Paul Henri Balluet d'Estournelles de Constant

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Paul d'Estournelles de Constant de Rebecque
Paul d'Estournelles de Constant
Paul d'Estournelles de Constant
Fonctions
Député de la Sarthe
Sénateur de la Sarthe
Biographie
Nom de naissance Paul Henri Benjamin Balluet d'Estournelles de Constant de Rebecque
Date de naissance
Lieu de naissance La Flèche (Sarthe)
Date de décès (à 71 ans)
Lieu de décès Paris
Nationalité française
Profession Diplomate
Prix Nobel de la paix de 1909

Paul Henri Benjamin Balluet d'Estournelles de Constant, baron de Constant de Rebecque, né à La Flèche le 22 novembre 1852 et mort à Paris le 15 mai 1924, est un diplomate et homme politique français, lauréat du prix Nobel de la paix en 1909.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunes années[modifier | modifier le code]

Paul Henri Balluet d'Estournelles de Constant naît le dans la maison de sa grand-mère, à La Flèche, dans le département de la Sarthe[1]. Son père, Louis Balluet d'Estournelles, mort en 1859, est élève au Prytanée national militaire à la fin des années 1820 et devient garde dans les Eaux et Forêts[2]. Dans sa jeunesse, Paul d'Estournelles est élève au lycée Louis-le-Grand de Paris de 1862 à 1870, en internat[3],[4]. Exempté d'obligations militaires en raison de son statut de fils aîné d'une veuve, il cherche néanmoins à s'engager à l'aube de la guerre franco-allemande de 1870, mais sa mère l'en empêche. Elle l'envoie en Grèce, chez sa sœur Jeanne[2]. Il obtient ainsi son baccalauréat ès lettres au lycée français d'Athènes le [3],[5]. À son retour en France, à Paris, il obtient une licence en droit en puis un diplôme de grec moderne à l'École des Langues orientales l'année suivante[6],[5]. Parallèlement, suivant sa passion pour la Grèce, il rédige dès 1875 trois essais pour le bulletin de l'Association pour l'encouragement des études grecques en France. Il écrit également deux articles pour la Revue des deux Mondes en mars et avant d'être publiés dans un ouvrage de synthèse intitulé La vie de province en Grèce en 1878[5]

Carrière diplomatique[modifier | modifier le code]

Il intègre le Ministère des Affaires étrangères en prenant la 3e place du concours de recrutement en [3],[5] et fait ainsi partie de la première génération de ceux qui accèdent à la carrière diplomatique par ce biais après la mise en place de ce nouveau mode de recrutement[6]. Élève-consul, il effectue son premier déplacement à l'étranger en Russie au mois de pour y acheminer les dépêches diplomatiques. En juillet de la même année, il est nommé délégué par intérim à la commission de délimitation du Monténégro, en qualité de secrétaire. En , il revient à Paris en tant que commis-principal à la direction du personnel puis à la fin du mois d'octobre de la même année, il part pour Londres afin d'y exercer la mission de secrétaire d'ambassade de seconde classe[7]. Son travail est remarqué par Paul Cambon, ministre résident de France en Tunisie.

En , il rejoint ce dernier à Tunis en qualité de secrétaire de premier secrétaire. Paul Cambon le charge de négocier avec l'Angleterre la suppression des capitulations[6] ainsi que de le seconder dans la mise en place de l'organisation administrative du protectorat[7]. Il séjourne brièvement en France à la fin de l'année 1882 après le rapatriement du corps de sa mère, décédée à Tunis le . Il négocie avec le gouvernement britannique pour obtenir la suppression de la cour consulaire de celui-ci à Tunis. La signature d'un accord en lui vaut de recevoir la Légion d'honneur[7].

