Paulette Nardal

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Paulette Nardal
Paulette Nardal.jpg
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 88 ans)
MartiniqueVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Félix Jeanne Paule NardalVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
Paulette NardalVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activité
Fratrie
Autres informations
Distinction

Paulette Nardal, née Félix Jeanne Paule Nardal[1] (1896-1985), est une femme de lettres et journaliste martiniquaise. Militante de la cause noire avec sa sœur Jeanne Nardal, elle est une des inspiratrices du courant littéraire de la négritude et la première femme noire à étudier à la Sorbonne.

Jeunesse en Martinique[modifier | modifier le code]

Paulette Nardal naît à Saint-Pierre en 1896 dans une famille de la nouvelle bourgeoisie noire de l'île[2]. Son arrière-grand-mère Sidonie Nardal est née esclave[3]. Aînée de sept sœurs qui suivront toutes de longues études, elle est la fille de Paul Nardal[2] et et de Louise Achille, une femme métisse institutrice[3]. Les filles sont élevées dans une culture dite « latine », étudiant les humanités, l'histoire de l'art occidental et la valse[4].

Paul Nardal est le premier Noir à décrocher une bourse pour l’École des arts et métiers à Paris, puis le premier ingénieur noir en travaux publics, actif pendant 45 années au Service colonial des Travaux Publics[1]. Il supervise les travaux du réservoir de l’Évêché, du pont Absalon à Fort-de-France ainsi qu’une partie de l’église de Ducos, partiellement détruite en 1903 par un cyclone. Enseignant en mathématiques et en physique, il forme plusieurs générations d’ingénieurs martiniquais. Il recevra l'ordre des palmes académiques et la Légion d’Honneur et son nom est donné à une rue de la ville-préfecture[5]. Louise Achille est née le dans une famille de mulâtres[4]. Elle est impliquée dans les sociétés mutualistes telles que la Société des Dames de Saint–Louis, qui vient en aide aux femmes de 18 à 50 ans et à leurs enfants, mais également en faveur des personnes âgées à l’asile des vieillards de Bethléem, ainsi qu'à l'Ouvroir, institution destinée à accueillir de jeunes orphelines désargentées ou encore à l’orphelinat de La Ruche[5].

Elle est âgée de six ans lors de l'éruption de la montagne Pelée en 1902 et l'anéantissement de Saint-Pierre, la capitale économique et culturelle de la Martinique.

Paulette Nardal devient institutrice avant de décider, à l'âge de 24 ans, de rejoindre la France métropolitaine pour poursuivre ses études de lettres[6].

Vie parisienne[modifier | modifier le code]

Études à la Sorbonne[modifier | modifier le code]

Elle arrive à Paris en 1920 et s'inscrit à la Sorbonne pour étudier l'anglais[4]. Elle et sa sœur Jane qui étudie la littérature, elles sont les première étudiantes noires martiniquaises de la Sorbonne[4],[1], à une époque où peu de femmes et de Noirs avaient accès à cette institution. Elle y soutient sa thèse sur l'écrivaine et abolitionniste américaine Harriet Beecher Stowe, auteure en 1852 de La Case de l'oncle Tom[5].

À Paris, elle profite de la vie culturelle de la capitale. Elle va au théâtre, assiste à des concerts, visite des expositions... Elle fréquente le Bal Nègre. C’est l’un des rares endroits où la jeune femme peut retrouver ses repères culturels[7]. Elle assiste là aux revues de la cantatrice Marian Anderson et de Joséphine Baker qui la font s'éveiller à ce que sa sœur appelle, la « conscience noire »[4].

