Pays d'Ouche

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Pays d'Ouche
Image illustrative de l'article Pays d'Ouche
Carte du Pays d’Ouche, 1716

Pays France
Région française Normandie
Département français Orne, Eure
Villes principales L'Aigle, Breteuil-sur-Iton, Conches et Rugles
Régions naturelles
voisines
Pays d'Auge, Perche, Lieuvin et Campagne du Neubourg

Le pays d'Ouche est un pays normand qui comprend le nord-est du département de l'Orne et le sud-ouest de celui de l'Eure. Centrée sur la vallée de la Risle en amont de Beaumont-le-Roger, cette région naturelle est délimitée par la Charentonne au nord et par l'Iton à l'est. Elle confine au pays d'Auge, à la campagne de Falaise et à la campagne d'Alençon à l'ouest, au Perche et au Thymerais au sud, à la campagne de Saint-André à l'est, au Lieuvin et à la campagne du Neubourg au nord. La ville la plus peuplée du pays d'Ouche est L'Aigle.

Paysages et activités[modifier | modifier le code]

Le pays d'Ouche est une région agricole aux paysages de bocage assez sévères, relativement pauvre (sol d'argile à silex, produit de la décalcification du substrat crayeux, recouvert de limons des plateaux d'origine éolienne (lœss), d'épaisseur variable, des affleurements de grès ferrugineux mélangé de silex (appelé « grison » ), qui comprend également de grandes forêts (forêt de Breteuil, forêt de Conches, forêt de Beaumont). Ces forêts sont caractérisées par la fréquence du chêne, la rareté du hêtre, surtout dans la partie sud, en raison notamment d'une pluviométrie insuffisante. Par contre, le sapin pectiné (appelé localement sap, cf. Le Sap-Mèle, Le Sap-André, la Sapaie, la Sapaie à Grandchain et à Gisay-la-Coudre) y serait présent depuis le dernier âge glaciaire d'après les botanistes[1]. Il s'agit d'un isolat à l'ouest de l'Europe d'une espèce qui pousse normalement dans des zones montagneuses du sud, du sud est et du centre est de l'Europe. C'est pourquoi on le désigne sous le nom de sapin de Normandie ou de sapin de l'Aigle. C'est aussi la seule espèce de sapin endémique d'un territoire situé à l'ouest de la France.

Le pays d’Ouche a une solide tradition d’élevage bovin, mais de nombreuses exploitations se sont reconverties dans la production de céréales. C'est aussi une région industrielle (tréfileries à Rugles).

Urbanisation[modifier | modifier le code]

Les villes sont l'Aigle, Breteuil-sur-Iton, Conches et Rugles.

Parmi les principaux bourgs, on peut citer La Barre-en-Ouche, La Neuve-Lyre, La Vieille-Lyre, La Ferrière-sur-Risle, Montreuil-L'Argillé, et Broglie.

C'est une région peu urbanisée dans son ensemble.

Limites du pays d'Ouche[modifier | modifier le code]

Sont inclus dans le pays d'Ouche :

Toponymie[modifier | modifier le code]

Le pays d'Ouche est qualifié d'Uticus Pagus en latin médiéval. La plus ancienne mention est Uticus, terme utilisé pour désigner l'abbaye de Saint-Évroult dans un diplôme de Charles le Simple en l'an 900 : monasterio qui vocatur Uticus[2], Utica en 1048, Occa en 1088. On trouve également mention d’Otth-a sans doute pour *Otthica dans un rôle (Rôle des biens tombés en la main du Roi en la baillie de Lisieux après la conquête de la Normandie par Philippe Auguste au XIIIe siècle)[3].

Ouche est issu plus précisément du féminin Utica, de sens obscur, sans rapport avec le terme roman ouche issu du bas latin olca d'origine gauloise que l'on retrouve sous cette forme en provençal olca.

Utica dérive de la racine ot- / ut-, thème prélatin (d'origine gauloise [?]), suivi du suffixe gaulois *-ika. Ce suffixe semble permettre la substantivation[4], ce qui se vérifie ici. On compare avec *Aremorika, Armorique et *Pertika, Perche.

