Paul de Cordon

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Paul de Cordon
Paul de Cordon.jpg
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Paul de Cordon (né en 1908 à Toulouse – mort en 1998) fut un photographe français connu pour ses photographies sur le cirque[1] et sur le Crazy Horse[2]. Il a également été reconnu pour ses portraits[3] et ses nus pour lesquels il était considéré comme l'un des plus grands photographes du monde en 1964 avec Guy Bourdin et Lucien Clergue[4]. Il a réalisé les portraits de nombreuses personnalités comme Gilbert Bécaud, Mireille Darc, Jacques Brel, Fernand Reynaud[5], Samy Davis Jr., Jeanne Moreau, Steve McQueen[6] ou encore Jacques Dufilho et Gonzague Saint Bris dont il était très proche[7]. En 1961 il participa aux côtés de Edouard Boubat, Agnès Varda, Man Ray, Franck Horvat, William Klein ou encore Robert Doisneau à la mythique exposition Métamorphose et découverte d'un visage autour du portait de Anne-Marie Edvina[8]. Il était également photographe hippique, de mode et publicitaire notamment pour Nikon et Leica[9] et a colaboré avec Europe 1 dans les années 1960 et 1970[10]. Paul de Cordon s'est même essayé à la télévision en co-présentant avec Jean Richard, l'émission Cirques du Monde sur la chaîne A2[11].

Ses débuts[modifier | modifier le code]

Paul de Cordon est né à Toulouse dans une famille noble savoyarde. Fils d'un officier de cavalerie, durant son enfance, il a passé plusieurs années à Mayence, en Allemagne, où son père était en garnison. C'est à Mayence qu'il a commencé à prendre des photos à l'aide d'une petite caméra que lui avait donnée son père. Il a commencé à apprendre la photographie en passant de longues heures dans la boutique d'un vieux photographe allemand. C'est lorsqu'il vivait en Allemagne qu'il s'est intéressé au cirque, dans les années 1920, des cirques allemands tels qu'Althoff sillonnaient le pays avec de nombreux équipages et de nombreux animaux.

Après ses années de lycée, il s'est inscrit à la cavalerie. Dans l'armée, il passait le plus clair de son temps à entraîner les chevaux et à monter des steeple chase et des military cross. Il a participé à plus de 500 courses sur divers champs de courses français et européens et a gagné à de nombreuses reprises.

En 1940, pendant la Seconde Guerre mondiale, il a été capturé dans les Ardennes. Après deux tentatives d'évasion infructueuses, il a été envoyé à Colditz. En 1945, l'armée des États-Unis l'a libéré. Il est resté dans l'armée quelques mois de plus et a ensuite été affecté au Cadre Noir à Saumur[12].

Deuxième vie[modifier | modifier le code]

Paul de Cordon a rencontré le réalisateur Jean Devaivre, membre de la Résistance française, alors qu'il était un militant clandestin et travaillait pour le groupe allemand Continental Films à Paris[12]. Jean Devaivre lui a demandé d'être son assistant. Paul de Cordon a toujours été attiré par la scène, après avoir brièvement assisté aux séances de théâtre de Charles Dullin dans les années 1930 mais c'est surtout son intérêt pour la photographie qui l'a poussé à accépter. À cette période, Paul de Cordon en plus d'être assistant réalisateur a été danseur acrobatique et burlesque, acteur et cascadeur[13].

Au début des années 1950, Paul de Cordon décida de devenir photographe professionnel. Pendant de nombreuses années, il a travaillé dans son studio parisien pour les créateurs de mode et les agences de publicité. Il a commencé à développer un projet personnel de grande envergure sur le cirque et le cabaret. Il a passé de nombreuses nuits avec son appareil photo au Crazy Horse à Medrano ou au encore Cirque d'Hiver des frères Bouglione. Il a également fait le tour du monde des cirques[14]. Au cours de ses voyages, Paul de Cordon a noué des liens étroits avec d’anciennes familles du cirque telles que Schumann, Rancy, Knie et Gruss[15], avec lesquelles il partagait une même passion pour les chevaux. À cette époque, il écrivit plusieurs articles pour le magazine suisse Hippique sur les chevaux et les cavaliers du cirque.

