Pauline Dubuisson

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Pauline Dubuisson
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Biographie
Naissance
Décès
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Nationalité

Pauline Dubuisson, née le à Malo-les-Bains et morte le à Essaouira, est connue pour avoir été au centre d'un fait divers des années 1950. Jugée en 1953 à Paris pour le meurtre de son ex-petit ami Félix Bailly, elle a inspiré le personnage principal du film de Henri-Georges Clouzot, La Vérité (1960).

Biographie[modifier | modifier le code]

Pauline Dubuisson naît en 1927 à Malo-les-Bains[1], ville qu'a fondée son arrière-arrière-grand oncle Thomas Gaspard Malo selon Philippe Jaenada. Élevée comme un garçon dans une famille protestante et bourgeoise de Dunkerque (sa mère Hélène Hutter, femme réservée, laisse l'éducation des enfants à son mari, André Dubuisson, vétéran de la Première Guerre mondiale, ancien colonel de réserve et entrepreneur en travaux publics qui lui serine sans cesse que « la vie est un combat, seuls les forts s'en tirent ») car née à la suite de quatre frères, elle se révèle une bonne élève mais est néanmoins exclue à 14 ans de l'école pour avoir été vue, en pleine Occupation, se promenant avec un marin allemand. Son père, dont l'entreprise a été rasée par les bombes, l'encourage alors à démarcher des officiers allemands afin de faciliter ses affaires[2].

En 1944, alors qu'elle a obtenu son baccalauréat et souhaite devenir médecin, elle entre comme aide-infirmière à l'hôpital allemand de Dunkerque, le centre hospitalier de Rosendaël, où elle devient la maîtresse du médecin-chef de l'établissement, le colonel Von Dominik, homme de 53 ans[3].

Cette relation lui vaut à la Libération d'être conduite avec d'autres femmes en place publique, où elles sont tondues, déshabillées et couvertes de croix gammées, avant de comparaître devant un « tribunal du peuple » qui la condamne au peloton d'exécution. Son père, en tant qu'officier de réserve, parvient à la faire libérer de justesse, mais tous deux doivent quitter Dunkerque immédiatement[4].

Après une année passée à Lyon, elle entame en 1947 des études à la faculté de médecine de Lille où elle rencontre Félix Bailly, jeune homme de 25 ans, étudiant modèle issu d'une bonne famille, mais timide et puceau[2]. Après leur première nuit d'amour, il lui propose le mariage, qu'elle refuse, ne voulant pas devenir l'épouse rangée et la secrétaire de Félix comme l'usage le voudrait. De plus, il apprend par la suite que Pauline continue d'entretenir une liaison avec d'autres hommes dont le colonel Von Dominik et qu'elle n'a que du mépris pour lui : « Ce n'est pas ma faute s'il m'aime et si je ne l'aime pas » aurait-elle confiée à l'un de ses amant[2]. Lassé, Félix lui signifie à la rentrée 1949 que tout est fini entre eux. Il quitte Lille pour Paris afin de poursuivre ses études, sans lui laisser son adresse, et entame une nouvelle liaison avec une jeune étudiante en lettre, Monique Lombard[2]. Avec le temps, Pauline Dubuisson dit s'être aperçue de son erreur et avoir pris conscience qu'elle aurait dû accepter la demande en mariage. À moins qu'il ne s'agisse, selon certains journalistes de l'époque, de la réaction d'une femme dominatrice et possessive blessée dans son orgueil car ne supportant pas qu'un homme ne la désire plus au point de jeter son dévolu sur une autre[2]. Jean Beauchesne dans Paris Match résumait ainsi : « Pauline Dubuisson, aux rêves violents nourris sous l'Occupation, dans le confinement d'une ville de province, choisissait et rejetait ses amants mais n'a pas supporté la seule blessure infligée à sa carrière de séductrice »[2].

Au mois d'octobre 1950, Pauline apprend que Félix est fiancé avec Monique mais penserait toujours à elle. Elle recherche son adresse puis le rejoint quelques semaines plus tard pour avoir une explication et tenter de reconquérir la place qu'elle estime lui être promise mais essuie un nouveau refus de la part de Félix[2]. Pauline rentre alors à Lille tout en étant décidée à ne pas en rester là. Elle obtient un permis de port d'arme et achète un 6,35 mm à Dunkerque (soit par préméditation, soit pour se suicider, ayant déjà tenté deux fois de mettre fin à ses jours après la guerre). Sa logeuse prévient Félix que la jeune femme est armée. Pauline se rend nouveau à Paris une semaine après son premier séjour et attend Félix une première nuit en vain au bas de son immeuble, rue de la Croix-Nivert dans le 15e arrondissement de Paris. Le lendemain, elle persiste. Félix finit par lui ouvrir la porte mais il n'est pas seul. Un rendez-vous est convenu dans un café du quartier. Elle s'y dérobe pour mieux s'engouffrer dans l'entrée de l'immeuble tandis que, las d'attendre, il finira par rentrer chez lui[2].

C'est alors que les versions divergent : Pauline affirme avoir passé la nuit avec lui, et au matin, celui-ci lui aurait dit n'avoir couché avec elle que pour se venger des humiliations passées, ce que nie la famille de Bailly. Le 17 mars 1951, elle le suit dans sa chambre et tire sur lui par trois fois[1] : une balle en plein front, une balle dans le dos et un coup de grâce derrière l'oreille[2]. Elle affirmera pour sa part qu'elle avait tenté de se suicider et que la première balle était partie malencontreusement alors que Félix tentait de l’en empêcher. Elle tente de retourner l'arme contre elle mais celle-ci s'enraye. Elle ouvre alors le gaz et s'enfonce le tuyau dans la gorge. Alertés par les odeurs, les voisins préviennent les pompiers et Pauline est secourue à temps[2]. Ayant apprit le meurtre commis par sa fille, le père de Pauline se suicide justement au gaz[2],[5].

