Pavillon de musique (Louveciennes)

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Pavillon de musique
de Madame du Barry
Image illustrative de l'article Pavillon de musique (Louveciennes)
Le pavillon de musique en 2009.
Architecte Claude-Nicolas Ledoux
Début construction XVIIIe siècle
Fin construction 2 septembre 1771
Propriétaire initial Madame du Barry
Destination initiale Réceptions
Propriétaire actuel Fondation Julienne Dumeste
Coordonnées 48° 52′ 07,12″ nord, 2° 07′ 23,17″ est
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Département Yvelines
Commune Louveciennes

Géolocalisation sur la carte : Yvelines

(Voir situation sur carte : Yvelines)
Pavillon de musiquede Madame du Barry

Géolocalisation sur la carte : France

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Pavillon de musiquede Madame du Barry

Le pavillon de musique de Louveciennes est un bâtiment situé dans le quartier de Voisins, construit en 1771 par Claude Nicolas Ledoux à la demande de Madame du Barry pour y organiser des réceptions que son château ne permettait pas.

Jean-Michel Moreau le Jeune, Fête donnée à Louveciennes le . Paris, Musée du Louvre.

Selon le contexte, on l'appelle aussi « Pavillon Ledoux » ou « Pavillon de Louveciennes » ou « Pavillon de musique de la Comtesse du Barry ».

Adresse : 8, Chemin de la machine, 78430 Louveciennes.

Histoire[modifier | modifier le code]

Pour Madame du Barry, son château de Louveciennes présente l'inconvénient de ne pas avoir de vue sur la Seine et de ne pas disposer de pièces de réception suffisantes. Elle décide de faire construire, à l'aplomb de la vallée de la Seine, un pavillon qui ne comprenne que des pièces de réception.

Des projets sont demandés à Charles De Wailly et à Claude Nicolas Ledoux. En dépit des avis négatifs de plusieurs architectes, notamment Gabriel, Madame du Barry retient le projet de Ledoux, alors au début de sa carrière.

L'emplacement choisi, en surplomb de la Seine, permet de suivre ses boucles sur 180°, depuis Paris jusqu'aux terrasses de Saint-Germain-en-Laye.

La construction est exécutée en 1771. Les différents salons sont décorés par les plus grands maîtres : Pierre Gouthière cisèle les bronzes, François Boucher peint des toiles, Fragonard des panneaux (les Quatre Instants de l'Amour - Frick Collection, New-York), Caffieri et Lemoine sculptent des bustes de la comtesse et du roi, et Guibert des pilastres et panneaux en bois décorés de fines sculptures et dorés à la feuille d’or.

L'inauguration a lieu le en présence du Roi. On donne la pièce de Collé, La partie de chasse de Henri IV, un souper en musique (les musiciens se plaignirent de l'exiguïté des tribunes de la salle à manger, aujourd'hui fermées par des miroirs) et un feu d'artifice.

En 1773 Madame du Barry, satisfaite de son pavillon, commande à Ledoux les plans d'un grand château qui devait incorporer le petit bâtiment, mais la mort de Louis XV en 1774 met un terme à ce projet.

Citation, 1808[1] :

« À 3 lieues et demie de Paris, proche de la machine de Marly. C'est à Louveciennes que l'on voit ce pavillon bâti en trois mois, pour madame Dubarry, sur les dessins de l'architecte Ledoux. Le lieu sur lequel il est assis, les talents de l'architecte, des sculpteurs, des peintres, des décorateurs, tout s'est réuni pour faire de ce séjour un temple aux grâces. Rien de plus magnifique que la vue dont on jouit au pavillon de Louveciennes. Les étrangers en ont acheté tout ce qui pouvait se déplacer. On a gratté les bas-reliefs, brisé les corniches, dégradé les entablements. La main de l'anarchie est empreinte sur les peintures, les dorures, les bronzes et les marbres, etc. On pouvait dire que Louveciennes autrefois était le temple des arts et des grâces. »

En 1818 le banquier Jacques Laffitte fait surélever le pavillon (comble à la Mansart).

