des valeurs morales à travers toute l’Afrique du Nord et de l’ouest, où il forme une multitude d’érudits, les éloignant de la foi aveugle pour les introduire dans la pratique de la religion, et surtout dans l’amour de la science. Selon le cheikh constantinois Hadj-Ahmed Embarek, le musulman le plus versé dans les sciences historiques, Ahmed Baba a composé dans les dernières années de sa vie, un traité en vers sur l’astronomie, et un livre d'histoire sur les différentes castes africaines païennes et musulmanes, dans le but de présenter les peuples africains aux Marocains, pas toujours capables de les distinguer.

À la mort d'Ahmed al-Mansour, son successeur l'autorise à quitter Marrakech. Il retourne dans sa ville natale de Tombouctou pour y mourir en paix, lui qui n'a pas cessé de pleurer son éloignement de sa ville durant son exil[68].

Abderrahman El Mejdoub (XVIe siècle)[modifier | modifier le code]

Abderrahman El Mejdoub est un poète célèbre dans tout le Maghreb. Son œuvre orale continue, malgré toute cette distance temporelle, à être présente dans la vie quotidienne des peuples maghrébins. Né dans une famille berbère près de la ville d'Al Jadida, il mémorise l'ensemble du Coran et les dix manières différentes de récitation, ce qui fait de lui un homme d'une respectabilité imposante, ayant vécu sous la dynastie des Saadiens. Al Majdoub fait partie des personnalités marocaines qui à travers l'histoire (comme Ibn Khaldoun) sont considérées comme maghrébins avant tout,. Il est un de ces héros que chaque pays du Maghreb revendique, et qui, par l'instabilité de leur vie, leur errance au hasard des pouvoirs, des exactions ou simplement par goût de l'aventure et de la connaissance, ont livré à chaque portion de la terre maghrébine un héritage qu'elle conserve comme partie constitutive de son patrimoine. Une personnalité comme celle d'Al Majdoub démontre bien une communauté linguistique, psychologique et culturelle, que partagent les peuples maghrébins. Si Mejdoub est né près d'Al Jadida, si la langue où ont été conçus ses quatrains a été influencée par le Maghreb central, s'il a passé une partie de sa vie au Maghreb central et au Maghreb oriental, un souffle commun a traversé le Maghreb, et ce sont les réalités Maghrébines dans leur ensemble qui sont concernées, passées au filtre d'un esprit et d'une psychologie exceptionnels, et transmis. L'œuvre d'Al Mejdoub a nourri les langues populaires maghrébines d'un certain nombre de proverbes, de tournures, lorsque les Maghrébins, appauvris, se mettent à perdre espoir ou à être nostalgiques du passé, il leur reste toujours les invocation à Allah, et lorsqu'ils veulent impressionner leur interlocuteur il leur reste les proverbes d'Al Majdoub[69]. Il meurt à Fès, et sa tombe se trouve au même endroit que le mausolée de Moulay Ismail.

Hassan Al Wazzan Léon L'Africain (XVIe siècle)[modifier | modifier le code]

Hassan Al Wazzan, né à Grenade, fuit l'Andalousie avec sa famille après la prise de Grenade par les chrétiens. Ils trouvent refuge à Fès. Hassan al-Wazzan, historien, géographe et explorateur, s’épanouit dans la ville de Fès, désormais sa ville d'adoption. Il étudie à l'Université Al Quaraouiyine, devient diplomate pour les sultans saadiens. Il connaît un destin hors du commun en tant qu'explorateur. Comme historien, il s’intéresse surtout à l'Afrique et entre dans l'histoire comme le plus africain des Africains, ce dont témoigne son nom et surnom. Lors de ses années de captivité en Europe, il écrit en arabe et en langue(s) européenne(s) à la demande du pape, un livre sur l'histoire de l'Afrique qui s'appelle Description de l'Afrique. Hassan al-Wazzan prend la précaution de ne pas livrer d'information sur les infrastructures civiles et militaires du Maroc. La qualité du livre le rend célèbre dans toute l'Europe, et la ville de Tombouctou devient mythique dans l'imaginaire des peuples grâce à lui[70].

Al Maqqari (XVIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Al Maqqari est un historien, né à Tlemcen vers 1591, et mort au Caire en 1632. Il passe à Tlemcen les premières années de sa vie et y étudie le Coran et les traditions sous la direction de son oncle, alors mufti de la ville. Il part ensuite suivre la cour du sultan Ahmad al Mansour, à qui il dédie son Rawdat al-As (le Jardin de Myrte), qui traite des oulémas de Marrakech et Fez. À la mort de ce dernier, en 1603, Al Maqqari s'installe à Fez. Il y est nommé mufti et imam de la mosquée Quaraouiyine en 1618 par Zaidan el-Nasir, le successeur d'Ahmed Al Mansour. Pourtant, la même année, il abandonne Fez et réalise son premier pèlerinage à La Mecque. Il s'installe au Caire l'année suivante. En 1620, il visite Al Qods et Damas et, au cours des six années suivantes, il refait cinq pèlerinages à La Mecque. En 1628, il emménage à Damas, où il donne des conférences sur la collection de hadîth de Bukhari, les délices d'Al-Andalus et, sous la protection d'un riche mécène, il est stimulé pour écrire une histoire d'Al Andalus. Il retourne cette même année au Caire où il continue son travail de rédaction. Il meurt en 1632, alors qu'il se prépare à s'installer définitivement à Damas.

Al Maqqari est l'auteur de nombreux travaux, sur des thèmes religieux et littéraires. Son œuvre principale, connue sous le nom de Nafh al-tib (titre complet : Nafh al-tib min ghusn al-Andalus al-ratib wa-dhikr waziriha Lisan al-Din ibn al-Khatib, "Exhalation de la douce odeur du rameau vert d'al-Andalus et histoire du vizir Lisan ed din ben al-Khatib"), est une histoire d'Al-Andalus (première partie) et une biographie d'Ibn al-Khatib (seconde partie). Dans la préface de son œuvre, Al Maqqari explique que, étant à Damas, il a été invité à écrire une biographie de l'historien et poète célèbre Ibn al-Khatib. Pour introduire la biographie, il compose plus tard une compilation de plusieurs travaux sur la description et l'histoire d'Al-Andalus.

Ahmad ibn Khalid al-Nasiri (XIXe siècle)[modifier | modifier le code]

Ahmad ibn Khalid al-Nasiri, né en 1832 à Salé, est le plus grand historien de la période alaouite. Il est surtout le seul grand historien à avoir connu le passé de toutes les dynasties puisqu'il a vécu dans la dernière dynastie (alaouite), et a été témoin des cinq autres. Il est réputé pour avoir rédigé en plusieurs tomes toute l'histoire du Maroc, à partir de la conquête islamique par Oqba Ibn Nafi à la fin du VIIIe siècle. Son œuvre majeure est Al-Istiqsa, en plusieurs tomes :

  • Tome 1 La première partie est consacrée à l'histoire de la Conquête Musulmane du Maroc, puis aux états idrisside et zénète, soit la période entre le milieu du VIIIe siècle et la fin du Xe siècle.
  • Tome 2 La seconde partie de l'ouvrage porte sur l'histoire des deux pays Almoravides et Almohades, entre le début du XIe siècle et la fin du XIIIe siècle.
  • Tome 3 La troisième partie traite l'histoire de l'état Mérinide, depuis la fin du XIIIe siècle jusqu'au milieu du XVe siècle.
  • Tome 4 La quatrième partie se consacre aux Saadiens entre le milieu du XVIe siècle jusqu'au milieu du XVIIe siècle.
  • Tome 5 La cinquième et dernière partie l'auteur traite l'Histoire du règne des Alaouites, depuis le milieu du XVIIe siècle jusqu'à la fin du XIXe siècle.

Il est décédé à Salé en 1897 peu de temps après avoir mis la touche finale à ce travail[71].

Les grands explorateurs, cartographes et géographes[modifier | modifier le code]

Ibn Jubair (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Ibn Jubair est un explorateur, poète et écrivain, né en 1145 en Andalousie de la période almohade, ayant vécu très longtemps, dans l'entourage de la cour almohade. Son père étant un haut fonctionnaire, Ibn Jubair reçoit une éducation de qualité : il étudie le Coran, les Hadith, le droit, les sciences et la littérature – en particulier la poésie. Secrétaire du gouverneur de Grenade, il est l'auteur de diverses poésies, mais son nom reste surtout attaché à sa Relation de voyages (Rihla), source bien connue des historiens spécialistes de la Méditerranée. Loué pour sa qualité et sa densité informative, ce texte (La Rihla) a été abondamment utilisé comme réservoir de données de toute nature. Dans sa Rihla, Ibn Jubair centre souvent son récit sur le Maghreb, même lorsqu'il évoque d'autres nations, marquant l'importance de cette région par rapport aux autres.

Selon une tradition tardive, sous la pression du gouverneur de Grenade, il fut obligé de boire sept coupes de vin, et, pour expier sa faute, il résolut d’entreprendre le pèlerinage à La Mecque : ainsi lui serait venue l'idée de devenir explorateur. Il effectue trois explorations mais étrangement il rédige sa Rihla en faisant référence seulement à la première, et contrairement au très célèbre Ibn Battûta, il ne dédie son livre à aucun sultan ni calife. Lors de son premier voyage il part pour le sud de l'Europe, il traverse la Sicile, la Crête et la Sardaigne, où il écrit tout ce qu'il en observe. Ensuite, parvenu au Machrek, il visite l'Irak, la Palestine, la Syrie et, comme point final, il réalise son pèlerinage à la Mecque. Il retourne en Andalousie, se dédie à l’enseignement des sciences islamiques, enseignement qu’il poursuit à Malaga, Ceuta et Fès. Il acquiert une grande autorité morale, tant à Grenade qu’à Ceuta, villes où il exerce également la charge de juge (hakam). On conserve de ses poèmes certains qui sont dédiés au célèbre Averroès, qui prouvent la proximité d'Ibn Jubair avec le pouvoir almohade. En effet, il est chargé d’écrire tour à tour des épigrammes, puis un panégyrique hostile à l’adresse d'Averroès, comportement qui suit parfaitement l'attitude du calife Abû Yûsuf Ya‘qûb al-Mansûr face à cette figure prestigieuse d'Averroès, et semble donc indiquer qu'Ibn Jubair faisait partie de l’entourage et de la cour almohade.

Il effectue un second pèlerinage pour rendre grâce à Allah d’avoir permis à Saladin la conquête de Jérusalem. Enfin il entame un troisième pèlerinage, après la mort de son épouse : il séjourne à La Mecque, puis visite Jérusalem. Sur le chemin du retour, à Alexandrie, où il s’arrête pour enseigner, la mort le surprend en 1217[72].

Abu Barakat Yusuf Al Barbari (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Fabuleuse est l'histoire d'Abu Barakat le berbère, inconnu au Maroc son pays d'origine, mais célèbre dans une autre région du monde, les Iles Maldives. Son lieu de naissance est inconnu, seules des sources des Maldives sont répertoriées sur lui, aucun biographe Marocain ou Maghrébin ne fait mention de ce personnage d’exception, sauf le très célèbre Ibn Battûta sans qui jamais on n’aurait entendu parler d'Abu barakat.

C'est un marchand, principalement en Asie, mais aussi un homme de science islamique. La vie d'Abu Barakat aurait pu s’arrêter là, maispresque malgré lui il entre dans l'histoire des îles Maldives, en convertissant la population maldive à l'Islam, jusqu'alors bouddhiste. En voici le récit donné par Ibn Battûta : Abu Barakat arrive sur l'île en 1153, sans doute en arrêt provisoire pour marchander. Il est alors accueilli par une famille maldive qui le traite avec respect. Mais la famille cesse d’être heureuse et Abu Barakat se doute qu'un problème secoue cette famille si chaleureuse d'habitude, il demande aux parents pourquoi ils se lamentent ainsi sur leur sort. Ils lui racontent l'histoire de Rannamaari, le démon des mers, qui chaque mois vient chercher une femme vierge pour la tuer, et que, hélas, c'est le tour de leur fille. Abu Barakat, horrifié par cette pratique de sacrifice, infâme pour un musulman, qui ne croit rien de ces histoires superstitieuses. Il a alors une idée qu'il va partager avec la famille : il va s'habiller et se faire passer pour la fille. Il demande à la famille de l'aider dans son projet. Ils ne comprennent pas pourquoi un étranger viendrait se sacrifier pour les aider, mais Abu Barakat le fait par reconnaissance envers ces gens qui lui ont été très serviables et d'une grande générosité en acceptant de le loger. Une fois prêt, les villageois le portent sur un trône et le posent dans la fameuse caverne où Rannamaari est supposé venir le tuer. Deux versions de l'histoire se concurrencent parmi la population Maldives.

Selon la première, Abu Barakat entre dans la caverne et passe la nuit à réciter le Coran, lorsque le démon se présente à lui et se met à hurler de toutes ses forces, il a du mal avec la récitation du Coran qui l’empêche de le faire, alors il retourne à la mer, et le lendemain lorsque les villageois entrent dans la caverne pour récupérer le corps de la supposée jeune fille (qui était personne d'autre qu'Abu Barakat), ils sont stupéfaits de voir le visiteur maghrébin sain et sauf, et ils se hâtent de le ramener devant le roi des Maldives, qui n'en croit pas un mot et demande à voir cela de ses propres yeux. Abu barakat accepte de recommencer à la seule condition que le roi se convertira à l'islam. Il en prend la promesse. Lors de la seconde période de sacrifice, Abu Barakat est emmené de nouveau dans la caverne sous les yeux de toute la population et du roi lui-même. Abu Barakat reprend la récitation du Coran. Peu de temps après, Rannamaari se présente à lui mais cette fois il se jette sur Abu Barakat. Celui-ci provoque Rannamaari en lui disant que s'il est aussi fort, il doit pouvoir réussir à réduire sa taille. Ce dernier, avec un ego surdimensionné, accepte. Abu Barakat lui demande sans cesse de rétrécir sa taille, ce qu'il fait sans hésiter, jusqu'au moment où Abu Barakat se saisit de lui dans une sorte de jarre et l'enferme pour toujours avant de le jeter à la mer, qui est juste derrière la caverne. Le lendemain le roi et les habitants entrent dans la caverne et, à leur grande stupéfaction, il est là, indemne. Le roi en est si reconnaissant qu'il se convertit à l'Islam.

