Paul Lintier

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Paul Lintier
Buste Paul Lintier, Mayenne.jpg

Buste de Paul Lintier (père), à Mayenne

Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activité

Paul Lintier, né le à Mayenne et tué le à Jeandelaincourt, est un écrivain français

Origine[modifier | modifier le code]

Paul Lintier est le fils de Paul Lintier[1], maire de Mayenne de 1898 à 1910[2]. Élève de l'école publique de Mayenne, il effectue ses études au lycée de Laval[3].

Généalogie de Paul Lintier

  1. Michel Lintier, propriétaire à Turquant, époux d'Anne Nau
    1. Michel Lintier (1821-1868), marchand de vins, époux d'Anne Marie Sévin
      1. Paul Lintier (1855-1910), marchand de vins en gros, époux de Caroline Clouard
      2. Paul Lintier (1855-1910), époux de Marthe Lambert
        1. Marielle Lintier, épouse de Ferdinand Lambert
        2. Paul Lintier
    2. Michel Lintier (1821-1868), époux d'Aline Renée Lhomer
      1. Louis Lintier, marchand de vins en gros, maire de Mayenne de 1910 à 1929

Lyon[modifier | modifier le code]

Après son baccalauréat obtenu en 1910, il opte pour des études de droit. C'est à la faculté de Lyon, où son oncle Édouard Lambert était professeur[4], que le jeune homme arrive pour commencer sa vie estudiantine.

En 1911, il écrit Un propriétaire et divers autres menus récits petit recueil de contes qu’il dédie à la mémoire d’Émile Tessier. Paul Lintier fonde le Lyon-Étudiant[5]. À Lyon, où son accent détonnait, il parle beaucoup, écrivait, se destinant aux lettres, et projette déjà de grands livres. « Ce qu'il nous laisse et qui suffirait à la carrière de maintes notoriétés n'est rien au prix de, ce qu'il eût construit », a écrit Henri Béraud, journaliste, devenu son ami[6]. Il obtient sa licence en Droit et écrit Un Croquant en 1913.

La première guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Il renonce à sa carrière de juriste et s'engage, devançant l’appel, à 20 ans dans l'artillerie au 44e RAC du Mans[7], affecté à la 11e batterie. Il continue à écrire, et publie au 1914 une plaquette[8] consacrée à son ami Adrien Bas.

Au mois d'août 1914, il est au front. Il est blessé à la main le 22 septembre 1914 près de Fresnières[9]. Au poste de secours, on veut l'amputer du pouce. Il s’enfuit alors vers une autre ambulance à Canny-sur-Matz. Il sauve son doigt. Il est envoyé à l’hôpital de Mayenne où il rencontre Marcel Audibert[10], alors soldat du 102e régiment d'infanterie, blessé lui aussi. Covalescent, il remplace Victor Bridoux[11] le directeur de Mayenne-Journal. Il y publie alors des petits textes ayant la guerre pour sujet.

Il est promu le 1er avril 1915, brigadier. En juillet 1915, il est à nouveau volontaire, malgré une main presque infirme, pour le front d’abord dans une Section de Munitions. Il commence alors la rédaction d’un nouveau carnet qui deviendra Le Tube 1233.

Il est tué le par un éclat d'obus. Son corps est transporté à l’hôpital de Faulx. Inhumé le 17 mars 1916 dans le cimetière de Faulx, il repose depuis 1921 à Mayenne dans le caveau familial.

Ma pièce[modifier | modifier le code]

C'est Ma pièce qui allait faire connaître, trop tard, Paul Lintier du jour au lendemain dans toute la France : au moment même où le livre sortait des presses, il venait de mourir.

« Le livre connut une vogue extraordinaire. Les écrivains, les lettrés, les journalistes déplorèrent vivement la perte de cet inconnu qui se révélait brusquement comme un héros et comme un noble artiste. Du jour au lendemain, son nom devint presque célèbre », commente Henri Béraud.

L'Académie française couronne le livre, lui décernant le Prix Montyon et « L'Humanité » publie en feuilleton. Ses deux principaux livres, Ma pièce et Le tube 1233, sont le récit exact de sa guerre rédigé au jour le jour sur un carnet. « C'est une excellente discipline. Outre que ces notes seront totalement terriblement vécues, j'y trouve le grand avantage de me tenir bien en main moi-même. Je ne sais rien de plus calmant ni de meilleur », écrivait le jeune homme à sa famille. Et ses camarades l'ont vite considéré comme leur mémoire dans ce monde brutal, sanglant et dérisoire. À leur demande, il écrit sur la première page de son carnet (il était formellement interdit de fouiller les morts) : « Au cas où je serais tué, je prie mes camarades de conserver ces feuilles jusqu'au moment où ils pourront les faire tenir sûrement à ma famille. » Ses dernières feuilles de route ont d'ailleurs été, précise-t-on dans Le tube 1233, « ramassées sur son corps sanglant par les soins de ses amis et compagnons d'armes servants de la pièce 1233 ».