En 1923 le parfumeur François Coty l'achète à l'homme politique et industriel Louis Loucheur. Le pavillon ayant subi de graves désordres en raison de l'affaissement d'une partie du coteau sur lequel il est bâti, Coty fait appel à l'agence de l'architecte Charles Mewès pour le faire déplacer de plusieurs mètres ; si cette solution radicale sauve l'édifice d'un éboulement qui se produira quelques années plus tard et qui l'aurait entièrement détruit, elle s'accompagne de transformations profondes : le comble mansardé est transformé en un étage d'attique abritant cinq chambres à coucher, tandis que de vastes dépendances sont créées en sous-sol pour aménager un laboratoire de parfumerie, un générateur électrique, des cuisines et une piscine.Sur le haut du mur droit extérieur du pavillon est sculpté le texte suivant :

« Pavillon du Barry
Gloire et parure de Louveciennes
Cette construction témoigne de la hardiesse de l’habileté de la conscience professionnelle des ouvriers artisans et artistes français qui ont rivalisé de zèle et de goût pour assurer à ce chef d’œuvre classique la grâce des meilleurs ouvrages de l’antiquité grecque. »

En 1959, le pavillon est acquis par l’American School of Paris, qui le transforme en bâtiment scolaire.

En 1965, le pavillon est acquis par l'industriel alsacien Victor Moritz, propriétaire du Groupe Treca et redevient une demeure d'habitation. Les boiseries et les peintures sont restaurées ; une piscine, un terrain de tennis et des écuries sont installés.

Moritz reçoit de nombreux hôtes de marque, personnalités politiques et artistes de son entourage, dont le Président Valéry Giscard d'Estaing durant son mandat. Il y donne de nombreuses réceptions[2].

En 1989 à la mort de Moritz, le pavillon est cédé par ses enfants à Julienne Dumeste, industrielle du meuble qui, en 1991, crée la Fondation Julienne Dumeste pour l’innovation sociale et humanitaire[3], reconnue d’utilité publique.

En 1992, elle fait don du pavillon à sa fondation, qui lance un vaste chantier de rénovation afin de répondre à son vœu de l’ouvrir au public lors d’événements exceptionnels. Disparue en 2001, Julienne Dumeste a donné l’ensemble de ses biens à la fondation.

Le chantier, commencé en 2002, dure trois ans. Il porte d’abord sur l’extérieur, puis sur la réhabilitation intérieure avec les mises aux normes nécessaires à l’ouverture d’un établissement pouvant recevoir du public avec des contraintes de sécurité fortes, en incluant des infrastructures techniques, en respectant le bâtiment deux fois centenaire et la préservation de son parc de 4,6 hectares, avec ses arbres magnifiques.

En 2005 a lieu la première ouverture au public après les travaux, à l'occasion des Journées européennes du patrimoine, le 18 septembre. En 2006, a lieu le premier des événements que l’office du tourisme de Marly-le-Roi Louveciennes organise depuis lors régulièrement : le 3 novembre, une conférence de Daniel Rabreau sur Claude Nicolas Ledoux, suivie d'un concert et d'un cocktail dînatoire.

Architecture[modifier | modifier le code]

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Plans de Ledoux[modifier | modifier le code]

Le pavillon de Louveciennes a d'emblée été considéré comme une des réalisations les plus abouties de Ledoux et l’un des archétypes du néoclassicisme.

L'entrée, en forme d'abside semi-circulaire ouverte, simplement fermée par un péristyle, reprend une disposition déjà utilisée par Ledoux dans la maison de Mlle Guimard à la chaussée d'Antin. Elle donne accès à une salle qui a la forme d'un carré flanqué de deux demi-cercles, désignée comme salle à manger et où eut lieu le souper d'inauguration. Cette salle commande elle-même une enfilade de trois salons ouvrant sur la Seine, dont le salon du Roi central.

Au sous-sol, on trouvait diverses pièces de service et la cuisine.

Transformations ultérieures[modifier | modifier le code]

Pavillon de musique en 1880, on voit bien ici l'ajout de combles mansardés.