Selon la seconde version, Abu Barakat dans la caverne attend le monstre en récitant le Coran. Il se présente à lui sans se douter qui est habillé en femme. Abu Barakat patiente le temps que le monstre s'approche, pour se jeter sur lui. Mais il est abasourdi de découvrir qu'il s'agit du roi des Maldives, déguisé en démon. Après avoir compris le plan macabre du roi qui consiste à pouvoir assouvir son désir de meurtre sans jamais être inquiété, mais aussi de tenir la population dans la terreur. Apprenant cela, Abu barakat se saisit de cette opportunité pour manipuler la situation à son avantage, en exigeant du roi qu'il se convertisse à l'Islam, et qu'il propage l'Islam sur toutes les îles. Le roi n'a pas d'autre choix que d'accepter. Cette histoire nous donne une leçon, sur un roi avide de pouvoir et cruel, vaincu à son propre jeu par un marchand rusé venu du Maroc. Le roi va sur chaque île personnellement pour appeler ses sujets à l'Islam.

Chaque année les Maldives célèbrent la victoire d'Abu Barakat sur Rannamaari. Ils lui sont définitivement reconnaissants. Il meurt quelques années plus tard, sans jamais quitter l’île. Il aide en effet à la conversion des populations, en enseignant. Sa tombe est établie dans la première mosquée de l’île, à Malé. Depuis lors, chaque jour, des milliers de Maldives et de touristes viennent rendre visite à sa tombe pour prier sur lui, encore aujourd'hui[73].

Ibn Saïd Al Maghribi (XIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Ibn Saïd est un cartographe, géographe, et poète, né en Andalousie durant la période Almohades. Il part vivre à Marrakech plusieurs années avant de revenir suivre des études en Andalousie. Ibn Said al-Maghribi a écrit ou compilé « au moins quarante œuvres sur diverses branches du savoir ». Peu de sources parlent de lui, malgré la qualité de son travail.

L'œuvre la plus connue est l'achèvement du livre en 15 volumes, Le livre extraordinaire sur les ornements de l'Ouest ou Kitab Al Maghreb (le livre du Maghreb). Ce livre est initié un siècle auparavant par des membres de la famille d'Ibn Saïd Al Maghribi ; son père, se sentant près de mourir, lui recommande d’achever et de publier les deux ouvrages historiques élaborés par ses soins. Le livre mêle une anthologie poétique et une géographie. Le texte recueille des informations sur les poètes du Maghreb, organisés par origine géographique, mais le plus intéressant reste une carte géographique de type nouveau. D'après des historiens il s'agirait « peut-être de la plus importante des différentes anthologies de poésie andalouse ». Son but dans la compilation de la collection semble avoir été de montrer que la poésie produite au Maghreb est alors supérieure à tout ce que le Machrek peut offrir, mais aussi de montrer les compétences de la famille d'Ibn Saïd Al Maghribi capable de produire une œuvre de très grande qualité.

Voyageur infatigable, Ibn Said Al Maghribi s'intéresse profondément à la Géographie, il incarne l'expérience de ses nombreux voyages à travers le monde musulman et sur les rives de l'océan Indien. Il donne également un compte rendu de la situation en Europe du Nord mais aussi en Arménie où il visite la cour des chefs mongols. Le lieu de sa mort n'est pas certain, des sources pensent qu'il meurt à Alep, mais il serait plutôt probable que ce soit à Tunis en 1274[74].

Ibn Battûta (XIVe siècle)[modifier | modifier le code]

Véritable monument de l'histoire du Maroc et du monde, Ibn Battûta est le plus grand explorateur de tous les temps. Né à Tanger au nord du Maroc durant la période Mérinides, Ibn Battûta n'est pas destiné a devenir un explorateur. Parti à l'âge de 22 ans pour effectuer le pèlerinage à la Mecque, il ne revient au Maroc que trente ans plus tard... « J’étais seul, sans compagnon avec qui je puisse vivre familièrement, sans caravane dont je pusse faire partie ; mais j’étais poussé par un esprit ferme dans ses résolutions, et le désir de visiter ces illustres sanctuaires – le pèlerinage à La Mecque – étaient cachés dans mon sein ».

Il parcourt 120 000 kilomètres, et une étendue géographique correspondant à 44 pays actuels. Il visite des civilisations inconnues, et jusque-là seulement fantasmées dans des récits. Les points extrêmes sont en Afrique la Tanzanie, en Europe le Khanat de la Volga, et en Asie l'Indonésie. Ibn Battûta dira « J’aime les voyages parce que mon naturel me pousse sans cesse à explorer des terres nouvelles, à entendre et voir des hommes et des femmes de tous les horizons et de différentes cultures. Je suis allé à la rencontre des musulmans partout où ils se trouvent, mais il m’est arrivé, parfois au risque de ma vie, de visiter des régions hostiles à l’islam et je n’en garde aucun regret parce que mon souci constant a été de découvrir et d’essayer de comprendre les miens, ceux qui partagent ma foi mais aussi les autres qui vivent leurs croyances autrement[75] ».

Il rédige de nombreux carnets de ses voyages, où il décrit les coutumes des cultures visitées : gastronomies, tenues, langues, femmes, hommes, politique, religion(s), minorités... Profondément musulman, il n’hésite pas à critiquer dans ses écrits les peuples qui transgressent les lois de l'Islam, ou simplement pas à son gout. Il sait aussi être élogieux avec ce qui est conforme aux lois islamiques, tout en gardant une certaine impartialité d'observateur.

Sa réputation le précède dans toutes les nations : on le convie assez souvent dans les palais pour parler de ses voyages mais aussi des missions possibles à accomplir aux noms des dirigeants. En échange, il récolte des cadeaux et de fortes sommes d'argent. On le marie aux femmes qu'il souhaite, et il laisse derrière lui beaucoup de femmes et d'enfants dans divers pays. Il se fait l'ambassadeur des plus puissants dirigeants de ce monde, qui n'ont de cesse de tenter de l’enrôler parmi leur cour. Les missions à effectuer seront parfois dangereuses : à plusieurs reprises, il échappe de peu à la mort, alors que certains de ses compagnons n'ont pas cette chance. Il est recherché par tous pour sa maîtrise de la loi islamique : il est fait cadi dans des régions récemment islamisées, et encore sans expérience dans le domaine religieux musulman. Mais souvent il dicte les lois en vain, car les peuples ne sont pas toujours habitués aux règles strictes édictées par ce maghrébin venu de l'autre côté du monde en Afrique.

Ses écrits précis et crédibles font de lui un historien rarement égalé. Ses carnets sont dérobés par des brigands. Au retour au Maroc, il hésite à écrire ses mémoires. Heureusement, le sultan Abu Inan Faris l'invite à le faire par le biais d'un de ses meilleurs praticiens de la langue arabe, Ibn Juzayy. Le livre se nomme la Rihla devient célèbre dans le monde entier.

Alors Ibn Battûta fait la louange du Sultan le plus puissant à ses yeux " Abu Inan Faris ", ce qui constitue un paradoxe, puisque celui-ci a réalisé un coup d’état contre son père Abu al-Hasan ben Uthman. Mais il se fait aussi des ennemis à la cour des Mérinides, ou du moins il sent assez vite une certaine jalousie, de la part d'Ibn Khaldoun et d'Ibn Marzouk, qui le traitent de menteur et refusent de croire qu'un homme ait pu réaliser autant de voyages durant toute ces années. Ces comportements hostiles s'expliquent en partie par le fait que ces derniers ont eu à patienter avant de rejoindre la cour, alors qu'un étranger venu de nulle part réussit à attirer l'attention du sultan sans effort. Pourtant, Ibn Battûta n'a pas que des ennemis, il trouve en Ibn al-Khatib un ami qui croit à toutes ses aventures, et avec qui il va même échanger une importante correspondance.

Ibn Battûta reçoit des diplômes dans presque tous les pays visités, mais paradoxalement aucun titre au Maroc des Mérinides. Durant cette période, l'enseignement au Maroc ponctué par la construction des fameuses Medersa est en effet supérieur à l'enseignement du Machrek et d'ailleurs. D'une manière générale, cet explorateur a connu une vie remarquable, et très mouvementée. Mais un personnage aussi illustre n'a encore droit qu'à un mausolée en piteux état dans la médina de Tanger, alors que plusieurs lieux dans le monde portent son nom. Il meurt dans la ville de Marrakech quelque années après avoir mis une touche finale à sa Rihla[76].

Hassan Al Wazzan Léon l'Africain (XVIe siècle)[modifier | modifier le code]

Explorateur intrépide, historien, diplomate et sociologue avant l’heure, découvreur infatigable, Hassan al Wazzan est un personnage du XVIe siècle hors du commun. Né à Grenade en 1488 (894 de l’Hégire), ce diplomate à la cour Saadiens a eu mille vies, il reste le plus Africain des Africains. Sa famille quitte Grenade après la chute d'Al Andalus et choisit Fès pour leur nouvelle vie. Hassan al-Wazzan grandit à Fès et fait ses études dans les Medersas de la ville, principalement à l'Université Al Quaraouiyine.

Son oncle maternel l’initie à la vie diplomatique en lui demandant de l’accompagner lors d’une mission auprès du souverain de l’empire de Songhai, l’Askia Mohammed Touré. Il effectue la mission à la place de son oncle malade, et découvre alors les merveilles de l’Empire Songhaï, où règne une certaine sérénité. Tout ce qui l’entoure éveille ses sens par sa beauté. Le souverain lui offre cinquante pièces d’or et une esclave de quatorze ans, Hiba.

Plus tard en revenant à Fès, il fait la connaissance d'un jeune homme, dont l'amitié a de lourdes conséquences pour lui, puisque son ami souhaite épouser sa sœur, promise à un autre homme (connu pour être un criminel), et retrouvé mort : Hassan al-Wazzan et son ami sont soupçonnés du meurtre de cet homme, et seront tous les 2 condamnés à plusieurs années de prisons, mais les deux jeunes hommes fuient chacun de son côté. Hassan al-Wazzan prend tous ses biens et fuit vers l'Égypte. Une très forte tempête de neige emporte tout dans son sillage, le laissant totalement démuni, obligé de se réfugier dans une grotte en compagnie d'Hiba sa servante. Ensemble, ils décident de continuer pour Tombouctou, ville natale de sa compagne d'infortune. Ils y élaborent une stratégie pour obtenir quelque argent afin qu’Hassan al-Wazzan poursuive sa route. Il pense la revendre aux anciens du village ; la transaction aboutit, mais peu après il est banni du village[77]. Ainsi il continue d'aller et venir entre Fès et l'Égypte, où il se marie avec une femme égyptienne, dont il a des enfants.

Sa vie bascule lorsqu'il décide de faire le pèlerinage à la Mecque. Il y reste un mois, puis embarque pour Tunis afin de retourner à Fès, sa ville natale. Le bateau est abordé par des pirates européens. Le capitaine du navire pirate, ayant sans doute quelques errements à se faire pardonner, voyant les manuscrits rares et les biens appartenant à Hassan al-Wazzan, a l'idée de l'offrir au pape de l'Europe. Le pape oblige Hassan al-Wazzan à quitter l'Islam, sous menace d'être réduit en esclavage. Le pape a bien reconnu en lui un homme de science et de culture en avance sur son temps. Il ne s'appelle dorénavant plus Hassan al-Wazzan, mais Léon dit Léon l’Africain. Pendant son séjour en Europe, il apprend des langues européennes, mais surtout enseigne la langue arabe dans des universités européennes. Hassan al-Wazzan devient célèbre, sur la demande papale d’écrire une œuvre majeure sur l'Afrique. Cette Description de l'Afrique est le principal ouvrage sur l'Afrique pendant des siècles. Il y donne à Tombouctou un statut de ville mythique dans l'imaginaire des peuples.

Hassan al-Wazzan cherche longtemps un prétexte pour fuir l'Europe, et revenir à l'Islam. Cela se réalise lorsque la ville où il réside alors est saccagée par des troupes armées. Il embarque sur un bateau en partance pour Tunis. Mais étrangement plus personne n'entend parler de Hassan al-Wazzan. Aucun historien ne sait ce qui lui est advenu après sa fuite d'Europe. Selon les rares sources recueillies, il serait peut-être retourné au Maroc à Fès, ou bien encore il meurt à Tunis. En tout cas, il serait revenu à sa religion, l'Islam[78].

Al Idrissi (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Ce monument de l'histoire géographique et cartographique mondiale est célèbre dans toute la planète pour avoir construit la première carte du monde.

Né à Ceuta au nord du Maroc, à l’époque almoravide, Al Idrissi aurait été formé à l'Université Al Quaraouiyine ainsi qu'à Cordoue en Andalousie. Il aurait voyagé au Maghreb, en Andalousie, et même en Asie mineure, rapportant de ses voyages des notes sur la géographie et la flore des régions visitées. Son travail est célèbre et bien documenté, sa vie l'est moins, autorisant beaucoup de spéculations.