En , il est nommé secrétaire de l'ambassade de France à La Haye, une fonction qu'il occupe jusqu'en [8]. Il entreprend alors la rédaction d'un livre, La politique française en Tunisie, présenté à l'Académie des sciences morales et politiques par son ami Jules Barthélemy-Saint-Hilaire en 1891. L'Académie française le récompense du prix Thérouanne l'année suivante[7]. Le , il se marie selon le rite protestant[8] avec Margaret Sedgwick Berend, une enseignante dont le père est un banquier américain d'origine allemande. La cérémonie a lieu à Paris. Le couple a cinq enfants, Arnaud en 1887, Jacqueline en 1888, Paul en 1897, Marguerite en 1897 et Henriette en 1902[6].

En , il est rappelé à Paris par le Ministère des Affaires étrangères, tout d'abord en qualité de rédacteur à la direction publique, puis en tant que commissaire spécial de la section des pays placés sous le protectorat français à l'exposition universelle de 1889[7].

Il connaît un avancement rapide et franchit un à un les échelons. Ainsi, en 1890, il est nommé ministre plénipotentiaire et chargé d'affaires à Londres, un poste qu'il occupe jusqu'en 1895[9]. Sur cette même période, il est un conseiller personnel de Paul Cambon. Ses différentes expériences à l'étranger lui permettent de tisser un important réseau de relations.

Député puis sénateur de la Sarthe[modifier | modifier le code]

En , Paul d'Estournelles décide de se mettre en disponibilité alors qu'il vient d'être nommé ministre plénipotentiaire de première classe. Il choisit de se lancer en politique et se présente aux élections législatives partielles[10],[11]. Il est alors élu député de la circonscription de Mamers dès le premier tour de scrutin, en remplacement de Prosper Legludic, élu sénateur[9],[11]. Lors des élections législatives de 1898, il cède sa circonscription à Joseph Caillaux et se présente dans celle de La Flèche, ce qui lui permet de se rapprocher du château de Créans qu'il occupe depuis 1892. Candidat de l'Union républicaine, il est élu sénateur de la Sarthe en 1904 par 563 voix sur 880[12].

En 1899 puis en 1907, Paul d'Estournelles de Constant représente la France, avec Léon Bourgeois et Louis Renault, aux Conférences de La Haye. Il se donne pour but d'œuvrer au règlement pacifique des conflits internationaux par la promotion de la médiation et surtout de l'arbitrage international. Il aide Léon Bollée, principal soutien de l'Américain Wilbur Wright, pionnier de l'aviation, dans ses expérimentations aéronautiques réalisées entre le 8 août 1908 et le 2 janvier 1909, au Mans et dans la Sarthe, sur l'hippodrome des Hunaudières puis au camp militaire d'Auvours.

Paul d'Estournelles de Constant reçoit le prix Nobel de la paix le , conjointement avec le député belge Auguste Beernaert, pour leurs efforts dans la construction du droit international, notamment dans l'élaboration des conférences de La Haye de 1899 et 1907 qui débouchent sur la création d'une Cour permanente d’arbitrage[13]. Il est le troisième Français à recevoir cette distinction après Frédéric Passy en 1901 et Louis Renault en 1907[14]. Pour autant, la nouvelle de cette nomination n'a que peu d'écho dans la presse nationale, puisque seul le journal La Croix l'annonce en une, tandis que la plupart des quotidiens nationaux ne relatent pas l'évènement. Plus qu'une reconnaissance populaire ou médiatique, cette désignation est avant tout une reconnaissance de l'élite dirigeante[13].

Le baron d'Estournelles était un fervent opposant à la politique coloniale et à l'augmentation des budgets militaires. Il était favorable à un rapprochement franco-allemand et il était aussi convaincu du bienfait du modèle de la démocratie américaine dans le monde. Il a influencé le pacifiste allemand Otto Umfrid.

À partir de l'entrée en guerre en 1914, il se rallie à l'union sacrée et développe ses relations aux États-Unis, espérant que l'entrée en guerre des États-Unis réduise la durée du conflit et aboutisse à une paix fondée sur l'arbitrage international.

