Paulin Soumanou Vieyra

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Paulin Soumanou Vieyra
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 62 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
Formation
Activité

Paulin Soumanou Vieyra (né le à Porto-Novo, alors au Dahomey, aujourd'hui au Bénin et mort le à Paris) est un réalisateurbéninois, puis naturalisé sénégalais et un historien du cinéma africain[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Paulin Soumanou Vieyra était dahomeyen (actuel Bénin) par son père Tertulien Vieyra, issu du peuple Takpa rattaché aux Yoruba, Nago par sa mère Valentine Da Silva, béninois de naissance et sénégalais d'adoption. On le considère généralement comme le premier cinéaste de l'Afrique subsaharienne.

L'origine de son nom de famille juif marane portugais, vient de son ancêtre Sébastien Sabino Vieyra dont le nom d'origine était Mama Gouyeh et qui fut d'abord déporté en esclavage du Nigeria, (royaume Yoruba, principauté de Bida), au Brésil, avant de revenir affranchi s'installer au Dahomey (actuel Bénin) aux environs des années 1850 selon une estimation à affiner. Les Africains affranchis portant des noms de leurs anciens maîtres portugais sont appelés les agoudas au Bénin.

Les années de formation[modifier | modifier le code]

Né en 1925 à Porto-Novo, Paulin Soumanou Vieyra est l'ainé d'une famille de huit enfants, Jacqueline, Renée, Roger, Agnès, Justine, Louis et Charles qui décède très jeune. Son père Tertulien, cheminot de son état et très soucieux de l'avenir de ses enfants, l'envoie faire ses études en France. Il quitte le Dahomey par bateau à l'âge de dix ans en compagnie d'un autre jeune de son âge dont le père était l'ami de la famille.

Il arrive en 1935 en France et quelques mois plus tard son jeune ami dahoméen de voyage décède malade et n'ayant pas supporté le changement d'environnement si jeune.

Puis Paulin Soumanou Vieyra voit ses études s'interrompre en 1940 à cause de la guerre et de la désorganisation de la société française de l'époque. Après quelques moments difficiles se retrouvant un moment seul avec le gardien de son école, il est finalement recueilli par la famille Fontaine, une famille française, sur l'insistance de son fils Jacques Fontaine qui s'était lié d'amitié avec lui. La mère Fontaine sera surnommée maman Blanche. Entre 1940 et 1945, il y a à son actif divers épisodes peu connus, de coups de main à la résistance française, ceci notamment dû à ses sympathies communistes naissantes. Paulin Vieyra n'était pas très disert sur cette période trouble pendant laquelle il a apparemment beaucoup souffert. Il perdra petit à petit l'usage de sa langue maternelle le yoruba. Bien qu'il n'ait pas mentionné la nature des services rendus à la résistance, hormis quelques bribes qu'il confia à des proches, il fut justement dispensé de service militaire à l'issue de la guerre, les autorités militaires de l'époque ayant jugé qu'il en avait suffisamment fait.

Il tomba gravement malade à la fin des années quarante, fut amputé de plus de la moitié de ses capacités respiratoires par l'ablation partielle de ses poumons mais survécut. Un long séjour au sanatorium lui fera rencontrer son autre grand ami français breton Charles Maguerez. En 1950, après 15 ans d'absence au Dahomey coupé de sa famille par la guerre et ses problèmes de santé, il retourne en Afrique. Ayant gardé un contact épistolaire avec son père et malgré les photos échangées, l'anecdote rapporte qu'il embrassa d'abord une tante en lieu et place de sa mère qu'il n'a pas reconnue au premier abord à son arrivée au port de Cotonou. Il découvre alors la colonie et les traitements différenciés entre colons et autochtones et c'est un choc.

De retour à Paris il milite alors à la SFIO. Il doit ensuite renoncer pour raison de santé et incompatibilité de date de calendrier au concours d'entrée, à sa vocation première, l'école des Arts et Métiers.

C'est à Paris qu'il découvre le monde du cinéma en faisant de la figuration dans un film interprété par Gérard Philippe. Il obtient d'autres rôles dans des films, tels que Après l'amour ou Émile l'Africain.