Il serait andalou né au nord du Maroc. Son départ pour la Sicile à la cour du roi est ambigu : peut-être invité par ce dernier, peut-être opposé à la destruction de l'empire almoravide par leurs ennemis almohades. Arrivé sur place, il est bien accueilli par le roi de Sicile qui lui demande de rédiger un livre sur la géographie et une carte du monde connu. Al Idrissi accepte, interroge marins et commerçants de passage dans les ports siciliens, enquête sur les régions du monde traversées, collecte nombre d’informations. Le roi lui confie d’abord la réalisation d’un globe en argent, avant de lui réclamer un livre de géographie commentant le globe. Il y décrit, de manière très codifiée, les pays : villes principales, routes et frontières, mers, fleuves et montagnes. Il commente ses cartes à la manière d’un guide suivant son itinéraire. Pourvu de 70 cartes, représentant le sud en haut et le nord en bas (et ce renversement de perspective montrerait la supériorité du monde musulman sur les autres) : La Mecque est dessinée au centre de la carte, pour montrer son importance sur les autres villes du monde. Al Idrissi souscrit également à la théorie de la sphéricité de la Terre (et donc affirme ainsi que la terre est ronde), et que le reste du monde est recouvert d’un grand océan : « la terre est ronde comme une sphère ; si ce n’était pas le cas, comment l’eau y tiendrait-elle ? » Fait également étonnant pour l’époque, il retrace le récit de marins Maghrébins ayant navigué dans la mer « des ténèbres et de brouillard », l’Océan Atlantique, en vue d’en découvrir les limites.

Al Idrissi reste en Sicile jusqu'à la mort du roi. Se sentant peut-être en danger, il emporte son œuvre, et fuit, sans doute à Ceuta, au Maroc, ou bien en Andalousie. Les chrétiens vont hélas détruire le globe en argent, mais il sauve le plus important, son livre, et la carte géographique.

Géographe et cartographe de renommée mondiale, Al Idrissi semble avoir une vie controversée dans le monde Arabe : on ignore énormément de détails sur des moments importants de sa vie. Pour certains, c'est un traître à l'Islam. Pour d'autres, les Almohades lui ont interdit l'accès au Maroc et à l'Andalousie. Pour d'autres historiens encore, il a simplement eu une vie d'errant. On connait plus son œuvre que lui-même. Il est pourtant peu crédible qu'il soit traître à l'Islam : son œuvre n'aurait pas été écrite en arabe, le monde musulman ne serait pas place au nord de sa carte et le reste au sud, La Mecque ne serait pas au centre de sa carte. Le livre est cité, copié, repris, et commenté dans tout le monde. Elle demeure la principale carte de navigation des siècles durant[79].

Les grands mathématiciens, architectes et astronomes[modifier | modifier le code]

Abbas Ibn Firnas (IXe siècle)[modifier | modifier le code]

Si Abbas Ibn Firnas n'a jamais vécu au Maroc, c'est que le pays n’était pas encore fondé par Idris Ier. Sa présence dans cette liste est attestée par son origine Berbère qui fait de lui un Maghrébin, dont la famille participe à la conquête d'Al Andalus.

Abbas Ibn Firnas est un célèbre génie d’origine berbère, vivant à Cordoue entre 810 et 887. Inventeur, poète, ingénieur, physicien, astronome, il a plusieurs cordes à son arc et tout au long de sa vie, il s’illustre grâce à son génie incomparable. Il est surtout célèbre d'être le premier homme de l'histoire de l'humanité à avoir volé comme un oiseau. Ce rêve inimaginable, il le réalise, mettant le monde en émoi. Il est ainsi une légende de l'ingénierie et le père de l'aéronautique, et le plus grand ingénieur inventeur de l'histoire du Maroc et du monde Musulman entier.

Les biographes le présentent comme un philosophe brillant, avec une solide formation, en études scientifiques. Dans sa jeunesse, il étudie un peu toutes les sciences : chimie, physique, astronomie.

Ses inventions sont très nombreuses. Il est un des premiers à se rendre à Cordoue, sous le règne d'Ibn Abdur Rahman Muhannad al-Amir, pour instruire les futures générations. Il continue à fréquenter cette cour durant le règne du successeur, Muhammad Ier (852-886), pour développer ses nombreuses inventions, dont certaines sont évoquées par les historiens. Il conçoit une horloge à eau, la clepsydre appelée Al-Maqata-Maqata. Il conçoit une sphère armillaire pour visualiser le mouvement des astres, un mécanisme sphérique mobile qui modélise le mouvement des étoiles autour de la Terre et celui du Soleil dans l’écliptique. Il réalise chez lui un planétarium, un système automatisé permettant de figurer dans une pièce attenante à son laboratoire la course des étoiles, mais aussi les nuages, le tonnerre et les éclairs qui accompagnent le déclenchement d’un orage. Il découvre seul le moyen de tailler le cristal de roche, ce qui permet à Al Andalus de se passer de la technologie du Machrek en la matière. Il découvre également le moyen d’obtenir un verre parfaitement transparent. Il travaille à organiser une manufacture de verre, obtenu à partir du sable et de roches. Il fabrique les premiers verres correctifs, afin d’améliorer le « confort de lecture ». Il fabrique le premier parachute.

Il marque surtout les esprits avec son invention, trop souvent ignorée : le premier « avion » au monde, avec des ailes volantes. Les sources historiques, maigres et souvent tardives, rapportent deux faits distants dans le temps. En 852, lors d'une première expérience concluante, vêtu d’un grand manteau conçu à cet effet, il s’élance du haut du minaret de la grande mosquée de Cordoue, et en est quitte pour quelques blessures. La seconde expérience, rapporté par l’historien Al Maqqari en 1578-1632, se produit en 875 : il fait confectionner une sorte de combinaison comportant deux ailes mobiles en bois recouvertes de soie et garnies de plumes de rapaces. Le septuagénaire a le courage de l’endosser pour s’élancer depuis le sommet d’un précipice sous les yeux ébahis d’une large foule convoquée pour l’occasion. Le vol en lui-même est globalement une réussite : l’inventeur parvient à se maintenir en vol plané pendant une dizaine de minutes. L’atterrissage, en revanche, est assez catastrophique. Le vieil homme se brise les deux jambes, et échappe à la mort par miracle. Il aurait déduit de ce semi-échec qu’il manquait à son invention la queue dont sont pourvus les oiseaux, et dont ils se servent à la fois pour se diriger et pour amortir leur descente[80].

Il meurt quelques années après avec le sentiment d'avoir été un scientifique bénéfique pour l'islam et sa communauté.

Fatima el Fihriya (IXe siècle)[modifier | modifier le code]

Il était une fois au IXe siècle, l'histoire d'une petite fille, la plus grandiose des figures de l'histoire du Maroc, connue pour être la fondatrice de la plus vieille université du monde Université Al Quaraouiyine[81] ainsi que de la plus vieille bibliothèque du monde[82] à l’époque Idrissides. La noble Fatima el Fihriya marque le plus de son empreinte l'histoire du Maroc, au côté du pieux Youssef ben Tachfine : sans elle, jamais nous n’aurions pu répertorier tous ces scientifiques qui font honneur à l'histoire islamique du Maroc, tous ces scientifiques qui ont tous ou presque étudié ou enseigné à L'Université Al Quaraouiyine.

Née dans la ville de Kairouan, bordée par le désert dans l'actuelle Tunisie, elle serait issue du clan des Banu Fihr de la tribu de Quraych, celle du prophète de l'Islam, et de son descendant direct le grand Oqba Ibn Nafi Al Fihri, envoyé à Kairouan par Muawiya Ier, calife omeyyade, pour propager l'Islam en Afrique du Nord. Fatima el Fihriya, orpheline de mère, vit avec son père et sa sœur aînée Maryam el Fihriya. Mohamed El Fihri, marchand à Kairouan, prend grand soin de ses filles, comme le prophète le préconise : il leur donne une éducation des sciences de l'Islam et fait d'elles des femmes accomplies. Fatima el Fihriya est très marquée par la mort de sa mère, tandis que sa sœur Maryam el Fihriya est confrontée à la réalité et tâche de s'occuper de la maison de son mieux. Elle suit beaucoup son père dans son travail, et l'interroge sans cesse sur ses activités. Elle pose mille et une questions, et trouve un père patient et bienveillant, qui lui donne une bonne instruction au fil des années. Mohamed El Fihri est réputé agir ainsi en souvenir des paroles du prophète de l'Islam, sur l'éducation des filles.

Une nuit, de violentes émeutes éclatent à Kairouan. De nombreux habitants décident de fuir la ville et prennent le chemin du désert. Fatima el Fihriya, son père et sa sœur se mettent ainsi en route, rassemblant le peu d'affaires qu'ils peuvent emmener. Ils voyagent ainsi durant des mois, traversant le Maghreb, loin des villes, qui à cette époque sont à feu et à sang. Ils traversent ensemble les déserts, les montagnes. Le père craint pour ses filles. Quel avenir auront-elles à présent ? Après de longs mois de marche, en 825, ils arrivent aux abords d'une ville frontalière dont ils ont entendu parler, Fès, où, épuisés, ils décident de s'installer. Après les réfugiés Andalous, les réfugiés de Kairouan sont accueillis dans l'enceinte de cette ville prospère et généreuse.

Les années passent, Fatima el Fihriya devient une femme, toujours aussi curieuse, enthousiaste, pleine de vie en plus d'être très pieuse, grâce à l'éducation religieuse stricte reçue de leur père, qui leur transmet les valeurs d'humilité, générosité, amour de son prochain... Fès est une ville commerçante, surtout le quartier des Kairouanais réfugiés. Comme à Kairouan, elle se plaît au milieu de toutes ces cultures qui se croisent, de tous ces trésors du monde. Son père reprend les affaires et leur famille redevient aisée, tandis que sa sœur s'occupe toujours de la maison. Enfin, quelque chose fait sortir Fatima el Fihriya de son quotidien, elle qui n'a que faire des bijoux et autres objets de parure : des érudits du monde entier se retrouvent à Fès pour discuter, échanger, construire des savoirs ensemble. Fatima, comme dans son enfance, elle se remet à rêver de connaissances, de sciences, d'histoire, d'astronomie, de langue arabe, de poésie...

Un drame détruit cette famille et casse ses rêves de connaissances. Le père tombe gravement malade, et Fatima el Fihriya reste à son chevet sans cesse. La jeune femme ne sort plus, préférant parler à son père, lui raconter ses découvertes... Sa mission sur terre étant achevée, Mohamed El Fihri quitte ce monde entouré de ses deux filles. Fatima el Fihriya, qui a souffert enfant de la mort de sa mère, est de nouveau très affectée par la mort de son père. Elle ne mange plus, ne dort plus, n'ouvre plus un livre. Sa période de deuil est longue. Sa sœur Maryam el Fihriya s'occupe d'elle durant de longs mois, à tenter de lui redonner goût à la vie. Fatima el Fihriya décide de se rappeler de ce que son père lui a enseigné, c'est-à-dire regarder l'avenir et avancer.

Sa mort est aussi l'occasion d'une surprise : il leur a légué une fortune colossale. Cet argent, considéré comme une épreuve, oblige les sœurs à se retirer, à méditer. Fatima el Fihriya et sa sœur décident de le dépenser au service de la connaissance, de la foi. Elles décident de faire construire deux mosquées, avec les matériaux du pays de leur père, la Tunisie : la Mosquée des Andalous et la très fameuse et mythique Université Al Quaraouiyine, elle aussi mosquée. Les travaux de la mosquée débutent le premier jour d'un mois de Ramadan, et se terminent en 859, Fatima el Fihriya jeûne chaque jour des travaux de L'Université Al Quaraouiyine jusqu'à l'achèvement. Le travail effectué par Fatima El Fihriya est titanesque. Tous les matériaux nécessaires sont extraits d'une carrière établie sur le terrain même. L'eau est fournie par un puits creusé également au même lieu. La mosquée mesure alors 150 empans (environ 35 mètres) de longueur du nord au sud, comprend quatre nefs, une petite cour, un mirhab ainsi qu'un minaret peu élevé. La mosquée compte 270 colonnes, formant 16 nefs de 21 arcs chacune. Chaque nef contient 4 rangées de 210 fidèles, soit 840, ce qui donne pour les 16 nefs 13 440. Ajoutons 160, nombre des fidèles pouvant se placer au besoin devant les colonnes ; 2700 autres peuvent trouver place dans la cour et 6000 dans la galerie, les vestibules et les seuils des portes. Au total, pas moins de 22 700 fidèles peuvent entendre la prière à la fois.

La particularité de l'Université c'est que chaque dynastie marocaine contribue à son embellissement. Le plan de l'édifice est des Idrissides. Le minaret très sobre relève des Almoravides, et la bibliothèque des Mérinides. Les Saadiens construisent deux magnifiques pavillons ainsi que la fontaine en marbre au centre de l’édifice.

La situation de Fatima el Fihriya en tant que femme ne lui facilite pas la vie, alors qu'à l'époque, dans toutes ces sociétés patriarcales, il est dur d'être entendue et écoutée sans être "la femme de..." ou "la fille de...". Elle est seule, riche, et surtout n'est pas intéressée par un rôle particulier au sein de la société. Elle met au contraire toute son énergie et toute son âme à aider son prochain, à accueillir dignement les nouveaux réfugiés. Elle continue de rechercher la science, la sagesse et se recueille beaucoup. Elle ne cherche même pas à construire sa place au Paradis, elle est détachée et sincère. Elle voue sa vie à son Créateur sans intérêt personnel aucun.