La racine ot- se retrouve au masculin dans le nom de l'ancienne paroisse d'O, rattachée à Mortrée (Orne, Oht, Hot 1050, Oth 1100) et au féminin dans le nom de la forêt d'Othe (Yonne, Otta XIIe siècle) et pourrait avoir une signification en rapport avec la forêt. Si le thème est préceltique, il peut avoir été adapté en gaulois, comme le montre la suffixation en -ica, la Normandie étant exempte d'éléments préceltiques identifiés avec certitude[2].

Il est tentant de mettre en parallèle une *silva Utica à la silva Pertica (Perche) située au sud-est, sans que l'on connaisse exactement la nature de cette opposition.

Histoire[modifier | modifier le code]

La contrée est habitée au moins depuis le Néolithique, comme en témoignent de nombreux mégalithes (menhirs et dolmens), dont certains sont classés à l'Inventaire des monuments historiques.

La Longue Pierre
Dolmen d'Ambenay, dit « de Rugles » (classé M.H.)
Menhir de Landepereuse (= « lande pierreuse » en dialecte), dit « la longue pierre » (classé M.H.)
Menhir de Montreuil-l'Argillé
Menhir de Neaufles-Auvergny, dit « la pierre de Gargantua » (classé M.H.)
Menhir de Thevray
Dolmen de Verneusses, dit « la grosse pierre » (classé M.H.)[5]

À l'âge de la Tène celtique commence à se développer la métallurgie qui va perdurer jusque l'époque moderne, comme le montrent des noms de lieux celtiques ou gallo-romains dérivés sur l'élément isarnon, fer, cf. breton houarn[6](comme Cernay de *(I)sarnāko avec un suffixe -āko de localisation ou Cernières de *Sarnerias avec un suffixe latin). Le territoire d' Utica où le fer affleure et où le bois de chauffe pour les fours se trouve à profusion, favorise cette industrie. Le cours sud de la Risle marquait-il comme au nord, la limite du territoire des Lexovii (ou Lixovii), peuple celtique dont la civitas d'époque gallo-romaine Noviomagos deviendra Lisieux? On peut penser que la Charentonne, affluent de la Risle constituait cette limite au sud, mais sans certitude, laissant l'ouest, c'est-à-dire la majeure partie du pays d'Ouche aux Aulerci Eburovici. Toujours est-il qu'Utica se trouvait à cheval sur le territoire de deux peuples qui, avec les Unelli du Cotentin, participèrent au soulèvement contre Rome et ses partisans gaulois en 52 av. J.-C.

Le pays d'Ouche resta sans doute une marche boisée, entre le territoire des Lexoviens et des Eburovices. La toponymie celtique et gallo-romaine est assez pauvre dans ce « pays », tout autant que celle d'époque mérovingienne et carolingienne. Cela laisse penser que l'occupation humaine a dû rester très faible sur ces périodes. Malgré tout, on note quelques traces linguistiques de petits établissements germaniques. Par exemple, aux Bottereaux, les restes d'une motte féodale du Haut Moyen Âge à l'emplacement de l'actuel Manoir de Rebais, qui doit probablement son nom au germanique *rausbakiz « le ruisseau au roseau » que l'on trouve fréquemment dans le nord de la France et dans l'Europe germanique (ainsi Rebets, Seine-Maritime, Rosbacium 854 ; Rebais, Seine-et-Marne, Resbacis 635 ou encore Rebecq, Belgique, Rosbacem 877, etc.), non loin de là, le village de Neaufles (Nealfle 1214) suggère la présence possible d'un lieu de culte païen (les Francs et les Saxons étaient restés attachés à leurs religions d'origine, lorsqu'ils s'installèrent en Gaule), en effet, ce type de noms (cf. aussi Neaufle, Neauphles, Neauphe, Niafles) se rencontre exclusivement au nord de la France, composé du germanique *neuja « neuf » (cf. moyen néerlandais nieuwe, vieux saxon niuwi) et alach « maison, temple » (cf. gotique ahls, temple; vieux haut allemand alah, moyen haut allemand ala) et que l'on retrouve dans Bouafles (Eure, Bodalca 750)[1]. On rencontre aussi des anthroponymes germaniques de type rare, de telle sorte qu'on peut les attribuer à des colons et non pas à un phénomène de mode comme les Bernard ou Gérard, etc. en vogue au Haut Moyen Âge et aussi devenus noms de baptême. Il s'agit par exemple d'un *Rotbradus dans Rubremont, Sigebertus dans Sébécourt, qui se perpétue dans le nom de famille Sébert (uniquement normand et picard), ou encore d' Anseredus dans Bois-Anzeray (Boscus Anseredi 1206) resté dans le nom de famille Anzeray[1], fort rare et uniquement attesté dans l'actuelle Haute-Normandie au Moyen Âge[7] (autre exemple en toponymie dans Angerville-Bailleul ; Seine-Maritime, Anseredivilla fin XIIe siècle, Anserville jusqu'au XVIIe siècle)[8]. Cependant, les nouveaux venus vont probablement être trop peu nombreux pour assimiler les indigènes gallo-romains, ils vont au contraire adopter le bas latin, même un peu influencé par leurs propres idiomes. Ils vont marquer la culture locale, donnant naissance à une civilisation gallo-franque. Des toponymes gallo-romans (pour partie restés gaulois) témoignent de la permanence du peuplement antique, tels Ambenay, Cernay, Thevray, Chambray, même si leur petite quantité, tout comme celle des toponymes germaniques, plaide plutôt en faveur d'une région faiblement habitée à l'origine.

