Paul Rusesabagina

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Paul Rusesabagina
Paul Rusesabagina.jpg
Biographie
Naissance
Nationalité
rwandaise / belge
Domiciles
Formation
Kenya Utalii College (d)
University College DublinVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Famille
Roger
Diane Lys
Tresor
Anais
Carine
Conjoint
Autres informations
A travaillé pour
Religion
Partis politiques
PDR-Ihumure (en)
Rwanda Movement for Democratic Change (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Condamné pour
Distinctions

Paul Rusesabagina, né le dans la commune de Murama, près de Gitarama, est un directeur d'hôtel rwandais jusqu'en 1994. Il est connu pour avoir dirigé l'Hôtel des Mille Collines à Kigali pendant le génocide des tutsis, ses actions en faveur des tutsis étant célébrée dans le film Hotel Rwanda réalisé en 2004.

En 2017 il devient un des fondateurs d'un parti d'opposition rwandais non enregistré, le MRCD[1]. Il a été arrêté en 2020 au Rwanda pour son soutien au FLN, le bras armée du MRCD et condamné à 25 ans de prison à Kigali après un procès jugé inéquitable par Human Rights Watch.

Biographie[modifier | modifier le code]

Paul Rusesabagina naît dans une famille de fermiers, il est scolarisé dans une école missionnaire puis est envoyé au Cameroun suivre les cours d'une faculté de théologie. Employé de la société Sabena, il travaille dans un hôtel situé dans le Parc national de l'Akagera. Il est nommé directeur adjoint de l'Hôtel des Mille Collines à Kigali en 1984, puis directeur de l'Hôtel des Diplomates en 1993[2].

En , l'assassinat du président Juvénal Habyarimana déclenche le génocide des Tutsis du Rwanda. Rusesabagina, qui est né d'un père hutu et d'une mère tutsi et qui a lui-même épousé une tutsi, se réfugie avec sa famille à l'Hôtel des Mille Collines. Encerclé par la milice Interahamwe, l'établissement abrite 1 268 autres réfugiés tutsis ou hutus s'opposant au génocide. Rusesabagina essaie d'apaiser les leaders hutus, comme le général Augustin Bizimungu, afin de protéger les réfugiés. Grâce à une ligne téléphonique restée intacte, l'hôtelier alerte le PDG de la Sabena, compagnie propriétaire de l'hôtel. Lorsque les réfugiés de l'hôtel sont menacés, il tente de joindre par fax la Maison-Blanche, l'Organisation des Nations unies, ou encore le ministère français des affaires étrangères. Les réfugiés sont finalement évacués par des convois mis en place par l'ONU[3].

L'hôtelier et sa famille se sont installés en Belgique en 1996[3]. Il a obtenu la nationalité belge[4]. Il donne des conférences à propos des événements survenus durant le génocide. En 2006, pour ses actions de sensibilisation et d'actions démocratiques, le Centre de recherche et d'études politiques (CREP) lui décerne le prix Condorcet-Aron[5].

Le film Hotel Rwanda réalisé en 2004 par Terry George relate son histoire. Le rôle de Paul Rusesabagina est interprété par l'acteur américain Don Cheadle[6].

Le rôle de Paul Rusesabagina dans le sauvetage de 1 200 personnes dans l'hôtel des Mille Collines est cependant controversé[7],[8],[9]. Des avis divergents et contradictoires existent sur son rôle réel dans cette histoire : lire en particulier Hôtel Rwanda ou le génocide des tutsis vu par Hollywood, édité par les éditions de l'Harmattan en 2008. Ce livre fait lui-même l'objet de critiques.[10]

Opposition au régime de Paul Kagame[modifier | modifier le code]

Devenu un opposant déclaré au régime de Paul Kagame[11], il mit au service de l’opposition ses relations et ses moyens financiers. Il cofonde en 2017 le parti politique d'opposition Mouvement rwandais pour le changement démocratique (MRCD), une coalition de groupes d’opposition. Ce parti aurait une branche armée : Forces de libération nationale (FLN)[12],[13] qui serait considérée comme terroriste par le gouvernement de Kigali[11].

Pour cette raison, il est soupçonné de financer des groupes armés appuyant l’opposant numéro un au régime de Kigali, le général Kayumba Nyamwasa, un ancien responsable de la sécurité du FPR et compagnon de maquis de Kagame. Depuis l’Afrique du Sud où il est réfugié, Kayumba, qui a fondé le Rwanda National Congress (en) (RNC) a échappé à plusieurs tentatives d’assassinat et il organise des milices opérant entre l’Ouganda, le Sud Kivu et le Burundi[14].

En décembre 2018, Paul Rusesabagina avait promis « un soutien sans réserve » FLN sur une vidéo youtube tout en dénonçant le régime de Paul Kagame[15],[16].