En quelques années, la mosquée qu'elle a financée est très respectée, et attire de grands savants. Des conversations dans la cour de la mosquée aux leçons données par de grands érudits, la mosquée devient une université très renommée, l'une des meilleures de la région. Aujourd'hui, c'est toujours l'université de Fès, et il s'agit tout simplement de l'université encore en activité la plus ancienne au monde[81] ! Sa bibliothèque elle aussi est la prestigieuse et ancienne au monde[82], très vite, précieux manuscrits de théologie, de médecine, de grammaire ou encore d'astronomie y affluent, les manuscrits qu'elle abrite ont plus de 1 200 ans, et ont été écrits ou offerts par les plus grands scientifiques du monde à la bibliothèque.

Fatima el Fihriya est aujourd'hui célébré par les femmes du monde entier pour leurs avoir ouvert la voie de la science et de la réussite, au Maroc, elle restera à tout jamais une femme avec un prestige et une générosité sans limite[83].

Avempace (XIe siècle)[modifier | modifier le code]

L'œuvre d'Avempace constitue un grand moment de l'histoire de la philosophie, par son sens critique. Né à Saragosse, il exerce ses talents en médecine, astronomie, mathématiques, botanique, musique et poésie, durant la période et à la cour almoravide.

Ses œuvres majeures sont presque toutes inachevées, au grand dam de ses pairs dont Averroès, Ibn Tufayl (qui chante sa louange), Alpetragius, ou Maïmonide, qui écrit à propos du modèle planétaire d’Avempace : « J’ai entendu dire qu’Avempace avait découvert un système où il n'y a plus d’épicycles ».

Avempace présente sa propre vision météorologique sur la voie lactée, considérée par lui comme un phénomène à la fois des sphères au-dessus de la lune et de la région subliminaire[84]. Averroes écrit les commentaires suivants sur la théorie du mouvement d'Avempace: « Avempace, cependant, soulève ici une bonne question car il dit qu'il ne s'ensuit pas que la proportion du mouvement d'une seule et même pierre dans l'eau à son mouvement dans l'air est comme la proportion de la densité de l'eau à la densité de l'air, sauf sur l'hypothèse que le mouvement de la pierre ne prend du temps que parce qu'il est déplacé dans un milieu, et si cette supposition était vraie, il n'y aurait pas de mouvement de temps, sauf pour quelque chose qui lui résisterait. le milieu semble gêner la chose émue, et s'il en était ainsi, alors les corps célestes, qui ne rencontrent aucun milieu résistant, seraient déplacés instantanément et il dit que la proportion de la rareté de l'eau à la rareté de l'air est comme proportion du retard survenant au corps déplacé dans l'eau, au retard qui lui arrive dans l'air ». Il aurait aussi considéré une dissimulation de Jupiter par Mars, ou confondu une dissimulation avec une position très proche des deux planètes. Il a observé, à son tour, deux taches dans le soleil, ce qu'il a interprété comme le pas de Mercure et de Vénus sur le disque solaire. Il a prédit, finalement, une éclipse de lune. Averroès, très admiratif de son mentor, ajoute : « Et si ce qu'il a dit est concédé, alors la démonstration d'Aristote sera fausse, parce que, si la proportion de la rareté d'un médium à la rareté de l'autre est proportionnelle au retardement accidentel du mouvement chez l'un d'entre eux. le retard qui lui arrive dans l'autre, et n'est pas comme la proportion du mouvement lui-même, il ne s'ensuivra pas que ce qui est déplacé dans un vide serait déplacé dans un instant, parce que dans ce cas il serait soustrait du mouvement seulement le retard l'affectant à cause du milieu, et son mouvement naturel subsisterait, et tout mouvement implique le temps, donc ce qui est déplacé dans un vide est nécessairement mû dans le temps et avec un mouvement divisible, et rien d'impossible ne suivra ».

Abdellah Ben Younes (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Abdellah Ben Younes est un de ces personnages illustres sur lesquels nous ne disposons d'aucune information...

Sur les instructions d'Ali Ben Youssef, un ingénieur du nom d'Abdallah Ben Younès, transpose les systèmes des khettaras, réseau souterrain de canaux d'irrigation, et assure à la capitale de l'empire Almoravides Marrakech et à ses alentours une alimentation en eau fiable. Ali ben Youssef, ami des arts et grand bâtisseur, fait de sa capitale Marrakech une ville immense et embellie qui devient avec l'arrivée des Almohades la métropole la plus importante du monde arabe. Le géographe Al Idrissi décrit les Khettaras : « L’eau dont les habitants ont besoin pour arroser leurs jardins est amenée au moyen d’un procédé mécanique ingénieux dont l’invention est due à Abdellah Ben younes… Les habitants de la ville, voyant le procédé réussir, s’empressèrent de creuser la terre et d’amener les eaux dans les jardins ; dès lors, les habitants et les jardins commencèrent à se multiplier, et la ville de Marrakech prit un aspect brillant »[85].

Al Qurashi (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Al Qurashi est un mathématicien originaire de Séville, où il acquiert toute sa formation, mais il séjourne longtemps à Bejaïa, dans le Maghreb central, durant la période almohade. Il y enseigne l’algèbre et la science de l'héritage. Nous disposons de très peu d'informations à son sujet.

Pour l'algèbre, il publie un commentaire du « Livre complet en algèbre » d'Abu Kamil, considéré par le grand historien Ibn Khaldūn comme l’un des meilleurs dans ce domaine. D'après les informations fournies par des mathématiciens du XIVe siècle, l’ouvrage contient quelques aspects nouveaux, dans l’agencement de l’exposé général, dans la classification des six équations canoniques et dans les justifications de l’existence des solutions des équations du second degré.

Al Qurashi est également apprécié pour sa méthode de résolution des problèmes d’héritage, basée sur la décomposition des nombres en facteurs premiers[86].

Alpetragius (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Nur Ed-Din Al Betrugi, ou Alpetragius, est un astronome et un philosophe de la période faste des Almohades. Né au Maroc, ayant vécu au Maroc et en Andalousie, il y est mort en l'an 1204. Alpetragius est un disciple du très fameux Ibn Tufayl.

Il est le premier astronome à présenter un système astronomique non ptolémaïque, avec les planètes portées par les sphères géocentriques, comme une alternative aux modèles de ses prédécesseurs. Un autre aspect original de son système est qu'il propose une cause physique des mouvements célestes. On lui doit une très curieuse théorie astronomique développée dans un de ses ouvrages nommé Kitab Al Hai'a, qui fait revivre, d'une manière fondamentalement modifiée, la théorie des sphères homocentriques (système de mouvement planétaire proposé par ses prédécesseurs), et permet de rendre compte des phénomènes propres aux étoiles errantes, en mélangeant des rotations de sphères homocentriques. Les conceptions d'Alpetragius ont le mérite d’ébranler une tradition séculaire, de mettre en doute les systèmes antécédents et préparer leur écroulement annoncé. Pour ses contemporains, ses idées sont considérées comme un important apport positif : on va même jusqu'à dire qu'il fonde une nouvelle astronomie. Son apport est si décisif pour l'avenir de l'astronomie que les écrivains juifs de son époque le surnomment celui qui fait vaciller la doctrine des cieux. Il établit la théorie du mouvement spiral des planètes et ouvre ainsi la voie à l'astronomie moderne. Grâce à lui, la trigonométrie, considérée jusque-là comme une branche de l'astronomie, devient une science indépendante. Selon lui : "Vénus et Mercure ont leur lumière propre puisqu'elles n'ont pas de phase comme la Lune."

Un des aspects originaux du système d'Alpetragius est sa proposition d'une cause physique de mouvements célestes. Il combine l'idée d'impetus et le concept de shawq (désir) d'Abu'l-Barakāt al-Baghdādī, pour expliquer comment l'énergie est transférée d'un premier moteur placé dans la dite sphère à d'autres sphères, expliquant les vitesses variables des autres sphères et des mouvements différents. Il contredit l'idée selon laquelle il existe un type particulier de dynamique pour chaque monde, en appliquant plutôt la même dynamique aux mondes sublunaires et célestes.

Il écrit le célèbre livre Kitab Al Hai'a sur l'almageste, qui demeure une des bases de l'astronomie du monde. Alpetragius y présente des critiques de ce livre d'un point de vue physique. Son livre est étudié jusqu'au XVIe siècle, et les critiques vont jusqu'à qualifier son livre d'alternative valable à l'almageste[87].

Ibn Al Yasamin (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Ibn Al Yasamin est un célèbre mathématicien. Il serait né à Fès et y aurait vécu, ainsi qu'a Séville, où il étudie les mathématiques, et à Marrakech, où il finit sa vie tragiquement... La notoriété d'Ibn Al Yasamīn est due essentiellement à l’extraordinaire diffusion de son poème didactique al-Urjûza fi’l-jabr wa’l-muqābala, enseigné et commenté jusqu'au XIXe siècle. Ibn Al Yasamīn a la particularité de rédiger des poèmes didactiques sur les mathématiques.

Les premières notices biographiques, connues aujourd'hui le concernant, ont été écrites par deux historiens andalous morts à Tunis moins d’un siècle après sa disparition. Versé dans différents savoirs, il est surtout reconnu par ses contemporains, d’abord, comme juriste et documentaliste, puis comme poète et spécialiste de littérature. On insiste surtout sur ses qualités de mathématicien (logique, géométrie, astronomie et astrologie et plus particulièrement arithmétique et calcul) tout en étant un poète accompli, et l’auteur de célèbres Mouachahāt vivement appréciées. Ibn al Yasamīn s’est fait réciter son poème didactique sur l’algèbre et a lui-même récité cette Urjūza fi’l-jabr wa’l-muqābala qu’il a enseignée et commentée quelque temps avant de rejoindre Marrakech, la capitale de l’empire Almohade. Deux autres poèmes didactiques lui sont attribués, l’un sur les racines (al-Urjûza fi’l-judhūr) et l’autre sur la double fausse position (al-Urjūza fi’l-kaffāt).

Cependant, c’est en tant qu’homme de culture, documentaliste spécialisé, écrivain et poète qu’Ibn Said s’intéresse à lui et lui consacre une importante place parmi les 24 poètes du XIIe siècle dans son livre. Il y indique qu’Ibn al-Yasamīn est proche des califes almohades en particulier d'Abu Yusuf Yaqub al-Mansur qu'il accompagne souvent lors de ses voyages. Ibn al Yasamīn plaisante et polémique souvent avec ses compagnons sur sa couleur de peau, noire. Peu de traces sont parvenues de son activité littéraire et poétique, à part celles signalées par Ibn al-Abbār. Quatre de ses écrits mathématiques sont mieux renseignés, dont un poème didactique sur l’algèbre qui l’a rendu célèbre et un ouvrage en prose.

La renommée d’Ibn al Yasamīn vient de la diffusion extraordinaire de son poème didactique sur l’algèbre, al-Urzûza fi-l-jabr wa-l-muqâbala, tant au Maghreb qu’en Orient, Dans ce poème de 54 vers, après les salutations, remerciements et prières d’usage, le poète introduit la terminologie algébrique dans quatre vers inoubliables. Ces vers sont suivis par les algorithmes de résolution des six types d’équations canoniques du premier et du second degré, puis par deux méthodes de résolution des équations quadratiques non unitaires, la première étant classique et la seconde originale. Le poème se termine par les règles de calcul sur les expressions algébriques et par une dernière prière.

Ces textes concentrent et résument des connaissances dans des expressions faciles à retenir et peuvent aider à retenir les terminologies et les règles. Ils visent au départ à venir en aide à des étudiants terminant l’étude d’un domaine particulier dans des ouvrages détaillés et techniques. On connaît aujourd'hui au moins 13 commentaires écrits sur ce célèbre livre de Ibn Al Yasamin, il influence le monde arabe par ce texte facilitant l'explication de l’algèbre par la mémorisation.

La fin de sa vie sera tragique : il est assassiné lâchement devant la porte de sa maison pour des raisons inconnues[88].

Jabir Ibn Aflah (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Jabir Ibn Aflah est un impressionnant personnage, qui a plusieurs vies : mathématicien, astronome, ingénieur astronomique, architecte. Les sources sont restreintes sur sa vie, pas sur ses réalisations, notamment grâce aux traductions de ses ouvrages. Il serait originaire de Séville durant la période almoravide et almohade : il est décrit comme Al-Ishbili (de Séville) dans les manuscrits contenant ses traités. Une seconde source signale qu'il est venu de Séville, et fournit une bonne estimation pour la période durant laquelle il a vécu.

L'information provient de Maïmonide, de nom arabe Abu Imran Musa ibn Maymun ibn Ubayd Allah, philosophe juif, juriste, médecin, né à Cordoue en 1135. Parmi les nombreuses œuvres importantes, il écrit Le Guide des Perplexes en arabe, où on lit : ... « ibn Aflah de Séville, dont le fils que j'ai rencontré ... » Les sources donnent aussi des indications sur les lieux de sa vie. Il aurait vécu au Maroc, puisqu'il est considéré comme l'un des trois architectes en chef des Almohades, avec Al Hajj Ya'ish et Ahmed Ben Basso qui ont construit les trois tours jumelles, (Tour Hassan, Koutoubia et Giralda).

Jabir Ibn Aflah est important dans le développement des mathématiques. Ses œuvres, traduites en Europe et au Machrek, sont à la disposition des mathématiciens du monde, alors que les travaux comme ceux d'Abu'l-Wafa n'ont pas été traduits dans d'autres langues. Le travail principal de Jabir Ibn Aflah concerne l'Almageste de Ptolémée, traité qu'il connaît par deux traductions. Ce grand critique de Ptolémée va jusqu'à écrire un livre avec un titre très symbolique et assez provocateur al-Islah Majisti (Correction de l'Almageste). Il donne également son nom à un théorème en trigonométrie sphérique. Jabir ibn Aflah contredit Ptolémée pour l'emplacement de Vénus et Mercure au-dessous du Soleil. Ptolémée fait valoir que ces planètes ne peuvent jamais être sur une ligne de démarcation entre un observateur sur la Terre et le soleil, mais Jabir Ibn Aflah indique que c'est une erreur, et que Vénus et Mercure sont au-dessus du Soleil. Il est un peu difficile d'établir le degré exact d'originalité de la rectification de l'Almageste : son approche générale, évidemment bien fondée, reste considérée parmi les spécialistes.