Instants de Cirque[modifier | modifier le code]

"En regardant cette quête obstinée du geste parfait, j'ai réalisé que je vivais ce que j'avais toujours attendu: un instant de cirque"[16]. Instants de Cirque est le titre du livre le plus célèbre de Paul de Cordon et le concept qu'il décrit comme la clé de ses images de cirque. Cet "instant" a quelques ressemblances avec le "moment décisif" qu'on accorde à Henri Cartier-Bresson; c'est le contraire de la chance ou de l'accident, mais plutôt un petit fragment de temps lorsque le photographe capte quelque chose que les autres ne voient pas[17].

L'un des célèbres tableaux de Paul de Cordon, est la photo "Trois zèbres", pris au zoo d'Amsterdam en 1957 et publié dans le monde entier[18], c'est l'exemple parfait de ce qui devient soudainement unique pour Paul de Cordon. C'est également particulièrement vrai pour une autre photographie "Amis, Gilbert Houcke et Prince". Cette image n'a rien à voir avec ce que l'on appelle habituellement la photographie de cirque, elle est prise en coulisses, il n'y a pas d'anneau de cirque, pas de lumière, pas de costume de scène et pas d'audience, mais c'est une vision splendide d'un dresseur d'animaux.

Paul de Cordon n'aimait pas être décrit comme un photographe de cirque. Il adorait les cirques mais ne s'intéressait pas beaucoup à l'aspect documentaire souvent lié à la photographie de cirque. Il avait l'habitude de dire: "Je cherche la particularité d'un artiste, son style, c'est ce qui m'intéresse"[19]. Avec Paul de Cordon, les photographies prenaient les aspects du caractère et de la personnalité du sujet. Il avait un talent particulier pour capturer ce que ne voyaient probablement pas les autres et il était avant tout intéressé à produire des images différentes qui traduiraient une émotion forte. C'est probablement la raison pour laquelle tant d'artistes de cirque ont voulu être photographiés par Paul de Cordon.

Crazy Horse[modifier | modifier le code]

Paul de Cordon a rencontré Alain Bernardin au tout début du Crazy Horse. L'ancien antiquaire qui venait d'inventer un nouveau cabaret et l'ancien officier de cavalerie partageaient le même aversion pour les règles conventionnelles et le même intérêt pour les spectacles. Paul de Cordon a passé de longues heures au Crazy Horse où il a pris de nombreuses photos. Il aimait la compagnie des danseuses qui lui ont fait une totale confiance lorsqu'il est entré dans les coulisses avec sa caméra[20]. Il a également photographié de nombreux cabarets parisiens mais c'est au Crazy Horse qu'il a réalisé le travail d'une vie.

Technique[modifier | modifier le code]

Paul de Cordon a utilisé différents types d'appareils photos. Ses photographies des années 1950 ont été réalisées avec un Rolleiflex 6x6 et avec un Leica 35 mm. Par la suite, Il a exclusivement utilisé des appareils photo Nikon sauf en studio. Paul de Cordon n'utilisait jamais de flash en dehors de son studio. Il aimait travailler dans sa chambre noire et faire des tirages de ses négatifs. Il considérait le tirage comme une seconde prise de vue[21]. Cependant, lorsque les tirages étaient destinés à des livres ou à des expositions, ils étaient confiés à un tireur professionnel[22].

Paul de Cordon était également très intéressé par le travail en studio et a créé son propre studio à la fin des années 1950. Il y a photographiées de nombreuses stars des Yéyés comme Johnny Hallyday[23] Sylvie Vartan ou encore Hugues Aufray[24]. Il y a également réalisées de nombreuses couvertures pour les magazines Music-Hall, DiscoRevue et Hello avec des photographies de Sylvie Vartan[25], des Chausettes Noires[26], de Sheila, Françoise Hardy[27] ou encore de Geneviève Grad[28]. Et de très nombreuses photographies de mode notamment pour les marques Staron[29] et Nikon. Dans son studio, Paul de Cordon travaillait principalement avec un appareil photo Hasselblad mais utilisait également une chambre photographique Linhof. Il a été l'un des premiers utilisateurs du flash Balcar. Dick Balli, le fondateur de la société, était un de ses amis proches.

