Pauvreté aux États-Unis

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Sans abris à Los Angeles.

La pauvreté aux États-Unis est un phénomène qui est loin d'avoir disparu. Comme toujours en matière macroéconomique, la mesure du phénomène repose sur des instruments statistiques.

Les statistiques officielles établissent que dans les années 1990 un enfant sur quatre (et un enfant Afro-Américain sur deux) grandissait en dessous du « seuil de pauvreté » aux États-Unis, contre 6 % des enfants en France, Allemagne et Italie, et 3 % dans les pays scandinaves[1].

Mesure de la pauvreté aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Statistique officielle[modifier | modifier le code]

Il y a deux mesures différentes :

  • les seuils relatifs (courbe du taux de pauvreté)
  • les seuils absolus (défini par le département de la santé et de l'aide publique)

Le Census Bureau publie les seuils de pauvreté, selon différents critères : par exemple, des estimations nationales sur la pauvreté, classées selon le type de logement, l'origine ethnique, et d'autres caractéristiques démographiques et socio-économiques.

Le département de la santé et de l'aide publique publie ses seuils dans un but administratif, par exemple pour déterminer si une personne ou une famille est susceptible de recevoir une aide publique d'un programme fédéral.

Depuis les années 1960, le gouvernement des États-Unis a défini la pauvreté en terme absolu. Le seuil de pauvreté absolue correspond au seuil en dessous duquel les personnes « manquent des ressources pour satisfaire les besoins fondamentaux pour une vie correcte et n'ont pas assez de revenus pour se nourrir suffisamment et avoir un logement et des vêtements permettant de rester en bonne santé »[réf. nécessaire].

Les seuils sont mis à jour annuellement, en fonction de l'inflation.

Seuils actuels (mesure absolue)[modifier | modifier le code]

Seuils de pauvreté en 2009[2]
Nombre de personnes par foyer 48 États principaux Alaska Hawaii
1 10 850 $ 13 530 $ 12 460 $
2 14 570 $ 18 210 $ 16 760 $
3 18 310 $ 22 890 $ 21 060 $
4 22 050 $ 27 570 $ 25 360 $
5 25 790 $ 32 250 $ 29 660 $
6 29 530 $ 36 930 $ 33 960 $
7 33 270 $ 41 610 $ 38 260 $
8 37 100 $ 46 290 $ 42 560 $
Pour chaque personne supplémentaire, ajouter 3 740 $ 4 680 $ 4 300 $

Mesure du taux de pauvreté (mesure relative)[modifier | modifier le code]

Taux de pauvreté des personnes de 1959 à 2006 aux États-Unis[3], cliquez pour agrandir
Taux de pauvreté des familles de 1959 à 2006 aux États-Unis[4], cliquez pour agrandir

Une autre façon de mesurer la pauvreté est en termes « relatifs ». La « pauvreté relative » est définie comme « avoir beaucoup moins accès à un revenu et au bien-être que les autres personnes ». En 1999, le revenu d'une famille sous le seuil de pauvreté était de 17 020 $. Cela représentait 28,49 % du salaire médian[réf. nécessaire]. En 1959, c'était 42,64 %. On peut en déduire qu'une famille en 1999 a, de façon relative, moins d'argent, qu'une famille pauvre de 1959.

Le taux officiel de pauvreté aux États-Unis a évolué depuis l'an 2000, depuis son plus bas niveau à 11,3 % en 2000, à 12,7 % en 2004 et 12,3 % en 2006. Cela signifie que 37 millions de personnes étaient en dessous du seuil de pauvreté officiel en 2004. C'est 5,4 millions de plus qu'en 2000. Le taux d'enfants mineurs pauvres a, lui, augmenté de 16,2 % à 17,8 % dans la même période.

En 2006, on compte 36,5 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, l'augmentation de la démographie passant de 281,4 millions en 2000 à 300 millions en 2006 expliquant que malgré le taux en baisse, le nombre de personnes varie peu.

En 2006, 4,9 % des couples mariés sont pauvres, soit 2,9 millions de personnes, contre 28,3 % (4,1 millions) pour les femmes vivant seules ou les familles sans le père.

Durée de la pauvreté[modifier | modifier le code]

La probabilité pour qu'un pauvre soit encore dans la pauvreté au bout d'un an se situe entre 13 et 33 % selon les définitions de la pauvreté utilisées. Au bout de 24 mois, la probabilité pour qu'un pauvre ait quitté la pauvreté dépasse les 80 %, quelle que soit la définition utilisée[5].

Une étude réalisée par Michael Cox, conseiller économique de la Fed de Dallas, et Richard Alm, journaliste économique au Dallas Morning News, a confirmé ces statistiques : en étudiant le devenir de 50 000 familles pauvres entre 1975 et 1991, ils sont arrivés à la conclusion que seulement un cinquième des familles du quintile de la population le plus pauvre était encore dans ce quintile seize ans plus tard. 75 % de ces familles initialement pauvres étaient passés dans l'un des trois quintiles les plus riches[6]. Une étude différente du Trésor américain concluait également que, des membres du quintile le plus pauvre en 1979, 85,8 % avait bougé dans un quintile plus riche tandis que, parmi les 1 % de la population qui gagnaient le plus en 1979, 52,7 % n'étaient plus dans cette catégorie en 1988[6].

Inconvénients des mesures[modifier | modifier le code]

Depuis 1995, des polémiques sont apparues. En effet, avec la méthode relative, une augmentation du salaire médian concorde avec l'augmentation du seuil de pauvreté, ce qui a comme effet mécanique d'augmenter le nombre de « pauvres » alors que dans la réalité cela signifie un enrichissement d'une catégorie (les personnes riches) qui ne se fait pas au détriment d'une autre (les personnes pauvres).