L'influence de Jabir Ibn Aflah est tout à fait remarquable notamment sur les travaux de deux astronomes, en particulier, l'astronome Qutb al-Din al-Shirazi, élève de Nasir al-Din al-Tusi, mais aussi Regiomontanus, qui a sournoisement copié de grandes parties des ouvrages et des travaux de Jabir Ibn Aflah dans le quatrième livre de sa publication. Regiomontanus n'a jamais accepté de reconnaître le plagiat des œuvres de Jabir Ibn Aflah. Il sera critiqué vigoureusement par le mathématicien cardan qui lui reproche d'avoir plagié Jabir Ibn Aflah sans jamais avoir cité son nom.

Jabir ibn Aflah invente un instrument d'observation, connu sous le nom de torquetum, un dispositif mécanique qui permet de transformer des systèmes de coordonnées sphériques, conçu pour prendre et convertir des mesures faites dans trois ensembles de coordonnées : horizontal, équatorial, et écliptique. Le torquetum permet de calculer la position de corps célestes et de fixer l'heure et la date.

Il donne également son nom à un théorème en trigonométrie sphérique.

L'influence de ce mathématicien astronome est d'une importance capitale : ses œuvres sont les sources des mathématiques modernes au même titre que ceux de Ibn al-Banna et Ibn Mun'im[89].

Ahmed Ibn Basso et Al Hajj Ya'ish (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Ahmed Ben Basso et Al Hajj Ya'ish sont parmi les très rares ingénieurs et géomètres de génie dont nous conservons le nom. Cités dans les sources comme les chefs de ceux qui ont édifié les plus belles réalisations de la période almohade, et comme inspecteur des constructeurs. Leurs premiers rôles se documentent dans la reconstruction de Gibraltar en 1160, voulue par le calife Abu Yusuf Yaqub al-Mansur, ils sont aux services des califes almohades jusqu'à leur mort.

Plus tard, en 1162, Ahmed Ibn Basso apparaît comme dirigeant des travaux de reconstruction de Cordoue. Sa plus belle réalisation est la Giralda de Séville, mosquée construite sur le modèle de la Koutoubia de Marrakech.

Le brillant architecte et hydraulicien Al Hajj Ya'ish serait l’ingénieux concepteur des Jardins de l'Agdal, et notamment des deux immenses réservoirs surélevés qui dominent la partie centrale du site. La conception des Jardins de l'Agdal est un véritable exploit, qui a été reproduit dans tout le pays et jusqu'à Al Andalus. Ces jardins étaient admirés pour leur formidable productivité, leur beauté et leurs grandes étendues d’eau, d’autant qu’ils se situent dans un environnement aride où plane la menace de la sécheresse.

Al Hajj Ya'ish réussit ainsi à graver son nom dans la pierre comme le plus brillant Architecte de l’époque.

Abu Bakr Al Hassar (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Al Hassar est un mathématicien, né à Ceuta (au nord du Maroc), sur lequel nous disposons de peu de sources.

Considéré comme un spécialiste du calcul de l’héritage islamique ainsi que récitateur de Coran de talent, il est l'auteur de deux livres Kitab al-bayan wat-tadhkar (Livre de la démonstration et la mémorisation), un manuel de calcul et Kitab al-kamil fi al-sinaat adad (Livre complet sur l'art des nombres). Le premier livre est perdu et seule une partie du second livre témoigne du travail. Al Hassar y développe la notation symbolique mathématique moderne pour les fractions, où le numérateur et le dénominateur sont séparés par une barre horizontale. Cette notation fractionnaire apparue peu de temps après dans le travail des mathématiciens européens, qui commencent à reprendre les travaux des mathématiciens marocains, souvent sans les citer...

Ibn Khaldoun, dans son chapitre sur le Calcul, après avoir défini cette discipline, évoque dans un des passages de ses commentaires le petit Al Hassar" en parlant d'un livre écrit par Al Hassar, par opposition à un éventuel grand livre du même auteur, selon les règles et usages pratiques dans la tradition scientifique maghrébine.

Le succès des livres d'Al Hassar semble avoir dépassé les limites du Maghreb, et avoir atteint le Machrek et l'Europe. Plusieurs mathématiciens du Machrek ont écrit des commentaires sur les livres d'Al Hassar, comme contenant des idées importantes et intéressantes, ce qui laisse supposer que ses ouvrages ont été étudiés dans plusieurs régions, et par plusieurs mathématiciens dont Ibn Yunus[90].

Ibn Yahyā al-Maghribī al-Samaw'al (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Ibn Yahyā est né en 1130 à Bagdad et mort en 1180 à Maragha en Iran. Ses parents juifs sont nés à Fès, et ont quitté le Maroc pour aller vivre à Bagdad où ils donnent naissance à Al-Samaw'al, qui se convertit adulte à l'Islam.

Ibn Yahyā commence à étudier la médecine, et en même temps s'intéresse aussi aux mathématiques. Dès l'âg de treize ans, il débute par des méthodes de calcul ainsi que les tables astronomiques. Bagdad n'est alors pas encore un grand centre pour les études mathématiques, contrairement au Maghreb. Ibn Yahyā maîtrise vite toutes les mathématiques que ses professeurs lui enseignent, couvrant une introduction d'analyse de l'algèbre élémentaire et la géométrie des premiers livres. Afin de pousser ses études de mathématiques plus loin, il doit étudier tout seul. Il lit les travaux d'Abu Kamil et Al-Karaji et d'autres grands mathématiciens. À dix-huit ans, il a lu presque toute la littérature mathématique disponible. Le travail qui l'impressionne est celui d'Al-Karaji, dont il n'est cependant pas complètement satisfait. Son traité le plus célèbre, "le brillant dans l'algèbre", est rédigé par Al-Samaw'al à seulement dix-neuf ans. Ce travail, de grande importance pour les idées originales qu'il contient et également pour l'information qu'il enregistre, se compose de quatre livres.

Les prédécesseurs d'Al-Samaw'al ont commencé à développer ce qui est appelé par les historiens d'aujourd'hui "l'arithmétisation de l'algèbre". Al-Samaw'al donne à ce développement une description précise : « ...avec le traitement des inconnues à l'aide de tous les outils arithmétiques, de la même manière que l'arithméticien traite le connu. » Ceci suggère fortement aux mathématiciens d'aujourd'hui qu'il a développé l'étude des boucles polynomiales, ce qui est une description juste du travail entrepris. Dans le premier livre, il définit des puissances, définit des polynômes, décrit l'addition, la soustraction, la multiplication et la division des polynômes. Il fournit également des méthodes pour l'extraction des racines des polynômes. Il ne pourrait décrire ces opérations arithmétiques sur les puissances de l'inconnu sans avoir développé un concept des nombres négatifs. Il raffine les idées de ses prédécesseurs dans une forme nouvelle, et que les autres mathématiciens reformulent seulement plusieurs siècles plus tard. Il utilise également le zéro (0) dans ses inscriptions de calculs.

Après avoir terminé la rédaction de son livre, il voyage en Asie centrale. On sait, de ses propres écrits, qu'il est à Maragheh (en Azerbaïdjan) le 8 novembre 1163, et qu'à cette date Al-Samaw'al est déjà converti à l'Islam. Il rend compte ce 8 novembre 1163 que l'Islam est le plus satisfaisant. Sur ce thème, il rédige un livre, la Réfutation Décisive des Chrétiens et des Juifs. Pour le père d'Al-Samaw'al, la conversion de son fils à l'Islam est une expérience douloureuse, et Al-Samaw'al ne souhaite pas blesser son père. Ainsi, il diffère sa conversion durant quatre années. Par la suite, il écrit à son père qu'il a ses raisons pour son changement de la religion juive à l'Islam. Il voyage alors beaucoup à Alep, au nord de la Syrie, et son père s'arrange pour le voir lorsqu'il reçoit sa lettre. Cependant, son père meurt en voyage avant de revoir son fils. Sa formation en médecine lui permet de pratiquer la médecine au cours de ses voyages, et il devient tout à fait célèbre pour ses compétences dans cette région. Plusieurs souverains sont ses patients. Il raconte dans ses écrits qu'il a développé des cures miraculeuses. Malheureusement, on n'a pas de détails de ceux qui ont survécu. Il meurt en Iran peu de temps après[91].

Ibn Al Kammad (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Ibn al-Kammād est un fameux astronome d'al-Andalus, qui a influencé un certain nombre d'écrits d'astronomes postérieurs dans les traditions astronomiques musulmanes. Il dispose de peu d'informations sur sa vie. Il est probablement né à Séville durant la période Almohades, mais sa vie professionnelle se déroule à Cordoue.

Ibn al-Kammād est un disciple direct ou indirect de Al-Zarqali. Les astronomes ultérieurs du Maghreb et d'Al Andalus se réfèrent à lui, dans plusieurs langues. Il semble avoir été également connu au Machrek.

Ibn al-Kammad a composé trois Zij (manuels astronomiques avec des tables): al-Kawr ' alâ al-Dawr, al-Amad ' alâ al-abad, et al-écritsMuqtabas, qui est une compilation des deux précédentes. Aucun de ses n'a survécu dans une version complète de l'arabe original. Ibn al-Kammād a également rédigé un traité astronomique, le Kitāb Mafātī ḥ al-asrār, dont seuls les chapitres 10 à 15 existent. Ces chapitres (kalâm fî al-naymūdār li-ta Sh ī ḥ ṭ awāli ' al-mouleds), obstétriques astrologiques, expliquent comment utiliser les mesures astronomiques pour déterminer la durée d'une grossesse. Ils sont liés à al-Kawr et à certains des tableaux accompagnant, mais n'appartenant pas, al-Muqtabas.

Ibn al-Kammād a été fortement critiqué par Ibn al-Hā'im dans al-Zīj al-kāmil de ce dernier, vers 1205 : Ibn al-Hā'im note jusqu'à 25 erreurs dans le travail d'Ibn al-Kammād, en particulier dans al-Kawr' alā al-dawr et al-Amad ' alā al-abad, principalement dans l'étude des mouvements solaires et lunaires, les modèles de trépidation, la trigonométrie, le chronométrage et l'astronomie. Cependant, l'influence de Ibn al-Kammad doit être vue dans un certain nombre de ses successeurs en astronomie.

La date de sa mort et le lieu ne sont pas connus[92].

Ibn Mun'im (XIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Ibn Mun'im est d'une stature imposante dans les mathématiques. Il reste mésestimé, sous-évalué, comme bien d'autre scientifiques marocains.

Né à Dénia en Andalousie, ayant vécu à Marrakech durant la période Almohades, et mort en 1228, Ibn Mun'im est un mathématicien au rôle décisif pour l'avenir des mathématiques modernes dont il semble être l'un des pères aux côtés d'Al Hassar, Al Qurashi, Ibn Al Yasamin, Al Qalasadi et Ibn al-Banna. Il est également médecin d'après son biographe, et il aurait donné des cours de médecine à Fès, peut-être à l'Université Al Quaraouiyine, mais cette seconde vie est encore mal renseignée.

L'originalité d'Ibn Munim de Marrakech est d'avoir utilisé les études précédentes de Khayyam pour tracer une grille numérique triangulaire, qui lui a permis de comprendre des permutations et des combinaisons. Cet exercice donne, par exemple, le nombre maximal de mots pouvant être créés avec les 28 lettres de l'alphabet arabe. Quatre cents ans plus tard, les mathématiciens européens du XVIIe siècle réinventent la grille numérique d'Ibn Munim en se l'appropriant... Entre la fin du XIIe siècle et le milieu du XIVe, un ensemble de pratiques combinatoires apparaissent dans des écrits mathématiques du Maghreb, et Ibn Mun'im semble en être l'instigateur le plus important. Ses recherches purement combinatoires aboutissent à l’élaboration, pour la première fois dans l’histoire des mathématiques, d’un chapitre complet et autonome contenant des définitions, des propositions et des procédés de démonstration en vue de résoudre complètement le problème posé par les linguistes des VIIIe et IXe siècles. Ce chapitre est dans son ouvrage intitulé Fiqh al-hisâb (La Science du calcul) qui traite par ailleurs de calcul et de théorie des nombres.

Le biobibliographe du XIIIe siècle Ibn Abd al-Malik fournit quelques informations sur la vie et l’œuvre de ce mathématicien. Originaire de la ville de Dénia, à Al-Andalus, quitte sans raison connue et sans précision de date, sa ville natale, pour aller s’installer définitivement à Marrakech, alors capitale de l'empire le plus influent au monde dans le domaine de la science moderne, l'empire almohade. Il acquiert à Marrakech son second métier de médecin, et il y enseigne, parallèlement, les mathématiques. Son biographe le décrit comme le meilleur spécialiste de son époque en géométrie et en théorie des nombres avec Ibn al-Banna.