Expositions[modifier | modifier le code]

  • Instants de Cirque, Institut Français, Francfort, 2004
  • Instants de Cirque, Maison de France, Mayence, 2004
  • Regard sur le cirque 1880-1960, Bibliothèque historique de la ville de Paris, Paris, 2002
  • Le Cirque, Galerie Photo de la Fnac Étoile, Paris, 1973[30]
  • Salon International du Portrait Photographique, Bibliothèque Nationale, Paris, 1961
  • Cirque, Galerie Pierre Bailly, 1958
  • 11e Salon National de la Photogrpahie, Bibliothèque Nationale, Paris, 1956

Ouvrages monographiques[modifier | modifier le code]

  • Girls of the Crazy Horse Saloon, Verlagspresse, 1971

Ouvrages collectifs[modifier | modifier le code]

  • Envoyez les lions ou le métier de dompteur, Paul de Cordon et Jean Richard, éditions Fernad Nathan, 1971
  • Strip-Tease, Paul de Cordon, Roland Carré et François des Aulnoyes, éditions Gromcher Paris et Verlag der Europäischen Bonn, 1964
  • Die Schönen von Montmartre, Paul de Cordon, Serge Jacques et Pierre Mariel, éditions Verlag der Europäischen Bonn, 1963

Autres ouvrages et catalogues[modifier | modifier le code]

  • Regards sur le cirque 1880-1960, Jacques Fort, éditions Paris Bibliothèque, 2002
  • Clowns et Farceurs, Jacques Fabbri et André Sallée, éditions Bordas, 1982
  • Histoire et légende du cirque, Roland Auguet, éditions Flammarion, 1974
  • Joies du cheval, Commandant Benoist-Gironière, éditions Hachette Réalités, 1969
  • Histoire et sociologie du Strip-Tease, Jean Charvil, éditions Planète, 1969
  • Esthétique du nu dans le monde, L.Lorelle, éditions Photo-Cinéma Paul Montel Paris, 1964
  • L'érotisme au cinéma, Lo Duca, éditions Jean-Jacques Pauvert, 1962
  • Gallery One, some pictures that matter, Norman Hall, éditions Photography Magazine, 1958

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Pierre Thibaudat, « Un soir au cirque Gruss avec le photographe Paul de Cordon », Libération,‎ samedi 13 et dimanche 14 février 1982, p. 22-23
  2. (en + et + de) Paul de Cordon et Henri Anneville, Girls of the Crazy Horse Saloon, Verlagspresse,
  3. (en) « Photographer's Whirl with a single girl », LIFE,‎
  4. L. Lorelle, Esthétique du nu dans le monde, Photo - Cinéma Paul Montel Paris,
  5. Jacques Fabbri, Clowns et Farceurs, Bordas, p. 51
  6. (de) Michael Graeter, « Steve McQueen residiert in einem Schlob », Frankfurter Allgemeine Zeitung,‎
  7. Gonzague Saint Bris, « Chuchotements », ELLE N°1455,‎
  8. L. Lorelle, « Métamorphose et découverte d'un visage », Camera Europhot,‎
  9. « Le Leïca au cirque », Le Leicaïste,‎ , p. 5 à 9
  10. « Maryse et Bibi », La Semaine,‎ du 4 au 10 janvier 1969
  11. « Le Photographe du cirque », Télé Star,‎ n°306 août 1978
  12. a et b Jean Devaivre, Action, Ed Nicolas Philippe,
  13. Yves Lorelle, « de Cordon, Photographe publicitaire », Le Photographe,‎
  14. « La vie de chapiteau », sur Libération.fr, (consulté le 4 juin 2019)
  15. Jacques Fort, Regard sur le Cirque, Bibliothèque Historique de la ville de Paris,
  16. Paul de Cordon, Paul de Cordon, Instants de Cirque, Le Chêne,
  17. Yves Lorelle, « de Cordon Photographe Publicitaire », Le Photographe,‎
  18. (en) « LIFE », LIFE,‎
  19. Yves Lorelle, « de Cordon Photographe Publicitaire », Le Photographe,‎
  20. « Strip-Tease Intellectuel », Lectures pour tous,‎
  21. Interview France Culuture avec Michel Butel
  22. Entretien avec Miche Butel sur France Culture
  23. « Johnny Hallyday en séance photo avec Paul de Cordon | Les Frontières de la Perception » (consulté le 4 juin 2019)
  24. « Paul De Cordon », sur Discogs (consulté le 4 juin 2019)
  25. « Sylvie Vartan », DiscoRevue,‎
  26. « Les Chausettes Noires, vedettes de l'été », Music Hall,‎ mensuel n°6
  27. « Notre jeu avec Françoise Hardy », Hello,‎
  28. « Les armes secrètes de la chanson », Music-Hall,‎
  29. Catalogue été 1967, Staron,
  30. « Le Cirque », L'Express,‎ 29 octobre - 4 novembre 1973

Liens externes[modifier | modifier le code]