Pays émergents

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Les « pays émergents » sont des pays dont le PIB par habitant est inférieur à celui des pays développés, mais qui connaissent une croissance économique rapide, et dont le niveau de vie ainsi que les structures économiques convergent vers ceux des pays développés.

Tant, au niveau quantitatif, ce décollage (une analogie parfois utilisée) des activités productrices que, au niveau qualitatif, la complexification / diversification de l'économie et de la société en rupture avec l'ancien modèle, avec apparition de caractéristiques nouvelles, correspondent à la notion d'émergence appliquée à l'économie. On parle d'ailleurs aussi d' « économies émergentes » ou d' émergence économique.

La liste des pays auxquels s'applique ce terme varie selon les sources et selon les époques, en témoignent les divers acronymes définis pour les désigner :

  • BRIC est le premier à désigner les quatre principaux pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine) qui sont susceptibles de jouer un rôle de premier plan dans l'économie mondiale dans un futur plus ou moins proche.
  • BRICS, apparait en 2011 avec l'ajout de l'Afrique du Sud qui participe désormais aux sommets regroupant ces pays[1].
  • BRICM est également invoqué pour prendre en compte le Mexique ou BRICI, l'Indonésie.

Quant à la Russie, de nombreux géographes et économistes lui dénient l'appellation de pays émergent. De même pour les pays dits en transition, qui ne sont pas réputés être en position d'émergence et qui font partie de l'hémisphère Nord.

Historique et évolutions du concept[modifier | modifier le code]

Le concept de « pays émergents » apparait dans les années 1980 avec le développement des marchés boursiers dans les pays en développement. Le premier à utiliser le terme « marchés émergents » en 1981 est Antoine van Agtmael, économiste néerlandais à la Société financière internationale, pour parler « de pays en développement offrant des opportunités pour les investisseurs »[2].

Parmi les critères de définition, les changements structurels sont souvent cités : rénovation juridique et institutionnelle, passage d'un type de production agraire à un type industriel, ouverture au marché mondial des produits et services et aux flux internationaux de capitaux. La définition est parfois réduite à celle de nouveaux pays industrialisés (NPI) mais les premiers de ces pays, regroupés sous le nom générique de « quatre dragons asiatiques », ne peuvent plus être qualifiés d'« émergents » car leur émergence date de la fin des années 1980.

Ainsi, la définition des « pays émergents » (ou d'« économies émergentes ») est longtemps restée assez floue et revenait généralement à qualifier ainsi les pays en développement qui ne font pas partie des pays les moins avancés. Pourtant, des spécialistes ont proposé des critères objectifs pour définir précisément le groupe des pays émergents[3] :

  1. Revenus intermédiaires : les pays émergents ont un revenu par habitant en parités de pouvoir d'achat (PPA) compris entre 10 et 75 % du revenu moyen de l'Union européenne. Ceci exclut donc les pays les moins avancés et les pays riches.
  2. Croissance et rattrapage économique : durant la période récente (au moins une décennie) les pays émergents ont connu une croissance supérieure à la moyenne mondiale. Ils connaissent donc une période de rattrapage économique et pèsent de ce fait de plus en plus lourd dans la création de richesses mondiale.
  3. Transformations institutionnelles et ouverture économique : durant la période récente, ces économies ont connu une série de transformations institutionnelles profondes qui les ont davantage intégrées aux échanges mondiaux. L'émergence économique est donc en grande partie issue de la mondialisation.

Au début des années 2010, une soixantaine de pays répondent à ces critères. Ensemble, ils représentent près de 50 % de la richesse créée dans le monde et les deux tiers de sa population. Parmi eux, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) sont les figures de proue, mais l'Indonésie, le Mexique et la Turquie constituent d'autres économies émergentes de premier ordre.

L'appartenance à ce groupe n'est pas figée : les « quatre dragons asiatiques », anciens pays émergents, font désormais partie du groupe des pays développés (bien que quelquefois encore classés comme « marchés émergents » pour certaines considérations financières). D'autre part, la situation de pays comme l'Argentine, ancien pays « riche », tout comme la situation très hétéroclite des pays dits « du Sud », ne contribuent pas à éclaircir de manière simple le concept d' « émergence », beaucoup de pays émergents étant confrontés à de l'instabilité financière (par exemple, l'« effet Tequila » du Mexique révèle que lorsqu'un pays émergent subit une crise économique, les autres émergents sont soumis à des retraits de capitaux)[4].

