Peinture animée

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

La peinture animée est un ensemble de techniques du cinéma d'animation qui reprend les caractéristiques et l'allure de la peinture en y ajoutant le mouvement. Les films de peinture animée peuvent être réalisés en utilisant du pastel, de la gouache, de la peinture à l'huile ou de l'acrylique. Les supports utilisés sont divers et vont du papier à la toile, en passant par le cellulo, le calque ou le verre. Ils sont souvent effectués avec moins d'images par seconde que le dessin animé classique.

Historique et définition[modifier | modifier le code]

Comme l'explique l'essayiste et programmateur français Xavier Kawa-Topor, «à la différence d’un tableau, la peinture animée ne peut se concevoir dans un temps arrêté. Elle n’existe que dans le mouvement, dans l’avant qu’elle efface et l’après qu’elle prépare. Elle est un perpétuel repentir. Cinématographique de par la temporalité dans laquelle elle s’inscrit, elle se distingue fondamentalement du cinéma en prises de vue directes, et peut-être même du dessin animé, par le système de « convention dévoilée » dans lequel elle s’inscrit. En effet, là où le « cinéma réel » crée l’illusion d’un enregistrement du temps par la succession à l’écran de 24 images par seconde, là où le dessin animé crée celle d’un mouvement opaque, la peinture animée, au contraire, dévoile ses procédés, signe le mouvement comme acte de création par le déplacement de la matière – gouache, pastel, acrylique… – par laquelle elle procède.[1]»

Cette technique trouve son origine dans les premiers films d’Émile Reynaud qui peignait des images sur des plaques de verre reliées entre elles par du tissu. Cela formait une succession de dessins réalisant une animation qu'il projetait grâce à son invention le « théâtre optique » amélioration du « praxinoscope à projection » qu'il avait aussi inventé, sur un écran au musée Grévin.

Il s'agissait des tout premiers dessins animés avant même l'invention du cinéma désigné comme tel (sur pellicule) par les frères Lumière, on parle parfois de "pré-cinéma".

Des premiers films d’Émile Reynaud (appelés par lui « pantomimes lumineuses ») les seuls qui aient été sauvés de la destruction sont "Pauvre Pierrot" (1891) et "autour d'une cabine" (1893).

"Autour d'une cabine", film d'Emile Reynaud de 1893

Les différentes techniques[modifier | modifier le code]

Plusieurs techniques sont possibles en plus des différents matériaux cités plus haut. Ainsi, les animateurs peuvent travailler directement sur le support, comme ont pu le faire des réalisateurs comme le polonais Witold Giersz (en) (Koń, Pożar), et donc peindre directement des images qui créent une animation lorsqu'on les visionne les unes à la suite des autres à une cadence définie (le nombre d'images par seconde) comme pour un film d'animation traditionnel.

La peinture sur verre[modifier | modifier le code]

La réalisatrice canadienne Caroline Leaf voit son court métrage La rue (1976)[2], adaptation d'une nouvelle de l'écrivain montréalais Mordecai Richler, être mis en nomination pour un Oscar. Devenu depuis un classique du cinéma d'animation, ce film se distingue par l'audace et la virtuosité des transitions dessinées par la cinéaste[3].

Le réalisateur russe Alexandre Petrov travaille à la peinture sur verre. Il est l'auteur de chef-d'œuvre du genre comme L'homme ridicule (1992), La sirène (1997), Le vieil homme et la mer (1999).

Cette technique est également utilisée par la française Florence Miailhe sur certains de ses films comme Au premier dimanche d'août (2000) ou Conte de quartier (2006), et par cinéaste d'origine iranienne Masoud Raouf dans son court métrage Bleu comme un coup de feu (2003)[4].

La rotoscopie[modifier | modifier le code]

D'autres travaillent sur le principe de la rotoscopie. Il s'agit alors de traiter avec la matière (peinture, pastel, etc.) un support sur lequel tout ou partie des images qui créeront l'animation sont déjà présente. Par exemple, Gianluigi Toccafondo dans ses films travaille des images imprimées, photocopiées et déformées, qu'il "repasse" à la peinture en vue de créer une nouvelle image. L'assemblage de toutes ces peintures crée de nouveau une animation.

Des réalisateurs comme Wendy Tilby and Amanda Forbis (en) (ONF) qui a réalisée When the Day Breaks (en) travaillent de la même manière sans toutefois nécessairement faire des déformations d'images.

La rotoscopie, comme le dit Claude Cloutier dans un entretien sur son film La tranchée[5], permet de ne pas forcément se soucier du dessin d'animation (car le support peut par exemple être une image qui a été filmée) et donc de laisser une certaine liberté au niveau de l'image et de son expressivité.

Reconnu en tant que maître de la peinture animé[6], le cinéaste suisse George Schwizgebel a utilisé la rotoscopie pour certains de ses courts métrages.

En 2017, le long métrage La Passion Van Gogh de Dorota Kobiela et Hugh Welchman est réalisé en copiant et en modifiant les plus célèbres tableaux de Vincent Van Gogh qui prennent place dans une intrigue impliquant Armand Roulin, dont Van Gogh avait peint le portrait. Techniquement, le film fait usage de rotoscopie, les acteurs étant filmés en prises de vues réelles, et chaque image est ensuite peinte individuellement.

La peinture sur pellicule[modifier | modifier le code]

Une autre technique consiste à peindre directement sur la pellicule.

Parmi les auteurs ayant utilisé cette technique on peut citer le Néo-Zélandais Len Lye et les Canadiens Norman McLaren et Steven Woloshen (en).

Le premier film de Len Lye créé avec cette technique est A Colour Box en 1935.

Artistes et réalisateurs contemporains[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphanie Varela, La peinture animée, Essai sur Emile Reynaud (1844 - 1918), Entre peinture et cinéma, éditions de L’Harmattan, collection "Champs visuels", décembre 2010.
  • Xavier Kawa-Topor, "Le Rêve étrange de la peinture animée", catalogue du Festival international du film de La Rochelle, 2013.
  • Jean-Pierre Pagliano, Entretien avec Caroline Leaf, Positif n°508, juin 2003.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Cinéma d'animation : La peinture animée | Festival International du Film de la Rochelle », sur archives.festival-larochelle.org (consulté le 21 mars 2018)
  2. Nicole Gingras, « Caroline Leaf: retours sur un cinéma ludique », 24 images no 43,‎ , p. 38-39 (ISSN 0707-9389, lire en ligne)
  3. Jean, Marcel, 1963-, Dictionnaire des films québécois (ISBN 9782924283677, OCLC 898455043, lire en ligne)
  4. André Lavoie, « Cinéma d'animation - La beauté du trait », Le Devoir,‎ (ISSN 0319-0722, lire en ligne)
  5. l'entretien de Claude Cloutier sur le site de l'ONFB
  6. Cotte, Olivier. et Mallinson, Sarah., Georges Schwizgebel : des peintures animées = die laufenden Farbbilder = animated paintings, Heuwinkel, (ISBN 3906410188, OCLC 84709547, lire en ligne)
  7. Biographie de Martine Chartrand et extrait du film Âme noire/Black Soul (2001)