Devant les assises de Paris, l'avocat général qui la traite de « hyène », qualifie sa tentative de suicide de « simulacre ». À la barre, Pauline Dubuisson ne pleure pas, elle n'exprime ni remords, ni regret, et est qualifiée d'arrogante[2].

Celle que les journalistes surnomment « l'infâme, l'orgueilleuse sanguinaire » ou « la Messaline des hôpitaux », est condamnée aux travaux forcés à perpétuité à l'issue de son procès le [2],[5]. L'unique femme du jury lui accorde les circonstances atténuantes, ce qui lui permet probablement d'échapper à la peine de mort. Jacques Vergès assiste à ce procès qui lui donne sa vocation[6]. Incarcérée à Haguenau et à la Petite Roquette, Pauline Dubuisson est libérée pour bonne conduite en et s'installe rue du Dragon, à Saint-Germain-des-Près[2]. Elle reprend ses études de médecine et se fait désormais appeler Andrée (son deuxième prénom) mais la sortie du film La Vérité la replace sous les feux de l'actualité.

Souhaitant fuir un passée qui la poursuit, elle décide de partir en 1962 pour le Maroc où elle trouve un poste d'interne à Mogador. Elle y rencontre Jean Lafourcade, un ingénieur pétrolier de six ans plus jeune qu'elle qui souhaite l'épouser. Mais un numéro de Détective, dans un cabinet de dentiste, raconte son histoire et, face à la rumeur qui enfle, Pauline lui révèle son passé, si bien que Lafourcade abandonne tout projet de mariage avec elle et refuse de la revoir[2].

Le , Pauline Dubuisson est retrouvée morte dans son lit où elle s'est suicidée en avalant des barbituriques[5]. Selon ses vœux, elle a été enterrée anonymement à même la terre dans le cimetière de Mogador[7].

Postérité littéraire[modifier | modifier le code]

En janvier 2015 est publié l'ouvrage de Jean-Luc Seigle Je vous écris dans le noir qui s'intéresse à Pauline Dubuisson. Fabienne Pascaud, dans le magazine Télérama écrit : « Jean-Luc Seigle a choisi de faire du sombre fait divers un fascinant récit à la première personne et s'y glisse magistralement dans la peau de son héroïne » et qu'il « sait exprimer le féminin avec une empathie troublante »[8].

En août de la même année, le romancier Philippe Jaenada consacre un roman biographique à Pauline Dubuisson : La Petite Femelle. Il fonde son travail sur des recherches dans les archives de l’époque et s’efforce de rectifier les versions couramment admises de la vie de Pauline Dubuisson ainsi que de relever certaines anomalies de son procès.

Selon lui, la dureté de la peine infligée par le tribunal et la violence de la presse de l’époque contre Pauline Dubuisson s’expliquent par le contexte de misogynie[9]. Le comportement passé de Pauline Dubuisson, en quête d’émancipation et qui refuse par exemple de se marier avec Félix Bailly, de peur de devoir mettre un terme à ses études pour s’occuper du foyer, est perçu négativement, de même que son attitude de défi lors de l’audience et son refus de demander pardon. Lors du procès, selon Philippe Jaenada, les témoins qui auraient permis de rééquilibrer la version admise d’une femme calculatrice, sans sentiments et dévergondée sont systématiquement écartés, de même que les références à l’éducation particulière que Pauline Dubuisson avait reçue de son père et les éléments montrant la nature accidentelle de la mort de Félix Bailly[10]. Quant à l’avocat de Pauline Dubuisson, maître Baudet, fervent chrétien, il s’intéressera plus au pardon et à la rédemption de sa cliente qu’aux détails de procédure.

Dans son livre, Philippe Jaenada appuie sa démonstration d'une Justice misogyne par l'évocation d'autres détenues célèbres (Sylvie Paul, Denise Labbé,...) que Pauline Dubuisson a croisées en prison et qui étaient, selon lui, avant tout victimes des préjugés de la société de leur temps[11].

Michel Vinaver, une trentaine d'années après les événements, s'empare du fait divers pour un projet artistique. Celui-ci deviendra Portrait d'une femme. Avec un travail sur le drame (au sens où Gérard Genette l'entend), Vinaver reprend les éléments du procès tout en créant un sens nouveau.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Serge Garde, Rémi Gardebled, Valérie Mauro, Guide du Paris des faits divers, Le Cherche Midi, , p. 239
  2. a b c d e f g h i j k l m n et o « L'histoire de Pauline Dubuisson et du meurtre qui l'a toujours poursuivie », Slate.fr,‎ (lire en ligne)
  3. (en) Colin Wilson, Patricia Pitman, Encyclopedia of Murder, G.P. Putnam's sons, , p. 187
  4. Serge Jacquemard, L'affaire Pauline Dubuisson, French Pulp, , p. 27.
  5. a b et c Stéphane Bourgoin, La Bible du crime, Éditions de la Martinière, , p. 367
  6. Serge Cosseron, Jean-Marc Loubier, Les Femmes criminelles de France, Éditions De Borée, , p. 287.
  7. Pauline Dubuisson, le vrai personnage du film La Vérité, agoravox.fr, 20 mai 2009.
  8. Critique du magazine Télérama, du 18 février 2015.
  9. « Philippe Jaenada réhabilite la femme la plus haïe de France », L'Express,‎ (lire en ligne)
  10. « Jaenada, “l'avocat de la diablesse” », Nouvel Observateur,‎ (lire en ligne)
  11. « Philippe Jaenada : pourquoi j'ai voulu réhabiliter la “monstrueuse” Pauline Dubuisson », Terrafemina,‎ (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]