Peau humaine

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Peau humaine
Description de cette image, également commentée ci-après
Anatomie de la peau humaine.
Données
Nom latin cutis (TA +/-)
MeSH A17.815

La peau humaine constitue l’organe le plus étendu et le plus lourd du corps de l'homme[1] au regard de sa surface et de sa masse : chez l'adulte, environ 2 m2 pour 3 kg chez la femme et 5 kg chez l'homme (soit 7 % de son poids total)[2]. Sa surface d'échange est cependant bien plus petite que l'intestin (300 à 400 m2, environ deux terrains de tennis) et le poumon (80 m2)[3].

Couches de la peau humaine[modifier | modifier le code]

Par convention, une peau est dite épaisse ou fine suivant l’épaisseur de son épiderme : l'épiderme le plus épais (1,5 mm) est au niveau des paumes et des plantes, le plus fin (0,05 mm) au niveau des paupières[4].

Elle est composée de plusieurs couches de tissu : l’épiderme (couche superficielle), la jonction dermo-épidermique, le derme (couche intermédiaire) et l'hypoderme (couche profonde).

Composition chimique de la peau humaine[modifier | modifier le code]

Vue rapprochée de la structure de la peau humaine
  • 70 % d'eau (sa répartition est variable, l'hypoderme étant le plus hydraté),
  • 27 % de protides (carbone, hydrogène, oxygène et azote, ainsi que des acides aminés, des protéines, des hormones et des enzymes),
  • 2 % de lipides (carbone, hydrogène, oxygène ainsi que des phospholipides, des acides gras, des triglycérides…),
  • 0,5% de sels minéraux (sodium, magnésium, potassium, fer, cuivre, zinc, souffre, phosphore, iode, manganèse…).

Fonctions[modifier | modifier le code]

Les principales fonctions de la peau sont : barrière de protection contre les agressions extérieures (chaleur, soleil, eau, infections, etc.), thermorégulation, excrétion (glandes sudoripares), rôle sensoriel (nerfs sensitifs, thermorécepteurs, etc.), synthèse de la vitamine D.

La fonction de protection est assurée principalement par le film hydrolipidique et la couche cornée.

Le rôle sensoriel est important au regard de la surface de contact avec l'environnement. La peau contient cinq types de récepteurs : mécanorécepteurs sensibles au toucher et à la pression), nocicepteurs sensibles à la douleur, thermorécepteurs sensibles au froid ou au chaud. La peau possède en moyenne 50 capteurs/cm2, la langue 200 capteurs/cm2, la main 200 à 300 capteurs/cm2. La densité maximum est au niveau du bout des doigts qui ont 2 000 récepteurs tactiles par cm2, ce qui leur permet de détecter des reliefs de 75 nanomètres d'épaisseur[5].

Côté social, elle est une caractéristique physique propre à chaque être humain et une relation entre le système immunitaire de la peau et le psychisme est établi. En médecine, la spécialité traitant de la peau et de ses affections est la dermatologie.

Vulnérabilité de la peau à la pollution[modifier | modifier le code]

Les travaux du dermatologue Jean Krutmann ont récemment confirmé que la peau est affectée par de nombreux polluants de l'air, dont liés aux gaz d'échappement tels que le dioxyde d'azote ou les particules en suspension, au détriment de la santé humaine : les patients les plus exposées aux polluants de l'air courants sont aussi ceux qui présentent les taux plus élevés d'inflammation cutanée chronique et le plus de taches de vieillesse[6]. Les cultures de peau exposées à de l'air pollué voient le nombre de cellules anormales ou mourantes augmenter, de même pour les dégâts à l'ADN[6].

La peau, tant qu'elle n'est pas percée ou abrasée est une barrière efficace contre la plupart des microbes, mais elle est vulnérable aux polluant lipophiles et liposolubles (qui peuvent passer dans les membranes lipidiques entre les cellules). La peau est également perméable à l’humidité qui peut transporter des polluants hydrosolubles[6]. Des onguents, pommades ou timbres (patchs) adhésifs de médicaments ou de nicotine, ou certaines huiles essentielles la pénètrent facilement[6].