Et en 1952 il est admis au concours de l'IDHEC, l'Institut des hautes études cinématographiques (aujourd'hui la FEMIS), où il a notamment Georges Sadoul et Jean Mitry comme professeurs. Son film de fin d'études, C'était il y a quatre ans, fait scandale, car il refuse de couper un plan jugé subversif.

Afrique-sur-Seine, son premier court-métrage de 1955 en collaboration avec d'autres étudiants, Mamadou Sarr et Jacques Caristan, est réalisé à Paris, car à cette époque-là les Africains n'étaient pas autorisés à tourner dans les colonies françaises. Il soulève la question de l'identité culturelle des jeunes Africains vivant en France dans les années 1950 et s'interroge sur leur rapport au continent africain. Le sujet est inédit alors, mais la diaspora restera un thème majeur du cinéma africain. Quoique tourné en France, ce court-métrage fait de Paulin Vieyra un pionnier, le premier réalisateur d'Afrique subsaharienne.

Une carrière de documentariste et de critique[modifier | modifier le code]

Après cette expérience, il revient à Dakar en 1956 et occupe un poste au ministère de l’Information où il est responsable du service des Actualités sénégalaises. Il forme des photographe comme George Caristan et Beyti Sow, à la prise de vue cinématographique[2]. Paulin Vieyra réalise alors une trentaine de documentaires, par exemple Présence africaine à Rome (1959) lors du deuxième Congrès des écrivains et artistes noirs organisé par la revue Présence africaine ou Une nation est née (1961), célébrant l'indépendance du Sénégal.

En 1966, lui et ses amis tournent Môl (Les Pêcheurs), l'histoire d'un jeune pêcheur orgueilleux. Lorsque Georges Pompidou se rend au Sénégal pour rendre visite à Léopold Sédar Senghor, Vieyra tourne un court métrage au ton ironique, Écrit de Dakar, suivi de beaucoup d'autres.

En avril 1961, il se marie avec la bibliothécaire, romancière et poétesse guadeloupéenne Myriam Warner-Vieyra. De cette union naquirent trois enfants Makandjou Ola Jacques en 1961, Célia Monique en 1964 et Stéphane Soumanou en 1967.

En 1969 il participe à la création de la Fédération panafricaine des cinéastes (FEPACI).

Entre 1960 à 1975, il sera directeur des actualités sénégalaises. Il est le témoin et le compilateur de toute la mémoire visuelle, cinématographique de cette époque, la télévision n'existait pas alors. Les actualités sénégalaises étaient projetées dans les cinémas de Dakar avant chaque séance de cinéma. Pendant cette période et jusqu'à la fin des années soixante-dix, il participe à tous les voyages du président Senghor[3].

Lié d'amitié avec Ousmane Sembène, il l'aide à réaliser son premier film Borom Sarret en 1963, il lui attribue un opérateur, et lui fournit une caméra et de la pellicule. Il est l'auteur de la première biographie du réalisateur et produit également plusieurs de ses films, tels que Le Mandat en 1968, Taaw en 1970, Xala en 1974 et Ceddo en 1977[4]. Il fut aussi le mentor du réalisateur bissau-guinéen Flora Gomes.

En 1975 c'est lui qui publie la toute première histoire du cinéma africain, Le Cinéma africain. Des origines à 1973. Comme les productions de ce continent sont peu prises en compte par les critiques européens, par manque d'intérêt ou de repères, il incarne longtemps à lui seul la critique cinématographique africaine. Il rencontre au Fespaco le professeur belge Victor Bachy (1915-1999) qui lui propose d'écrire une monographie sur le cinéma au Sénégal dans le cadre de la collection CINEMEDIA éditée à Bruxelles par l'organisation catholique International du Cinéma (OCIC). Vieyra accepte et en écrit encore un deuxième. Cette collection a été lancée par l'OCIC pour donner aux Africains l'opportunité d'écrire eux-mêmes leur histoire du cinéma.

En 1975 il prendra également pour une période la direction des programmes de la télévision sénégalaise naissante.

En 1981 avec des moyens limités, il tourne son premier et unique long métrage, En résidence surveillée.

En parallèle, sous la direction de Jean Rouch, il prépare une thèse à l'université de Paris I, sous le titre À la recherche du cinéma africain. Il devient docteur en sciences humaines.

Il meurt le à Paris d'un crise cardiaque. Ces différents projets inachevés sont mentionnés dans sa filmographie[5].