Il publie également des écrits sur la géométrie euclidienne et sur les carrés magiques, mais aucun des livres traitant de ces deux dernières disciplines n’a survécu. Jusqu'au XIIe siècle, les spécialistes en langue arabe ne disposent pas des solutions arithmétiques aux problèmes de dénombrement des mots qui étaient traités d’une manière récurrente dans leurs ouvrages. Le titre du chapitre consacré à la combinatoire est très significatif : « dénombrement des mots qui sont tels que l’être humain ne peut s’exprimer que par l’un d’eux ». L’auteur dit vouloir traiter ce problème d’une manière générale, même s’il est contraint, pour fixer les idées, de le poser en termes particuliers, en se servant de l’alphabet arabe. En effet, les outils élaborés permettent bien de dénombrer les mots de n’importe quelle langue, quelle que soit la longueur de ces mots. Ibn Mun’im commence par établir, à partir d’un ensemble de couleurs de soie qui joue le rôle de modèle abstrait, une règle permettant de déterminer toutes les combinaisons possibles de n couleurs, p à p. Il est ainsi amené à construire le fameux triangle arithmétique, plus connu aujourd'hui sous le nom de « triangle de Pascal » dont il est le réel précurseur avec Ibn al-Banna. Puis il établit un ensemble de résultats, importants pour eux-mêmes, mais qui lui servent à trouver la réponse à la question de départ. Cette contribution importante est à l’origine d’une orientation nouvelle en mathématiques, avec des prolongements très intéressants.

Il est possible d’ailleurs qu’un des étudiants de ce mathématicien, nommé al-Qâdî ash-Sharîf (m. 1283), ait été le premier à commenter ou à développer les résultats de son professeur. Son ouvrage, qui pourrait nous renseigner sur cela, intitulé al-Qânûn fî l-hisâb (Le Canon du calcul), n’a pas encore été retrouvé. Cet étudiant a vraisemblablement enseigné le contenu du chapitre combinatoire d’Ibn Mun’im. Cette hypothèse est confortée par les contributions d’un étudiant d’ash-Sharîf, le fameux Ibn al-Bannâ, qui reprend certains résultats de son éminent prédécesseur en proposant de nouvelles démonstrations, et en établissant des liens avec des propositions de théorie des nombres bien connues. Ces contributions sont exposées dans deux de ses livres : le Raf’ al-hijâb (Le Lever du voile) et le Tanbîh al-albâb (L’Avertissement aux « gens » intelligents). Dans le premier, il établit un résultat, longtemps attribué à tort à Pascal, qui consiste en une formule purement arithmétique permettant de calculer toutes les combinaisons (sans répétition) d’un nombre donné d’objets. Ce résultat évite de construire le triangle d’Ibn Mun’im, mais il ne permet pas de résoudre complètement le problème posé par Al-Khalîl Ibn Ahmad. Dans son second ouvrage, il rassemble un certain nombre de problèmes qui sont tous inspirés par des activités sociales, économiques, culturelles ou par des pratiques religieuses. On y trouve, en particulier, le dénombrement de toutes les lectures possibles d’une même phrase, selon les règles de la grammaire arabe, l’énumération des différents cas d’héritage possibles lorsque les héritiers sont n garçons et p filles, etc. Dans ce petit livre, l’auteur évoque aussi un problème qui a nécessité l’établissement d’un résultat combinatoire général, permettant de se dispenser d'un travail fastidieux et pénible. Il est le premier auteur connu se référant au Kitab Al Kamil d'Al Hassar, autre mathématicien marocain, et qui s’est inspiré des démarches de ce dernier, en exposant souvent les mêmes techniques de calcul, mais accompagnées de preuves, et parfois généralisées. Cela est particulièrement net dans la seconde partie de son Fiqh al-Hisab où il traite d’une manière étendue de toutes les opérations sur les fractions en se distinguant, comme le fait al-Hassar dans son Bayan, d'un grand nombre de cas, mais en prenant soin de justifier, par l’analyse.

Il est évident que Ibn Mun'im n'a pas le succès qu'il mérite, pour son travail et ses ouvrages décisifs pour les mathématiques mondiales. Même les mathématiciens musulmans reprennent son travail sans trop le citer, et pas du tout pour les européens. Ibn Khaldoun fait référence à ibn Mun'im, mais pas énormément. Ibn haydur,Ibn Al banna, Abu Zakariya Al Andalusi et bien d'autres le citent, le commentent dans leurs livres[93].

Ibn al-Ha'im (XIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Ibn al-Ha'im est un astronome, sans doute né à Séville. Il a probablement travaillé au Maroc à la cour almohade. En plus de ses propres réalisations astronomiques, Ibn al-Hā'im fournit des informations historiques importantes sur les astronomes précédents en Al-Andalus.

Au début du siècle, Ibn al-Hā'im compose un unique ouvrage intitulé al-Zij al-Kâmil fî al-ta ' ALIM, dédié au calife Muhammad an-Nasir, qui a régné de 1195 à 1213. Ce texte relativement long, composé d'une introduction et de sept livres (maqālāt), peut être considéré comme un zīj (manuel astronomique) sur la base de sa structure et de son contenu, même s'il n'inclut pas de tableaux numériques. Il contient seulement les canons donnant des procédures de calcul avec des preuves géométriques.

Ibn al-Ha'im est un bon mathématicien, qui connaît la nouvelle trigonométrie introduite dans le Maghreb. Il décrit l'astronomie pratiquée dans le Maghreb au début du XIIIe siècle et nous informe des observations et les activités des astronomes travaillant durant cette période. Le travail donne également des données historiques sur l'astronome andalou Al Zarqali, qui semble avoir eu une influence considérable sur les théories et les modèles d'Ibn al-Hā'im.

Dans l'introduction de son livre, il critique deux livres d'Ibn al-Kammād : al-Kawr ' alā al-dawr et al-Muqtabas. Dans al-Zīj al-kāmil, Ibn al-Hā'im semble décrire tout ce qu'il sait de la trépidation et de l'obliquité des modèles écliptiques développés dans al-Andalus, en particulier le troisième modèle de Al Zarqālī, où la précession variable devient indépendante de l'oscillation de l'obliquité de l'écliptique. La trépidation doit être prise en compte dans la plupart des calculs et procédures présentés dans le livre. Il fournit une description et une démonstration géométrique, explique comment utiliser les tables, et présente également les formules trigonométriques sphériques impliquées. Il attribue le Risālat al-iqbāl wa-'l-ibdār (Épître sur l'accession et la récession) à l'astronome Abū Marwān al-Istijjī, et conserve quelques données de ce livre. Le texte d'Ibn al-Hâ'im étant une source supplémentaire utile, ne contient que le texte du livre de Al Zarqālī sur le Soleil (Fī sanat al-shams, l'année solaire).

Ibn al-Hā'im suit Al Zarqālī pour établir et calculer les éléments de base de la théorie solaire. Pour calculer l'équation solaire et la vraie longitude du Soleil, il suit le modèle solaire d'excentricité. Il décrit trois types d'années différents : tropical, sidéral et anomalistique. Sa classification est pratiquement identique à celle donnée auparavant par d'autres astronomes. Ibn al-Hā'im accorde une grande attention au calcul de l'année anomalistique qui, à son avis, est la base pour obtenir les deux autres types d'année. Puisque sa valeur est fixe, elle doit être utilisée pour obtenir des mouvements moyens et effectuer des calculs astronomiques.

Quant à la théorie lunaire, le zīj traite de deux aspects de la théorie de la Lune : le calcul de sa longitude et le calcul de sa latitude. Ibn al-Hā'im propose deux corrections à la théorie lunaire standard ptolémaïque. Le premier est une tentative de corriger la théorie de la longitude lunaire. La correction est attribuée à un travail astronomique perdu de Al Zarqālī, qu'Ibn al-Hā'im a lu dans un manuscrit écrit par l'astronome lui-même. Il semble impliquer l'existence d'un point d'équation lunaire qui tourne avec le mouvement de l'apogée solaire. Nous ne savons pas dans quelle mesure la généralisation de la correction du modèle lunaire ptolémaïque est due à Al Zarqali. En tout cas, ce modèle a rencontré un certain succès, bien que limité au calcul des éclipses et de la Nouvelle Lune. La deuxième correction est particulière : c'est une correction du calcul de la latitude lunaire qui est directement liée à une pratique dans le calcul des longitudes qui avaient été standardisées parmi les astronomes musulmans. Il croit que son modèle lunaire donne des longitudes écliptiques, mais n'est pas nécessaire pour le calcul des longitudes, et qu'une réduction inverse de l'orbite lunaire doit être opérée pour calculer les latitudes.

Son Zij est très important pour l'astronomie en général, le livre de Ibn al‐Hā'im est bien plus qu'un simple manuel, ce qui le rend assez exceptionnel dans le monde islamique occidental. Il expose en effet de façon très complète l'astronomie de ses prédécesseurs. Il meurt dans un lieu inconnu, au Maghreb ou dans sa province d'Al Andalus[94].

Abu Bakr Ibn Yusuf (XIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Le génie de l'ingénieurie astronomique n'est autre que Abu Bakr, astronome marocain du XIIIe siècle almohade. Il fait partie des quelques personnalités complètement oubliées par l'histoire, respectées et admirées à l’étranger, mais totalement inconnues dans sa nation, le Maroc, et notamment à Marrakech, sa ville de naissance.

Les astrolabes qu’il a légués datent de 1208 à 1218. En ce temps-là, les astronomes de cette école sont formés au Maghreb mais surtout en Al Andalous, où le maitre absolu en la matière, un siècle auparavant, est le grand astronome de Tolède, Al-Zarqali, inventeur d’un nouveau type d’astrolabe dit universel, et dont les écrits ont grandement influencé les astronomes du monde. Deux noms issus de cette école se détachent : Abû Bakr ibn Yûsuf et Mohammed ibn al-Fattouh Al Khoumayri, tous deux originaires de Marrakech.

Abû Bakr a donc vécu et travaillé à Marrakech, quand cette ville avait moins de cent ans, et la Koutoubia était en cours d’édification. Il fabrique des astrolabes, quelquefois pour des califes et des princes Almohades. Il construit également des astrolabes prévus pour fonctionner au Maroc, en Andalousie, en Égypte, en Palestine, en Arabie et en Irak. Plus précisément, les tympans de ses astrolabes sont gravés pour les latitudes des villes de Marrakech, Fès, Sijilmassa, Ceuta, Almeria, Cordoue, Séville, Tolède, Saragosse, Le Caire, Al Qods, La Mecque, Médine et Baghdad. Ibn al-Banna’ (1256-1321), célèbre mathématicien, a probablement utilisé un des astrolabes d’Abû Bakr pour ses travaux d’astronomie, dans un lieu appelé Al Borj, à Marrakech. La construction d’un astrolabe nécessite alors la maîtrise de nombreuses disciplines scientifiques, les plus en avance du moment. Abu Bakr semble donc avoir été un ingénieur complet dans toutes ces matières : trigonométrie sphérique, géométrie, connaissance du mouvement des étoiles, géographie, chimie, travail sur les métaux, et aussi astrologie. Cet instrument astronomique caractérise le mieux ce que l’on appelle علم الفلك, l’astronomie musulmane. Les astrolabes d’Abû Bakr sont les témoins d’une époque, où les savants musulmans sont encore la référence dans le monde des sciences exactes. Quatre astrolabes, certaines sources parlent de cinq, fabriqués par Abû Bakr ibn Yûsuf, sont parvenus jusqu’à aujourd'hui. La majorité se trouve étrangement en Europe dans des musées.

Un chercheur choisit dans son célèbre livre géographique, après la présentation de la théorie sur le fonctionnement de l’astrolabe, de présenter comme modèle de l’astrolabe celui d’Abû Bakr ibn Yûsuf... Dans sa position, cet auteur, ayant la possibilité de choisir parmi une centaine d’astrolabes dans le monde, opté pour celui d’Abû Bakr car, « il est particulièrement complet et précis ». Celui qui émet ce jugement est un ancien directeur d’une Grande École de sciences géographiques. L'un des astrolabes d'Abu Bakr a été retrouvé dans la collection d'un européen considéré comme un ingénieur et constructeur d'un canal, creusé, pour fournir une voie navigable entre la Méditerranée et l’Atlantique. Est-ce que l’astrolabe d’Abû Bakr ibn Yûsuf a servi pour faire des relevés topographiques sur le terrain et des calculs des dénivellations dans le cadre du grand chantier pharaonique du XVIIe siècle en Europe ?

Abû Bakr ibn Yûsuf, savant astronome marocain, a fabriqué et légué des astrolabes universels, qui donnent non seulement les heures du jour mais aussi les siècles, dont les innombrables fonctions sont, par exemple :

  • Détermination des heures en général et des heures de prière,
  • Détermination des directions, de La Mecque (Qibla) en particulier,
  • Connaitre les levers et couchers du soleil et des étoiles,
  • Détermination de la latitude et de la longitude d'un lieu,
  • Connaitre la hauteur d'une montagne, d'un mur, d'un rempart, d'une colonne, d'un arbre...,
  • Connaitre la largeur d'un fleuve,
  • Connaitre la profondeur d'un puits et faire des mesures dans des lieux inaccessibles,
  • Orientation des vaisseaux, dans la navigation maritime, pendant des siècles,

Quel que soit l’accueil que l’on veut bien lui faire chez lui au Maroc, il continue à accompagner ses astrolabes à travers les musées du monde, di moins si on s’assure fois que l’on précise sur l’écriteau : "Astrolabe marocain. Fait à Marrakech qu’Allah la rende prospère, par Abû Bakr ibn Yûsuf astronome Marocain"[95].

