Paul Grappe

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Paul Grappe
Portrait de Paul Grappe.jpg
Portrait de Paul Grappe en Suzanne Langdard
(« P. Grappe 1915-1925 »).
Biographie
Naissance
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Conflit

Paul Grappe (né le à Rançonnières (Haute-Marne) et mort le à Paris) est un soldat déserteur français de la Première Guerre mondiale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Paul Grappe (à gauche) et sa femme.

Né le à Rançonnières, Paul Grappe est le « fils de Jules Grappe, un fromager de vingt-trois ans, et de la jeune Marie Gouhot, dix-huit ans, sans profession[1] ».

Paul Grappe effectue son service militaire en 1912. Un mois avant « la quille », il est mobilisé et rejoint le 102e régiment d’infanterie[2]. Blessé deux fois en 1914, son officier soupçonne à la seconde reprise une « fine blessure » (une automutilation de la main droite). Il est arrêté mais bénéficie d'un non-lieu. Transféré à l'hôpital, sa blessure ne cicatrise pas. Accusé de l'aggraver pour ne pas retourner au front, il déserte à la moitié de l'année 1915, alors qu'il a le grade de caporal[3]. Condamné à mort par contumace par décision du conseil de guerre, il doit être fusillé pour l'exemple pour désertion. Il a alors l'idée de se travestir en femme et de vivre avec son épouse, Louise Landy, pendant une dizaine d'années[3], sous le nom de Suzanne Langdard[3]. Après un court séjour en Espagne, le couple revient à Paris, dans le XXe arrondissement, en 1922[4]. Paul/Suzanne va alors mener une « vie sexuelle débridée » (prostitution, échangisme, bisexualité) que rien avant la guerre ne laissait présager. Son épouse, qui travaille pour faire subsister le foyer, accepte de prendre un amant à la demande de son époux, puis d'héberger la maîtresse de ce dernier au domicile conjugal[4].

À la suite de l'élection du Cartel des gauches en 1924, la Chambre des députés vote le la loi d'amnistie des déserteurs[5]. Paul Grappe peut de nouveau vivre sous sa vraie identité et demande à l'officier de la prévôté d'être rayé des contrôles de désertion et retrouver tous ses droits[6]. Son histoire fait rapidement le tour des rédactions et le 4 février 1925, Le Petit Journal titre « Mlle Suzanne, dite la Garçonne revit en Paul Grappe déserteur… amnistié »[7]. Mais ce passage de l'ombre à la lumière lui vaut d'être expulsé de son appartement. Déstabilisé psychologiquement par les années qu'il vient de vivre, il devient alcoolique et violent. Il est abattu avec un revolver par son épouse, Louise Landy, au cours d'une dispute[3] dans la nuit du [4]. Bien que le commissaire qui l'interroge suspecte un assassinat avec préméditation, elle est acquittée après un procès retentissant l'année suivante, défendue par l'avocat Maurice Garçon[4]. Après cet acquittement, Louise se remarie et meurt en 1981, à l’âge de 89 ans[8].

Postérité[modifier | modifier le code]

L'histoire de Paul Grappe et de son épouse a notamment inspiré en 2013 la bande dessinée Mauvais genre, en 2016 la pièce de théâtre Suzanne, la vie étrange de Paul Grappe de Julie Dessaivre, et en 2017 le film Nos années folles réalisé par André Téchiné.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fabrice Virgili, Danièle Voldman, La garçonne et l'assassin : Histoire de Louise et de Paul, déserteur travesti, dans le Paris des années folles, Payot, (lire en ligne) (n. p., Google Livres)
  2. « Paul Grappe, déserteur travesti », sur BNF Gallica, .
  3. a b c et d « Un genre de déserteur », Nicolas Offenstadt, Le Monde des Livres, 2 juin 2011.
  4. a b c et d « Le travesti de 14-18 », Laurence Lemire, Le Nouvel Obs, 9 juin 2011.
  5. Fabrice Virgili, op. cit.
  6. Fabrice Virgili, op. cit.
  7. Fabrice Virgili, op. cit.
  8. Nedjma Van Egmond, « Qui était Paul Grappe, le déserteur de Nos années folles ? », sur leparisien.fr, .

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]