Aller au contenu

Pernod (alcool)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Pernod
Anis Pernod
Description de cette image, également commentée ci-après
Du Pernod dans un verre avec de l'eau et de la glace accompagné de sa bouteille.
Pays d'origine Drapeau de la France France
Région d'origine Provence
Ville d'origine Montfavet (Avignon)
Société Pernod Père et Fils (1918-1928)
Éts Pernod (1928-1975)
Pernod Ricard (depuis 1975)
Date de création 1918 par la S Pernod Père et Fils
Type Apéritif anisé
Principaux ingrédients anis étoilé, fenouil, plantes aromatiques, coriandre, menthe, réglisse
Degré d'alcool 40 %
Couleur Jaune
Site web Pernod

L'apéritif anisé Pernod est la plus ancienne marque d'anisés française, appartenant à la société Pernod du groupe Pernod Ricard[1]. Le produit, créé en 1918 à Avignon sous le nom « Anis Pernod » par la distillerie « Pernod Père et Fils », est élaboré par mélange d'huiles essentielles de plantes aromatiques[2],[3],[4],[5].

Il est composé principalement d'anéthol extrait de l'anis étoilé ainsi que de quatorze herbes aromatiques tel que la menthe, le coriandre et le fenouil, mais très peu de réglisse ce qui ne lui permet pas d'être classé comme un pastis[6].La boisson, d'un degrés en alcool de 40°, est obtenue par distillation aqueuse, avec de l'alcool neutre, de l'eau, du sucre et un ou plusieurs colorants[7].

L'origine provençale avignonnaise de la boisson s'est perdue au fil des fusions industrielles du XXe siècle et des choix commerciaux de la société Pernod dont la boisson se réclame aujourd'hui de Paris et héritière de « Pernod Fils » de Pontarlier[4],[8].

Création de l'« Anis Pernod » à Avignon

[modifier | modifier le code]
Publicité pour l'absinthe Jules Pernod d'avant 1907.

Pendant la Première Guerre mondiale, en mars 1915, l’absinthe est interdite par le gouvernement en raison des inquiétudes pour la santé des soldats[9],[10]. À Montfavet (Vaucluse), les établissements « Pernod Père et Fils » qui produisaient de l'absinthe doivent trouver une solution et contourner la loi. Jules-François Pernod puis son fils Jules-Félix Pernod développent alors une nouvelle absinthe anisée autorisée par la loi. En 1918, Jules-Félix commercialise l’« Anis Pernod », considéré comme le premier apéritif anisé industriel produit en France[2],[3],[4],[5],[11],[1]. Le nom de la boisson change ensuite pour « Pernod » puis « Un Pernod » en 1921, monopolisant ainsi le nom pour tous les anisés qui pourraient être créés ultérieurement[8].

Création des Établissements Pernod

[modifier | modifier le code]
Buvard publicitaire « Pernod Père et Fils » pour l'apéritif anisé, d'avant 1928.

L'actuelle boisson anisée commercialisée est en réalité le produit d'une histoire amalgamée d'homonymies au fil des fusions industrielles du XXe siècle de la société Pernod. Cette situation a conduit à une confusion entre la maison « Pernod Fils », fondée en 1805 à Pontarlier, et la maison « Pernod Père et Fils » de Montfavet, fondée en 1882 à Avignon et à l'origine de la boisson historique de l'« Anis Pernod » créée en 1918[4]. Les deux sociétés n’entretiennent aucun lien de parenté et se sont déjà opposées avant la Première Guerre mondiale par un contentieux judiciaire concernant l’usage du nom « Pernod » pour leurs absinthes[12].

Malgré le succès de leur boisson anisée, l’usine de Montfavet ferme en 1924[13] et la société avignonnaise « Pernod Père et Fils » est réorganisée sous la forme d’une société anonyme[14]. Pour « Pernod Fils », la situation est encore plus difficile : fragilisée par l’interdiction de l’absinthe en 1915, leur usine de Pontarlier ferme dès 1917. Ce n’est qu’avec sa fusion en 1926, avec la « Distillerie Hémard » en pleine expansion, que l’entreprise parvient à assurer sa survie[8].

En 1926, la nouvelle société « Hémard et Pernod Fils » de Montreuil dépose la marque d'un « Anis Pernod fils » pour rebondir: c'est le début d'une véritable guerre commerciale entre les deux boissons anisées portant le même nom. Jules-Félix Pernod d'Avignon s'y oppose et porte plainte estimant avoir l'antériorité du droit à l'usage du nom[5]. Le procès est gagné en 1928 par la famille Pernod d'Avignon dont la société anonyme fusionne finalement avec celle des Hémard et Pernod Fils[14]: c'est la naissance des « Établissements Pernod » et la nouvelle société transfère son siège et ses activités à Montreuil[5].

Avec le regroupement des deux sociétés puis la concentration de la production sur Paris, l’origine provençale avignonnaise de la boisson anisée « Pernod » fut progressivement éclipsée dans la communication officielle au profit de la filiation avec Paris et « Pernod Fils » comme l'atteste les étiquettes des bouteilles. Selon la communication actuelle de la marque sur sa page internet[15], le « Pernod » daterait de 1920 et serait lié à Paris, à la maison « Pernod Fils » fondée en 1805, alors qu'il n'en est rien historiquement[1].