Mohamed Ben Ali (XIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Mohamed Ben Ali, né à Séville et mort à Fès, est un architecte de l'ère mérinide. Il est surtout connu pour avoir bâti vers 1260 l'arsenal de Salé composé des deux portes Dar Assinaâ, et la plus belle de toutes ses réalisations, la monumentale Bab el-Mrissa dont on conserve des témoignages « Quand un vaisseau était construit et qu'on voulait le lancer à la mer, on ouvrait le bassin de la porte nord. Quand l'eau le remplissait, on y lançait le vaisseau qui naviguait ensuite par Bab el-Mrissa jusqu'à atteindre le fleuve Bouregreg. C'est pour cela que l'arcade de cette porte se situait très haut pour permettre aux navires de passer au-dessous. »

À la suite du massacre de la population de Salé par les Européens en 1260, le sultan Abu Yusuf Yaqub ben Abd al-Haqq se venge et massacre à son tour les Européens coupables de ses crimes, et fait appel quelques mois après à Mohamed Ben Ali pour faire de Salé le principal chantier naval et port commercial du Maroc pour relancer la lutte armée en Al Andalus[96].

Abu Ali Al Hassan Al Marrakushi (XIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Les historiens disposent de beaucoup d'informations sur son travail, mais presque d'aucune sur sa biographie : il y aurait peut-être deux Abu Al Hassan, ce qui expliquerait les confusions de datation. Il peut plutôt s'agir d'un unique personnage, mais avec des sources imprécises : originaire de Marrakech ou d'Égypte, décès à Marrakech ou au Caire pour, mort en 1262 à Marrakech ou en 1282, ou encore en 1323 au Caire.

C'est un astronome et mathématicien d'importance dans le domaine de la trigonométrie et la fabrication des horloges solaires. Il a décrit plus de 240 étoiles, il a écrit des traités en trigonométrie avec certaines innovations. Il y a inclus, par exemple, le sinus, le cosinus et la flèche. Il a établi également les tables des sinus et apporté des solutions à certains problèmes astronomiques. Il est d'ailleurs le premier à avoir employé les fuseaux d’équivalence horaire[97]. De plus, al-Marrakchi a introduit d'importantes corrections géographiques et renouvelé le tracé de la carte du Maroc.

Il est l'auteur d'un très grand recueil sur l'astronomie sphérique et instruments astronomiques (cadrans solaires, astrolabes) intitulé al-mabadi 'wa'l-Ghayat. Al Marrakushī, sans doute originaire de Marrakech, réalise ses principales activités astronomiques au Caire. Al Marrakushī est mieux connu pour sa remarquable astronomie sphérique et instrumentation astronomique, écrite au Caire, intitulée Jāmi ' wa-'l-Ghâyat fî al-mabādi' ' ilm al-miqat (Collection des principes et objectifs de la science du chronométrage), qui est comme une encyclopédie complète de l'astronomie pratique. Ce travail est la source la plus importante pour l'histoire de l'instrumentation astronomique dans le monde arabo-musulman. En introduction à la première traduction du traité Jamiou al-Mabadi wa l’Gayiat fi `Ilm al-Miqat (collection des commencements et des fins), des spécialistes affirment que « ce traité est le plus complet qui ait été composé sur ce sujet par aucun astronome de la nation musulmane ». Al Murakushi aurait ainsi écrit le livre le plus important et complet de l'histoire de l'astronomie dans le monde. Cet ouvrage est divisé en quatre disciplines : la science du calcul, l’utilisation des appareils, l’utilisation des appareils et les études pour acquérir connaissance et puissance créative. C'est pour longtemps l'ouvrage de référence standard pour tous les empires du Machrek jusqu'à la période moderne.

Les œuvres écrites d'Al Marrakushi sont organisées logiquement, et il emploie un style relativement lettré, inhabituel pour un travail sur des sujets techniques. L'auteur est clairement un astronome très compétent et affiche également de temps en temps sa connaissance des disciplines connexes, comme la philosophie. L'arrivée d'Al Marrākushī au Caire coïncide avec la mise en place des premiers bureaux de muwaqqits (chronométreurs) dans les mosquées égyptiennes. Son travail peut donc être considéré comme répondant à une demande spécifique de la politique du pays, mais l'absence de toute référence à la profession de muwaqqit semble indiquer qu'Al Marrakushī était un chercheur indépendant, sans affiliation institutionnelle. Le motif qu'il donne pour l'écriture de son magnum opus est l'éducation insuffisante des artisans et praticiens égyptiens, et leurs compréhensibles échecs méthodologiques. Son introduction suggère que son public cible était les luthiers, à savoir les artisans et les praticiens de la science appliquée, qui ne sont pas des astronomes professionnels. Toutefois, cela est quelque peu contredit par le niveau technique de l'ouvrage, ce qui suppose certainement que le lecteur avait au moins les bases de l'arithmétique, la géométrie, la sphérique, l'algèbre, et la trigonométrie. Ainsi, le Jāmi 'al-mabādi' wa-'l-Ghâyat semble plus susceptible d'être un ouvrage de référence complet de niveau intermédiaire à avancé destiné à actifs et apprentis muwaqqits, et pour les spécialistes de chronométrage et de l'instrumentation qui ont été associés avec eux.

Parlant de lui certains historiens disent « il a ajouté par ses voyages, aux connaissances qu’il avait acquises, celles des plus savants hommes des seuls contrées où les sciences fussent alors cultivées avec succès ».

Al Marrakushi meurt au Caire après avoir amené au Machrek toute la science déjà connue au Maghreb, mais aussi sa propre science connue seulement de lui-même[98].

Abderrahmane Al Lajai (XIVe siècle)[modifier | modifier le code]

L'astronome et mathématicien Abderrahman Al Lajaï est le fils de Solaïman Al Lajai, juriste. Abderrahmane, dit "le savant", a vécu au XIVe siècle. Sous le surnom d'Abou Zayd, on retrouve la trace de Abderrahmane Al Lajai dans presque tous les livres d'histoire. Son nom est associé à la fameuse horloge à eau, et à Ibn Al Banna le mathématicien, son maître.

Fils d'un jurisconsulte de Fès, Abderrahmane convainc son père de lui faire suivre l'enseignement scientifique d'Ibn Al Banna à Marrakech. Ibn al-Banna (mort en 1323) a eu pour maître Al-Qadi Al-Murrakuchi (mort en 1282 ou 1283), qui a été formé par Ibn Mumin (mort en 1228), qui a laissé le livre Fiqh al-Hissab (la Science du calcul), dans lequel on trouve pour la première fois, dans l'histoire des sciences, le fameux triangle arithmétique attribué à tort à Blaise Pascal.

Le tout jeune Abderrahmane se passionne pour les mathématiques. À son retour de Marrakech, Abderrahmane Al Lijaï introduit les sciences, en particulier les mathématiques et l'astronomie, à Fès, à l'époque plus spécialisée dans les études religieuses et la médecine, alors que Marrakech rayonne déjà dans les sciences astronomique et mathématique.

Le moment important de sa vie est sa nomination au poste de Muwaqit (maître du temps) de Dar al-Muwaqqit, qui est une pièce du minaret de la mosquée Al Qaraouiyine à Fès, la chambre du muwaqqit, l'officier chargé de la régulation et de l'entretien des horloges, et tenu de communiquer les bons moments de prière au muezzin. L'objet le plus important du Dar al-Muwaqqit est l'horloge à eau d'Al-Lajai, construite sur l'ordre du sultan mérinide Abou Salim Ali II (1359-1361) par le muwaqqit Abderrahmane Al Lajai, qui a étudié les mathématiques avec Ibn al-Banna à la Médersa Attarine, ce qui lui permet d’être un bon ingénieur astronomique. L'horloge est mise en 1361, deux mois après la mort du sultan[99].

Abderrahmane occupe la chaire de mathématique de 1321 (et certainement à partir de 1323) à la Médersa Al Attarine. Ibn Haydour suit ses cours au début de cette décennie (des années 1330). Ses deux principaux disciples Ibn Qunfudh et Ibn Haydour, ont diffusé ses cours dans leurs ouvrages respectifs. Ces derniers déclarent rapporter seulement les paroles et l'enseignement de leur vénérable maître. D'ailleurs, c'est grâce a Abderrahmane Al Lijai que sont connues la vie et l'oeuvre du mathématicien et astronome de Marrakech, Ibn Al Banna. Abderrahmane Al Lajai est mort en 1371, laissant derrière lui beaucoup de disciples comblés par sa science.

Ibn al-Banna (XIIIe siècle-XIVe siècle)[modifier | modifier le code]

Ibn al-Banna est né à Marrakech en 1256 durant la fin de période almohade, mais vit ses heures de gloire pendant la période mérinide. À ce mathématicien et astronome de grande envergure, les mathématiques modernes doivent beaucoup. Il meurt en 1321 à Marrakech. Le nom d'Ibn al-Banna est principalement attaché à son remarquable algorithme d'extraction des racines carrées qui, avec l'usage systématique du système décimal positionnel (notre système actuel) devient incontournable pendant près de 7 siècles, est en effet enseigné dans les écoles jusqu'à aujourd'hui, avant d'être finalement détrôné uniquement par les calculatrices électroniques.

Fils d'architecte, il acquiert les compétences de base de son époque en mathématiques et en géométrie. Il le montre en rédigeant entre 51 et 74 traités, sur des sujets aussi variés que l'algèbre, l'astronomie, la linguistique et la logique. Il est formé à Fès, à l'Université Al Quaraouiyine et à Marrakech, avec comme professeur un élève du célèbre Ibn Mu'nim le très réputé mathématicien également de Marrakech. Il étudie la géométrie en général, et les Éléments d'Euclide en particulier, qu'il traduit en arabe. Il étudie aussi les nombres fractionnels et les impressionnantes contributions que les Musulmans avaient établies en mathématiques 400 ans auparavant. À l'Université Al Quaraouiyine de Fès, il étudie toutes les branches des mathématiques, dont l'arithmétique, l'algèbre, la géométrie et l'astronomie. Fès est alors une ville prospère avec un nouveau quartier à côté du palais royal joignant la grande Mosquée. Ibn Al Banna sait mériter l'estime des Sultans Mérinides qui l'invitent souvent à Fès, où beaucoup d'étudiants apprennent sous la direction d'Ibn al-Banna dans cette prospère communauté académique.

Ses écrits, 82 ouvrages, sont classés par les spécialistes, principalement sur les mathématiques, dont une introduction aux Éléments d'Euclide, un texte d'algèbre, et des travaux variés sur l'astronomie. Ses travaux en mathématiques sont globalement originaux. Deux "premières" sont à l'actif d'Ibn al-Banna : il semble être le premier à avoir considéré une fraction comme un rapport entre deux nombres et à avoir utilisé l'expression almanakh (en arabe al-manakh veut dire le climat) dans un travail contenant des données astronomiques et météorologiques. En matière de calcul, Ibn Al Banna contribue à l'explication de théories épineuses et de règles inextricables. Il entreprend des recherches exhaustives sur les fractions, et établit des règles pour l'addition des carrés et des cubes, de même que la règle de la double erreur pour la solution des équations du premier degré et des opérations arithmétiques. Il apporte aussi quelques modifications, sous forme de règle, à la méthode connue comme «la méthode de la simple erreur»[100].

Talkhis amal al-hisab (Sommaire des opérations arithmétiques) est sans doute le travail le plus fameux d'Al-Banna, et Raf Al-Hijab est son propre commentaire sur Talkhis amal al-hisab. Dans ce travail, Al-Banna introduit quelques notations mathématiques, ce qui incite certains auteurs à estimer que le symbolisme algébrique est en premier développé par lui. Le livre contient beaucoup d'idées mathématiques intéressantes dans le livre. Par exemple, il contient les fractions continues utilisées pour le calcul approximatif des racines carrées. Le plus intéressant repose sur les coefficients binomiaux. Al-Banna écrit par exemple : « La combinaison ternaire est donc obtenue par la multiplication du troisième terme du nombre donné qui suit ; et donc nous multiplions toujours la combinaison qui précède par la combinaison cherchée par le nombre qui précède le nombre donné, et dont la distance par rapport à lui est égale au nombre de combinaisons cherchées. Du produit nous prenons la partie qui nomme le nombre de combinaisons. »" Rashed indique que cela représente un petit pas des résultats du triangle appelé à tort de Pascal, alors qu'Ibn Al Banna semble en être le véritable précurseur, trois cents années plus tôt par Al-Karaji, puis encore une centaine d'années auparavant par Al-Samawal Al Maghribi. Cependant, Rashed écrit : « ... dans notre opinion, il y a quelque chose de plus fondamental que les résultats du [triangle de Pascal] ; c'est précisément l'apparence combinatoire de l'exposition d'Ibn Al-Banna, ensemble avec la relation qu'il établit partiellement entre les nombres polygonaux et les combinaisons. Cela concerne, en premier lieu, les nombres triangulaires et les combinaisons de p objets en deux, et ensuite les nombres polygonaux d'ordre 4 et les combinaisons de p objets en trois ».

Beaucoup de mathématiciens ont écrit des livres complets et des commentaires sur les travaux d'Ibn Al Banna, surtout au Machrek, où il semblerait qu'il soit assez connu des mathématiciens et astronomes. Selon l'Encyclopédie islamique, il a pris le pas sur les mathématiciens qui l'ont précédé, et les distances dans les connaissances mathématiques, en particulier en matière de fractions. Il est aussi celui qui a le plus employé les chiffres dans la forme en usage chez les Marocains. Les mathématiciens conviennent que le Kitab Talkhiss Aamal al-Hissab (Concis d'arithmétique) est le meilleur livre d'arithmétique. Et les Occidentaux ont continué à l'utiliser jusqu'à la fin de XVIe siècle. De nombreux savants arabes ont ajouté des explications, tandis qu'en Occident beaucoup y ont fait des emprunts. Suscitant l'intérêt des savants des XIXe et XXe siècles, 6 il a été traduit dans presque toutes les langues.

Un autre livre, Tanbih al-Abab, recouvre des sujets juridiques de la vie de tous les jours comme[101] :

  • Calculs du niveau dans un canal d'irrigation,
  • Énumération des prières retardées qui doivent être énoncées dans un ordre précis,
  • Explications mathématiques des lois islamiques sur l'héritage,
  • Explication des fraudes liées aux instruments de mesure,
  • Calculs des taxes légales à la suite d'un retard de paiements...