Procès à Kigali en 2021[modifier | modifier le code]

En , le vol de Paul Rusesabagina à destination du Burundi est détourné vers Kigali et il est arrêté par la police du Rwanda dans des conditions obscures[17]. Il est accusé de terrorisme pour son soutien au FLN, un groupe ayant revendiqué des attaques armées[18],[14],[19] et fait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Le porte parole de l'Office rwandais d'investigation (Rwanda Investigation Bureau ou RIB), Thierry Murangira, a refusé de nommer les pays qui avaient permis la capture de l’opposant, invoquant seulement « la coopération internationale ». L'information est confirmée par le RIB sur son compte Twitter[20],[21]. En septembre 2021 il est condamné à vingt-cinq ans de prison au terme d'un procès jugé inéquitable par Human Rights Watch[15]. Les autorités rwandaises aurait entre autres utilisé le logiciel espion Pegasus de NSO group selon Amnesty International et Forbidden Stories sur le téléphone des enfants de Paul Rusesabagina pour surveiller leurs communications[22], ce qui est légalement interdit dans le cadre d'un procès[15]. La communauté européenne a émis une proposition de résolution le 5 octobre 2021 à l'attention des autorités rwandaises demandant le respect des communications, la transparence des procédures et des conditions d'incarcération exemptes de mauvais traitements. Elle a aussi rappelé que « les mesures d’exception imposées par la lutte contre le terrorisme ne sauraient être détournées à des fins politiques ; »[23].

La famille de Paul Rusesabagina, sa femme Tatiana Rusesabagina (en) et ses enfants ont intenté des procédures juridiques depuis les États-Unis et la Belgique[24]. Les avocats américains de Paul Rusesabagina ont saisi le tribunal du district de Columbia, à Washington le 22 février 2022[25].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « À Bruxelles, des mouvements rwandais d’opposition étendent leur union », sur RFI, (consulté le )
  2. Radostitz 2005.
  3. a et b Hagler 2005.
  4. Van Renterghem 2015.
  5. Laporte 2006.
  6. Lo. 2005.
  7. Evers et al. 2012a.
  8. Evers et al. 2012b.
  9. Lepidi et Van Renterghem 2019.
  10. Viviane Azarian, « Alfred Ndahiro, Privat Rutazibwa, Hôtel Rwanda ou le génocide des Tutsis vu par Hollywood. Paris, Éd. L’Harmattan, 2008 », Questions de communication, no 15,‎ , p. 396–398 (ISSN 1633-5961, lire en ligne, consulté le )
  11. a et b « Paul Rusesabagina, héros du film "Hôtel Rwanda", face à la justice », sur France 24, (consulté le )
  12. « Rwanda: Twagiramungu rejoint la plateforme MRCD », sur La Libre Afrique, (consulté le )
  13. Zone International- ICI.Radio-Canada.ca, « Le héros d' Hôtel Rwanda admet avoir formé un groupe armé », sur Radio-Canada.ca (consulté le )
  14. a et b « le carnet de Colette Braeckman », sur le carnet de Colette Braeckman (consulté le ).
  15. a b et c « Rwanda : Paul Rusesabagina reconnu coupable à l’issue d’un procès entaché d’irrégularités », sur Human Rights Watch, (consulté le )
  16. « 'Hotel Rwanda' hero Paul Rusesabagina awaits sentencing » (consulté le )
  17. Simon Allison, « Rwanda. La disgrâce du héros d'"Hôtel Rwanda" », Courrier International, no 1559,‎
  18. https://www.aa.com.tr/fr/afrique/rwanda-deux-rebelles-fln-tu%C3%A9s-pr%C3%A8s-de-la-fronti%C3%A8re-burundaise/2252470
  19. « Au Rwanda, le héros du film «Hotel Rwanda» reconnu coupable de «terrorisme» », Le Temps,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
  20. RFI 2020.
  21. Malagardis 2020.
  22. (en) « Rwandan authorities chose thousands of activists, journalists and politicians to target with NSO spyware », sur Amnesty International, (consulté le )
  23. « PROPOSITION DE RÉSOLUTION sur le cas de Paul Rusesabagina au Rwanda », sur www.europarl.europa.eu (consulté le )
  24. Deutsche Welle (www.dw.com), « Paul Rusesabagina a un mois pour faire appel | DW | 21.09.2021 », sur DW.COM (consulté le )
  25. « Rwanda : après sa condamnation, Paul Rusesabagina contre-attaque – Jeune Afrique », sur JeuneAfrique.com (consulté le )

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Marco Evers, Horand Knaup, Yoletta Nyonge et Gregor Peter Schmitz, « Drinks für die Mörder », Der Spiegel,‎ 2012a (lire en ligne)
  • Marco Evers, Horand Knaup, Yoletta Nyonge et Gregor Peter Schmitz, « Paul Rusesabagina : et si le héros d’“Hotel Rwanda” était un salaud… », Courrier international,‎ 2012b (lire en ligne)
  • (en) Tom Hagler, « Rescued by an African Schindler », The Sunday Times,‎ (lire en ligne)
  • Christian Laporte, « Citoyenneté – Prix Condorcet-Aron : «L’insolent optimisme démocratique» », La Libre.be,‎ (lire en ligne)
  • Pierre Lepidi et Marion Van Renterghem, « = Au Rwanda, l’histoire un peu trop belle de l’hôtel des Mille Collines », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  • Maria Malagardis, « Le héros controversé du film «Hotel Rwanda» arrêté et extradé », Libération,‎ (lire en ligne)
  • A. Lo., « Les cent jours du Rwanda », La Libre.be,‎ (lire en ligne)
  • (en) Rita Radostitz, « Paul Rusesabagina: Human Rights in Action », The Austin Chronicle,‎ (lire en ligne)

« Rwanda: Paul Rusesabagina, l’ancien patron de l’hôtel des Mille Collines, arrêté et détenu à Kigali », RFI,‎ (lire en ligne)

  • Marion Van Renterghem, « Hôtel Rwanda : le bûcher d’une vanité », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]