À partir des années 2000 et surtout depuis le début de la crise économique mondiale en 2008, un possible découplage entre les pays développés et les pays émergents (notamment les BRICS) est évoqué : les taux de croissance de ces derniers et leur balance des paiements laissent croire qu'ils peuvent vivre indépendamment des pays développés[2].

Place dans l'économie mondiale[modifier | modifier le code]

Les pays émergents dans leur ensemble connaissent un accroissement de leur revenu par habitant et donc de l'augmentation de leur part dans le revenu mondial. Ils se caractérisent par leur intégration rapide à l'économie mondiale d'un point de vue commercial (exportations importantes) et financier (ouverture des marchés financiers aux capitaux extérieurs). Ainsi, ces pays investissent de plus en plus à l'étranger : 117 milliards de dollars en 2005, soit 17 % du total mondial contre 10 % en 1982[5]. Remarquable exemple : Taïwan est le premier investisseur étranger en Chine.

Pressions sur les ressources non renouvelables[modifier | modifier le code]

Le rattrapage économique des pays émergents par rapport aux États-Unis et à l'Union européenne aurait des effets potentiels pour la plupart des ressources non renouvelables. Le tableau suivant montre la consommation par habitant en kg en 2007 de trois métaux, et l'effet qu'aurait un alignement des consommations de la Chine et de l'Inde sur la consommation européenne[6] :

Métal États-Unis Union européenne Chine Inde Augmentation de production (vol.) Augmentation de production (%)
Aluminium 22 17 9,3 0,9 + 15 millions de tonnes + 40 %
Cuivre 7 9 3,7 0,4 + 10 millions de tonnes + 65 %
Zinc 4 6 2,7 0,3 + 8 millions de tonnes + 70 %

Un raisonnement comparable pourrait être effectué pour l'ensemble des ressources non renouvelables et l'ensemble des pays émergents. Cela montre qu'il est impossible que tous les pays du monde puissent adopter le mode de vie occidental.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages

  • J. Vercueil, Les pays émergents. Brésil-Russie-Inde-Chine : mutations économiques et nouveaux défis, Paris : Bréal, 2010, 207 p. ISBN 978 2 7495 0957 0. Troisième édition actualisée et augmentée : même titre, éditons Bréal, Paris, août 2012 (ISBN 978 2 7495 3170 0), 232 p. Voir la présentation critique de l'ouvrage http://regulation.revues.org/index9120.html
  • M. Gaulard, L'Economie du Brésil, Paris : Bréal, 2011, 127 p.
  • A. Kateb, Les nouvelles puissances mondiales. Pourquoi les BRIC changent le monde, Paris : Ellipses, 2011, 272 p. ISBN 978-2-7298-6473-6
  • C. Jaffrelot (dir.), L'enjeu mondial. Les pays émergents, Paris : Presses de Science Po, 2008, 381 p.

Articles et revues

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Nucléaire civil: les BRICS pour le strict respect des normes de sécurité », sur http://fr.rian.ru/,‎ 14 avril 2011 (consulté le 29 février 2012)
  2. a et b Sylvia Delannoy, Géopolitique des pays émergents - Ils changent le monde, PUF,‎ 2012 (ISBN 978-2-13-059425-3), p. 11
  3. J. Vercueil, "Les Pays émergents. Brésil, Russie, Inde, Chine... Mutations économiques et nouveaux défis. Bréal, 3ème édition, 2012.
  4. Patrick Artus, Crises des pays émergents. Faits et modèles explicatifs, Economica,‎ 2000, 125 p. (ISBN 2-7178-4081-8)
  5. D'après le rapport annuel sur l'investissement de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement, chiffres cités dans « Le groupe indien Tata Steel prêt à racheter le sidérurgiste Corus », Le Monde, 17/10/2006, [lire en ligne]
  6. Philippe Bihouix et Benoît de Guillebon, Quel avenir pour les métaux ? Raréfaction des métaux : un nouveau défi pour la société, EDP Sciences, p. 24