Abu Al Hassan Al Tlamsani (XIVe siècle)[modifier | modifier le code]

Abu Al Hassan al Tlamsani, muwaqit du sultan Abu Inan Faris, est d'abord un ingénieur astronomique.

Il est célèbre par une horloge à eau construite au XIVe siècle à côté de la Médersa Bou Inania à Fès. Cette horloge à eau alimentée par poids est inaugurée en 1357. Elle est précisément décrite par l'historien de Fès Ibn Jaznai. L'horloge elle-même a maintenant disparu, mais le dispositif de base pour annoncer les heures, qui fonctionne dans un boîtier d'environ 12 mètres de long, est toujours en place, au-dessus d'une rue de la médina. L'horloge se compose de 12 fenêtres et plates-formes, dont sept ont jusqu'à présent conservé leurs bols en laiton.

Selon cette description, chaque heure, l'horloge éjecte des boules de métal qui roulent à travers l'appareil et tombent par la petite porte appropriée à l'heure en question sur une série de gongs. Ainsi l'horloge sonne toutes les heures, et entre les heures on peut dire l'heure en vérifiant quelle porte est ouverte. Le mouvement de l'horloge est vraisemblablement maintenu par une sorte de petit chariot courant de gauche à droite derrière les douze portes. Le chariot est attaché à une extrémité à une corde avec un poids suspendu, et à l'autre extrémité à une corde avec un poids flottant sur la surface d'un réservoir d'eau drainé à un rythme régulier. Chaque heure, une des portes s'ouvre. En même temps, une boule de métal tombe dans l'un des douze bols en laiton. Les chevrons dépassant du bâtiment au-dessus des portes supportent un petit toit pour protéger les portes et les bols[102].

Abu Muqri et Al Marghiti Al Susi (XIVe siècle-XVIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Au XVIII siècle les lettrés abordaient volontiers des sujets sur l'astronomie et tout ce qui est relatif au temps, le calendrier islamique est le seul usage courant au Maghreb, les lettrés pouvaient énumérer des constellations ou la position de la lune et du soleil, et donner ainsi les dates, les saisons, ou les météo.

Le traité d'astronomie le plus utilisé jusqu'au XIX siècle c'est sans aucun doute celui de Abu Muqri. Cet astronome est originaire de Battiwa un village dans le Rif au nord du Maroc, et a vécu au XIV siècle durant le période Mérinides. Son travail en tant que Muwaqit (maître du temps) a été analysé par des historiens. Ses idées ont été exprimées en poème par un de ses disciples les plus fameux, un certain Al Marghiti au XVII siècle, et ont fait l'objet de plusieurs ouvrages et commentaires. Abu Muqri est devenu célèbre grâce au poème didactique sur le calendrier et la détermination des heures. C'est pourquoi à son propos ses successeurs parlent de " la science d'Abu Muqri ".

Son principal continuateur est Al Marghiti également originaire du Maroc, aussi connue comme auteur en alchimie, doté d'une vaste érudition Muhammad ibn Sà‘id al-Marghiti, il est né vers 1678. Cet adepte qui s’intéressa à toutes les discipline de son temps outre le grand nombre de recettes contenues dans sa fahrasa, il composa deux épîtres en alchimie. L’un est un poeme didactique de treize vers et son commentaire de plusieurs feuillets faite à la demande d’une connaissance du nom d Abu Muhammad Abdun ibn Sidi ‘Abd ar-Rahmân. L’autre est une Risala, un epitre en alchimie. Ce poème et son commentaire ainsi que la Risala etaient tenus en haute estime par les adeptes de l’alchimie Marocaine, la preuve en est le nombre important de copies qu’on rencontre au Maroc. AL Marghiti reste cependant surtout connu pour son livre en astronomie et détermination du temps intitulé Al-Muqni ou Le suffisant en traduction qui est un classique dans la majorité des ecoles Maghrebine, il est l'auteur d'un commentaire sur l'ouvrage d'Abu Muqri, qu'il résuma dans un poème de 99 vers, et le nom d'Al Jazuli connu pour son célèbre traité sur les astrolabes est cité. Il fera ensuite un commentaire sur le livre d'Al Jazuli, ce commentaire possède plusieurs façons de calculer différentes relations d'astronomie[103],[104].

  • Quel jour tombe le premier mois de l'année ?
  • Quelle(s) constellation(s) se lèvent avec le soleil ?
  • Le début des saisons.
  • Les moments favorables à l'agriculture.

Ibn Ghazi Al Miknassi (XVe siècle)[modifier | modifier le code]

Ibn Ghazi est un mathématicien, et un spécialiste dans le domaine de l'histoire, de la loi islamique, de la philosophie et des mathématiques. Né à Meknès en 1437, dans une tribu berbère, il passe sa vie à Fès, où il moeurt en 1513.

Ibn Ghazi a écrit une histoire en trois volumes de Meknès, et un commentaire sur le traité du célèbre mathématicien Ibn al-Banna, Munyat al-Hussab. Pour une explication de son travail, Ibn Ghazi rédige un autre traité (d'environ 300 pages), Bughyat al-tulab fi sharh munyat al-hussab (Le désir des étudiants pour une explication de l'envie de la calculatrice), comprenant des sections sur les méthodes arithmétiques et algébriques. Il est également l'auteur de Kulliyat, un bref travail sur les questions juridiques et les jugements dans le Madhab Maliki[105].

Des manuscrits ne contiennent aucune solution rhétorique (écrite en langue naturelle), mai uniquement des symboles, manière de présenter les solutions absolument originales. L’usage intensif des symboles algébriques pour résoudre des problèmes apparaît rarement dans les manuscrits retrouvés jusqu’à maintenant. Des spécialistes ont attiré l’attention des historiens des mathématiques sur « le problème de Sebta » entièrement résolu par Ibn Ghāzi à l’aide des symboles maghrébins. C’est l’un des rares exemples connus, et largement cités de l’utilisation dynamique des symboles, sous la forme d’une suite d’expressions ou d’équations algébriques s’enchaînant de manière à effectuer des calculs ou résoudre un problème sans aucun recours à des explications en langue naturelle[106].

Mohammed Al Rudani (XVIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Al Rudānī, également connu sous le nom Al-Maghribī, né vers 1627 dans la ville de Taroudant, au sud du Maroc, décédé en 1683 à Damas, est un astronome du XVIIe siècle qui a vécu dans les territoires du Machrek. Il est connu pour son travail sur les instruments astronomiques. Ce poète a également écrit sur les mathématiques, les hadiths (traditions du Prophète), l'interprétation du Coran et la grammaire.

On ne dispose d'aucune information sur l'éducation élémentaire de Al Rudānī ou sur ses antécédents familiaux. Il reçoit son éducation dans les madrasa (écoles) du Maghreb. Puis il voyage à l'est, visitant l'Egypte, Damas et Istanbul, recevant en cours de route l'éducation d'éminents savants. Finalement, Al Rudānī se déplace dans le Ḥijāz en Arabie, où il devient l'un des érudits les plus respectés de la région, dont il est nommé gouverneur. Suite à un conflit, il est exilé à Damas.

Cet astronome aurait vécu la majeure partie de sa vie en Arabie. Selon une histoire racontée à la Mecque, il construit un cadran solaire dans la cour du lieu saint de l'Islam ; l'inauguration de sa construction tombe le même jour où une comète traverse le ciel de La Mecque ; les deux événements sont associés comme un mauvais présage par les habitants dépourvus d’éducation de la Mecque ; une campagne visant à détruire le cadran solaire se met immédiatement en place dans la ville sainte, et un groupe d'habitant demande au gouverneur de La Mecque de le faire enlever, et d'expulser l'astronome marocain hors de la ville ; le gouverneur consulte le Cadi et tous deux décident de retirer l'ouvrage, au grand dam d'Al Rudani qui va jusqu'à plaider sa cause au cheikh al Islam, qui déclare que l'astronomie est une matière essentielle et que le cadran solaire est à la fois important et nécessaire ; le cadran solaire au grand soulagement de l'astronome Marocain reste en place, pourquelques années, avant d'être retiré.

Dans le domaine de l'astronomie, Al Rudānī écrit des ouvrages sur les instruments, le chronométrage et la qibla (direction de La Mecque). Il cherche des solutions pratiques et des moyens de simplifier les calculs. Avec ces objectifs à l'esprit, Al Rudānī invente une sphère, appelée al-jayb al-jāmi ' a, qui était un dispositif sphérique dans lequel une autre sphère (peinte en bleu) avec un axe différent était attachée à elle. Cette seconde sphère était divisée en deux parties dans lesquelles les signes zodiacaux avec leurs sections et régions sont dessinés. Le but de cet appareil est de faciliter le chronométrage. Le dispositif, facile à construire, est un instrument universel, capable d'être utilisé pour différentes longitudes et latitudes. Malheureusement, aucun échantillon de cet instrument ne subsiste. Al Rudānī a eu l’ingénieuse idée d'écrire un livre le décrivant, intitulé al-Nāfi ' a fī'amal al-jāmi'a, rédigé à Médine en 1662, contenant 45 parties et une conclusion.

Le travail le plus connu de Al Rudani dans le domaine de l' astronomie est Bahja al ṭullāb fî al 'amal bi-'l-en ṭurlāb, sur la fabrication et l'utilisation d'un astrolabe, dont il reste treize copies. Al Rudānī a également écrit trois autres travaux sur le même sujet, et d'autres travaux astronomiques, dont un sur les temps de prière et un autre sur le calendrier dans la rime[107].

Ibn Al Qadi (XVIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Shihāb al-dīn Abū l-‘Abbās, dit al-Qāḍī, est un historien, un jurisconsulte mais aussi un ingénieur et un grand mathématicien maghrébin. Il fait ses études auprès d'‘Abd al-Waḥid al-Sighil Māsī, le célèbre mufti du Maroc, et d'Ahmed Baba le célèbre savant de Tombouctou. Il est investi de la judicature de la ville de Salé. À l'âge de trente-quatre ans, il entreprend un voyage en Orient, mais son navire est assailli par les chrétiens, et Ibn al-Qāḍī passe onze mois en captivité, jusqu'à être libéré grâce au sultan Aḥmad al-Manṣūr, qui paie à ses ravisseurs l'équivalent de vingt mille onces d'or.

Ibn al-Qāḍī est connu surtout pour la variété de ses très nombreux écrits. Un certain nombre d'œuvres d'Ibn al-Qadi survivent à ce jour. Son premier travail de panégyrique est intitulé Al-Muntaqa al-maqsur 'ala ma'athir al-khilafat Abi al-Abbas al-Mansour, méditation sur les grandes qualités de caractère d'Ahmed al-Mansour qui, selon l'érudit, le démontre comme le Calife légitime de l'Islam. Il compose également deux collections de biographies de grande valeur documentaire. Il est l'auteur d'une histoire des grands hommes de la ville de Fès, Djadhwat al-Iqtibās fī man ḥalla min al-‘alām madīnat Fās, d'une histoire des arithméticiens et des spécialistes du calcul en droit successoral. En mathématiques, il est aussi l'auteur de Riche en arôme dans les couches du peuple de l'arithmétique et des statuts, et en ingénieurie Introduction à l'ingénieurie. Son œuvre majeure est son introduction à la géométrie, Al-Madḥal fī-al-Handasa'[108].

Ahmed El Inglizi (XVIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Ahmed El Inglizi est un renégat européen, converti à l'Islam, corsaire à Salé, puis architecte et ingénieur au service du Sultan du Maroc Mohammed III. Il est connu pour avoir fortifié la ville d'Essaouira, après l'échec d'un architecte européen, que le Sultan licencie et remplace par Ahmed El Inglizi. Son plus célèbre ouvrage est la Bab el-Marsa. À Rabat, il restaure les remparts, et l'ancienne mosquée de la Kasbah des Oudayas (du XIIe siècle), et y renforce les fortifications par l'édification de nouvelles installations, dont le borj Sirat et la Sqala ainsi que le borj Ed-Dâr assurant la défense de la côte[109].

Mohammed Al Battuti (XVIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Le prolifique Muhammad ibn Ahmad al-Battuti, et Hasan ibn Ahmad (supposé être son frère), sont les derniers représentants sérieux de la tradition distinguée de la fabrication d'astrolabe dans l'Occident islamique. Bien qu'al-Battuti semble à première vue avoir adhéré strictement aux traditions Marocaines de la fabrication de l'astrolabe, on peut supposer qu'il a puisé son inspiration vers l'Orient. Ses astrolabes sont nombreux à être encore aujourd'hui visibles dans les musées du monde.

Le trône triangulaire a un compas magnétique sur le devant. Sur le revers du trône se trouve l'inscription Arabe: «Louange à Dieu! Fait par Muhammad ibn Ahmad al-Battuti - Dieu est son ami et sauveur - en l'an 1151 de l'Hégire du Prophète. Un pivot vertical avec une sphère creuse supporte une grande bague de suspension, permettant à l'astrolabe de pivoter autour de son axe vertical lorsqu'il est suspendu. Dans le mater(?????), une table chronologique élaborée est gravée, avec des calendriers perpétuels pour les époques Julian et Hijra. La rete (?????) porte 25 étoiles. Sur les huit plaques, six sont gravées pour une gamme de latitudes entre la Mecque et le cercle polaire nord. Au dos de l'instrument se trouvent deux échelles d'altitude et huit bandes circulaires concentriques comprenant des échelles zodiacales et calendaires[110].

Notes et références[modifier | modifier le code]

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Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Maroc[modifier | modifier le code]

Monde arabo-musulman[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]