Évolution des apéritifs anisés « Pernod »

[modifier | modifier le code]
Publicité dans un catalogue d'opérette pour le « Pernod 45 », 1950

En 1938, la société Pernod commercialise la liqueur anisée « Pernod 45 » à 45° d'alcool, dans un contexte d’assouplissement de la législation française sur les boissons anisées et de concurrence avec le pastis Ricard depuis 1932[8]. En effet, après l’interdiction de l’absinthe en 1915 puis les fortes restrictions imposées aux apéritifs anisés, la loi autorise de nouveau, à partir de 1938, la commercialisation de boissons titrant jusqu’à 45°. Toutefois, la production sera de courte durée: le régime de Vichy à l'été 1940 interdit la vente d'alcool de plus de 16° ce qui pousse Pernod à commercialiser le « PSA » (Pernod Sans Alcool)[8],[16].

Une bouteille de « Pernod » à 40° étiquetée « Pernod Fils », années 1970.

En 1949, la loi d'interdiction des alcools de plus de 16° est abrogée ce qui permet de reprendre la production des liqueurs anisées « Pernod » à 40° et « Pernod 45 », même si toute publicité dans la presse ou par affichage public reste interdite[8]. C'est en 1951 que cette interdiction prend fin, et pour le célébrer et concurrencer Ricard, la société Pernod commercialise un pastis étiqueté « Pernod 51 », en référence à l'année du lancement[8]. En 1954, ce « Pernod 51 » est rebaptisé «Pastis 51 » pour éviter la confusion avec le « Pernod 45 », puis aujourd'hui tout simplement « 51 »[8].

Depuis 2001[17], Pernod commercialise également un « Pernod Absinthe » aux extraits de plantes d'absinthe, « spiritueux anisé » inspiré d'une recette qui fit le succès de la maison « Pernod Fils » à la fin du XIXe siècle, profitant de la fin de l'interdiction de l'absinthe en France[18]. Cette liqueur sans sucre à 68° a un taux de thuyone inférieur à 10 mg/L, ce qui lui permet de répondre aux contraintes légales françaises en vigueur.

Consommation

[modifier | modifier le code]

Le « Pernod » se consomme traditionnellement dilué dans de l'eau fraîche avec des glaçons. Il peut aussi servir d'ingrédient dans différents cocktails, par exemple mélangé à de la vodka, de la limonade et du sirop de cassis, ou dilué avec du jus de canneberge, une boisson très répandue en Amérique du Nord. À l'international, « Pernod » est consommé en « long drink », mélangé à du bitter lemon, du cola ou des jus de fruits[8].

Il est traditionnellement surnommé le perniflard[19].

« Avec six perniflards dans le ventre, Sylvain la jambe de Bois se prenait pour Caruso »

 Auguste Le Breton

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. 1 2 3 « Pernod », sur www.pernod-ricard.com.
  2. 1 2 Stéphane Pulze, « C'est à Avignon que la société Pernod a créé le premier pastis de France en 1918 » (article de presse), sur ledauphine.com, (consulté le )
  3. 1 2 Jocelyne Ricard, « L'histoire du pastis au Château Pernod » (article de presse), sur laprovence.com, (consulté le )
  4. 1 2 3 4 Fabien Bonnieux, « Le pastis a été inventé à Avignon, oui môssieu ! » (article de presse), sur laprovence.com, (consulté le )
  5. 1 2 3 4 Christophe Coffinier, « Pernod, de la garance au pastis, une saga familiale », sur lamarseillaise.fr, (consulté le )
  6. Pernod Ricard, « Pernod », sur pernod-ricard.com (consulté le )
  7. mention sur l'étiquette dans les pays où elle est obligatoire
  8. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Jean Watin-Augouard, « Pernod un anis sous une belle étoile », Revue des marques, no 52, (lire en ligne)
  9. Sénat et Chambre des députés (adoptent) et Président de la République (promulgue), « Loi du 16 mars 1915 relative à l’interdiction de la fabrication, de la vente en gros et au détail, ainsi que de la circulation de l’absinthe et des liqueurs similaires - Légifrance » [archive du ], sur legifrance.gouv.fr, (consulté le )
  10. Elisabeth Dodinet, « L’absinthe, victime collatérale de la guerre de 1914‑1918 ? », Le Journal de Botanique, vol. 83, no 1, , p. 43–49 (DOI 10.3406/jobot.2018.2238, lire en ligne, consulté le )
  11. « Pastis né en Vaucluse », sur j'aime-le-vaucluse.com (consulté le )
  12. Marie-Claude Delahaye, Pernod. 200 ans d'entreprise, Auvers-sur-Oise, Musée de l'Absinthe, 2005.
  13. Visorando, « Parcours du centre historique - Patrimoine de Montfavet, quartier d'Avignon », sur visorando.com, (consulté le )
  14. 1 2 Desfossés, « ETABLISSEMENTS PERNOD (Maisons Pernod fils, Hémard et Pernod père et fils réunies) | Issuers | DFIH » (annuaire), sur dfih.fr, (consulté le )
  15. « Nous sommes des créateurs de convivialité », sur pernod-ricard.com (consulté le )
  16. François-Guillaume Lorrain, « Ces lois que Vichy nous a léguées » (article de presse), sur Le Point.fr (consulté le )
  17. « Pernod Absinthe », sur Byrrh (consulté le )
  18. Pernod Ricard, « Pernod Absinthe », sur pernod-ricard.com (consulté le )
  19. CNRTL, « Définition de PERNIFLARD », sur 7cnrtl.fr (consulté le )