En 2005 son ami Sembène Ousmane dans l’ouvrage de Présence Africaine n°170, paru en mai 2005 Cinquante ans de cinéma africain, Hommage à Paulin Soumanou Vieyra, en page 22 écrit :

« L’indépendance recouvrée, je rentre au Sénégal (de France) où je retrouve Paulin S. Vieyra au poste de chef du bureau du cinéma. Chaque semaine avec son équipe de cameramen, il préparait les actualités nationales ; ̏ Sénégal en marche ̋ …L’idée me vient alors d’explorer notre continent dont je ne savais rien, en dehors de ma province…De retour à Dakar, je dis à Paulin S. Vieyra mon intention d’aller apprendre à faire des films. Sa réponse fut directe : ̏ C’est bien ; je suis là ̋. Ma formation terminée, je retourne au pays,…, Paulin S. Vieyra m’aida à réaliser Borom Sarret mon premier court métrage. …À l’occasion de ce cinquantenaire d’Afrique-sur-Seine, je me pose et me poserai toujours cette question : N’eussent été mes liens denses et profonds avec Paulin S. Vieyra, est-ce que j’aurais réalisé des films ? » L’Aîné des Anciens

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • 1954 : C'était il y a quatre ans
  • 1955 : Afrique-sur-Seine
  • 1957 : L'Afrique à Moscou
  • 1958 : Le Niger aujourd’hui
  • 1959 : Les présidents Senghor et Modibo Keita ; Avec les Africaines à Vienne ; Présence Africaine à Rome
  • 1960 : Indépendance du Cameroun, Togo, Congo, Madagascar
  • 1961 : Une nation est née
  • 1963 : Lamb ; Voyage du président Senghor en Italie ; Voyage présidentiel en URSS
  • 1964 : Avec l’ensemble national ; Écrit du Caire ; Sindiely ; Voyage du président Senghor au Brésil
  • 1965 : N'diongane
  • 1966 : Le Sénégal au festival national des arts nègres ; Môl
  • 1967 : Au marché ; La bicyclette ; Le gâteau ; Rendez-vous
  • 1974 : Écrit de Dakar ; L’art plastique
  • 1976 : L'Habitat rural au Sénégal ; L’Habitat urbain au Sénégal
  • 1981 : Birago Diop ; En résidence surveillée, L’envers du décor ; Les oiseaux
  • 1982 : Iba N'diaye

Filmographie projets inachevés[modifier | modifier le code]

  • 1987 : Léopold Sédar Senghor, poète président
  • 1987 : Cheikh Anta Diop, chercheur, historien
  • 1987 : Voyage en Toubabie
  • 1987 : Wolé Wolé Woï Woî

Publications[modifier | modifier le code]

  • « Le film africain d'expression française », African Arts, vol. 1, n° 3, printemps 1968
  • Le Cinéma et l'Afrique, Paris, Présence africaine, 1969, 218 p.
  • Ousmane Sembène : cinéaste. Première période 1962-1971, Paris, Présence Africaine, 1972, 244 p.
  • Le cinéma africain, tome 1 : Des origines à 1973, Paris, Présence Africaine, 1975, 444 p. (ISBN 2708703196)
  • Le cinéma au Sénégal, Bruxelles, OCIC ; Paris, L'Harmattan, 1983, 170 p. (ISBN 2858022801)
  • Réflexions d'un cinéaste africain, Bruxelles, OCIC, 1990
  • (en) « Five Major Films of Sembène Ousmane », Film and Politics in the Third World, 1987

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Cinquante ans de cinéma africain : hommage à Paulin Soumanou Vieyra », Présence Africaine, 2004, n° 170, 234 p.
  • Catherine Ruelle (sous la direction de), Afriques 50 : Singularités d’un cinéma pluriel, L'Harmattan, 2005, 334 p. (ISBN 2-7475-8205-1), en ligne sur Africiné
  • Interviews de Vieyra dans les numéros 38 et 40 de la revue publiée par Mongo Beti, Peuples noirs peuples africains
  • Pierre Haffner, « Das Vorbild: Paulin Soumanou Vieyra », Revue pour le Cinéma français, n° 27-28, Munich, Institut Français de Munich, 1989, p. 93-116

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]