Des passages seront censurés dans l'œuvre de Paul Lintier, Le Tube 1233[12]. En octobre 1916, Le Crapouillot publie[13] une page inédite de Paul Lintier. Marcel Audibert écrira dans ce même journal, à la sortie de cet ultime livre :il forme avec Ma Pièce un admirable diptyque, dont les deux pièces ont chacune leur originalité, mais avec un air de famille auquel on ne se trompe pas. Et pourtant il y a une dissemblance... Il y avait dans Ma Pièce un bel enthousiasme juvénile... le Tube 1233 est un livre plus grave, bien plus grave... C'est que depuis des mois, hélas ! Lintier avait souffert. Ce qui restait en lui d’enthousiaste jeunesse avait fait place à une acceptation clairvoyante, grave et résignée, de la fatalité, quelle qu'elle dut être. Octave Mirbeau déclarera vouloir apporter sa voix à Ma Pièce pour le Prix Goncourt 1916, qui sera attribué à Henri Barbusse.

Le début de la guerre[modifier | modifier le code]

Paul Lintier, engagé quelques mois plus tôt, est en caserne au Mans. Il raconte, dans le livre Ma pièce, la guerre qui commence le samedi 1er août 1914, à la fin de l'après-midi, ainsi : « Nous nous préparons à dîner ensemble. J'ai débouché une bouteille de vieux bordeaux. De la rue, par une fenêtre ouverte, monte un grand murmure. En même temps, quelque chose de magnétique, d'indicible et de précis nous traverse soudain tous les deux. Nous nous regardons... La bouteille est restée penchée au bord du verre. Je dis : ça y est ! Le Mée fait oui du front. Nous courons à la fenêtre. Tous les visages reflètent la même expression de stupeur, d'angoisse ou d'égarement. ».

Hommages[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Un propriétaire et divers autres menus récits, chez Bridoux, Mayenne, 1912.
  • Un Croquant, Lyon, 1913.
  • Adrien Bas : une vie dédiée à la peinture, Préface de Henri Béraud, L'Œuvre nouvelle 1913. Réédité en 2006, Lyon, Mémoire des arts.
  • Ma pièce, Souvenirs d'un canonnier (1914), Plon-Nourrit, 1916. Publié en feuilleton dans L'Humanité.
  • Le Tube 1233, souvenirs d'un chef de pièce (1915-1916), Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1917.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Avec son frère Louis, il fait prospérer le négoce de vin et spiritueux dont ils ont hérité. C'est un radical-socialiste. Laïc convaincu, il milite pour la loi de séparation des Églises et de l'État en 1905. Veuf, il se remarie en 1892 avec Marthe Lambert, fille de Ferdinand Lambert, entrepreneur de travaux publics, son parrain en politique. Le couple a 2 enfants, Paul et Marcelle.
  2. Paul Lintier père meurt subitement en 1910 lors de son mandat. Son frère Louis Lintier lui succède comme maire.
  3. Il est hébergé par Émile Tessier, professeur au Lycée. Son fils Raymond Tessier, condisciple de Paul Lintier est Saint-Cyrien. Il est mobilisé comme officier au 51e régiment d'infanterie en 1914. Il commande un régiment de chars en 1939, et termine comme général de brigade.
  4. Il est hébergé dans son appartementrue Sully à Lyon. René Lambert, son cousin, étudiant en Droit lui aussi, est mobilisé en 1916 au 134e régiment d'infanterie, et disparait en 1918.
  5. Revue que l'on disait pleine de verve et d'esprit.
  6. Leur rencontre est décrite par Béraud Qu’as-tu fait de ta jeunesse ?, un ouvrage autobiographique.
  7. Un des officiers est le lieutenant Pierre de Mazenod.
  8. Préfacée par Henri Beraud.
  9. Le capitaine de Brisoult,qui commande la batterie est tué à son poste. Paul Lintier lui dédicacera Ma pièce.
  10. C'est le frère de Georges Audibert, et de Marthe Audibert, épouse de César Chabrun. Il est parmi les premiers critiques littéraires au sein du Crapouillot de Jean Galtier-Boissière. Après la première guerre mondiale, il redevient magistrat.
  11. Il édite en 1911 l'ouvrage de Paul Lintier :Un propriétaire. Il est alors mobilisé comme sergent-fourrier au 279e régiment d'infanterie
  12. [1]
  13. « grâce à l’amabilité de la famille  ».
  14. « La rue Paul Lintier à Lyon. », sur lesruesdelyon.hautetfort.com