Des transformations notables sont intervenues au XIXe siècle et au XXe siècle, notamment :

  • surélévation du bâtiment, par adjonction de combles à la Mansart ; plus tard, transformation du comble mansardé en un étage d’attique abritant cinq chambres à coucher,
  • déplacement du bâtiment de plusieurs mètres, pour l'éloigner de la pente,
  • création par François Coty de vastes dépendances en sous-sol pour y installer son laboratoire de parfumerie, un générateur électrique, des cuisines et une piscine.
  • restauration en 2002-2005, réalisée par la Fondation Julienne Dumeste pour l’innovation sociale et humanitaire.

Les intérieurs[modifier | modifier le code]

L'état primitif des intérieurs est connu par un dessin de Jean-Michel Moreau dit Moreau le Jeune (voir une reproduction au début de l'article) représentant le souper offert à Louis XV par Madame du Barry pour l'inauguration du pavillon. Il est connu également par les gravures de Ledoux.

Madame du Barry ayant commandé à Jean-Honoré Fragonard une suite de quatre grands tableaux pour son pavillon de Louveciennes, le peintre réalisa entre 1771 et 1772 « les progrès de l'amour », évoquant dans un style rococo les quatre instants de l'amour, mais les toiles déplurent à leur commanditaire, sans doute parce que celle-ci y vit la possibilité d'une allusion à sa propre situation. Elle les refusa, et Fragonard les conserva pendant près de vingt ans, puis ajouta sept autres toiles à la série.

Quand, pendant la Révolution française, il regagna sa ville natale de Grasse en 1790, il installa l'ensemble dans le salon d'un de ses cousins, Alexandre Maubert. Son petit-fils s'en sépara en 1898 au profit du grand collectionneur J.P. Morgan, selon René Gimpel par l'intermédiaire de l'antiquaire parisien Guiraud père, qui après les avoir vainement proposées — entre autres à Edmond de Rothschild — ayant su le passage à Cannes de Morgan, vint le voir, le conduisit à Grasse pour voir les œuvres, et les lui vendit avec un bénéfice de 10%.

Le collectionneur les présenta dans sa résidence de Londres, puis au Metropolitan Museum avant de les proposer pour 1 250 000 dollars au marchand d'art Joseph Duveen, qui les négocia 1 000 000 dollars afin de les revendre au prix initialement demandé à Henry Clay Frick… à condition que Morgan l'informe qu'il les aurait « à prix coûtant ».

Selon d'autres sources, Frick les aurait acquises au décès de Morgan () pour 1,250 millions de dollars[4]; elles sont aujourd'hui l'un des fleurons de la Frick Collection de New York, où une salle leur est consacrée.



En définitive Madame du Barry commanda à Joseph-Marie Vien une autre suite de tableaux sur le thème des Progrès de l'Amour[5]. La manière néoclassique plus à la mode de Vien convenait davantage au décor qu'elle avait créé à Louveciennes.

Une partie des boiseries, sculptées par Métivier et Feuillet, furent remontées dans l'Hôtel de Saint-Florentin (Paris) à l'occasion des transformations réalisées dans les années 1860-1870 pour Alphonse de Rothschild.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Paris et ses curiosités, 8e édition, 1808.
  2. En 1988, le magazine Jours de France consacre un numéro entier à ce pavillon des amours cachées de Louis XV.
  3. « Dans le respect de la dignité et de la valeur unique de chaque personne et en référence aux valeurs évangéliques », la fondation a pour but d’apporter une aide personnalisée à tous ceux qui sont moralement, physiquement ou financièrement démunis. Elle octroie des secours, pensions, prêts, bourses et prix à des personnes démunies. Elle participe également à la construction et au fonctionnement d’établissements appropriés et subventionne des programmes de recherche destinés à l’amélioration du bien-être de ces personnes. Elle finance des publications, mémoires, organise des conférences, soutient des projets de lutte contre l’exclusion.
  4. www.frick.org
  5. Paris, Musée du Louvre et Chambéry, Château des ducs de Savoie (actuelle préfecture)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]