Constatant que « le calcul officiel de la pauvreté aux États-Unis était imparfait et n'informait pas correctement le public sur qui est pauvre et qui ne l'est pas », l'organisation gouvernementale United States National Research Council a chargé un panel de spécialistes, présidé par Robert Michael, ancien doyen de la Harris School of Public Policy Studies à l'Université de Chicago, de réfléchir à la question. Celui-ci a proposé un nouveau modèle, basé sur le revenu disponible, qui inclurait notamment les tickets-restaurant, les repas pris à l'école, et l'aide au logement. Il déduirait par contre les dépenses qui ne peuvent pas satisfaire les besoins fondamentaux, comme les impôts sur le revenu, les dépenses scolaires, les frais médicaux, les primes d'assurances et les dépenses liés au travail, dont les gardes d'enfants[7].

Quelques statistiques sur le patrimoine des pauvres[modifier | modifier le code]

La source principale de polémique sur le calcul du seuil de pauvreté relatif vient du fait qu'il est relatif pour un pays et relatif selon le revenu médian de ce pays. À titre d'illustration, selon les statistiques de 1995 sur les personnes vivant sous le « seuil de pauvreté » aux États-Unis[8]:

  • 46 % de ceux qui sont considérés comme pauvres sont propriétaires d’une maison ;
  • 76 % disposent de l’air conditionné ;
  • 75 % d’entre eux bénéficient d’au moins deux chambres pour vivre ;
  • le pauvre « moyen » américain est mieux logé que la moyenne des individus habitant Paris, Londres, Vienne ou Athènes[réf. nécessaire] ;
  • 97 % des pauvres ont une télévision couleur ; 50 % en ont deux ;
  • 75 % d’entre eux possèdent une voiture, 30 % en possèdent deux ;
  • 73 % des pauvres possèdent un four à micro-ondes.

La famille pauvre américaine classique (comme d’ailleurs leur équivalent européen) est monoparentale, avec une mère (très) jeune et un enfant en bas âge.

Alimentation[modifier | modifier le code]

89 % des foyers américains n'ont éprouvé aucun problème pour se nourrir correctement tout au long de l'année 2002. Les 11 % restants ont éprouvé des difficultés, au moins temporairement. Sur ces 11 % un tiers (3,5 %) des foyers a éprouvé des difficultés au point qu'au moins un des membres de la famille a ressenti la faim, à un moment donné, pendant l'année 2002[9].

En 2009, alors que la crise s'aggravait, 28 millions de personnes recevaient des coupons alimentaires (food stamps), tandis que les programmes fédéraux alimentaires visant à nourrir les élèves après l'école voyaient leur fréquentation exploser [10].

Une étude américaine publiée en novembre 2009 établit qu'un enfant sur deux entre l'âge de 1 et 20 ans, au cours des trente dernières années, a eu au moins une fois recours aux bons alimentaires et conclut : « les enfants américains présentent un risque élevé de vivre une période au cours de laquelle leurs familles sombrent dans la pauvreté comme le prouve leur usage des bons alimentaires[11]. » Les auteurs de l'étude affirment que « les enfants américains sont ceux qui sont confrontés au plus haut niveau de pauvreté dans le monde occidental développé »[12].

Indicateur de pauvreté humaine[modifier | modifier le code]

D'un point de vue international, le PNUD place les États-Unis en 16e position pour l'indicateur de pauvreté IPH-2 sur les 18 pays les plus développés[13]. Cependant, cette statistique utilise des indicateurs de pauvreté relative et la comparaison entre pays est discutable[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Lee Rainwater et Timothy M. Smeeding, Doing Poorly : The Real Income of American Children in Comparative Perspective, Maxwell School of Citizenship and Public Affairs, Syracuse, Luxembourg Income Study Working Paper, n° 127, 1995 ; Greg J. Duncan et Jeanne Brooks-Gunn, « Urban Poverty, Welfare Reform, and Child Development », in Fred R. Harris et Lynn A. Curtis (dir.), Locked in the Poorhouse : Cities, Race, and Poverty in the United States, Rowman & Littlefield, Lanham (Maryland), 1998, p. 21-32.
  2. (en) 2009 HHS Poverty Guidelines - U.S. Department of Health & Human Services
  3. (en) Historique des taux de pauvreté, de 1959 à 2006 - US Census Bureau
  4. (en) Historique des taux de pauvreté par familles, de 1959 à 2006 - US Census Bureau
  5. (en) Measuring the duration of poverty spells - US Census Bureau [PDF]
  6. a et b (en) The Poverty Hype, Walter Williams
  7. (en) Poverty definition flawed, more accurate measure needed, par William Harms - sur le site de l'Université de Chicago
  8. Chiffres du Bureau of Census, 1998
  9. (en) Household Food Security in the United States, 2002 - United States Department of Agriculture [PDF]
  10. Megan Greenwell, The Last Hope for Hungry Kids, Washington Post, 30 mai 2009
  11. (en) Mark R. Rank, Thomas A. Hirschl, « Estimating the Risk of Food Stamp Use and Impoverishment During Childhood », Arch Pediatr Adolesc Med. 2009;163(11):994-999.
  12. « Les petits Américains, les plus pauvres du monde développé », Le Figaro, 3 novembre 2009.
  13. Rapport Human Development Report 2006, p. 295 ; voir aussi (en) en:Human Poverty Index [PDF]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]