Son vieillissement est accéléré par les UV, directement et indirectement via le stress oxydatif induit par les radicaux libres qu'ils contribuent à former sur la peau, sources de carcinome épidermoïde[6]. Plus récemment, les recherches se sont considérablement élargies pour révéler les dommages graves que peuvent causer à la peau les polluants atmosphériques, les pesticides ou des produits chimiques présents dans les produits de beauté, de soins ou d'entretien susceptible d'induire des démangeaisons, de l'asthme, le cancer du sein, des perturbations endocriniennes, etc.[6].

Le cocktail des polluants aéroportés contient couramment des phtalates que l'on savait problématiques lorsqu'ils sont ingérés.
Charles Weschler (Université Rutgers, New Jersey) a montré qu'on en absorbait bien plus par la peau que via la respiration pulmonaire[7].
Laura Vandenberg (Université du Massachusetts d'Amherst) a testé le passage percutané du bisphénol A à partir de papier thermique d'impression[8], concluant que des acteurs tels que des régulateurs tels que l’Autorité européenne de sécurité des aliments, ont sous-estimé notre degré de contamination de l'organisme humain par ce type de produits[6].

De nombreux pesticides sont également toxique en passage percutané ; ainsi le chlorpyrifos fréquemment utilisé dans les rizières au Ghana passe des vêtements des travailleurs à leur sang, via la peau en quantités supérieures à celles connues pour avoir un effet sur la santé (confusion et détresse intestinale dans ce cas[9]). Les pesticides en contact avec la peau déclenchent souvent une dermatite de contact, l’acné voir des mélanomes[6].

Bien évaluer le niveaux d’exposition de la peau aux polluants tout au long de la vie reste difficile, notamment car dans un même emplois, des comportements différents peuvent moduler le niveau d'exposition percutanée à des polluants au travail ou à la maison. De plus des prédispositions génétiques existent probablement[6].

Dermatoglyphe[modifier | modifier le code]

Dermatoglyphes du doigt montrant les crêtes et plis papillaires.
Article détaillé : Dermatoglyphe.

Les dermatoglyphes sont les figures de la face palmaire des mains, de la plante des pieds, des doigts (empreintes digitales) et des orteils humains, dessinées par les plis et les crêtes épidermiques. Présents dès la naissance, ils ne changent jamais de forme et sont propres à chaque individu.

Les crêtes augmentent la capacité de friction des surfaces des mains et des pieds et, par conséquent, raffermissent la prise. En effet chez les mammifères, les pelotes palmaires et plantaires, surtout marquées chez les formes marcheuses, s'aplatissent avec l'arboricolisme et le développement des fonctions de préhension et de tact. Chez les Hominoïdes, la surface de la main est devenue presque plane et les formations dermatoglyphiques n'indiquent parfois même plus l'emplacement primitif des pelotes[10].

Elles semblent aussi jouer un rôle dans la sensibilité, partout où la peau est en situation de frottement ou de pression. Par exemple, le coussinet externe des phalanges des chimpanzés et des gorilles en est garni, alors qu'il n'a pas de fonction dans la préhension[11].

Modifications avec l'âge[modifier | modifier le code]

Peau fripée de la plante des pieds.
Article détaillé : Ride.

Vieillissement[modifier | modifier le code]

Au cours de la vie, les propriétés physiques des couches de la peau et son aspect se modifient.

L'épiderme s'amincit et devient plus fragile. Sous l'effet de la disparition progressive du collagène et de l'élastine, le derme se relâche et se parcheminé et se plisse, formant les premières rides qui apparaissent vers 30 ans[12].

Moaïcisme génétique[modifier | modifier le code]

Malgré le travail du gène TP53 (aussi dénommé «gardien du génome») qui répare la plupart des dommages causés à l’ADN, plus le corps humain vieillit, plus il se présente en réalité comme une mosaïque complexe de « grappes de cellules » dont les génomes diffèrent légèrement[13].

Ceci est du aux mutations génétiques issues d'erreurs de duplication de l'ADN, ou accumulée, suite notamment à l'exposition aux UV solaires, à des polluants, aliments et produits cancérigènes (fumées...) qui induisent dans certaines cellules des mutations, ensuite transmissibles aux cellules filles[13].