Plus tard, le moine Orderic Vital, dans son Histoire de la Normandie évoque une certaine dépopulation pendant l'Âge des Vikings : "À cette époque, ravagé par les Danois, le territoire d'Ouche[9] ne fut plus cultivé que par un petit nombre d'habitants". Ainsi, des parcelles auraient tout de même été mises en culture depuis une certaine antiquité, avant d'être plus ou moins abandonnées.

Cependant, au Xe siècle, la région ne connait pas d'implantation massive des colons anglo-scandinaves comme c'est les cas dans le Roumois, la Campagne du Neubourg et le nord de l'Évrecin. Quelques seigneurs, dont le nom est un indice de l'origine nordique marquent la contrée, tel ce Heugon (également Helgon, ce terme signifiant "saint" en suédois moderne, mais ici réfection de Helgi. Cf. Heugueville) au XIe siècle, qui va épouser une fille d'Ernaud Giroie, seigneur d'Échauffour et de Montreuil-l'Argillé et qui va hériter du titre par décision ducale. Ce seigneur laisse son nom à Saint-Martin-le-Heugon, aujourd'hui Heugon. À peine note-t-on quelques toponymes marginaux caractéristiques de cette époque: Corneville-la-Fouquetière, composé avec le nom de personne norrois Korni [homonyme de Corneville-sur-Risle (Roumois), même élément dans Cornemare (pays de Caux)]; Le Chamblac c'est-à-dire "le Champ de Blakkr", nom de personne norrois; l'Ételon (Beaumesnil) du vieil anglais steġili (en pente) et norrois lundr (bois) devenu souvent -lon, -ron, -non en fin de mot, la forme complète étant londe, terme utilisé dans le dialecte normand jusqu'au XVe siècle; Quincarnon homonyme d'Ecaquelon dans le Roumois et signifiant « bois des voleurs ». On le voit, encore des références à l'aspect boisé des lieux.

Ensuite, avec le développement de l'économie au XIe siècle et son corollaire, l'augmentation de la population, on constate des défrichements importants à partir de cette époque. Là-encore, la toponymie médiévale nous renseigne sur les conquêtes d'espace à cultiver. Les bois et bosquets laissés par ces essartages sont nombreux comme en témoignent : Bosc-Renoult-en-Ouche; Bois-Anzeray; Le Bocage; etc.

De la même manière, l'action des monastères dans le défrichage est attestée par les nombreux lieux de Saints : Saint-Aubin-le-Vertueux, Saint-Aubin-sur-Risle; Saint-Aubin-des-Hayes; La Haye-Saint-Sylvestre; etc. Haye (moderne haie) signifiant « lisière de forêt » à l'origine. En effet, quatre monastères bénédictins partageaient leur influence sur le pays d'Ouche où ils possédaient des forêts, des domaines ruraux, des moulins et des bourgs: l'abbaye de Saint-Evroult, l'abbaye Saint-Pierre et Saint-Paul de Conches et l'abbaye de Lyre.

Plus tard, le développement de la propriété privée, engendrée en partie par la disparition du servage en Normandie, multiplie les lieux en -erie, -ière, basés sur un nom de personne.