Le salon littéraire[modifier | modifier le code]

Paulette Nardal tient un salon littéraire dans l'appartement qu'elle partage au 7 rue Hébert[8] avec ses deux sœurs à Clamart[9]. Elle cherche à mettre en relation les diasporas noires[9]. Elle aborde la question de l’émancipation des femmes et pose les prémices de la théorie de la Négritude[10]. Dans son salon littéraire se croiseront des écrivains célèbres tels que Léopold Senghor, Aimé Césaire qui feront part de leur expérience d'étudiants en métropole, Jean Price Mars de passage dans la capitale, Léon-Gontran Damas, René Maran qui racontera les péripéties rencontrées avec son livre Batouala, et d'autres venus d'Afrique, de Haïti et de New York, notamment ceux de la Harlem Renaissance comme Claude McKay[4]. En 1928, elle rejoint la Dépêche africaine, une revue panafricaniste[4].

Paulette Nardal fonde en 1931 avec les écrivains haïtien Léo Sajous et guyanais René Maran La Revue du Monde Noir, qui est éditée en français et anglais[6]. Son objectif affiché est de « créer entre les Noirs du monde entier, sans distinction de nationalité, un lien intellectuel et moral qui leur permette de mieux se connaître, de s’aimer fraternellement, de défendre plus efficacement leurs intérêts collectifs et d’illustrer leur race[6]. » La revue cesser de paraître en 1932, après seulement six numéros à cause de contraintes économiques[6]. Ses sœurs Jeanne et Andrée étaient aussi des contributrices de la revue, tout comme leur cousin germain Louis–Thomas Achille[5]. D'autres écrivains vont reprendre le flambeau de ce courant littéraire de la Négritude, tels que Césaire ou Senghor, notamment avec la revue L'Étudiant noir, tout en omettant largement de donner crédit à Paulette Nardal qui écrira : « Césaire et Senghor ont repris les idées que nous avons brandies et les ont exprimées avec beaucoup plus d’étincelles, nous n’étions que des femmes ! Nous avons balisé les pistes pour les hommes »[11],[8].

Militante politique[modifier | modifier le code]

Durant cette période, elle devient aussi secrétaire du parlementaire martiniquais socialiste Joseph Lagrosillière puis de Galandou Diouf, élu député du Sénégal en 1934. Elle poursuit son engagement politique notamment contre l'invasion de l'Éthiopie par l'Italie fasciste de Mussolini[2].

En 1937, elle se rend au Sénégal sur l'invitation de son ami Léopold Sédar Senghor[1].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1939, alors qu'elle rentre de Martinique en bateau peu après le déclenchement de la Guerre, un sous-marin allemand torpille le navire et le coule. Elle est sauvée de la noyade par une chaloupe de sauvetage mais se brise les deux rotules[1]. Elle passe 11 mois à l’hôpital de Plymouth et restera handicapée pour le reste de ses jours[5]. Durant la période vichyste, elle retourne en Martinique et donne clandestinement des cours d’anglais à des jeunes Martiniquais désireux de rejoindre la France libre. Elle ouvre un nouveau salon littéraire[5].

À la suite de l'ordonnance du 21 avril 1944 qui accorde le droit de vote aux femmes, Paulette Nardal crée le Rassemblement féminin en 1945. Elle souhaite par cette initiative inciter les femmes martiniquaises à exercer ce nouveau droit et à aller voter le [4].

Alors que la fin de la Seconde Guerre mondiale approche, elle part pour les États–Unis, où elle devient la secrétaire particulière de Ralph Bunche, militant pour les droits civiques qui est entreprend une médiation réussie dans le conflit israélo-arabe entre 1948 et 1949. Ralph Bunche fit ensuite entrer Paulette Nardal à la récente ONU, où elle devint pour une année et demi déléguée à la section des territoires autonomes[5].

Retour en Martinique[modifier | modifier le code]

De retour à la Martinique, elle y fonde la chorale « Joie de chanter » avec sa sœur Alice, tout en poursuivant son activité militante en faveur de la promotion de la femme, la culture, la littérature ou encore l’histoire. Les deux sœurs préparent les commémorations centenaire de l’abolition de l'esclavage[5]. En 1956, un inconnu jette une torche enflammée à travers une fenêtre de sa maison[4]. Peu après, sa famille la convainc de cesser son activité politique, de crainte pour sa vie[4]. Elle rédige un historique de la tradition musicale des campagnes martiniquaises. Le Bèlè et ses variantes comme le gran bèlè, le béliya, le bouwo, le Ladjia et sa base, le rythme afro aja-gbe doivent retrouver leur place dans la musique antillaise. Au sein d'une famille très attachée à la musique et au chant, elle est la tante de la cantatrice Christiane Eda-Pierre[5].