Tout au long de sa vie, Paul d'Estournelles de Constant fait preuve d'une grande curiosité et s'intéresse particulièrement aux domaines de l'art et de l'écriture[10]. Il compte parmi ses amis Ernest Renan, qui est témoin de son mariage, les écrivains Paul Bourget et Paul Valéry ou encore le philosophe Henri Bergson. Il s'entretient régulièrement avec son beau-frère, l'égyptologue Gaston Maspero et entretient une vive amitié avec le peintre Claude Monet. Paul d'Estournelles, qui réalise de nombreuses aquarelles au cours de ses voyages, se montre admiratif du travail de Monet et les deux hommes s'écrivent chaque semaine. Passionné par l'impressionnisme, il apprécie également les œuvres du sculpteur Auguste Rodin, qu'il rencontre par l'intermédiaire de l'industriel américain Andrew Carnegie et qui réalise son buste. Ami de Carnegie, d'Estournelles de Constant se fait l'intermédiaire entre lui et Paul et Marie Curie au sujet du financement de leur laboratoire[10].

Il est le petit-neveu de Benjamin Constant.

Contenu de la stèle commémorant le Prix Nobel de la paix 1909 Paul d'Estournelles de Constant.
Stèle commémorant le Prix Nobel de la paix 1909 Paul d'Estournelles de Constant.

Postérité[modifier | modifier le code]

  • À La Flèche (Sarthe), sa ville natale, deux établissements scolaires portent son nom : le lycée général et technologique d'Estournelles de Constant, et l'école maternelle d'Estournelles de Constant.
  • Un amphithéâtre porte son nom à l'UFR (Unité de Formation et de Recherche) de Droit, des Sciences Économiques et de Gestion de l'Université du Maine.
  • Un monument, comprenant un buste par Paul Landowski, lui rend également hommage sur la place des Jacobins, au Mans. (Coordonnées : 48° 00′ 30″ N, 0° 12′ 00″ E.)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Laurent Barcelo, « « Pro Patria Per Orbis Concordiam » : Paul d'Estournelles de Constant et la conciliation internationale », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, vol. 100, no 1,‎ , p. 129-141 (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Laurent Barcelo, Paul d'Estournelles de Constant : l'expression d'une idée européenne, L'Harmattan, coll. « Chemins de la mémoire », , 465 p. (ISBN 978-2738437679).
  • Laurent Barcelo, « L'Engagement européen de P. d'Estournelles de Constant (1852-1924) : Un sarthois Prix Nobel de la Paix », Revue Historique et Archéologique du Maine, Le Mans, Société historique et archéologique du Maine, 3e série, t. 20,‎ , p. 45-60.
  • Laurent Barcelo, « L'européisme de Paul d'Estournelles de Constant », dans La vie politique et administrative des petites villes françaises du Moyen Âge à nos jours, Mamers, Société d'histoire des petites villes, , p. 415-425.
  • Kaliopi Naska, « Paul d'Estournelles de Constant, l'admission de l'Albanie à la Société des Nations et la défense de son indépendance et de sa souveraineté nationale », Relations internationales, Presses universitaires de France, 2e série, no 134,‎ , p. 5-18 (ISBN 9782130568605, lire en ligne).
  • Stéphane Tison (dir.), Paul d'Estournelles de Constant : Concilier les nations pour éviter la guerre (1878-1924), Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 278 p. (ISBN 978-2-7535-3589-3). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Barcelo 1993, p. 130.
  2. a et b Tison 2015, p. 10.
  3. a, b et c Laurent Barcelo, « Estournelles de Constant Paul d' (1852-1924) », Encyclopædia Universalis (consulté le 20 octobre 2016) (inscription nécessaire).
  4. Barcelo 1993, p. 131.
  5. a, b, c et d Barcelo 1993, p. 132.
  6. a, b, c et d Tison 2015, p. 11.
  7. a, b, c, d et e Barcelo 1993, p. 133.
  8. a et b Tison 2015, p. 14.
  9. a et b « Paul d'Estournelles de Constant, prix Nobel de la Paix 1909 », sur senat.fr, Sénat (consulté le 20 octobre 2016).
  10. a, b et c Tison 2015, p. 12.
  11. a et b Barcelo 1993, p. 134.
  12. Tison 2015, p. 13.
  13. a et b Tison 2015, p. 16.
  14. Tison 2015, p. 15.