L'exploitation du fer[modifier | modifier le code]

La qualité du fer est sans doute pour beaucoup dans le développement industriel du pays d'Ouche dès la fin du Moyen Âge. Les fonderies connaissent un essor important au XVe siècle et cela jusqu'au XVIIe siècle. Les cours d'eau comme la Charentonne ou la Risle permettent l'installation de moulins à eau dont les roues à aube actionnent la machinerie qui sert à activer les soufflets, les marteaux et les rouleaux des forges. La ville de Rugles est la seule qui maintiendra une activité de ce type jusque dans les années 1960 : la fabrication d'épingles, la ferronnerie et la quincaillerie pour des équipementiers automobiles et des selliers-bourreliers.

Personnalités remarquables[modifier | modifier le code]

Le pays d'Ouche est la patrie de :

D'autres y ont vécu ou y vivent encore :

  • Le château des Nouettes à Aube fut la résidence de la comtesse de Ségur, née Rostopchine, à partir de 1820 ; c'est là qu'elle écrivit ses célèbres récits,
  • Louis Aragon (1897-1982) y écrivit : « À Sainte-Marthe [...] Une villa normande au bord de la forêt » (Les lilas et les roses, Le Crève-cœur, L'œuvre poétique, 2e éd., tome III, livre IX, p. 1107), et « [...] ce pays où j'arrivais vers le soir du 13 juin 1940 à Verneuil[...]. J'étais si fatigué [...]. Là, dans la paille, avec le poste radio qui m'était confié, j'ai pris les nouvelles [...]. Et c'est là, qu'on nous a dit, ce soir, que Paris s'est rendu... Nous étions trois ou quatre, muets, dans le grenier [...], et tout à coup le poste s'est tu... » (La Mise à mort, p. 168),
  • Philippe Delerm, né en 1950, vit à Beaumont-le-Roger depuis 1975 ; c'est là qu'il a écrit ses quarante-trois livres et « [...]. Eh bien Champignolles existe, je l’ai rencontré, et me demande comment j’avais pu l’ignorer aussi longtemps. » Promenades poétiques, Champignolles / De France, ou d’Angleterre, Eure Inter Magazine no 56 / novembre 1993, etc.

Monuments et sites remarquables[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Gomant, La Société rurale dans le Pays d'Ouche à la fin du XVIIIe siècle, Mutations et permanences des structures socioéconomiques dans le canton de la Ferté-Fresnel, 1770-1830, sous la direction de Jean-Marc Moriceau, Université de Caen Basse-Normandie.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c François de Beaurepaire (préf. Marcel Baudot), Les Noms des communes et anciennes paroisses de l'Eure, Paris, A. et J. Picard, , 221 p. (ISBN 2-7084-0067-3, OCLC 9675154)
  2. a et b François de Beaurepaire, op. cit, p. 155.
  3. Michel Nortier, « Un rôle des biens tombés en la main du Roi en la baillie de Lisieux après la conquête de la Normandie par Philippe Auguste » in Annales de Normandie, 1995, Numéro 45-1, p. 57 [1]
  4. Pierre-Yves Lambert, La Langue gauloise, édition Errance, 1994 (ISBN 2-87772-089-6)
  5. Francis Cahuzac et collaborateurs
  6. Avec chute de i- initial identique, mais passage brittonique de /s/ à /h/.
  7. Répartition du patronyme Anzeray jusqu’à la Première Guerre mondiale (naissances de 1891 - 1915)
  8. François de Beaurepaire (préf. Marianne Mulon), Les Noms des communes et des anciennes paroisses de la Seine-Maritime, Paris, A. et J. Picard, , 180 p. (ISBN 2-7084-0040-1, OCLC 6403150), p. 29
    Ouvrage publié avec le soutien du CNRS
  9. Peut-être le moine de Saint-Evroult n'évoque-t-il ici que les possessions de son abbaye, dite jadis abbaye d'Ouche, mais c'est tout de même assez significatif.
  10. Théorie d'ailleurs erronée : Adam Smith considère que le machinisme est une conséquence de la division du travail alors qu'il en est probablement la cause et il néglige, dès lors, le problème essentiel de l'harmonisation des cadences de travail…

Liens externes[modifier | modifier le code]