Une étude récente (2019) basée sur 29 types de tissus humains différents a montré que la mosaïcité génétique des organes est plus élevée pour ceux dont les cellules doivent se reproduire fréquemment. Et la peau compte parmi les organes les plus concernés[13],[14].

La peau humaine et l'eau[modifier | modifier le code]

Le sébum protège la peau de la déshydratation et de brefs séjours dans l'eau.

Lorsque l'homme reste de manière prolongée dans l'eau, sa peau devient fripée. La longue immersion a pour effet de faire disparaître le film hydrolipidique protecteur, ce qui fait pénétrer l'eau dans l'épiderme qui s'imbibe et gonfle alors que le derme, plus dense, absorbe moins de liquide. C'est cette différence de perméabilité qui entraîne le plissement de l'épiderme, ce phénomène étant particulièrement visible sur le bout des doigts ou la voûte plantaire qui ont un épiderme plus épais.
La peau fripée aurait également un rôle évolutif. À l'instar des sillons des pneus qui aident à évacuer l'eau, les doigts ridés auraient permis aux ancêtres préhistoriques de récolter de la nourriture dans des cours d'eau ou des végétaux humides. Le plissement de la plante de leurs pieds aurait favorisé une marche plus stable sous la pluie[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Keith Lean Moore, Arthur F. Dalley, Anatomie médicale, De Boeck Supérieur, , p. 12.
  2. si M est la masse corporelle en kg et L la taille du sujet en m, on peut estimer la surface S par
    S = (71,84×M0,425×(100×L)0,725)/104 [1] ;
    certaines sources mentionnent une masse de 2 à 4 kg [2] [3], l'épaisseur varie de 1 à 3 mm.
  3. Louis Berthelot, Jacqueline Warnet, Les secrets de l'intestin, filtre de notre corps, Albin Michel, , p. 41.
  4. Alexandre Mélissopoulos, Christine Levacher, La peau, Lavoisier, , p. 3.
  5. (en) Gardner EP, Martin JH, Jessell TM. The bodily senses. In: Kandel ER, Schwartz JH, Jessell TM, editors. Principles of Neural Sciences, 4e  éd., McGraw-Hill; 2000, p. 430–450.
  6. a b c d e f g h et i Svoboda E(2018) When skin’s defence against pollution fails ; Pollutants in the environment cause more harm than once thought, with effects that can range from irritating to deadly. ; Nature Outlook, publié le 21 novembre, consulté le 1er janvier 2019
  7. Weschler C.J et al. (2015) Transdermal uptake of diethyl phthalate and di (n-butyl) phthalate directly from air: experimental verification Environ. Health Perspect. 123, 928–934.
  8. Bernier, M.R & Vandenberg L.N (2017) Handling of thermal paper: Implications for dermal exposure to bisphenol A and its alternatives. PloS one, 12(6), e0178449.
  9. Atabila, A. et al. Health risk assessment of dermal exposure to chlorpyrifos among applicators on rice farms in Ghana Chemosphere 203, 83–89 (2018)
  10. Edouard Bourdelle, Mammalia, Muséum national d'histoire naturelle, , p. 99.
  11. (en) William Montagna, « The Skin of Nonhuman Primates », American Zoologist, vol. 12, no 1,‎ , p. 109-124 (lire en ligne).
  12. Christophe de Jaeger, Vieillir, Le Cavalier Bleu, , p. 37.
  13. a b et c Ledford H (2019) The human body is a mosaic of different genomes ; Survey finds that ‘normal’ human tissues are riddled with mutations. NEWS 06 juin 2019
  14. Martincorena, I., Roshan, A., Gerstung, M., Ellis, P., Van Loo, P., McLaren, S., ... & Stebbings, L. (2015). High burden and pervasive positive selection of somatic mutations in normal human skin. Science, 348(6237), 880-886.
  15. (en) Changizi M, Weber R, Kotecha R, Palazzo J., « Are wet-induced wrinkled fingers primate rain treads », Brain, Behavior and Evolution, vol. 77,‎ , p. 286–290 (DOI 10.1159/000328223).

Source[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]