Elle est faite Officier des palmes académiques et Chevalier de la Légion d’honneur[5], alors que Léopold Sédar Senghor lui décerne le titre de Commandeur de l’Ordre National de la République du Sénégal[5]. À Fort-de-France, l’ancienne place Fénelon, proche de l’ancienne maison familiale Rue Schœlcher, porte maintenant son nom[5].

Paulette Nardal meurt le , à l’âge de 89 ans[12]. Cette femme de lettres et militante politique, pionnière de la cause noire, restera celle qui répétait inlassablement à ses amis et ses élèves sa fierté d'être noire : « Black is beautiful ».

Hommages[modifier | modifier le code]

Dans les années 1980, Aimé Césaire fait apposer le nom de Paulette Nardal sur une place de la ville de Fort-de-France, dont il est maire[8].

En 2018, la Ville de Paris décide de la création de la promenade Jane-et-Paulette-Nardal dans le 14e arrondissement[13], qui est officiellement inaugurée par la maire de Paris Anne Hidalgo en présence de Christiane Eda-Pierre le [14],[15]. La maire de Paris affirme alors son soutien à l'entrée de Paulette Nardal au Panthéon[14].

En 2019, la ville de Clamart vote le choix de son nom pour une future voie de la ville[8].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Le film de Jil Servant : Paulette Nardal, la fierté d’être négresse, coproduction France-Antilles T.V., 2004, retrace son parcours.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Maxime KREOL, « Il était une fois ... Paulette Nardal », sur Club de Mediapart (consulté le 6 mars 2019)
  2. a b et c Biographie de Paulette Nardal
  3. a et b (en) Emily Musil Church, « In Search of Seven Sisters: A Biography of the Nardal Sisters of Martinique », Callaloo, vol. 36, no 2,‎ , p. 375–390 (lire en ligne)
  4. a b c d e f g h i et j « Paulette Nardal, théoricienne oubliée de la négritude », sur Libération.fr, (consulté le 6 mars 2019)
  5. a b c d e f g h i j k et l Catherine Marceline, « Les ACHILLE et les NARDAL, deux familles martiniquaises d’exception », sur touscreoles.fr, (consulté le 24 décembre 2018)
  6. a b c et d Marion Urban, Tirthankar Chanda, « Les revues culturelles et la promotion de "l'Homme noir" », sur rfi.fr, (consulté le 24 décembre 2018)
  7. Archives sur Paulette Nardal
  8. a b c et d Marie Boscher, « Paulette Nardal, l'architecte oubliée de la négritude », sur francetvinfo.fr, (consulté le 1er septembre 2019)
  9. a et b Tanella Boni, « Femmes en Négritude : Paulette Nardal et Suzanne Césaire », Rue Descartes, vol. 4, no 83,‎ , pp. 62-76 (lire en ligne)
  10. http://www.netlexfrance.info/2009/06/23/paulette-nardal-1896-1985/ « Copie archivée » (version du 2 novembre 2012 sur l'Internet Archive)
  11. Témoignage de Paulette Nardal
  12. « Paulette Nardal : la reconnaissance se poursuit... », sur France-Antilles Martinique (consulté le 6 mars 2019)
  13. « Délibération du Conseil de Paris », sur paris.fr
  14. a et b « À Paris, inauguration de la « Promenade Jane et Paulette Nardal », égéries de la « négritude » », sur outremers360.com, (consulté le 1er septembre 2019)
  15. « Promenade Jane-et-Paulette-Nardal », sur paris.fr, (consulté le 1er septembre 2019)

Annexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]